samedi 24 janvier 2015

La mort de Mousqueton dans le Vicomte de Bragelonne : un pastiche à la manière du poète Guillevic.

Il peut exister des vérités fictives (le Nouveau Victor Hugo).

L'air
Est habité de fleuves
Qu'on ne voit pas.
(Guillevic : Elle in : Possibles futurs Poésie Gallimard)

 http://www.babelio.com/users/AVT_Eugene-Guillevic_1331.jpeg

 Comment réécrire à la manière de Guillevic (1907-1997) le chapitre CCLXI du Vicomte de Bragelonne d'Alexandre Dumas : Le Testament de Porthos ? Je me suis jeté dans ce pastiche créatif que je vous livre aujourd'hui. 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/fe/Alexandre_Dumas.jpg



Le deuil à Pierrefonds.
Cours désertes,
Ecuries fermées,
Parterres négligés.
Bassins vides.
Les graves personnages
Accourent
De toute part.
Les voisins de Porthos.
De Porthos mort.
Entrent tous au château
En silence.
Mousqueton
Les reçoit.
En deux jours
Mousqueton a bien maigri.
L’on voit ses habits
Remuer en lui.
Des ruisseaux argentés de larmes
Sillonnent ses joues
Sa figure.
Chaque visite nouvelle
Additionne en lui
Les larmes
Les sanglots
Qu’il veut prévenir
De sa grosse main.
Tous veulent assister
A la lecture du testament
De Porthos,
Convoitises.
La grand-salle est fermée.
Le procureur de Porthos,
Déploie le parchemin
Des volontés suprêmes
Du géant.
Le cachet rompu,
Les lunettes mises,
La toux.
Les oreilles tendues
Pour entendre mieux.
Mousqueton ne veut pas entendre mieux.
La porte à deux battants
S’ouvre. Prodige.
C’est d’Artagnan
 http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/d/d8/D_A.jpg/220px-D_A.jpg
Sa figure mâle.
Mousqueton le reconnaît.
Il vient embrasser ses genoux.
Il suffoque.
D’Artagnan le relève
Salue l’assemblée
Noblement.
L’assemblée qui l’a reconnu.
La lecture du testament commence.
Par le procureur
Lui aussi ému.
Profession de foi de Porthos
Pardon aux ennemis.
Il en suppute le nombre
Mais se refuse à détailler
Enumérer tous les torts
Qu’il leur causa.
Les biens les possessions
Les propriétés. Les biens-fonds
Les écuries, les meutes
Sont listés.
Enumérations inutiles ici !
Brave Porthos !
 http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/e/e0/The_Three_Musketeers_(1921)_2.jpg/290px-The_Three_Musketeers_(1921)_2.jpg
Il est alors question
De l’évêque de Vannes.
D’Artagnan frissonne au souvenir de ce nom.
Lugubre entre tous.
Le procureur continue.
Mousqueton de douleur s’abîme.
On tousse
On reprend haleine à l’énumération.
Poursuit donc le procureur !
Ici, un bruit aigu.
C’est l’épée de d’Artagnan.
Elle tombe
Sur le plancher sonore.
Ceci n’est pas
Un jeu de mots sur le nom
De Planchet.
Porthos laisse ses biens
Au vicomte de la Fère.
D’Artagnan pourra recevoir
Du vicomte de Bragelonne
Les biens qu’il lui demandera.
Long murmure.
Silence interrompu.
L’œil de d’Artagnan suffit à son rétablissement.
Tout ce qui est à la charge du
Vicomte de Bragelonne est énoncé.
Enfin des quarante-sept habits du mort
Mousqueton devient l’hoir.
Mousqueton est légué à Bragelonne.
Est-il donc un objet ?
Un bien meuble ?
Le Code civil
N’existe pas sous Louis XIV.
Mousqueton convulsif
Mousqueton pâle
Mousqueton chagriné.
Mousqueton trébuche
Hésite
S’absente.
Disparaît à l’étage.
D’Artagnan veut le conduire illico chez Athos.
Ne peut le faire.
Il demeure seul après
Les salutations cérémonieuses d’usage
En ces temps révolus.
Et d’Artagnan d’admirer
La profonde sagesse du testateur.
Porthos désirait
Que Bragelonne donnât à d’Artagnan
Tout ce qu’il demanderait.
Mais le mousquetaire
Ne demanderait rien !
Une pension fut laissée à Aramis.
« Porthos était un cœur »
Songe d’Artagnan
En soupirant.
Un gémissement au plafond.
Il l’entend.
Monte à l’étage empressé.
C’était ce pauvre Mousqueton.
Des étoffes.
Des étoffes par tas.
Sur lesquelles
Mousqueton s’était vautré.
Lui-même les avait rassemblées, entassées.
C’était son lot, son dû.
Elles lui revenaient bien !
C’étaient les habits de Porthos.
Et la main de Mousqueton
De s’étendre sur ces reliques
Vénérables
De son corps les couvrant.
Mousqueton ne bougeait plus.
« Il est évanoui ! Mon Dieu ! »
S’exclame le mousquetaire.
Il s’approche afin
De consoler le pauvre garçon.
Las ! D’Artagnan se trompe !
Mort est Mousqueton !
Mort donc tel le chien
Qui, sur l’habit
De son maître disparu
(et quelquefois sur son tombeau)
S’en vient rendre le dernier soupir
Du commensal canin.
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/d/dd/Dartagnan-musketeers.jpg/250px-Dartagnan-musketeers.jpg

