dimanche 23 septembre 2018

Ces festivals estivaux 2018 qu'Arte n'a pas couverts.

Avec la lessive Gastounu, le linge sale n'existe plus. (André Franquin : Gaston Lagaffe)

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Ils existent par dizaines : Arte n'en traite qu'une sélection minime tout en se déclarant encore "culturelle". Elle se contente d'un minimum syndical concentré sur Avignon et Aix, avec, en prime quelques reportages focalisés sur la marge de la marge...
Encore, lorsqu'Arte parle du festival d'Avignon, c'est plutôt du in qu'il s'agit. De même; concernant le festival lyrique d'Aix, il arrive qu'Arte encense un opéra de fait éreinté par la presse écrite, tout en passant sous silence celui que ladite presse admirera : c'est ce qui est arrivé cet été même lorsque la chaîne fit tout un plat de l'Ariane à Naxos mis contestablement en scène par Katie Mitchell, porté aux nues au nom de l'immédiateté présentiste de #MeToo, au détriment de la véritable réussite de cette édition 2018 : L'Ange de Feu de Sergueï Prokofiev mis en scène par Mariusz Treliński. Les erreurs éditoriales d'Arte, qui se répètent inlassablement, ne s'arrêtent pas à ce type d'omission incompréhensible...de nature sans doute plus idéologique que proprement culturelle.

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Car, au-delà d'Aix-en-Provence et d'Avignon, exceptées des manifestations archi marginales bien "chébrans", Arte n'a absolument rien dit des festivals de l'été 2018, allant jusqu'à escamoter (un comble ! ) la Mostra de Venise, le festival du film de Toronto et celui du cinéma américain de Deauville ! Comment voulez-vous continuer de faire confiance à une telle chaîne qui n'est plus que le fantôme d'elle-même ?
Quid de La Roque d'Anthéron ? Nada !
Quid des Vieilles Charrues ? Nada !
Quid des chorégies d'Orange ? Nada !
Quid de jazz in Marciac ? Nada !
Quid du festival interceltique de Lorient ? Nada !
Quid du festival Radio France Occitanie Montpellier ? Nada!
Quid du festival de La Chaise-Dieu ? Nada !
Quid du festival de jazz à Juan-les-Pins ? Nada !
Quid, quid, quid.... Nada, nada, nada ! Réponse quasi pavlovienne, limbique et reptilienne à l'interrogation : dis-moi, gentille Arte, as-tu consacré un reportage à ce festival ?
Ces omissions, toutes scandaleuses, qui déshonorent une chaîne se réclamant encore de la culture, sont-elle idéologiques ou leur cause est-elle juridique (pas le droit d'en montrer la moindre image...) ? Ou pire, parce que la chaîne est fauchée et ne dispose plus des moyens de sa politique, de ses ambitions désormais "bridées" ? Peut-être qu'Arte se repose à peu de frais sur les antennes régionales de France 3, censées couvrir les événements culturels hâtivement classés comme locaux...Que dire de plus ?
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Il faudrait qu'Arte cesse de nous prendre pour des imbéciles et arrête de s'adresser exclusivement au petit cercle menu des bobos convaincus d'avance. Les festivals qu'elle escamote (donc méprise par son silence éhonté et éloquent) ne sont pas des ringardises pour Français périphériques convertis à la marine bleue ou aux populismes de douteux tribuns des deux côtés du spectre politique. Ces festivals jouissent d'une notoriété internationale incontestable : de fait ils n'ont pas besoin de la promotion factice d'Arte pour fonctionner. Souvenez-vous il y a peu d'années lorsque les nouveaux édiles fraîchement élus crurent bon de rogner les subventions à telle ou telle manifestation culturelle du cru. Certains furent contraints de mettre la clé sous la porte tandis que d'autres réduisaient drastiquement la voilure. Une carte catastrophique circula sur la Toile et ailleurs. Devinez qui ne bougea pas et ne dénonça pas cette mise en danger généralisée du tissu culturel festivalier hexagonal qui accentuait la marginalisation du désert français face à la capitale Bibendum gonflée d'obésité morbide ? Même pas besoin de vous le donner en mille, de vous apporter la réponse sur un plateau d'argent ou de gloser sur la couleur du cheval blanc d'Henri IV ! Le désintérêt d'Arte pour ce qui est hors de la marge de la marge ou de l'archi chébrantude ultra contemporaine est une lapalissade, un enfoncement permanent de portes ouvertes... Parfois, cette archi chébrantude confine au snobisme abscons et abstrus, égotique, et le prolo n'y a accès ni financièrement, ni intellectuellement !
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Il est significatif qu'Arte vient de défendre (de faire la promo, dirais-je) d'un festival tout récent (il n'en est qu'à sa deuxième édition) et tardif (d''extrême fin d'été); officiellement selon elle de musique sacrée : Via Aeterna qui s'est tenu du 20 au 23 septembre 2018, donc après tous les autres, y compris la Mostra, intégralement boycottée par la chaîne... Ce festival de "musique sacrée"répondait aux critères éditoriaux d'Arte : multiculturel, éclectique et transversal, mêlant les musiques traditionnelles du monde et paraît-il la musique médiévale (dont on n'entendit pas la moindre note dans le reportage, au profit des seules polyphonies corses). Là où le bât blessa le plus, c'est lorsque ce reportage annexa Chopin à la musique sacrée, alors que le festival pianistique de La Roque d'Anthéron  venait d'être boudé en sa totalité par ladite chaîne (et d'autres), presque réduit au seul quotidien régional La Provence (ce qui l'essentialisait d'office à la manière maurrassienne ou dans le sens élitiste ultra conservateur). C'est ainsi que la culture anciennement occidentale se suicide à petit feu...
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CQFD et sans commentaire...

