lundi 9 décembre 2024

Café littéraire : Mo Yan. Beaux seins, belles fesses. 2001

 Par Dominique Jules.
















Ce roman rural et familial, touffu, balaie sur plus d’un demi-siècle les existences des parents et enfants de la famille de Lushi et de son seul fils, bâtard, Jintong. Le destin romanesque de ces personnages couvre plus de cinq décennies de l’histoire de la Chine, périodes troubles et troublées ;

ou plutôt ils sont traversés par les épisodes historiques et politiques de cette partie du XXe siècle, car ils n’ont aucune prise sur eux, ils sont ballottés par des événements qui retentissent sur leurs vies sans qu’ils puissent les maîtriser en aucune façon.

Si un connaisseur de l’histoire de la Chine peut se repérer, et si le lecteur français se trouve en mesure de dater approximativement le déroulement de l’action, entre 1939 et 1993,

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 avec dans la 7e partie un retour en arrière aux années 1900 à 1938, c’est grâce aux notes fournies par les traducteurs qui donnent quelques jalons. Quant à Mo Yan, il évite de désigner clairement les événements qui surviennent, y compris les changements de régime. Il ne s’attache qu’à leur retentissement et aux conséquences sur la vie quotidienne des gens du peuple dont il évoque l’existence. Car Beaux seins, belles fesses se place délibérément du côté des petites gens, dont Mo Yan est lui-même issu, et plus précisément du côté des paysans, des ruraux, quel que soit leur devenir et leur destin ultérieur. Cette saga chinoise s’occupe de ceux qui subissent l’histoire sans la faire.

 Mo Yan - Wikipedia

Si elle relate les destinées variées de la famille Shangguan, elle inclut aussi des micro-histoires,

des anecdotes, des portraits, qui peuvent tendre au conte, à la nouvelle, tantôt sur un mode réaliste,

tantôt en lorgnant du côté du genre fantastique, tantôt sur un ton grotesque ou bouffon. Car Mo Yan est aussi doué et se trouve aussi à l’aise dans la composition d’un roman fleuve comme Beaux seins, belles fesses que pour l’écriture de textes brefs : son oeuvre littéraire compte d’assez nombreuses nouvelles.

L’une des particularités de l’agencement de Beaux seins, belles fesses, c’est l’indétermination des narrateurs et leur mélange étrange, qui peut rendre la lecture quelque peu malaisée à l’occasion.

C’est ainsi par exemple qu’au chapitre 10 intervient un « je », qui s’avère être le bébé de sexe masculin, qui raconte des événements d’avant sa naissance. D’autres qu’il relate ensuite appartiennent bien à son vécu mais à un âge dont il ne peut guère avoir le souvenir. De même dans la septième partie, qui revient sur le passé de Lushi et la conception de ses neuf enfants, le « je » est clairement inapproprié, puisque Jintong n’était pas né ; or il relate des moments intimes, qu’il n’a pu connaître ni se faire raconter. Comment expliquer ces incohérences, volontaires de la part du romancier ? À chaque lecteur de se faire une opinion : un beau sujet de discussion… Mo Yan multiplie d’ailleurs les sauts du « je » au « il », du narrateur protagoniste au narrateur omniscient, tout au long du roman, comme dans le premier paragraphe du chapitre 52, où sur deux phrases successives, on passe de « je » à « Jintong ». Voir aussi pages 787 ou 795.

Semblablement, le lecteur est parfois transporté d’une époque à une autre, soit dans passé soit dans l’avenir, par des analepses qui prennent une tournure prophétique. Ainsi par exemple l’auteur signale dès la première rencontre de Laidi et Sha Yueliang qu’il deviendra son mari. En bousculant la chronologie et en brouillant les voix narratives, Mo Yan, partagé entre hommage et réprobation, porte un regard subjectif sur un pan d’histoire de son pays, dresse un panorama assez intemporel par la collusion des époques et des moments de vies de ses personnages, somme toute attachants en dépit de leurs défauts, manies, tares, perversions.

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Pour avoir une esquisse d’explication sur le titre du roman, il convient de se reporter à la page 163 et pour la moitié qui concerne les seins, à la page 785, qui manifeste clairement, certes sur un ton de propagande publicitaire et d’éloge ambigu, l’importance de la femme dans l’humanité et dans cette partie du monde qu’est la Chine.

Sur ce point, le texte d’un lecteur attentif, disponible sur Internet, apporte un éclairage roboratif :

voir en PJ.