samedi 17 janvier 2015

L'armistice de Rethondes vu par la télévision britannique : "Rumeurs dans la forêt" (1980).

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/c/cd/Waffenstillstand_gr.jpg/480px-Waffenstillstand_gr.jpg

Le téléfilm britannique dont je dois vous parler aujourd'hui est à peu près conforme à l'image ci-dessus : une reconstitution des négociations ayant conclu à la signature de l'armistice du 11 novembre 1918 dans le wagon de Rethondes.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/21/Armisticetrain.jpg

La photographie de l'événement est bien plus renommée.  Diffusé dans le cadre de la célèbre émission Les Dossiers de l'Ecran le mardi 11 novembre 1980 (émission qui fit longtemps mes délices parce qu'on y produisait des dramatiques d'Histoire devenues désormais invisibles telles Le Congrès de Tours, Staline est mort ou encore Le Président est gravement malade, dans laquelle Alain Mottet interprétait Woodrow Wilson), Rumeurs dans la forêt (en anglais Gossip from the Forest), était adapté par Granada Television du roman de l'écrivain australien Thomas Keneally, paru en 1975. Ce livre, au titre identique à celui du téléfilm ou drama ainsi que les Anglo-saxons qualifient ce genre de production audiovisuelle que nous Français, négligeons et méprisons de plus en plus sous les futiles prétextes qu'ils sont ennuyeux, scolaires, élitistes etc., peut représenter une sorte de compromis entre la fiction historique classique et la monographie chère aux historiens professionnels, bien qu'il pourrait aussi prétendre à la catégorie définie par Truman Capote : a non fiction novel. 
L'adaptation et la réalisation furent confiées à Brian Gibson (1944-2004), spécialiste des "biopics", dont Joséphine Baker. Parmi les comédiens, on remarque Hugh Burden, dans le rôle du maréchal Foch, John Schrapnel dans celui de Matthias Ertzberger, et surtout Vernon Dobtcheff en général von Winterfeldt.
Vernon Dobtcheff fut une figure du grand et du petit écran. Né le même jour que Lucien Clergue le 14 août 1934 à Nîmes, il a brillé par ses interprétations historiques et ses dons de polyglotte. Il participa, dans des seconds rôles, aux grandes heures fictionnelles de la télévision française des années 70-80.