Prochainement : des nécrologies de l'été 2018 omises par le journal Le Monde. (photo de Frank Giroud, scénariste de bande dessinée mort dans l'indifférence générale le 13 juillet 2018).


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dimanche 19 août 2018

Ces écrivains dont la France ne veut plus 25 : Claude Seignolle.

Je n'ai pas pour habitude d'aborder dans cette série d'articles des auteurs disparus tout récemment. Je vais déroger à la règle que je me suis fixée en abordant le cas de Claude Seignolle,
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 décédé le 13 juillet dernier à l'âge vénérable de 101 ans. J'ai été scandalisé par la non-couverture médiatique de cette mort, surtout par Le Monde qui a jugé inutile de consacrer le moindre mot nécrologique à cet écrivain somme toute important en son domaine : le genre littéraire fantastique régional ou de terroir. Or, Claude Seignolle, auteur de contes et de nouvelles, a signé au moins un chef-d'oeuvre : La Malvenue. Il fut de plus un pilier de la mythique collection fantastique Marabout des années 1970, dont je possède la majeure partie des volumes parus à force d'écumer les bouquinistes depuis un quart de siècle. 
Y a-t-il eu un procès d'intention contre Claude Seignolle, l'excluant par avance de tout hommage médiatique, comme le fut avant lui un autre auteur "localiste" flirtant avec l'insolite, Jean Anglade (1915-2017), mort lui aussi plus que centenaire ? Si Jean Anglade
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 fut avant tout le chantre d'une certaine Auvergne, Claude Seignolle élargit son propos à diverses régions françaises en tant qu'auteur et folkloriste. Il naquit en Dordogne, à Périgueux, le 25 juin 1917. Il prit la succession d'Arnold van Gennep (1873-1957)
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 dans ses enquêtes ethnographiques. Il nous lègue d'innombrables contes bien troussés, composés dans une langue à la fois colorée et accessible. Je confesse n'avoir que tardivement découvert cet auteur remarquable, vers mes trente ans, au cours de ma quête de Marabout anciens. Les Contes sorciers constituèrent la première de mes lectures.
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Je me mis conséquemment à dévorer l'oeuvre de Seignolle, en même temps que celle d'un autre grand oublié de la littérature fantastique : le belge Thomas Owen (1910-2002), abondamment repris par Marabout.
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On ne compta plus chez cet éditeur ce panorama de nouvelles et de romans, ces Histoires vénéneuses, Histoires maléfiques, Récits cruels et autres Contes macabres, sans omettre bien sûr La Malvenue. Tentons d'évoquer brièvement ce dernier titre... Il parut pour la première fois en 1952. Il a constamment été réédité, assez récemment la dernière fois (2014) aux éditions de poche Libretto, filiale de Phébus.
L'intrigue de La Malvenue se déroule en Sologne, une Sologne rétro, ancienne, assez XIXe siècle, du temps où existait encore la nuit réelle, profonde, avant que l'urbanisme galopant ne pollue la planète de ses éclairages impressionnants. A côté de la nuit existe la sorcellerie, bien connue de Claude Seignolle, en qui Lawrence Durrell
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 voyait le plus grand écrivain fantastique du XXe siècle.En ce cas, pourquoi l'ignora-t-on presque complètement à sa mort ? En frontispice de certains de ses livres (les recueils de contes singuliers, notamment), Claude Seignolle apparaissait portraituré par un dessin le représentant comme un conteur du bizarre, en symbiose avec la nature, sorte de berger primitif voire d'homme-loup chamanique post-paléolithique.
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Il y eut aussi Les Loups verts, publié en 1970,
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 davantage un recueil de trois nouvelles d'épouvante qu'un essai, contrairement à ce qu'affirme l'article de Wikipedia, recueil fondé sur le vécu personnel de l'auteur sur fond de seconde guerre mondiale et d'atrocités nazies. L'illustration de couverture de Marabout était explicite, les SS étant assimilés à des loups-garous.  N'oublions pas non plus Les évangiles du Diable qui s'inscrivent dans l'illustre lignée de Frédéric Soulié (Les Mémoires du Diable)
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 et d'Ambrose Bierce (Le Dictionnaire du Diable).
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Enfin, outre le conteur fantastique, nous ne pouvons négliger le compilateur, l'assembleur et l'enquêteur ethnographe héritier de Van Gennep et contributeur d'anthologies dignes de la collection Merveilleux des éditions José Corti (qui croisent le géographique et le thématique). Il y eut dans les années 1990 des recueils classés par régions, édités par Omnibus et France Loisirs (Contes, récits et légendes des pays de France). Son éditeur de prédilection fut Maisonneuve & Larose. Ainsi, j'acquis en 2001 une nouvelle édition  des Promenades à travers les traditions populaires languedociennes des Cévennes à la mer.
Quittons-nous là en espérant que justice sera rendue à Claude Seignolle et que son nom pourra survivre.


