samedi 30 septembre 2023

Spirou est-il bridé ?

 J’aime l’araignée et j’aime l’ortie,
Parce qu’on les hait ;
Et que rien n’exauce et que tout châtie
Leur morne souhait. 

Victor Hugo : Les Contemplations.

 

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En l'an 2000, Spirou était plus cher que Le Monde. Il en coûtait hebdomadairement 10 ex-francs français. Vous ne deviez débourser que 7,50 ex-francs français pour un numéro du quotidien. Les observateurs vont m'objecter : 7,50 ex-francs par jour, c'est toujours plus cher que 10 ex-francs une fois par semaine ! 

Statues de Spirou et son écureuil Spipà Charleroi, en Belgique. 

Désormais, en 2023, malgré une augmentation récente, Spirou est moins cher que Le Monde : 3,20 € contre 3,40 € avec une pointe le samedi à 5,20 €. Le Monde est donc devenu en 23 ans un journal de luxe !  Hélas, ce maintien de Spirou à un prix relativement modique a pour corollaire une limitation drastique de sa pagination, toujours la même - sauf d'éphémères périodes - depuis 1964 ! 

Ce prix modéré, cette pagination limitée, purent servir de justification à un remplissage aléatoire des pages du magazine, chose qui alla en s'aggravant dans les années 1990, lorsque débuta une politique de réduction drastique des séries à suivre, souvent fauchées en plein vol, alors qu'elles n'avaient pas encore réalisé toutes leurs promesses, laissant un goût d'inachevé. Ainsi, Spirou toucha le fond, selon moi, en 1998 puis 2003. Pour cette dernière année, si l'on ne décompte stricto sensu que les histoires à suivre dont la publication commença à compter du premier numéro du millésime, en faisant abstraction de celles de l'année 2002 qui étaient encore en cours de parution, on obtient tout juste onze histoires ! Pour rappel, à l'automne 1978, année de trop plein où la qualité n'était pas, loin s'en faut, au rendez-vous, certains numéros comptèrent quatorze "à suivre" en même temps ! On accusa le rédac-chef de l'époque d'être brouillon et de privilégier des séries éphémères et sans suite. 

Cependant, depuis janvier 2017, nous assistons au développement d'un nouveau phénomène : l'exclusion de séries entières, pas forcément adultes, des pages de Spirou ! L'arrêt semble-t-il définitif de toute prépublication des deux séries parallèles de Buck Danny marqua le commencement d'une crise considérable. Après une courte embellie, et ce, même lors de la première phase de la pandémie, les choses se sont à nouveau gâtées à compter de l'été 2021 lorsque la nouvelle série La Brigade des souvenirs fut immédiatement exclue de la poursuite de sa prépublication après la parution de son seul premier épisode dans Spirou. De fait, une bande anticipa ce phénomène d'interdiction de poursuite des séries dans les pages de l'hebdo illustré : je pense évidemment à la série japonaise humoristique de Gorobeï et Thierry Gloris, en trois volumes, Bushido, consacrée à l'apprenti samouraï Yuki, dont seul le premier volet du triptyque eut droit à prépublication. Tandis que la série n'était jamais mise en évidence dans le rayon bédé de la FNAC, notre duo d'auteurs put se consoler avec l'obtention en 2018 du  prix des écoles d'Angoulême qui prouvait d'évidence qu'il s'agissait d'une série grand public, ce qui ne justifiait aucunement la moindre censure dans Spirou, même sous de fallacieux prétextes ! 

Cette politique désastreuse fait désormais des ravages, privant des dizaines de séries des pages de Spirou. Dois-je rappeler que ce journal, qui avait décidé de ne plus prépublier Louca, dut rétropédaler devant le tollé suscité et se résigna à rattraper les parutions des épisodes 7, 8 et 9 dont les p'tits lecteurs, souvent pas si jeunes que cela, avaient été frustrés ? 