http://fr.web.img5.acsta.net/c_215_290/medias/nmedia/18/35/59/84/20512465.jpg
Ainsi, j'eus la surprise de découvrir la présence de Vernon Dobtcheff dans la distribution de Foch pour vaincre, téléfilm de Jean-François Delassus, qui, le 7 mai 1977, ouvrit sur FR3 la série regrettée des Samedis de l'Histoire, tuée peu après par une censure politique stupide et bornée. François Maistre, bien connu des amateurs des Brigades du Tigre, y interprétait le maréchal Foch.
http://php88.free.fr/bdff/film/1998/0020/06/Foch%20pour%20vaincre%20(6).jpg  

Le lieutenant SS Wolf dans Le 16 à Kerbriant, c'était Vernon Dobtcheff. Dom Pimentel dans le Mazarin avec François Périer, c'était encore lui. Item Sieyès dans Joséphine ou la comédie des ambitions. Item De Gaulle dans la série anglo-saxonne Ike. Vernon Dobtcheff eut même l'honneur de faire partie du casting d'Holocauste et de Doctor Who ! On ne compte plus ses participations aux productions historiques télévisuelles des deux côtés de La Manche, voire de l'Atlantique. Sans omettre aussi le cinéma, où il excella dans de nombreux seconds rôles.
Mais foin de Vernon Dobtcheff, car je m'éloigne un tant soit peu de mon sujet. Je doute d'ailleurs que les téléspectateurs ayant conservé ne serait-ce que quelques bribes de souvenirs, quelques images fugaces, fugitives, éthérées, floutées, incertaines, volatiles de Rumeurs dans la forêt constituent plus qu'une poignée infime... J'ignore ce que ce téléfilm a pu devenir, qui en conserve les droits... Encore un travail en perspective pour Serge Bromberg et ses disciples pour restaurer cette oeuvre.
Toujours est-il que l'image du maréchal Foch véhiculée par Rumeurs dans la forêt,contrairement à celle, presque hagiographique, de Foch pour vaincre, pouvait irriter, déranger, les téléspectateurs français, au même titre que le Napoléon du Waterloo de Sergueï Bondartchouk. Je conserve l'image d'un Foch dur, intransigeant, impitoyable, tout à l'obtention de la revanche tant espérée, tant souhaitée, remarquablement joué par l'acteur britannique Hugh Burden, malheureusement décédé dès 1985.Une idée maîtresse le guidait : "l'Allemagne paiera".
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/80/Ferdinand_Foch_pre_1915.jpg
Les amiraux britanniques Wemyss et Hope, qui faisaient partie des négociateurs alliés, ne pouvaient se permettre de transiger, de modérer les conditions d'armistice : aucune marge de manoeuvre ne fut laissée aux Allemands, dont la délégation était conduite par Matthias Ertzberger, député au Reichstag,  membre du Zentrum. L'Allemagne réclamant la paix, il était inutile selon Clemenceau et Foch que l'offensive se prolongeât et que le sang continuât de couler.
La dernière scène du téléfilm peut être sujette à caution : elle tente de reconstituer l'assassinat d'Ertzberger par les nationalistes de l'organisation extrémiste Consul en Forêt noire, le 26 août 1921. Si mes souvenirs sont exacts, le téléfilm comportait une erreur de date en situant l'événement en 1920. Il est certain que fictionnaliser les événements historiques peut conduire à des approximations arbitraires, ce qui n'ôte rien à la qualité globale de Rumeurs dans la forêt même si l'image de Foch véhiculée par les Britanniques peut rendre irascibles quelques nationalistes attardés. Je sais par ailleurs que Vernon Dobtcheff, en général von Winterfeldt symbolise le militarisme du IIe Reich en train de s'effondrer : ce personnage à la moustache prussienne caricaturale paraissait atterré par la défaite, par les exigences du maréchal Foch.
 http://imgc.allpostersimages.com/images/P-473-488-90/46/4624/MNTFG00Z/affiches/general-von-winterfeld.jpg

dimanche 4 janvier 2015

Ces écrivains dont la France ne veut plus 3 : Paul Fort.