Prochainement : ces festivals estivaux 2018 qu'Arte n'a pas couverts.

jeudi 12 juillet 2018

Alan Bridges, cinéaste maudit ?

Je souhaite débuter ce texte par des préliminaires iconographiques. Il s'agira d'une comparaison entre deux affiches de films. Cela certes déjà été fait en 1990, et je dois confesser que c'est cette même comparaison, parue alors dans le mensuel de cinéma Première, qui m'imposa d'acquérir la VHS de l'unique film d'Alan Bridges que j'ai pu voir à ce jour : La Méprise  (The Hireling) (1973) palme d'or ex-aequo avec L'Epouvantail de Jerry Schatzberg. La cassette du film d'Alan Bridges parut d'ailleurs dans une collection consacrée aux palmes d'or chez un éditeur aujourd'hui disparu : Fil à Film, qui déposa le bilan en 1993. 
Première effectua un rapprochement entre l'affiche de  La Méprise et celle de Miss Daisy et son chauffeur de Bruce Beresford, qui venait de sortir en salles, leur trouvant une similitude troublante.
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Ce qui unit les deux affiches, c'est le rétroviseur intérieur, sinon, les différences sautent aux yeux.
Né le 28 septembre 1927 à Liverpool, comédien de formation à la prestigieuse Royal Academy of Dramatic Art (RADA), d'où sortit, par exemple, un de ses contemporains tout autant décrié par la critique française, Richard Attenborough (1923-2014), mais aussi scénariste et enfin réalisateur, y compris de téléfilms (ce qui n'est pas selon moi, déshonorant), Alan Bridges fut un enterré vivant du cinéma, notamment dans l'Hexagone. Il fut promptement occulté par les nécrologies françaises, notamment celles du Monde quand il passa de vie à trépas le 7 décembre 2013. On le considéra comme un sous James Ivory d'un académisme puant. On voua aux gémonies sa palme d'or usurpée, imméritée... On comprend la raison pour laquelle l'intégralité de la filmographie d'Alan Bridges demeure invisible à la télévision.
Je me contenterai d'une liste succincte d'oeuvres, excluant les créations télévisuelles de l'intéressé (dont une adaptation des Misérables remontant à 1967, contemporaine des Habits noirs de l'ORTF, qui firent autant date que Rocambole trois ans auparavant). On constatera à cette liste que les réalisations d'Alan Bridges furent peu abondantes (moins que celles de James Ivory, auquel on peut le comparer) et qu'il jeta précocement l'éponge, peu après le sabordage de La partie de chasse. La liste de la base de données du site IMDb s'avère plus complète que celles fournies par les articles anglais et français de Wikipedia. Il est intéressant de noter que Frank Finlay interpréta Jean Valjean dans les misérables. Après deux galops d'essai avec un polar Act of murder (1964) et une série B de science-fiction, Invasion en 1965, Alan Bridges continua de se vouer essentiellement à la télévision, où il officiait depuis 1961 dans des séries (parfois en tant qu'auteur d'un seul épisode) et des adaptations littéraires en costume dont je ne puis juger de la qualité, vu qu'elles sont tout aussi invisibles que le reste. Act of murder semble être une exploitation en salles de l'épisode des adaptations d'Edgar Wallace qu'il tourna. On peut considérer La Méprise en 1973 comme le premier film de cinéma sérieux d'Alan Bridges, bénéficiant d'emblée d'une sélection cannoise. Malheureusement, ce film ne sera suivi que de cinq autres :
- Out of season (1975) ;
-  Age of innocence (1977) ;
- La petite fille en velours bleu (1978) ;
- Le retour du soldat (1982) ;
- La partie de chasse (1985).
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Un dernier projet, Apt pupil (une adaptation de Stephen King ! ) fut abandonné.
De fait, peut-être que le désintérêt français envers Alan Briges peut s'expliquer par le mépris exprimé envers celles et ceux qui oeuvrent avant tout en tant que "téléastes".