Ainsi, grâce ou à cause de cette "jurisprudence" inique Bushido-Brigade des souvenirs, une série à peine lancée en 2023, Poltron Minet, se voit aussitôt privée de la publication dans Spirou dès son deuxième album, sans omettre les lecteurs non dépensiers en ligne ou à la FNAC physique qui ont failli à jamais être privés du dénouement de la remarquable Black Squaw ! Or, étrange et soudain revirement, ne voilà -t-il pas que notre magazine se résout finalement à faire paraître cette bande incriminée... un bon mois après la sortie de l'album ! 

Adonc se multiplient les manquements, les envois à l'abattoir de l'insuccès via la parution directe en albums de dizaines de séries que la FNAC n'a pas du tout envie d'avoir dans ses rayons, priorité commerciale des mangas oblige ! 

 

Citons comme exemple d'envoi direct au casse-pipe de la nouvelle série de Justine Cunha Le Monde des Cancres dont le volume 1 s'intitule Sous l'école. Sans omettre le scandale de la série Cinq Avril, disciple de Léonard de Vinci, qui n'eut droit en tout et pour tout dans Spirou qu'à un récit complet, et dont le tome 3 est d'ores et déjà annoncé ! Pendant ce temps, alors que la mévente de ces séries sacrifiées s'avère manifeste - à part le dernier Gaston Lagaffe qui suscita tant de polémiques - , sentant tourner le vent, notre éditeur se met aussi aux mangas, qui représentent désormais la moitié des rayons bédé de certaines FNAC au détriment de la visibilité de tout le reste. 

Charles Dupuis est mort une seconde fois et a été trahi... magistralement ! 

unknown, Charles DUPUIS, circa 1971. - Œuvre originale

Prochainement : 44e volet de la série consacrée aux écrivains dont la France ne veut plus (je respecte la parité tant que possible) avec Madame de Villedieu.

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dimanche 3 septembre 2023

L'été 2023 sur Arte : "summer of rediffusions" ?

L'Homme girafe de Stephan Balkenhol devant l'entrée d'Arte.

 Arte, la chaîne franco-allemande qu'on ne présente plus, souffre depuis environ 2006 d'une étrange épidémie saisonnière qui revient chaque été. Ce virus se nomme "Summer of quelque chose", et chaque juillet-août, se décline sur un nouveau variant. Cette année, avec la grille proprement catastrophique que nous avons ingurgitée (au 20 septembre 2023, cela ne semble toujours pas terminé !) on pourrait qualifier cet énième variant de "summer of rediffusions", tant la chaîne, hors sa sacro-sainte - et unique depuis des éons - soirée théma du mardi - a systématiquement sacrifié ses rares documentaires inédits en les privant de première partie de soirée, notamment le samedi, refuge ou ghetto depuis janvier 2012 (avec aussi le dimanche) de la culture antérieure, de l'histoire antérieure et de la culture scientifique et technique. 

Cette situation déplorable, à une exception près, s'est aussi exercée au détriment de productions françaises souvent remarquables. De plus, c'est seulement au-delà de la Toussaint qu'Arte se sera enfin décidée à débloquer la situation et à s'engager franchement dans la programmation de ces si attendus documentaires inédits du samedi soir dès 20h50 ! 

Notons au hasard : nuit du 22 au 23 juillet 2023 à seulement 0h40 : un docu-fiction intitulé "La naissance du Brésil moderne" ! Le 5 août à à peine 23h40 : "La brouille des princes impériaux", sur le futur Guillaume II et Rodolphe qui se suicida à Mayerling ! Derechef, le 12 août la stupidité continue avec "Les arpenteurs de l'espace" à 0h20 ! Trois émissions inédites d'Arte sacrifiées sur l'autel de la chébrantude prioritaire et de la rediffusion davantage bancable ! On peut poursuivre ainsi ad libitum, inventer un perpetuum mobile spécifique à Arte, tant cette gabegie a continué durant de longues et interminables semaines ! 