Si toutes les filles du monde voulaient s'donner la main, tout autour de la mer elles pourraient faire une ronde.
Si tous les gars du monde voulaient bien êtr' marins, ils f'raient avec leurs barques un joli pont sur l'onde.
Alors on pourrait faire une ronde autour du monde, si tous les gens du monde voulaient s'donner la main.
(Paul Fort : La Ronde autour du Monde. Ballades françaises)

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/b/b9/Paul_Fort_1928.jpg/220px-Paul_Fort_1928.jpg   

Cette ballade fameuse demeure à peu près tout ce qu'il nous reste de nos jours de celui qui pourtant, de son vivant, fut intronisé prince des poètes. C'est presque son unique héritage, en plus des chansons de Brassens, 
 http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/19/Brassens_TNP_1966.jpg/220px-Brassens_TNP_1966.jpg
immortelles, tant l'art de Paul Fort se mariait avec excellence à celui de la chanson. Cette ballade sublime, on la trouve encore citée dans une méthode de lecture convenant aux enfants rétifs à la méthode globale (ce que je fus) : la méthode Boscher, d'essence syllabique. 
 http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/cf/M%C3%A9thode_Boscher_1958_Loud%C3%A9ac.jpg
Et c'est à peu près tout. Force est de le constater : au XXIe siècle, Paul Fort est devenu un illustre inconnu, inétudiable et inétudié, bien que son nom sonne encore familièrement à nos oreilles. Le bel exploit culturel que voilà ! Pourquoi ? Doit-on accuser sans raison aucune les éditions Flammarion d'avoir organisé un tarissement de l'intérêt que Paul Fort suscita autrefois, durant sa longue vie, dans les Belles Lettres ? Les éditions Flammarion, tant que l'oeuvre de Paul Fort ne tombera pas dans le domaine public, continueront à exercer une sorte de monopole éditorial, d'autant plus que l'impétrant décéda bien vieux, en 1960, alors que nous sommes accoutumés à vanter, à célébrer, des versificateurs, poètes en prose ou en chanson, morts jeunes ! Paul Fort ne fut pas un poète maudit. Si la loi n'est pas durcie d'ici là, il faudra attendre environ 2030 pour que d'autres maisons d'édition (je songe ici à Gallimard, à ses collections bien connues, dont bien sûr La Pléiade) puissent enfin faire redécouvrir l'intégralité d'une création sublime. 
En attendant, nous nous contraignons à nous contenter de maigres anthologies (chez Garnier Flammarion, justement), en l'absence de toute intégrale faisant l'objet d'une réimpression récente. Les oeuvres complètes en dix-sept volumes sont épuisées depuis belle lurette.
A moins que tout cela ne cache d'inavouables rejets, condamnations, ostracismes à l'encontre du poète jalousé.
Quels mauvais procès aurait-on pu instruire contre Paul Fort ? Sa facilité littéraire, sa virtuosité, sa simplicité, sa naïveté qui en fait une sorte de Douanier Rousseau des lettres ? L'on sait que ce peintre génial fut longtemps boudé, à cause de son "amateurisme" (comme Chabrier en musique) et que le centenaire de sa mort n'a pas (ou peu ou prou) été commémoré. 
 http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/d/d7/Rousseau09.jpg/220px-Rousseau09.jpg
Paul Fort fut un pacifiste, qui crut en la fraternité humaine. Une seule de ses ballades, L'Ecureuil, composée en 1917, fut proposée récemment au programme du bac français. C'est plus qu'insuffisant. On a terni la gloire de Paul Fort, on a minimisé son importance littéraire, diminué son rayonnement, qui fut considérable.
Conjuration du silence autour d'un auteur incontournable du XXe siècle ! 
A-t-il fauté durant les années noires de l'Occupation ? De quoi s'est-il rendu coupable pour qu'on le boude ? Que fit-il exactement à Radio Paris ? A-t-on confondu Paul Fort (1872-1960) et Paul Faure (1878-1960 : mort la même année, tiens, tiens...) ? 
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/4/47/Paul_Faure_b_Meurisse-1927.jpg/220px-Paul_Faure_b_Meurisse-1927.jpg
Paul Faure, qui dirigea la SFIO de 1920 à 1940, pacifiste, fut munichois et se rallia à Vichy. Mais que fit donc de son côté Paul Fort de si répréhensible ? Il fut considéré comme un indésirable à la Libération par le célèbre Comité national des écrivains qui mit en place une commission d'épuration. On le considéra comme un proscrit, mais brièvement : alors qu'il figurait en septembre 1944 dans la liste d'opprobre et d'exclusion, il en fut retiré dès octobre.
Plus rien ne s'oppose donc à redécouvrir Paul Fort, puisqu'il a été lavé de ses péchés... Absolution nécessaire !
 http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/11/Paul_Fort_by_Jean_Veber.jpg/220px-Paul_Fort_by_Jean_Veber.jpg