Qu'en est-il à la parfin de cette fameuse Méprise  dont désormais tout le monde se gausse ?  Il s'agit d'une adaptation littéraire d'un roman de Leslie Poles Hartley (1895-1972), inconnu au bataillon chez nous. Il est amusant de savoir qu'un autre de ses romans, The Go-Between (Le Messager) fut adapté deux ans auparavant par Joseph Losey et reçut également la palme d'or... De là à faire de cet auteur une machine à palmes... Adonc, nous avons Lady Franklin (Sarah Miles), une aristo veuve et dépressive, dans les années 1920-1930 et son chauffeur de maître à la Rolls superbe, Steven Lebdetter (le fameux Robert Shaw, décédé prématurément à la fin des années 1970). Il y a les rapports maître-serviteur, le fossé social d'un monde anglais so british et archi hiérarchisé et corseté, les non-dits amoureux (le chauffeur aime sa maîtresse mais ne peut assouvir cet amour impossible du fait de sa naissance humble), la névrose etc. Un monde d'après première guerre mondiale, d'avant l'Etat Providence, encore sous l'emprise des pesanteurs victoriennes qui commencent toutefois à se fissurer timidement. La Méprise est un film d'atmosphère, d'ambiance, de non-dits, de silence, de sentiments inavouables. Steven est un mâle, une brute au coeur tendre, un ancien boxeur (une séquence géniale de noble art vaut le détour dans ce film remarquable désormais ignoré pourtant digne du meilleur Ivory). Lady Franklin doit se remarier avec un officier : elle repousse les avances de Steven, fossé de classe oblige. Le chauffeur préfère noyer sa déception dans l'alcool et choisit le suicide symbolique et lourd de sens de la Rolls qu'il fracasse contre un mur, détruisant du même coup le garage. Tout cela a fait un film injustement oublié et invisible...
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Il me faut à présent évoquer, même sommairement, puisque je n'ai jamais pu les voir, les autres films d'Alan Bridges. Parlons d'abord de La Petite Fille en Velours bleu, invisible à la télé française depuis 1982. Je confesse ne pas avoir regardé ce long métrage à l'occasion de son unique diffusion télévisée hexagonale, ayant considéré qu'il s'agissait là d'une oeuvre ennuyeuse et culturellement pointue, au rythme lent, plus pointue d'ailleurs que les programmes actuels d'une Arte de plus en plus surfaite par rapport à sa conception originelle... La Petite Fille en Velours bleu appartient, par sa thématique centrale, à cette catégorie de films maudits condamnés à l'invisibilité, comme Tessa la nymphe au coeur fidèle avec Joan Fontaine.
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L'atmosphère du film rappelle quelque peu Stefan Zweig. Ce long métrage consacré aux amours interdites entre un homme mûr et une adolescente dans un contexte de Mitteleuropa est sans doute définitivement confiné dans l'enfer du 7e art. Il obtiendra peut-être un jour le qualificatif de "film perdu", si l'on ne fait rien à son sujet... La présence d'interprètes aussi illustres que Michel Piccoli et Claudia Cardinale ne change aucunement la donne.
J'abandonne à regret cette Petite Fille à son triste sort (ou destin) d'opus déchu pour me consacrer à l'évocation de l'ultime rôle de James Mason, à savoir cette fameuse Partie de Chasse tout autant oubliée...
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Il s'agit d'un requiem pathétique, d'un chant funèbre filmique, de funérailles d'une société condamnée à la veille du premier conflit mondial. Cette dimension, digne de James Ivory, ne fut perçue ni par les critiques, ni par les distributeurs, qui réduisirent La Partie de Chasse à une scandaleuse confidentialité, condamnant ce long métrage à l'impossibilité de toute diffusion à la télévision française. Je n'ai pu en visionner que quelques rares extraits en version originale non sous-titrée sur la Toile... La qualité classique était au rendez-vous, à ce que je pus en juger, comme pour La Méprise avec laquelle le cinéaste renouait en quelque sorte, écho nostalgique d'une carrière fichue...
Cependant, j'approche du terme de mon discours, de mon panégyrique, et j'exclus de celui-ci les fictions inédites chez nous de cet auteur méprisé et oublié. Alan Bridges n'est pas le seul réalisateur, loin s'en faut, à ne pas avoir eu droit à la moindre ligne nécrologique dans Le Monde. Ce mois même, Moshe Mizrahi, qui fut pourtant honoré de l'oscar du meilleur film étranger en 1978 pour La Vie devant soi, vient d'en faire l'amère expérience posthume.
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Sic transit gloria mundi...