Je remarque encore d'autres aberrations : 

- "Les femmes celtes", diffusé le 19 août à 23h30,

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- "Capturer le CO2 dans l'air : un moyen de refroidir la Terre ?, programmé le 26 août à 22h25,

- "Hunga Tonga, la colère du volcan des abysses", passé le 9 septembre à 22h25, la semaine même de la rentrée des classes !

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Il a fallu patienter jusqu'au samedi 30 septembre pour qu'une série documentaire inédite susceptible de m'intéresser le samedi soir eût enfin les honneurs de la première partie de soirée avec les reines d'Egypte. Je pensais à cet instant en avoir terminé, hélas, je me trompais, car les errements d'Arte ont encore repris plusieurs semaines durant, ce sacrifice ignoble des documentaires inédits ne correspondant pas tout à fait avec la ligne éditoriale de la chaîne qui m'empoisonne depuis le 1er janvier 2012. Ainsi, le 7 octobre à 22h20, alors que plus que jamais il serait nécessaire de mettre au premier plan la culture scientifique face à la montée de l'irrationnel, fut casé à la va comme je te pousse un film intitulé "Les aventuriers de l'ARN messager" ! 

L'odieuse litanie d'une chaîne trahissant ses premières vocations a perduré le 21 octobre à 23h05 avec "Deep Time une expérience hors du temps".Ô Arte, toi qui avais promis-juré à ta création en 1992 ne pas succomber aux dictats de l'audience, tu as foulé aux pieds tous tes principes premiers en privilégiant systématiquement les rediffusions écolo-racoleuses ! Et le réchauffement climatique - des étés perdurant jusqu'à la Toussaint - n'excuse pas tout ! 

Il y eut encore le 4 novembre puis le 11 novembre d'autres sacrifices, l'un sur l'art de Néandertal,

 

 l'autre sur le temple perdu d'Artémis - alors que France 5 avait repris depuis plusieurs semaines déjà sa programmation prestigieuses de docus d'archéologie et de sciences de première partie de soirée du jeudi - pour qu'enfin tu te bouges le 18 novembre, avec "Eiffel, la guerre des tours" ! 

Effectivement, chez toi, les programmes d'été dépassent la Saint Martin voire se prolongent jusqu'à l'Avent ! Comme aurait pu le dire le Commandeur suprême du temps dans le roman Un goût d'éternité : "L'alerte, enfin !"

Je ne te salue pas ! Téléspectatrices et téléspectateurs, choisissez France 5, dont le replay dure plus longtemps que les misérables sept jours d'Arte, et dont les documentaires valables d'archéologie et de science ont toujours droit à la première partie de soirée ! 

Prochainement : Spirou est-il bridé ? 


samedi 5 août 2023

Ces peintres dont on ne veut plus 10 : Maurice Utrillo.

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Voilà un peintre singulier, qui figura autrefois parmi les figures majeures de la peinture française du XXe siècle et désormais déclassé, bien moins renommé que sa mère Suzanne Valadon ! Utrillo, c'est incontestable, a quitté le sérail après y avoir siégé en bonne place. Par exemple, l'actrice anglo-américaine Joan Fontaine possédait des oeuvres d'Utrillo ! 

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/d1/Joan_Fontaine_in_1943.jpg 

Passons le problème de l'artiste maudit alcoolique notoire. Je ne résiste pas à l'envie de vous raconter une petite anecdote éclairant la dévaluation de Maurice Utrillo en histoire de l'art moderne. Adolescent, je possédais une encyclopédie - déjà dépassée lors de son achat puisqu'elle mentionnait que Stan Laurel vivait encore, sachant qu'il mourut en 1965 - 

Description de cette image, également commentée ci-après 

qui consacrait des hors textes couleurs aux personnages qui officiellement, étaient classés comme importants lors de sa publication. Maurice Utrillo était du lot.