Dominique JULES

vendredi 22 novembre 2024

Gabriel Fauré : un centenaire réduit au service minimum.

Un homme sans culture, tel un chat sans moustaches, se sent perdu (auteur inconnu).

Ne me parlez plus de ce musicien salonard, de ce moustachu vénérable et neigeux dont les morceaux suscitent des épidémies de bâillements ! Fauré, c'est ce vieux bonhomme barbant, ce parangon de chlorose "Belle-Epoque" où l'on traînasse son spleen ! 















Ah, quel vieux birbe ! Un requiem et puis s'en va, devrais-je écrire. La preuve qui plus est que notre Gabriel Fauré national n'a pas la cote, c'est que d'emblée, dès le 2 mars 2025, Arte va mettre toute la gomme pour célébrer en grande pompe les 150 ans de la naissance de l'auteur du Boléro ! Fauré est un perdant de la culture antérieure, un de plus dirais-je. D'une part, sa tombe au cimetière de Passy, est  difficile à dénicher - comme celle de Debussy - contrairement à la dernière demeure d'Octave Mirbeau. 

D'autre part, avouons-le : j'ai eu beau chercher dans les archives télévisuelles, je n'ai pas trouvé la moindre trace d'un documentaire consacré à Monsieur Fauré postérieur à 1980 ! Ce documentaire, disponible sur Madelen, fut produit par le musicographe Bernard Gavoty, disparu peu après. Bien plus axée sur la culture dite antérieure (scolaire, classique et autres affinités), l'ancienne télévision ne pouvait ignorer la figure fauréenne, lui réservant une place de choix parmi les piliers soutenant le fabuleux palais culturel de la transmission au grand public des grandes oeuvres du patrimoine, de la pensée et de l'esprit. 

Que d'interprètes illustres, femmes et hommes, nous transmirent Fauré durant tout le XXe siècle, par exemple, l'immense pianiste Marguerite Long (1874-1966).

 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/51/Marguerite_Long.jpg

Selon moi, Fauré, c'est d'abord la mélodie et la musique de chambre. Connaissant la propension d'Arte à négliger dans ses programmes de musique classique, toute autre forme que la symphonique ou la lyrique, cela ne m'étonne guère qu'elle ait choisi le seul Requiem pour - maigrement - commémorer notre illustre compositeur. Fauré, c'est l'abandon de l'emphase romantique - son concerto avorté pour violon, partiellement recyclé en son ultime opus, le sublime quatuor à cordes, en témoigne - au profit d'une musique plus subtile, plus dépouillée, moins directe dirais-je, à l'harmonie et à la modalité - oui, l'irruption des modes anciens ! - novatrices sous des couverts d'une manière douce et feutrée. La vieille histoire de la musique de mon père (qui datait de 1945 !) ne s'y trompait pas en estimant que Fauré avait été le premier compositeur menant à la modernité musicale, première étape d'une évolution dont l'art "auditif" moderne était issu. D'aucuns remarqueront que certains aspects du style de Brahms, de ses recherches harmoniques et mélodiques, ainsi que l'évolution radicale du Liszt final peuvent aussi prétendre à représenter cette première étape de la musique moderne ! 

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L'abbé Liszt - qui avait reçu les quatre ordres mineurs de l'Eglise catholique -  côtoyait déjà Satie dans ses compositions tardives, et inspira même Ravel dans ses Jeux d'eau à la villa d'Este de la Troisième année de pèlerinage... D'ailleurs, Liszt fut le mieux commémoré des musiciens classiques par Arte, à l'automne 2011 et il fallut attendre Offenbach et Saint-Saëns pour qu'il en fût à nouveau ainsi et aussi bien ! 

D'ailleurs, l'on peut considérer que le seul hommage de poids à Gabriel Fauré fut rendu par le documentaire Lumière l'aventure continue ! de Thierry Frémaux, sorti chichement - car jamais joué chez moi - le 19 mars 2025. Malgré ces aléas, ce film fit quand même 74 546 entrées au box office (source AlloCiné). Comme le dit le commentaire, Fauré étant considéré comme un contemporain des frères Lumière (même s'il avait près de vingt ans de plus qu'eux), un florilège de sa musique s'imposa pour illustrer cet hommage aux deux pionniers du cinématographe, suite d'une précédente compilation de 2017, Lumière l'aventure commence ! sorti en salles le 25 janvier 2017, et dont le résultat au box office, grâce à une combinaison moins frileuse de salles, fut supérieur à celui de sa suite : 104 850 entrées. 