Prochainement : retour de la série consacrée aux écrivains dont la France ne veut plus avec un décédé tout récent : Claude Seignolle.
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samedi 30 juin 2018

Ces documentaires que Télérama oublie souvent de critiquer.

O tempora, o mores ! (Cicéron : Catilinaires)

Qui aime bien, châtie bien. (adage traduit du latin)

Je souhaite déboulonner toutes ces statues officielles iconiques, comme j'aime à éreinter ces médias officiels ayant pignon sur rue, lorsqu'ils expriment ce que je réprouve et véhiculent des idées reçues médiocres. (le Polémiste Inconnu du XXIe siècle).

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Un sur trois... Ainsi pourrais-je résumer la manière dont Télérama, ce magazine culturel et télé tracassier, a traité l'ensemble du triptyque documentaire qu'Arte consacra fin avril-début mai 2018 à Karl Marx. Trois documentaires ou docu-fictions ! C'est inespéré et merveilleux lorsque l'on sait que Claude Debussy dut se contenter d'Arte concerts en ligne et de trois minutes dans un documentaires sur les impressionnistes et le japonisme ! Pour Charles Gounod, dont le bicentenaire de la naissance eût dû occuper nos a-médias (ah, combien ce préfixe privatif est justifié depuis 1986 !), ce fut bien pis : Arte concerts seule, et basta ! Si Karl Marx avait été français, Arte n'aurait rien fait sur lui... 
Adonc, la chaîne autrefois de référence des alternatives au PAF putréfié issu du 16-mars 1986, proposa un trio documentaire bienvenu commémorant le bicentenaire de la naissance du philosophe-économiste, né à Trèves le 5 mai 1818. Il s'agissait de : 
- Karl Marx penseur révolutionnaire, docu-fiction de Christian Twente (diffusion le 28 avril 2018 à 20h50) ;
- De Marx aux marxistes, documentaire de Peter Dörfler (diffusion le 28 avril 2018 à 22h20) ; 
- Le phénomène Karl Marx,  documentaire de Torsten Striegnitz et Simone Dobmeier (diffusion le 2 mai 2018 à 22h20).
Remarque n° 1 : aucun de ces documentaires n'était français, ce qui ne fait que renforcer le fossé entre la partie française d'Arte et sa partie allemande, la partie française ayant de plus en plus tendance à restreindre la place du passé antérieur (non XXe-XXIe siècles) dans ses programmes, place désormais réduite à quelques figures consensuelles culturo-basiques comme Rodin, Delacroix ou les impressionnistes.
Remarque numéro 2 : seul le premier de ces documentaires eut droit à la première partie de soirée, ce qui confirme que Marx est un sujet trop ardu, non générateur d'audience, en une chaîne désormais aussi contaminée par l'audimat que les autres. 
Remarque numéro 3 : ce même documentaire-fiction, avec l'excellent Mario Adorf
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  dans le rôle du père du marxisme, fut le seul du triptyque "marxien" d'Arte à avoir droit à un article critique (et bon) dans Télérama.
Remarque numéro 4 : des signes de résistance culturelle à la médiocrité se multiplient sur le net, en particulier sur des plates-formes vidéos que je ne nommerai pas, que les inquisiteurs de la chasse à l'illégalité "auteuriste" ne parviennent plus à réprimer, interdire, parce qu'intimement, ces mêmes inquisiteurs savent à quel niveau mainstream chébran la culture générale est en train de tomber. Conscients de cette médiocrité culturelle dans laquelle nous sombrons, ces "résistants" d'un nouveau genre essaient, comme Cassiodore au VIe siècle, de sauver, préserver ce qui peut encore l'être : ils et elles mettent massivement en ligne gratuitement, au grand dam de nos juristes spécialisés dans la propriété intellectuelle, toutes les archives culturelles (en particulier philosophiques et littéraires) de l'Ina et de France culture. Ces cyber Cassiodore
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 ne sont pas pour moi des hors-la-loi, loin s'en faut. Ils et elles ne font qu'exprimer un ras-le-bol culturel vis à vis des médias institués abandonnés à la chébrantude. Je les applaudis avec chaleur.
J'ajouterai une remarque supplémentaire : en visionnant, par exemple, les vidéos de la défunte émission Un siècle d'écrivains, je réalise d'une part qu'en 2018, un projet similaire serait impossible à entreprendre, y compris sur Arte, et d'autre part, que la perte de Bernard Rapp, qui dirigea cette collection éminente, représente une catastrophe culturelle irrémédiable. Il est singulier de constater la coïncidence, la concomitance, entre le décès de Bernard Rapp, survenu le 17 août 2006 et le virage pop d'Arte avec les summer of... 
Pour en revenir au traitement critique partiel (et partial ?) des documentaires par  Télérama (que je continue de lire, tant le reste de la presse tourne au torchon facho ou people) et refermer cette parenthèse digressive, multiplions les exemples. 
Si vous achetez chaque mercredi cet hebdo culturel-télé, et que vous vous attardez aux articles consacrés aux programmes, vous constaterez, par exemple, que Télérama oublie presque systématiquement de consacrer la moindre ligne aux documentaires scientifiques ou archéologiques que France 5 diffuse le mardi soir. Mépris ? Manque de temps des rédacteurs-trices journalistes qui vont au plus pressé et à ce qu'ils ou elles jugent plus familier ? 
Les choses deviennent plus graves avec le documentaire qu'Arte a consacré à l'expo du Musée d'Orsay sur les pays baltes, pour le centenaire de leur indépendance. Quoiqu'il fût remarquable, notre hebdo s'en ficha comme d'une guigne. Diffusé mi avril, ce film, d'une haute qualité, s'intitulait Les Âmes baltes, et rendait compte avec brio de cette exposition en cours au Musée d'Orsay, véritable découverte dépaysante faisant pour une fois réellement avancer notre connaissance en Histoire de l'Art. Quand on veut l'excellence, on le peut.
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Télérama, hélas, tend à récidiver parfois dans son silence sur d'autres docus d'art non contemporain. Fait tout autant impensable, alors qu'il s'agit d'un de nos peintres fétiches les plus populaires, Télérama n'a pas pipé mot du documentaire de la Galerie France 5 Le dernier Monet, les nymphéas et l'Amérique, diffusé le dimanche 22 avril 2018, en lien avec l'exposition du Musée de l'Orangerie Nymphéas. L’abstraction américaine et le dernier Monet.
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 Incroyable mais vrai ! Je pourrais aisément multiplier les exemples hebdomadaires, et je finirais par me perdre en cours de route. Tous ces constats multipliés indéfiniment illustrent le déclin culturel continu - pas ici celui de la télévision, mais celui de nos journalistes de presse qui ne sont plus capables de remarquer l'émission importante au profit des infinis copiés-collés critiques consacrés parfois à la trentième ou quarantième diffusion en moins d'un demi-siècle d'un même film pseudo-classique du cinéma . Pire que l'éternel retour ou le temps cyclique des Mayas !
Télérama cautionne ainsi les absences criantes d'émissions sur Octave Mirbeau (pour en revenir à un sujet non pas éculé, mais typique de notre état culturel), Claude Debussy, Lili Boulanger
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 ou Charles Gounod ou encore sur les révolutions de 1848. Non seulement, la rédaction de cet hebdo qui baigne dans la post-culture issue des destructions iconoclastes des zélotes ultras de Pierre Bourdieu (qui n'a jamais écrit qu'il fallait cesser de transmettre la culture antérieure) trouve tout à fait normale la non initiative du service public et d'Arte dans ces domaines-là, mais elle ne se pose même pas la question de la gravité devenue ordinaire de tels faits. A moins que Télérama applique les écrits de George Steiner à la lettre : pourquoi parler encore d'une culture "classique" qui fut impuissante à prévenir la Shoah ?
Je passe le cas particulier de Stéphane Bern et de ses Secrets d'Histoire, souvent vilipendés, quelquefois tolérés (c'est le cas du prochain Blanche de Castille).