Quelques années plus tard, je suivis en auditeur libre des cours d'histoire de l'art moderne : Maurice Utrillo n'y fut même pas cité ! 

Suzanne Valadon réhabilitée et honorée, difficile de se faire désormais une idée juste d'un fils traité dans l'ombre de sa mère dans les documentaires à elle consacrés. 

Maurice Utrillo naquit Valadon, de père inconnu, à Paris, au n° 8 rue du Poteau à Montmartre, le 26 décembre 1883. Il est mentionné dans Wikipedia comme étant un des rares peintres montmartrois à y être né. Il n'a reçu son nom patronymique qu'à l'âge de 8 ans lorsqu'un des amants de sa mère, le peintre catalan Miquel Utrillo (1862-1934) le reconnut. 

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Atelier de Suzanne Valadon et de Maurice Utrillo, musée de Montmartre, Paris.    

Maurice Utrillo a passé son enfance auprès de sa grand-mère à Pierrefitte-sur-Seine. Une adolescence tourmentée débuta. Les séjours à l'asile, l'alcoolisme, ne furent pas chez lui que des lieux communs. Au-delà des crises de démence éthylique, son génie artistique se révéla. Sa mère l'encouragea, mais c'est la rencontre avec le peintre Alphonse Quizet (1885-1955) qui sera décisive : dès lors, à partir de 1910, Maurice Utrillo s'engagera résolument dans une production régulière, qui lui permettra de vivre de son oeuvre, acquérant la notoriété à compter de 1920. Nous le savons, les médias préfèrent les peintres maudits et miséreux aux peintres arrivés. Être propriétaire du château de Saint-Bernard dans l'Ain, être décoré de la Légion d'honneur en 1929, autant d'éléments qui officialisent Utrillo ! Encore heureux qu'il ne fût pas devenu membre de l'Académie des Beaux-Arts ! Ce couronnement de carrière eût été impossible à cette époque compte tenu des goûts attardés de cette institution. 

De même, le fait qu'il convola tardivement - à 51 ans, en 1935 - en justes noces avec Lucie Valore (1878 - 1965), au talent de graveuse aquafortiste et lithographe certain rend notre sieur suspect d'avoir mené jusque-là une vie de bamboche, de boxons, d'avoir couru la prétentaine en patachon et bâton de chaise qui se respecte ! Foin là du mauvais procès intenté à Maurice Utrillo ! 

Ne permit-il pas à la peintre Georgette Dupouy (1901-1992), de recevoir la reconnaissance artistique et publique ? Ne fut-il pas le mentor du jeune Charles Féloa ? Décidément, cet homme ne pouvait être foncièrement méchant... 

Hélas, le seul musée qui lui était consacré ainsi qu'à sa mère, a fermé ! Il s'agissait du musée Utrillo-Valadon, situé à Sannois dans le Val-d'Oise. Ouvert en 1995, fermé dès 2014, victime d'un sort funeste (il était souhaité qu'il s'ouvrît à l'art contemporain), il connut des problèmes de structures et des bisbilles ! 











Certains objecteront : on peut toujours admirer Utrillo au musée de Montmartre ! Son atelier y est reconstitué.  












J'ai pu admirer cette représentation de la rue Lepic en 2011 au musée des beaux-arts de Nancy. 











Un dernier petit tour au musée de l'Orangerie, visité en 2006, avec la Mairie au drapeau. Le reste à l'avenant, afin qu'on redécouvre enfin Utrillo et qu'on lui consacre un documentaire amplement mérité. 

Il nous a quittés à Dax, le 5 novembre 1955.

Prochainement : l'été 2023 sur Arte : "summer of rediffusions" ? 

Fichier:Logo-arte-schief.svg — Wikipédia

vendredi 14 juillet 2023

Commémoration des 400 ans de la naissance de Blaise Pascal : Clermont-Ferrand, KTO et Le Figaro hors série seuls ?