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Ne laissez pas la mémoire de ce compositeur superbe se perdre à jamais faute d'auditeurs et d'auditrices, sous prétexte que la musique classique n'est plus considérée en ce fatal et navrant XXIe siècle que comme un genre musical élitiste et mineur, noyé dans la masse des autres !  

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Prochainement :  premier article d'une série de trois consacré à Mo Yan, écrivain chinois et prix Nobel de littérature.

 Mo Yan in 2008

vendredi 8 novembre 2024

Le tromblon d'oncle Picsou.

 Ouak ! (cri de détresse supposé de Donald Duck tel que rapporté dans les versions françaises des bandes dessinées italiennes de Mickey Parade)

Image illustrative de l’article Balthazar Picsou   

Dans les vieilles bandes dessinées populaires que je lisais petit, lorsqu'il m'arrivait de délaisser Spirou, Tintin ou Astérix, je jetais mon dévolu sur les Mickey Parade italiens traduits en français, qui comportaient toute une série de récits complets dus à des auteurs anonymes obligés, dans le studio pour le compte duquel ils travaillaient, de signer "Walt Disney". Peu à peu, justice a été faite, et leurs noms ont été révélés, leur oeuvre cataloguée dans des sites spécialisés de la Toile.

Outre les colères proverbiales de Donald, c'était celles de Picsou, son célèbre oncle grigou, qui m'amusaient le plus. Pour les exprimer à l'encontre de son neveu incapable, il usait de l'argument persuasif d'une arme à feu étrange et archaïque : le tromblon ! 

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Le tromblon brandi par oncle Picsou, capable de vous meurtrir gravement avec sa décharge à un coup, se présentait comme une espèce de fusil invraisemblable, droit venu d'on ne sait quel XVIIe siècle parallèle, qui présentait un canon à l'extrémité évasée. Je découvris bien plus tard que le terme tromblon avait deux synonymes, espingole et mousqueton, ceci à la faveur de ma lecture des Trois Mousquetaires d'Alexandre Dumas et de ses suites, Mousqueton désignant le valet de Porthos, fidèle jusqu'à la mort. 

Loin de moi l'idée de m'amuser à marcher sur les brisées de Roland Barthes

 Portrait de Roland Barthes

 et de ses célèbres Mythologies ! Une arme imagée, archaïque et ridicule, une arme de bande dessinée qui ne fait mal qu'en imagination, dont on ignore les dommages réels... Imaginez une décharusage du bâton, de la trique, pire, du martinetge de plomb et de clous dans le postérieur emplumé de Donald Duck ! Voyez la célèbre couverture d'un vieux Mickey Parade, Donald a des ennuis, paru en 1968 et réédité dix ans plus tard. 

Bref, ce tromblon, aussi douloureux au postérieur qu'il soit, n'est pas une arme si méchante ! D'ailleurs, aussi archaïsant qu'il nous paraisse, le tromblon fut le seul instrument belliqueux et répressif dont Picsou usa à l'encontre de sa petite famille en général et de son neveu bon à rien en particulier. il eût pu faire usage du bâton, de la trique, pire, du martinet, autant d'objets synonymes de châtiments corporels d'un autre âge, obéissant à l'adage "qui aime bien châtie bien". Au risque que la censure s'en mêle et taxe Picsou de masochisme mal placé ? 

Bref, ce tromblon du XVIIe siècle ou d'après, n'est pas bien méchant : il prête à rire, loin des armes à feu déjà utilisées sous le règne de Louis XIV redoutables et mutilantes. Picsou et Donald sont des anti-héros sciemment imparfaits, et c'est la raison pour laquelle nous les préférons à Mickey, trop lisse et sans défaut, du moins le Mickey remodelé comme redresseur de tort, bien loin de la souris originelle de la fin des années 1920, beaucoup plus subversive. 

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Dans la bande dessinée franco-belge, un autre monument a connu une évolution similaire : Lucky Luke, loin du cow-boy chanteur et fumeur initial, de 1946, dont nous nous apprêtons à commémorer les 80 ans ! Un affadissement ? Une édulcoration ? Certes, mais pas vraiment.  

Prochainement : Gabriel Fauré : un centenaire réduit au service minimum.

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samedi 19 octobre 2024

Café littéraire : Le Soleil des Scorta, de Laurent Gaudé.