Prochainement : Alan Bridges, cinéaste maudit ?

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samedi 16 juin 2018

Ces écrivains dont la France ne veut plus 24 : Germaine Acremant.

Les mois d'août et septembre 1986 furent parmi les plus catastrophiques sur le plan du traitement télévisuel des nécrologies de personnalités. Le système était en cours de basculement dans le PAF ultra commercial, et le traitement des infos lors des pseudo-messes de 20 heures commençait à grandement en souffrir, notamment dans l'international, la culture, et les décès de personnes plus ou moins connues. Depuis les élections législatives de mars, la préférence pour les morts les plus médiatiques ou jugés comme tels prenait chaque jour davantage le dessus, condamnant à la suppression des fameuses brèves nécrologiques (annonce rapide du décès avec nom, âge, fonction de la personnalité et photo d'archive) dont, par exemple, avait bénéficié l'académicien André Chamson en 1983. 
La moisson d'août-septembre 1986 fut conséquemment scandaleusement maigre, se réduisant, pour le premier mois, à deux annonces le tout dernier jour (l'ancien président de la République finlandaise Uhro Kekkonen
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/e0/Urho-Kekkonen-1977.jpg
 et le sculpteur britannique Henry Moore) et pour le second à Jacques Henri Lartigue,
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 le fameux photographe et... au frère d'Alain Prost, le pilote de formule 1, décès inapproprié, d'ordre strictement privé et familial ! Il est vrai que l'impétrant était un ami et soutien du premier ministre de l'époque...
Or, à cause de cette dénécrologie aninformationnelle désormais instituée, de ce touchage de fond, trois écrivains furent justement escamotés par nos anti-infos télé en août 1986 : Raymond Abellio,
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 Joyce Mansour
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 et Germaine Acremant. C'est de cette dernière que je compte vous parler aujourd'hui. 