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Ce portrait de Blaise Pascal est postérieur à sa mort, car daté de 1691. De même, je sais que ses célèbres Pensées résultent de la réunion posthume de textes courts, compilation publiée en 1669-1670. Qu'à l'exception de KTO, il me semble aberrant qu'aucune chaîne de télévision prétendant à la culture et au service public n'ait pas daigné franchir le pas, ne serait-ce que pour produire et diffuser un documentaire axé sur l'oeuvre scientifique - considérable - de notre philosophe est savant ! Cela est d'autant plus grave que Pascal - n'en déplaise aux partisans de Pierre Loti - soit bien plus important historiquement que d'autres personnalités ayant le privilège de commémorations on ne peut plus correctes ! Comment définir une personnalité "à la page" du XXIe siècle, si cet "à la page" est si étroit, étriqué, qu'il finit par exclure les quatre-vingt-quinze centièmes des figures culturelles ayant traversé l'histoire humaine d'avant la contemporanéité à tout crin ! 

 

Adonc, exceptée la chaîne KTO - et même le pape en personne - a-t-on dû se contenter de célébrations à Clermont-Ferrand, d'un numéro dossier spécial du Figaro et de conférences et colloques mettant l'accent  sur le Pascal scientifique, sans omettres les contributions du mathématicien Cédric Villani ! Même les éditeurs semblent s'être moqués de Blaise Pascal comme de l'an 40, à l'exception notable de Robert Laffont - si controversé il y a une poignée d'années anté-pandémique à cause d'un recueil de textes de Charles Maurras - qui s'est fendu, dans l'indifférence générale, d'un volume intitulé sobrement "Pascal l'Oeuvre", paru le 1er juin dernier dans un silence assourdissant. 

Illustration.   

Cette édition a été établie et présentée par Pierre Lyraud et Laurence Plazenet, et parrainée par la bien connue librairie Mollat. Je ne puis m'empêcher de citer le texte de présentation qui figure sur le site Lisez !, véritable lot de consolation à l'encontre des frères ignorantins gérant nos a-médias : 

"L’œuvre-monde du plus extraordinaire des auteurs français 

réunie pour la première fois dans une édition précise, annotée, accessible à tous : le livre indispensable pour célébrer le 400e anniversaire de la naissance de Pascal.
Pascal fut mathématicien, physicien, ingénieur, entrepreneur, polémiste, moraliste. À travers ses Pensées, inachevées et inclassables, il inventa une forme qui fait dialoguer science, observation de l’homme, théologie, démonstration de la vérité du christianisme et poésie.
Héritier d’une vision de l’humanité forgée par saint Augustin, il ne cesse de mettre en regard grandeur et misère de la créature. Esprit entre tous rationnel, il connut une foi brûlante en Dieu et a exhorté sans répit à l’amour et à la joie. Il sut exprimer comme nul autre l’inquiétude de l’homme face au monde nouveau que dessine la science moderne. Maître d’un Verbe frémissant, Pascal est visionnaire, qu’il scrute les cœurs, les nombres ou l’espace.
Depuis soixante ans, la recherche a renouvelé la connaissance de cette œuvre inclassable, à commencer par les Pensées, révélant en Pascal un penseur de la dualité, un défenseur résolu de la créature dans ses contradictions. L’édition de Pierre Lyraud et Laurence Plazenet est la première à proposer l’ensemble de cette œuvre-monde à la lueur de ces acquis.
Entre grands textes devenus autant de monuments littéraires et écrits plus fragmentaires, ce volume substitue à la vision d’un Pascal magnifiquement triste celle d’un écrivain de la jubilation. Plus que jamais nécessaire dans son exigence de vérité et sa quête d’un savoir universel". 
Sans commentaire... Heureusement qu'outre les livres de Pascal, il nous reste les deux documentaires de l'Ina et la trilogie de l'éther de Johan Heliot, publiée aux éditions Mnémos dans laquelle apparaît (au tome premier), notre penseur et savant. 
On annonce chez moi, au mois de mars prochain une conférence philosophique sur Blaise Pascal. Certes, la programmation est tardive, et les 400 ans seront passés, mais cela démontre qu'une association philosophique, avec ses modestes moyens, peut faire mieux que notre a-télévision intégralement absente de cette commémoration (imbuvable pour elle, comme 99% des commémorations prévues ou non prévues de l'année 2023) où seule KTO a réagi ! 
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/c1/Blaise_Pascal_2.jpg 