 

Café Littéraire 24 octobre 2024

 

LE SOLEIL DES SCORTA

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 Laurent Gaudé, auteur Français, nous livre une fresque familiale Italienne ensoleillée, de 1875 aux années 80. Sur le massif de Gargano, dans la région des Pouilles, le soleil brille et brûle.

 Image illustrative de l’article Le Soleil des Scorta

 Les personnages aussi, peuvent être arides.

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 Tantôt vauriens pour devenir riches ; puis, pauvres avec la seule force du clan, pour affronter leur destinée. Nous sommes en Italie, alors les curés successifs tiennent une place moralisatrice. Au cours de différents tableaux, ce roman aborde entre autres : la rancœur, la vengeance, la rumeur, la malédiction, la vindicte populaire, l’exclusion, l’exil, la puissance de la fratrie, l’amitié indéfectible et l’honneur, à défendre à n’importe quel prix. Autant de sujets à discuter ensemble.

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Sylvie Rétat

samedi 5 octobre 2024

Le catéchisme des Pieds Nickelés.

 Autrefois - par exemple, le catéchisme impérial napoléonien - l'enseignement religieux catholique des enfants s'effectuait sous la forme de manuels de questions-réponses. 

Illustration. 

Pour évoquer d'anciennes figures populaires de la bande dessinée française, j'ai décidé d'utiliser la même formulation.

Question : qu'est-ce que les Pieds Nickelés ? 

Réponse : une bande dessinée. 

Question : qui sont les Pieds Nickelés ? 

Réponse : trois personnages masculins : Croquignol, Ribouldingue et Filochard.

Question : quelles sont les caractéristiques physiques et signes particuliers des Pieds Nickelés ? 

Réponse : Croquignol est roux et glabre avec un long nez (de fait, il est mal rasé) ; Ribouldingue porte la barbe ; Filochard est borgne de l'oeil droit et arbore une petite moustache carrée. Chacun n'a plus que quelques dents.

Les Pieds nickelés — Wikipédia 

Question : que signifie leur nom ? 

Réponse : il s'agit d'une expression signifiant : ceux qui ne sont pas portés sur le travail, donc, des paresseux. Soit les pieds sont trop précieux, nickelés, pour qu'on les abîme. Soit encore, il s'agirait de pieds niclés, atteints de rachitisme. Enfin, on attribue l'invention de l'expression à Tristan Bernard dans une de ses pièces, à moins que les éditeur de la série, les frères Offenstadt, aient suggéré le nom. les avis sont partagés.

Question : quelle est alors la profession des Pieds Nickelés ? 

Réponse : il s'agit d'escrocs, de filous, qui vivent de combines.

Question : qui est le père graphique des Pieds Nickelés ?

Réponse : Louis Forton (1879-1934), dessinateur et scénariste.

Question : quand naquirent les Pieds Nickelés ?

Réponse : le 4 juin 1908.

Question : où leur bédé fut-elle publiée ? 

Réponse : dans L'Epatant, qui parut de 1908 à 1939.

Question : qui reprit les Pieds Nickelés après la mort de Louis Forton ? 

Réponse : René Pellos (1900-1998), entre 1948 et 1981.

Question : en quoi René Pellos fut il un auteur important du 9e art ? 

Réponse : du fait qu'il est un des rares auteurs de bandes dessinées français à s'être, dès l'avant-guerre, aventuré dans la science fiction avec Futuropolis créée en 1937 sur un scénario de Martial Cendres, pseudonyme de René Thévenin (1877-1967). Cette bédé pionnière (la première en France) parut dans Junior en 1937-1938.

René Pellos - Babelio 

Question : notre série a-t-elle bénéficié d'une adaptation cinématographique au même titre que Bécassine ou Bibi Fricotin ? 

Réponse : oui, d'abord par Marcel Aboulker (1905-1952) avec Les Aventures des Pieds-Nickelés (1948) et Le Trésor des Pieds-Nickelés (1950), ensuite en 1964 par Jean-Claude Chambon sous le simple titre Les Pieds nickelés.

   

Question : quels furent les trios d'acteurs engagés dans ces aventures filmées ?

Réponse : dans Les Aventures des Pieds-Nickelés, Il s'agit de Rellys (Croquignol),

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 de Robert Dhéry (Filochard) et de Maurice Baquet (Ribouldingue). Dans Le Trésor des Pieds-Nickelés, Jean Parédès reprend le rôle de Filochard. Enfin, dans la version de 1964, Les Pieds nickelés, Charles Denner joue Filochard, Michel Galabru Ribouldingue et Jean Rochefort Croquignol. 