Germaine Acremant, justement décédée à Neuilly-sur-Seine dans l'indifférence terminale le 24 août 1986, était née à Saint-Omer le 13 juin 1889. On tend à la considérer abusivement comme l'auteure d'un seul livre : Ces Dames aux Chapeaux verts publié en 1922. 
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Paradoxe : Germaine Acremant n'acquiert quelque importance qu'en lien avec sa non-importance dans l'histoire de la littérature.
Elle renforce le préjugé selon lequel les femmes écrivains  seraient en majorité des écrivaines mineures ne méritant pas qu'on s'attarde sur elles. Elle serait morte avant le 16 mars 1986 que sa disparition eût été annoncée à la télévision, telle Madame Simone
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 décédée l'année précédente tout comme Paul Géraldy, parti en 1983,
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 autre auteur mineur qui eut la "chance" de nous quitter avant l'effondrement du traitement des nécrologies aux actualités. Le 16 mars 1986 fut donc néfaste en tout pour la mémoire des morts mineures ou minorées.
Si Jean Tourane,
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 le père de Saturnin le canard, anticipa le mouvement des dénécrologies (puisqu'il nous quitta dès le 24 mars 1986, dans l'indifférence), ce phénomène s'accentua et devint flagrant dès le mois de juin suivant, avec les omissions du compositeur Maurice Duruflé, du grand historien de l'Antiquité Moses Finley et du documentariste Mario Ruspoli, auquel on devait pourtant un encore récent (à l'époque) et remarquable documentaire en quatre parties, qui fit alors date : L'Art au Monde des Ténèbres (1983).
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Mais revenons à Madame Acremant, quelle que soit sa "non-importance" littéraire... Le succès de Ces Dames aux Chapeaux verts, lors de la parution du roman en 1921 fut indiscutable et procura quelque notoriété à l'auteure qui fut récompensée par la Société des Gens de Lettres et reçut aussi le prix Nelly Lieutier. Edité chez Plon, comportant 300 pages, il s'agit d'une satire de la vie de province. Germaine Acremant se moque de sa ville natale, Saint-Omer, dans le Pas-de-Calais. Certaines personnes crurent se reconnaître parmi les personnages. Le récit est au présent de narration, comme par exemple Claudine à l'école de Colette et Willy et Le Voleur de Georges Darien. Certains objecteront que la satire est gentillette, que Germaine Acremant n'a pas le talent de Colette et l'acidité de Georges Darien, et surtout qu'il s'agit d'une écrivaine démodée et surannée dont ils n'ont pas à se soucier outre mesure. Quand on prend la peine d'effectuer des recherches sur Germaine Acremant, on se rend compte qu'on ne peut la réduire à ces seules Dames aux Chapeaux verts, même si le succès de ce roman suscita plusieurs adaptations au cinéma, au théâtre ou même à la télévision (en 1979 avec Odette Laure et Micheline Presle dans la série Les Amours de la Belle Epoque).
Germaine Acremant sut décrire cette bourgeoisie de province étriquée du Pas-de-Calais, un monde qui, comme celui de Marcel Proust, courait vers sa disparition et dont la désuétude, la déréliction, voire la fossilisation, à l'orée des années folles, était déjà flagrante. Comme Willy au début de la carrière de Colette, son époux Albert Acremant (1882-1942), qui collabora avec Vincent Scotto,
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 fut une sorte de co-auteur, ce qui cependant n'ôte pas le mérite de sa femme. Tous deux tirèrent du roman une comédie à succès.
Par ailleurs,  Germaine Acremant ne cessa pas d'écrire, presque jusqu'à son dernier souffle, publiant une trentaine d'ouvrages de La Hutte d'Acajou en 1924 au Monsieur de Saint-Josse (1983), en passant par Gai ! Marions-nous ! qui obtint le prix national de littérature en 1927 et la suite de ces "Dames", Chapeaux gris, chapeaux verts (1970 : il fallait être culotté pour imaginer une suite à un roman déjà daté en pleine France pompidolienne post-mai-68 !). Toutefois, Madame Acremant ne retrouva jamais le succès de son premier livre. Elle passa sa carrière littéraire à inlassablement ressasser le tableau de cette France du Nord, de Saint-Omer,
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 d'Etaples, de Boulogne, du Touquet, de la Flandre proche et de l'Artois, sans jamais innover par sa plume tout en conservant son humour.
Il est des écrivain(e)s d'un temps, d'un lieu et des écrivain(e)s de tous les temps, voués à l'éternité et à l'universalité. Ne négligeons pas les premiers... Ils et elles peuvent receler des perles littéraires...

Prochainement : ces documentaires que Télérama oublie souvent de critiquer.                                                                         

samedi 2 juin 2018

Ces peintres dont on ne veut plus 4 : Fantin-Latour.

S'il faut que je dissimule ces vérités, qu'on m'apporte la ciguë. (Robespierre)