Je vais vite me replonger dans le bain des Pensées, des Provinciales et dans le traité des coniques ! Sans omettre un petit tour au musée des arts et métiers qui détient la pascaline - ancêtre des machines à calculer) dans ses collections !

Prochainement : reprise de la série consacrée aux peintres dont on ne veut plus avec Maurice Utrillo. 

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dimanche 25 juin 2023

Commémorations du centenaire de la mort de Pierre Loti : Rochefort et Marianne seules ?

 Encore ce Louis-Marie-Julien Viaud (1850-1923) ! 

Pierre Loti en académicien.jpg 

Encore cet officier de marine super ringard, cet académicien - mention déjà rédhibitoire - parangon de la littérature exotico kitch, cet as du travestissement ridicule et superfétatoire ! Encore ce type aux romans illisibles à force d'être passés de mode qui eut l'outrecuidance d'inspirer un opéra, Madame Butterfly, accusé régulièrement de yellow face ! Voilà un sacré bonhomme dont plus personne ne se hasarde à lire son Pêcheur d'Islande ou son Ramuntcho - et tant pis si ça déplaît aux Basques ! 

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Cependant - ô paradoxe ! - on peut trouver encore Pierre Loti en édition de poche, notamment chez Folio. Pourtant, comme pour ses illustres prédécesseurs Corneille, Pascal (sur lequel je reviendrai très prochainement) et Diderot, afin de prouver qu'il s'agit bel et bien d'un écrivain dont se gaussent les pouvoirs publics et la culture contemporaine, seule sa cité natale, Rochefort, a daigné organiser des festivités mémorielles dignes de ce nom autour de Pierre Loti ! De même, dans la presse, quoi signaler d'autre si ce n'est le magazine Marianne ! 

Je me souviens de ce documentaire de la 3 sur Pierre Loti, passé deux fois en pleine nuit, et dont l'enregistrement fut proprement calamiteux : soit la chaîne prenait à l'avance et le début manquait, soit elle était tellement en retard que je n'avais pas la fin de l'émission ! Heureusement que les éditions de poche de l'auteur existent toujours, ce qui permet de juger ses écrits sur pièces ! 

Il y a aussi ce souvenir scolaire d'un extrait de Pêcheurs d'Islande dans mon manuel de français de 6e !  Ne trouver Loti que dans un tel manuel était un mauvais signal, puisqu'il en allait de même à l'époque pour Julien Green, présent, quant à lui dans des manuels de CM1-CM 2 ! Quant à la maison de l'écrivain à Rochefort, non seulement elle fait l'objet d'une restauration dont j'ignore le terme (avril 2025, sauf retard, selon le journal Sud Ouest, nul ou presque n'en parlant), et, bien qu'elle ait servi de cadre en 2018 au lancement du loto du patrimoine, elle n'a même pas été choisie comme sujet d'une émission de la série Une maison, un artiste, qui a pourtant su reprendre le flambeau, avec brio, des Bonnes adresses du passé des années 60-70 ! 












Enfin, notre Louis-Marie-Julien Viaud, comme c'est souvent le cas sur cette chaîne culturelle (l'est-elle vraiment encore ?), s'est retrouvé indirectement abordé par le truchement d'un de ces documentaires de voyage dont Arte a le secret : à Istambul, la passion interdite de Pierre Loti, dans la collection Invitation au voyage, dont la diffusion remonte au 4 janvier 2023.