Question : quels ont été les autres dessinateurs de la série ? 

Réponse : à la mort de Louis Forton, en 1934, et avant Pellos en 1948, deux repreneurs de la série sont à signaler : Aristide Perré (1888-1958) de 1934 à 1938 puis Albert Bader jusqu'en 1940. Pierre Lacroix (1912-1994), le bien connu auteur de Bibi Fricotin, remplaça Pellos le temps de trois albums en 1953-1954. A la retraite de Pellos en 1981, Jacarbo, Serge Saint-Michel et Jicka se succèdent. Puis, les auteurs ayant tâté des Pieds Nickelés deviennent nombreux entre la fin des années 1980 et maintenant et il m'est impossible de vouer ce texte à une exhaustivité fastidieuse s'étendant jusqu'en 2024 ! Signalons toutefois la parution en 2010 d'un ouvrage collectif intitulé Les nouveaux Pieds aux éditions Onapratut avec une foultitude de dessinatrices et de dessinateurs dont Laurel, O'Groj, Obion, Olivier Schwartz, Al Séverin, et même des vétérans comme Hardy, Walthéry et Wasterlain, preuve s'il en est que cette bédé de plus d'un siècle nous parle encore aujourd'hui ! Signalons enfin que durant la première guerre mondiale, il arriva que Louis Tybalt, mort en 1940 remplaçât Forton.    

Prochainement : un café littéraire sera consacré au Soleil des Scorta de Laurent Gaudé

dimanche 8 septembre 2024

Ces écrivains dont la France ne veut plus 46 : Madame d'Aulnoy.

 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/60/D%27Aulnoy.jpg 

O tempora ! O mores ! (Cicéron, première Catilinaire).

Les amatrices et amateurs de contes de fées ont la fâcheuse tendance de mettre toujours en avant les mêmes auteurs : Andersen, les frères Grimm, Charles Perrault. 

Cependant, Marie-Catherine Le Jumel de Barneville, baronne d'Aulnoy (1652-1705) fut l'exacte contemporaine de Perrault, mais on parle bien moins d'elle ! Autrefois - il y a près d'un demi-siècle - les éditions François Beauval, spécialisées dans la vente par correspondance, proposaient Les Fées à la mode de Madame d'Aulnoy. Plus tard, les éditions de poche Folio classique proposèrent en leur catalogue les contes de fées de l'intéressée, en un volume, et, en une édition plus économique à 2 € La Princesse Belle Etoile et le prince Chéri. C'est mieux que rien.

Les Fées à la mode, parues en 1698, fut la première oeuvre de Madame d'Aulnoy dont j'eus connaissance, à l'âge de 11 ans. 

Cette écrivaine, qui tint salon à la fin du XVIIe siècle, eut une vie bien plus intéressante que ce qu'on pourrait penser. Comme toutes les jeunes filles de condition de son temps, chose critiquée par Molière, elle fut contrainte au mariage en 1666, à l'âge de 14 ans, avec François de La Motte, baron d’Aulnoy en Brie, fils de Jean de La Motte de Lucière. C'était, on le devine, un barbon, de plus de vingt ans son aîné, et un ivrogne, coureur et débauché notoire ! 

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Inutile de nous appesantir sur le complot fomenté contre ledit mari, en 1669, qui le fit embastiller (il finira par être relâché). De cette cabale rondement menée, il ressort que Monsieur d'Aulnoy aurait été un amant probable de César de Vendôme (1594-1665), fils naturel de Henri IV, valet à son service, comploteur notoire (par exemple, la cabale des importants de 1643), dont l'homosexualité servit ses ennemis. A noter que le duc de Beaufort, le fameux "roi des Halles" de la Fronde, que d'aucuns autrefois considérèrent comme un possible "masque de fer", était un des fils dudit César !

 César de Vendôme âgé. 

L'affaire du complot se retourna contre les partisans de la baronne d'Aulnoy qui furent condamnés à la décapitation.  Elle même ne dut son salut qu'à une fuite rocambolesque et un exil à travers l'Europe (Flandres, Angleterre, Espagne), ne revenant définitivement en France qu'en 1685. 

