Un homme sans culture, tel un chat sans moustaches, se sent perdu (auteur inconnu).
Ne me parlez plus de ce musicien salonard, de ce moustachu vénérable et neigeux dont les morceaux suscitent des épidémies de bâillements ! Fauré, c'est ce vieux bonhomme barbant, ce parangon de chlorose "Belle-Epoque" où l'on traînasse son spleen !
Ah, quel vieux birbe ! Un requiem et puis s'en va, devrais-je écrire. La preuve qui plus est que notre Gabriel Fauré national n'a pas la cote, c'est que d'emblée, dès le 2 mars 2025, Arte va mettre toute la gomme pour célébrer en grande pompe les 150 ans de la naissance de l'auteur du Boléro ! Fauré est un perdant de la culture antérieure, un de plus dirais-je. D'une part, sa tombe au cimetière de Passy, est difficile à dénicher - comme celle de Debussy - contrairement à la dernière demeure d'Octave Mirbeau.
D'autre part, avouons-le : j'ai eu beau chercher dans les archives télévisuelles, je n'ai pas trouvé la moindre trace d'un documentaire consacré à Monsieur Fauré postérieur à 1980 ! Ce documentaire, disponible sur Madelen, fut produit par le musicographe Bernard Gavoty, disparu peu après.
Selon moi, Fauré, c'est d'abord la mélodie et la musique de chambre. Connaissant la propension d'Arte à négliger dans ses programmes de musique classique, toute autre forme que la symphonique ou la lyrique, cela ne m'étonne guère qu'elle ait choisi le seul Requiem pour - maigrement - commémorer notre illustre compositeur. Fauré, c'est l'abandon de l'emphase romantique - son concerto avorté pour violon, partiellement recyclé en son ultime opus, le sublime quatuor à cordes, en témoigne - au profit d'une musique plus subtile, plus dépouillée, moins directe dirais-je, à l'harmonie et à la modalité - oui, l'irruption des modes anciens ! - novatrices sous des couverts d'une manière douce et feutrée. La vieille histoire de la musique de mon père (qui datait de 1945 !) ne s'y trompait pas en estimant que Fauré avait été le premier compositeur menant à la modernité musicale, première étape d'une évolution dont l'art "auditif" moderne était issu. D'aucuns remarqueront que certains aspects du style de Brahms, de ses recherches harmoniques et mélodiques, ainsi que l'évolution radicale du Liszt final peuvent aussi prétendre à représenter cette première étape de la musique moderne !
L'abbé Liszt - qui avait reçu les quatre ordres mineurs de l'Eglise catholique - côtoyait déjà Satie dans ses compositions tardives, et inspira même Ravel dans ses Jeux d'eau à la villa d'Este de la Troisième année de pèlerinage... D'ailleurs, Liszt fut le mieux commémoré des musiciens classiques par Arte, à l'automne 2011 et il fallut attendre Offenbach et Saint-Saëns pour qu'il en fût à nouveau ainsi et aussi bien !
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