Rendez-vous en 2050 pour le bicentenaire de la naissance de notre auteur afin de mieux faire ? 

Prochainement : Commémoration des 400 ans de la naissance de Blaise Pascal : Clermont-Ferrand, KTO et Le Figaro hors série seuls ? 

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samedi 10 juin 2023

Ces écrivains dont la France ne veut plus 43 : Destouches.

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Les absents ont toujours tort (Destouches, L'Obstacle imprévu I, 6).

La critique est aisée, et l'art est difficile (Destouches, Le Glorieux II, 5).

Chassez le naturel, il revient au galop (Destouches, Le Glorieux III, 5  : citation inspirée d'un vers d'Horace : "Tu peux chasser la naturel à coups de fourche, il reviendra toujours au galop).

Ces trois vers, devenus des sortes d'aphorismes et de lieux communs sont tout ce qui a survécu de l'oeuvre de Philippe Néricault Destouche, portraituré ci-dessus par Largillierre en 1741). De Destouches, né à Tours le 9 avril 1680 et mort dans son château de Fort-oiseau à Villiers-en-Bière le 4 juillet 1754, devenu membre de l'Académie française le 5 août 1723, Voltaire écrivit : 

« On ne trouve pas dans ses pièces la force et la gaieté de Regnard, encore moins ces peintures du cœur humain, ce naturel, cette vraie plaisanterie, cet excellent comique, qui fait le mérite de l’inimitable Molière ; mais il n’a pas laissé de se faire de la réputation après eux. On a de lui quelques pièces qui ont eu du succès, quoique le comique en soit un peu forcé. Il a du moins évité le genre de la comédie qui n’est que langoureuse, de cette espèce de tragédie bourgeoise, qui n’est ni tragique, ni comique, monstre né de l’impuissance des auteurs et de la satiété du public après les beaux jours du siècle de Louis XIV. Sa comédie du Glorieux est son meilleur ouvrage, et probablement restera au théâtre, quoique le personnage du Glorieux soit, dit-on, manqué ; mais les autres caractères paraissent traités supérieurement. » (extrait du Siècle de Louis XIV).

Description de cette image, également commentée ci-après 

Pour ma part, j'aurais aimé qu'on confrontât Destouches au Lesage dramaturge, déjà traité en ce blog, et qui fut son contemporain. De toute manière, les éditions modernes de Destouches ne se trouvent nulle part, contrairement à celles de Lesage sauf un improbable coup de folie de Folio Théâtre ou Garnier Flammarion... De toute manière, même au temps de la RTF puis de l'ORTF des années cinquante à soixante-dix du XXe siècle, époque au cours de laquelle la télévision baignait dans une culture scolaire et livresque et voulait la transmettre, Destouches n'attirait plus. Cherchez sur Ina.fr ou Madelen : vous ne trouverez strictement rien. 

Notre Philippe Néricault, ce familier de la duchesse du Maine, des Grandes Nuits de Sceaux et du cercle de l'ordre parodique des chevaliers de la Mouche à miel (on a l'oulipo rétro que l'on trouve...), qui compta femmes et hommes, scientifiques, aristocrates et musiciens en son sein, a été supplanté dans la mémoire savante par deux autres personnes portant le même nom, sans lien de parenté aucun : André Cardinal Destouches (1672-1749), compositeur dont les oeuvres sont d'autant plus jouées et enregistrées que celles théâtrales de son quasi homonyme brillent par leur absence contemporaine intégrale,

Description de l'image Andre cardinal destouches.jpg. 

et, malheureusement, un sinistre écrivain du XXe siècle, hélas admiré par certains que je refuse de suivre sur ce terrain : Louis Ferdinand Destouches dont tout le monde connaît le nom de plume : Céline ! 