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Heureusement qu'il existe des ressources vidéo sur Internet lorsque notre télé défaille et s'oublie, sans parler de la presse écrite pas toujours présente non plus... Je salue ici le travail de la chaîne You Tube Scribe Accroupi, qui permet d'avoir un petit aperçu de quelques minutes (en 2 D, hélas !) des expositions négligées par nos a-médias, chaîne du net qui pallie l'absence des caméras des chaînes officielles de l'ex étrange lucarne en tel ou lieu culturel emblématique non axé sur le tout contemporain. Ainsi, grâce à Scribe Accroupi, j'ai pu goûter aux expos tant dénigrées du Louvre Lens sur les frères Le Nain ou Charles Lebrun, mais aussi à cette fameuse rétrospective monographique sur Henri Fantin-Latour (1836-1904), rétrospective qui se tint au musée du Luxembourg sous le titre Fantin-Latour à fleur de peau du 14 septembre 2016 au 12 février 2017. Le site du musée du Luxembourg a judicieusement mis l'accent sur le fait qu'il s'agissait là de la première exposition importante consacrée à ce peintre depuis...celle de référence des Galeries nationales du Grand Palais en 1982 !  Le documentaire de la collection "Les Grandes Expositions" qui traita de Fantin au Grand Palais n'est disponible que pour les professionnels de l'audiovisuel ou les chercheurs sur Ina MEDIAPRO.
Il est inutile de rappeler (ceci étant une litote) combien nos a-médias s'empressèrent fort peu de rendre compte de l'événement du musée du Luxembourg (certes, il y eut un hors série Découvertes Galllimard) : beaucoup firent l'impasse, d'autres comme Télérama lui accordèrent une attention médiocre et une note faible, car, pour cet hebdomadaire tracassant, Fantin n'est qu'un peintre rébarbatif et répétitif, qui a trop exécuté des oeuvres florales de commande. Autre fait significatif du désamour dont il souffre : rien n'eut lieu en son honneur en 2004 à l'occasion du centenaire de sa disparition (rien non plus en 2003 sur Pissarro, considéré comme trop anarchiste et qui dut patienter jusqu'en 2017 pour que nos institutions muséales se penchassent enfin sur son cas passionnant). Une fois, j'entendis à la télé (quelle chaîne ?, je ne sais plus) un jugement péremptoire qualifiant Henri Fantin-Latour de peintre académique, jugement qui se répéta à l'encontre de Maurice Denis sur lequel je compte un jour revenir dans cette série d'articles. 
En 1982 puis dans la première mouture du musée d'Orsay, il n'était point question de rattacher Fantin à l'académisme des Gérôme, Cabanel, Bouguereau, Meissonier ou Laurens.  Depuis les années 1980, on a dévalué, déclassé Fantin et sa présence à Orsay a été réduite et dispersée, comme j'ai pu le constater de visu en 2012.  Les premières années d'Orsay, Fantin-Latour avait droit à des salles à lui seul... Outre les portraits de groupes bien connus, la famille Dubourg y était particulièrement mise à l'honneur.
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C'est simple : on ne peut évoquer Fantin qu'allusivement dans les documentaires consacrés à Delacroix à cause de son fameux Hommage tout comme Baudelaire devenu lui-même allusif dans l'allusion à Fantin via le grand peintre orientaliste engagé. 
En ce cas, tout documentaire sur Paul Cézanne devrait allusivement évoquer Maurice Denis par le truchement de son Hommage.
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J'aime particulièrement Fantin-Latour à cause de sa belle-soeur Charlotte Dubourg, dont je fis une héroïne de roman dans Aurore-Marie ou une étoffe Nazca (e-book paru en 2013 aux éditions de Londres : livre à recommander). En outre, le musée des Beaux-Arts de Lyon possède une toile remarquable, La Lecture, qui m'a fourni l'argument de départ de mon livre.
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La question mérite qu'on la pose : peut on avoir le béguin, s'amouracher d'une femme du passé à la manière du célèbre roman de Richard Matheson Le Jeune Homme, la Mort et le Temps ? Je répondrai oui sans nulle hésitation. Je me souviens être demeuré longtemps en admiration devant ce portrait de Charlotte Dubourg assise de 1882 lorsque je vins pour la première fois au Musée d'Orsay,  
Autrefois (c'est il y a assez longtemps) on associait Fantin-Latour aux impressionnistes, sans toutefois le rattacher au mouvement. Disons qu'on privilégiait de lui la vision d'un peintre d'avant-garde, indépendant des courants, au style personnel, expert en portraits de groupes de ses contemporains. Pour Fantin, les références explicites étaient Delacroix et Wagner (dans l'admiration pour les deux et l'allégorie musicale pour le second) et l'implicite (dans la touche) dans la peinture hollandaise, surtout Rembrandt. Fantin-Latour, adepte du flou artistique de haute qualité, se démarqua nettement des dogmes académiques, et n'appartint d'ailleurs jamais à l'Institut, au contraire d'un Maurice Denis et d'un Vuillard, membres tardifs de l'Académie des Beaux-Arts. Il est significatif que l'opinion en Histoire de l'Art tend à rejeter les peintres répétitifs (Fantin, Maurice Utrillo, Georges Mathieu par exemple) ou ceux dont l'oeuvre tardive ou mature se caractérise soit par une volte-face plus ou moins prononcée (Derain, Vuillard,
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 Denis etc.) soit par une stabilisation du style au détriment du renouvellement de l'inspiration et de la créativité (Renoir, Vlaminck, dont la rétrospective de 2008 au Luxembourg s'arrêtait significativement en 1915), bien que cette idée reçue, à propos du Renoir terminal notamment, soit désormais battue en brèche.
En raison de ses affinités stylistiques et thématiques étroites avec son époux, la production de Victoria Dubourg (1840-1926) est encore plus délaissée que celle de Fantin (à, ces bouquets et vases de fleurs à foison !).
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Un non-expert ignorant, si l'on gommait la signature des toiles de Victoria, aurait du mal à lui attribuer tel ou tel tableau, tant son oeuvre ressemble jusqu'à la symbiose à celle de son mari !
Mais il a existé un Fantin coquin et licencieux, comme Degas ou Turner, et c'est la découverte principale et le grand mérite de l'expo du Luxembourg qui parvint à casser l'image trop lisse, raisonnable et figée du peintre.
Espérons qu'une révision du regard à son égard permettra à Henri Fantin-Latour de retrouver toute sa place dans l'Histoire de l'art : un original, un indépendant, qui fut sensible à la modernité des années 1860-1880. Ne peignit-il pas dans ses groupes Rimbaud, Verlaine, Baudelaire et Chabrier ?
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Prochainement : retour de la série d'articles autour des écrivains dont la France ne veut plus avec Germaine Acremant.
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