A propos du livre pour
le Café Littéraire du jeudi 28 mai 2026
« L’enfance d’un chef » de J.P. Sartre, présenté par R. Colozzi
L'Enfance d'un philosophe et... même plus,
Naissance à Paris, le 21 juin 1905 de Jean-Paul, Charles, Eymard Sartre, baptisé le 20/07 suivant à N.-D. de Grâce de Passy.

Beaucoup d'éléments de cette enfance, même
et surtout si l'on se réfère au début de son autobiographie dans Les Mots (1963), laquelle fait
l'unanimité de la critique pour son style parfait et ses analyses intro et
rétrospectives.
Sartre est issu d'une famille de la grande bourgeoisie, qui compte des
catholiques, des protestants originaires du Périgord et d'Alsace (il est le
petit cousin d'Albert Schweitzer).

À 2 ans, il devient orphelin de père et vers 1909, à 4 ans il apprend à lire en
déchiffrant Sans famille d'Hector Malot. "Poulou", petit Rémi du roman
de notre enfance !
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Entre 5 et 7 ans, il vit d'intenses angoisses de mort
confinant à une authentique névrose. Ces pages restent saisissantes.
Vers 7 ans, il lit Mme Bovary, Corneille, Rabelais, La Fontaine, Voltaire, Hugo : "... rien ne me parut plus important qu'un
livre", ou encore : " J'ai
commencé ma vie comme je la finirai sans doute : au milieu des livres", écrira-t-il.
1915, " Jusqu'à 10 ans, je restai seul entre un vieillard -mon
grand-père - et deux femmes." Et en
octobre "Poulou" entre en 6ème au lycée Henri IV, puis après deux ans
au lycée de La Rochelle, il rentre à Louis-le-Grand et en 1924 (19 ans) à
l'E.N.S., où il sera reçu 1er à l'agrégation de philosophie en 1929, ex-æquo
avec Simone de Beauvoir. Déjà !
Après un début de carrière d'enseignant au Havre, Laon, Neuilly, "Pasteur, Condorcet", il se consacre, à la Libération, au journalisme (Libération), à la philosophie et la littérature militantes essentiellement.
Sartre va produire des essais : L'existentialisme est un humanisme (1946), des romans : La Nausée (1938), Les Chemins de la liberté (1945), des pièces de théâtre, de moins en moins jouées en France : Les Mouches (1942), Huis clos (1944), La P... respectueuse (1946), Les Mains sales (1947), Le Diable et le Bon Dieu (1951), Les Séquestrés d'Altona (1959) ; des nouvelles enfin, comme celles réunies dans Le Mur (1939), dont L'Enfance d'un chef, considérée comme l'un de ses chefs-d’œuvre du point de vue strictement littéraire : satire vive, méchante et affirmée, des mœurs bourgeoises de l'époque.

Philosophe et journaliste très engagé politiquement,
Jean-Paul Sartre fut et est très discuté par les uns, beaucoup admiré par
les autres. Ses "ruptures" avec Raymond Aron et surtout Albert Camus
sont restées inoubliables.
Et c'est en toute logique personnelle qu'en 1964, il refusera le prix Nobel,
faisant valoir que foncièrement pacifiste - mais pas pour tout le
monde...- il ne pouvait associer son nom
à celui de l'inventeur de la dynamite... Merci pour les bâtisseurs d’autoroutes
!
Nota bene : Toutefois, pour tout "comprendre" de ce "chef" philosophique, voire de son enfance, lire (ou relire) avant tout ou simultanément son autobiographie : Les Mots (200 p.), déjà citée, non pas seulement d'un conteur mais aussi et surtout d'un penseur foncièrement introspectif, limite dérangeant. Les mœurs et la politique remontent à... déjà longtemps ! Rien de très nouveau sous le soleil, et même celui de Satan, aurait dit Bernanos. Qu’on peut relire aussi,... accessoirement.
Roger Colozzi.