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Pour ma part, j'ai acheté des CD du premier, notamment les remarquables Eléments, opéra-ballet du temps de la Régence, qui contient en son début le premier cluster de l'histoire de la musique classique et, bien avant Le Sacre du Printemps de Stravinski, nous permet d'écouter l'organisation du chaos originel. Quant au second, je me vante de n'en avoir pas le moindre ouvrage... Moi aussi, je pratique la cancel culture lorsqu'il le faut. Je me souviens d'avoir jeté à la poubelle Voyage au bout de la nuit sans en avoir lu une seule ligne. 

Bref, j'aimerais bien que l'on exhume un de ces quatre L'Ingrat, L'Irrésolu, Le Médisant, La fausse Veuve, L'Obstacle imprévu ou encore Le Philosophe marié, quitte à ce que l'on fasse accroire que notre dramaturge du temps de la Régence et de Louis XV anticipait le théâtre de boulevard du XXe siècle ! Au fait, notre Destouches fut secrétaire d'ambassade à la cour d'Angleterre et contracta un mariage secret avec une Anglaise, dont la version britannique de l'article de Wikipedia consacré à notre impétrant dit qu'elle s'appelait Dorothea Johnston.

La vie de cet écrivain désormais dans l'ombre fut plus haute en couleur qu'on pouvait le penser, et s'il fallait à tout prix remettre en avant une de ses pièces, ce serait Le Glorieux de 1732, qui, sociologiquement intéressante, nous dépeint l'ascension de la bourgeoisie au détriment de l'aristocratie. Le riche libertin est confronté au noble fastueux. J'ai envie d'ajouter que l'astre dudit noble est en train de pâlir... 

 Mais on dit qu'aux Auteurs la critique est utile, déclare le personnage de Lisette à l'acte II scène 5 du Glorieux. 

 Philippe NÉRICAULT DESTOUCHES | Académie française

Prochainement : Commémorations du centenaire de la mort de Pierre Loti : Rochefort et Marianne seules ? 



samedi 20 mai 2023

Le festival du livre de Paris 2023 : la manifestation culturelle la plus médiatiquement négligée avec le festival de Gerardmer ?

 Du 21 au 23 avril dernier s'est tenu, dans une indifférence télé plus que crasse, le festival du livre de Paris, héritier du salon du livre, en son édition 2023. 

 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/f6/Festival_du_Livre_de_Paris_-_Monogramme.png

Que penser de cela ? Est-ce à dire qu'en France, le pourcentage des lisants serait tombé à celui de l'Egypte pharaonique ? 


Description de cette image, également commentée ci-après    


Avec 102 000 à 113 000 entrées selon les sources, il n'y a pas de quoi s'enorgueillir lorsqu'à son apogée, l'ancien salon du livre avait atteint une fréquentation de 241 000 entrées, en l'an 2000. Certains objecteront qu'à cette époque, la manifestation s'étalait sur cinq jours. On ne peut cependant nier un déclin lent et continu depuis 20 ans, la barre des 200 000 entrées n'ayant plus été franchie depuis 2003. 

Le déclin de la fréquentation a pour corollaire celui de la couverture télévisée de l'événement, lorsqu'on la compare à celle de 1982, retrouvée sur le site de l'Ina. En parallèle, on a vécu une hausse exponentielle, exagérée, caricaturale, de la couverture télé du salon de l'agriculture, devenue presque insultante lorsqu'on constate que, certaines années, les chefs de l'Etat successifs ne jugent même plus utile de se déplacer à la manifestation livresque. C'est à croire qu'en France, il y a désormais moins de gens qui lisent et achètent des livres - il s'agit surtout de femmes - qu'il n'y a encore des agriculteurs et éleveurs ! A quoi bon célébrer la loi Lang sur le prix unique du livre, si les médias audiovisuels, Arte incluse, s'en fichent !

Prochainement : reprise de la série d'articles consacrée aux écrivains dont la France ne veut plus (volet n° 43) : Destouches, écrivain du XVIIIe siècle. 

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