Après cette phase agitée de sa vie, Madame d'Aulnoy s'assagit. Personnage digne d'intéresser tous les Alain Decaux en herbe, elle choisit de mener une vie retirée au réputé faubourg Saint-Germain à compter de 1690, y tenant même salon. Amie de Saint-Evremont,

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qui fut, au risque de l'oxymore, à la fois moraliste et libertin, notre baronne accueillit tous les beaux esprits féminins de son temps : Antoinette des Houlières et sa fille Antoinette-Thérèse, Henriette-Julie de Castelnau de Murat, Marie-Jeanne L'Héritier de Villandon et la princesse de Conti. C'est donc en 1690 que débute la carrière littéraire de l'intéressée, avec par exemple les estimés Mémoires sur la cour d'Espagne. Ce fut une pionnière, qui devança Perrault en la matière, puisque son premier conte de fées se trouve inséré dans L'Histoire d'Hippolyte, comte de Douglas, en 1691, sous le titre L'Île de la Félicité. Ce texte contribue à lancer la mode des contes, avant ceux de ma mère l'Oye  de Charles Perrault, datés de 1697.

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Il serait difficile d'envisager qu'il s'agissait d'une mise en concurrence des autrices et auteurs de contes de fées.  A l'aune de leur succès, qui ne se démentit pas, on ne peut, à proprement parler, inventer la notion de "marché concurrentiel" du genre. Ce serait un anachronisme grossier, une manière de vouloir faire cadrer à tout prix le passé avec le présent, comme on le fait par trop de nos jours. Toujours fut-il que Madame d'Aulnoy multiplia les récits féériques, souvent teintés de préciosité, à cause de l'emploi de néologismes à la manière de La Fontaine. 

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Cette notoriété la servit : elle fut la septième femme admise à l'Académie des Ricovatri de Padoue, sous le surnom de Clio, muse de l'Histoire,  mais aussi de "l'éloquente". Madame d'Aulnoy, comme tant d'autres écrivaines, fut la victime d'une histoire de la littérature, écrite par des hommes, qui, en particulier au sujet du Grand Siècle, mit en avant la constellation des génies masculins du classicisme louis-quatorzien, à l'exception toutefois de Madame de La Fayette. Les contes de Madame d'Aulnoy furent dès lors considérés comme des oeuvres de second plan, bien qu'elles fussent de temps à autre rééditées. 

Avec le recul, il est donc dommageable que l'autrice de Finette Cendron ou de La Biche au bois - inclus dans le recueil de 1698 Les Fées à la mode que je lus à l'âge de onze ans grâce aux éditions François Beauval - ait été éludée, victime de ce que d'aucunes au XXIe siècle appellent le patriarcat, qui a sévi non seulement en littérature, mais dans les sciences, la musique et les beaux-arts ! A son décès, le 14 janvier 1705, Madame d'Aulnoy entama un long purgatoire, une traversée du désert posthume, certes commune à de nombreux artistes et écrivain(e)s, mais aggravés par son sexe ! 

Prochainement : le catéchisme des Pieds Nickelés.

Les pieds nickelés tels qu'illustrés par L. Forton

samedi 17 août 2024

Non-commémorations de l'année 2024 : Tu quoque Francis Blanche !

 « Radio-Paris ment, Radio-Paris ment, Radio-Paris est allemand » (Pierre Dac).


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Il y a un peu plus de cinquante ans de cela, le 6 juillet 1974, survint un événement inattendu, soudain et attristant : la mort de Francis Blanche, à laquelle le grand public qui l'aimait était loin de songer. Moi même, tout gamin à l'époque, je retins l'annonce télévisée bouleversante de cette disparition. 

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Il est étrange que, de nos jours, peu de programmateurs télé semblent se souvenir de Francis Blanche...  Ses films ont beau être légion - et il n'y a pas que des nanars parmi eux - peu atteignent le statut iconique des Tontons flingueurs. 

Offrons donc une sélection des meilleurs films et rôles de Francis Blanche, même s'ils n'appartiennent pas tous à cette cinéphilie pointue, exigeante, qui parfois, peut vous confiner à l'entre-soi. 

Tenez, parlons de Babette s'en va-t-en guerre, daté de 1959, qui est loin d'être un des premiers films d'un Francis Blanche à la carrière déjà bien remplie. Elle remontait à 1942. Christian-Jaque fut l'éminent réalisateur de ce film rocambolesque ayant pour cadre la Résistance au nazisme, et mettant en valeur Brigitte Bardot ! Ce qui est extraordinaire et inoubliable dans cette oeuvre, c'est la composition de Francis Blanche en papa Schulz, chef de la Gestapo. Nous avons affaire à un film pionnier, le premier en France à avoir eu l'audace de traiter de la Seconde Guerre Mondiale sur le ton de la comédie. 