Prochainement sera abordé un fameux téléfilm historique britannique hélas tombé dans l'oubli : Rumeurs dans la forêt, diffusé aux Dossiers de l'Ecran le 11 novembre 1980, et qui traitait des négociations de l'armistice de Rethondes.

samedi 13 décembre 2014

Les Krostons : une bande dessinée oubliée qui pourrait refaire prochainement surface.


http://www.bdoubliees.com/journalspirou/couvertures/1752.jpg


Bienvenue dans le monde d'Hayek (une publicité ultralibérale et ultra mensongère).

L'exclusion du poche constitue une forme majeure d'exclusion littéraire (aphorisme d'un écrivain rebelle).

Tout commença en le ci-devant numéro de Spirou 1589 du 26 septembre 1968. Une histoire à suivre assez déroutante débutée, signée d'une plume inconnue, se réclamant du réalisme : Max Ariane. Or, les esprits et les yeux attentifs, les personnes perspicaces (pas forcément parmi le lectorat le plus jeune), toutes celles qui sont expertes à déceler les styles graphiques, ne pouvaient être dupes, surtout s'il s'agissait de lecteurs familiers fréquentant Spirou depuis plusieurs années. Celui qui avait dessiné ces planches, c'était sans conteste Arthur Piroton (1931-1996), dont le dessin réputé froid avait déjà fait merveille dans Michel et Thierry, série consacrée à l'aéromodélisme scénarisée par Charles Jadoul (1930-1996), que Piroton venait juste d'abandonner. L'auteur cherchait à lancer une nouvelle bédé, et hésitait entre plusieurs projets et essais, dont Martin Lebart, qui ne connut qu'un épisode, paru à cheval entre 1967 et 1968. 
Piroton se retrouvait donc orphelin de héros dont il s'était lassé. Ce fut alors qu'une nouvelle sollicitation originale se fit : mettre ne scène un auteur de bédé, en une sorte d'autofiction (le terme n'était pas encore usité), auteur confronté aux affres de la création. Il allait de soi que les planches seraient signées par ce personnage fictif, par ce pseudonyme, Max Ariane. 
Il n'était nullement besoin en 1968 d'être un exégète pointu pour déceler, aussi bien dans le nom de l'auteur que dans son apparence physique, une caricature du chanteur de variétés Marc Aryan (1926-1985), qui avait plus que visiblement inspiré Arthur Piroton. 
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/e/e3/Marc-aryan-young.jpg  
Cet excellent artiste (qui lui aussi mériterait d'être redécouvert),rencontra paradoxalement le succès au lancement des Krostons.
Ces Krostons, qui sont-ils ? La création de papier de Max Ariane, des lutins maléfiques, vêtus de longs manteaux verts, coiffés d'interminables chapeaux pointus cabossés dont la boucle est en forme de tête de mort. Leur carnation est verdâtre, leur nez gros, et c'est, avec leurs yeux, l'unique partie décelable de leurs visages que l'on suppose hideux et repoussants. De même, l'on pourrait penser que leurs trognes pourrait se dissimuler sous un masque semblable à celui de Zorro, ou des Rapetou, ou encore des conspirateurs du Schtroumpfissime. Extirpés à l'origine d'un grimoire médiéval dans lequel on les avait reclus puis oubliés, Max Ariane, en les dessinant, leur donne pour ainsi dire la vie : étrange et déroutante illustration de la création en bédé, quoique somme toute classique. Les Krostons sont maléfiques : ils parviennent à s'affranchir de leur créateur, s'échappent de la planche de bédé, acquérant une réalité charnelle en trois dimensions. Ils conservent la faculté de redevenir bidimensionnels, lorsque nécessité s'impose, lorsqu'il y a pour eux danger. Car ces trois lutins vilains caressent un rêve : devenir les maîtres du monde. Leur chimérique projet foireux et fumeux échoue toujours, cela va de soi. Leur insignifiance de gnomes contraste avec leurs ambitions démesurées et inassouvies.
 http://www.coinbd.com/series-bd/les-krostons/la-menace-des-krostons/images/planche/20110201214737_t0.jpg 