Après vient ce monument incontournable de 1963, un film tellement cultissime que les aficionados en connaissent par coeur dialogues et répliques : il s'agit bien évidemment des Tontons flingueurs, inénarrable film de gangsters en noir et blanc de Georges Lautner, avec le fameux texte de Michel Audiard, une adaptation d'Albert Simonin (Grisbi or not grisbi) qui bénéficia d'une affiche lexique secondaire donnant le sens des mots d'argots utilisés dans le film.  

Description de cette image, également commentée ci-après 

Il est regrettable de savoir que ladite langue verte se retrouve désormais bannie de toutes les retraductions récentes des romans de la fameuse Série noire ! On le sait, Francis Blanche interprétait dans ces Tontons maître Folace. Venantino Venantini, ultime survivant de la distribution (il jouait le rôle de Pascal), eut, lorsqu'il mourut, autant droit aux hommages mérités de Libération qu'à l'ignorance du Monde, en pleine phase, en cette année 2018, d'omission généralisée des décès de grandes personnalités italiennes. 

Venantino Venantini (Pascal) 

Vint par la suite pour Francis Blanche La Cité de l'indicible peur alias La grande Frousse (1964), une adaptation foutraque de Jean Ray

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par le non moins frappadingue Jean-Pierre Mocky 

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film où notre poilant et regretté acteur - sous la défroque de M. Franqui -  partageait la vedette avec Bourvil (comédien culte du Mocky de ces années-là), Jean Poiret et Jean-Louis Barrault. La musique de Gérard Calvi, que j'adore, est inoubliable. Attention, film culte, auquel les critiques chagrins des anciens Télé poche n'attribuaient qu'une misérable étoile parce qu'ils n'y avaient rien compris. La chanson géniale du film était interprétée par René-Louis Lafforgue, qui trouva une fin tragique sur la route trois ans après.  

Ce coup d'éclat ne demeura pas longtemps seul : excellant dans les seconds rôles, Francis Blanche montra une fois de plus son immense talent dans le rôle du "client régulier" de maison close Monsieur Adolphe, du moult célèbre Belle de jour de Luis Bunuel, qui triompha à la Mostra de Venise en 1967.

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Passons à La grande Lessive, désormais un classique, suite de la collaboration de Francis Blanche avec Jean-Pierre Mocky, long métrage sarcastique sorti à l'automne 1968. Notre impétrant y incarne le Dr Loupioc, dentiste de son état. Nous savons que ce film est une diatribe contre l'influence de la télévision sur les jeunes cerveaux ! Bourvil excelle dans le rôle du prof barbu vieux jeu ! 










On pourrait multiplier à loisir les exemples cinématographiques. On peut encore citer quelques titres, sans entrer dans les détails, toutefois : Les Barbouzes de Georges Lautner (1964), La Bonne Occase de Michel Drach (1965), La Sentinelle endormie de Jean Dréville (1966), La grosse Pagaille de Steno (1967), L'Etalon de Jean-Pierre Mocky (1970), ou encore La Grosse Combine de Bruno Corbucci (1971). Il y en a tant qu'il faudrait tout un gros volume pour les citer et les analyser ! Si la collaboration de Francis Blanche avec Georges Lautner se poursuivit durant plusieurs années, il demeura aussi fidèle à Mocky comme en témoigne son ultime film posthume Un Linceul n'a pas de poches, sorti sur nos écrans le 11 octobre 1974. 

Francis Blanche nous quitta à deux semaines de son cinquante-troisième anniversaire, qui tombait un 20 juillet, d'une crise cardiaque consécutive à son diabète. je ne saurais trop conseiller aux aficionados de cet acteur, chanteur et humoriste, de se reporter aux témoignages filmés de sa collaboration inoubliable avec Pierre Dac (notamment le sketch du Sr Rabindranath Duval), vidéos nombreuses et variées disponibles sur Ina.fr (accès gratuit) et sur Madelen (accès sur abonnement).

Prochainement :  reprise de la série consacrée aux écrivains dont la France ne veut plus, volet n° 46 : Madame d'Aulnoy. 

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