                                                            


http://www.babelio.com/users/AVT_Paul-Deliege_8425.jpeg

 A noter, fait capital : Arthur Piroton n'était pas son propre scénariste. Max Ariane était double, dual : Paul Deliège (1931-2005), créateur de Bobo, avait commis le scénario.Deliège délaissa un temps sa série phare pour se consacrer aux Kroston, abandonnant durant quelques années dessin et scénario de Bobo à Maurice Rosy, qui, étonnamment - lorsqu'on sait qu'il fut le créateur de Monsieur Choc - en fit une bédé plutôt gentillette, dépourvue de toute causticité.
Cependant, Deliège insuffla aux Krostons un humour troublant que le réalisme originel de la série ne laissait pas supposer. C'est sans doute la raison pour laquelle la sauce ne put pas prendre dès le départ. La problématique se résolut d'elle même avec l'abandon de Piroton, qui se consacra à plein temps à une série correspondant enfin à ce qu'il recherchait, série digne des meilleures productions télévisées américaines policières des années 1960-70 : Mannix, Kojak, L'Homme de Fer, Serpico etc. Cette série fut Jess Long, lancée avec fracas dès 1969 et scénarisée jusqu'à sa mort en 1978 par Maurice Tillieux, qui y recycla plusieurs scénarios de son ancien héros Félix. 
 http://www.bedetheque.com/media/Couvertures/jesslong01couv.jpg
Deliège fit donc cavalier seul. Il commença par publier divers récits complets, qui ressourçaient les Krostons dans un Moyen Âge originel et fabuleux, sarcastique cependant.

http://www.bedetheque.com/media/Planches/krostons06p_20049.jpg





















En outre, Deliège crut bon, en 1971, de tout reprendre plus ou moins à zéro, prolongeant les mésaventures de Max Ariane en une espèce de remake et à la fois de suite au récit initial de 1968, Les Krostons sortent de presse, qui avaient encore besoin de faire-valoir réalistes.
Il reprit donc les mêmes personnages. De plus, tout comme en 1968, la figure tutélaire de Jean Rostand fut sollicitée via sa caricature en Monsieur Flamberge, sans que notre biologiste et académicien renommé s'offusquât de l'utilisation que notre pseudo Max Ariane fit de lui.
http://www.coinbd.com/series-bd/les-krostons/les-krostons-sortent-de-presse/images/planche/20110204195457_t5.jpg
http://www.babelio.com/users/AVT_Jean-Rostand_4581.pjpeg


Cette prétention au semi réalisme vouait Les Krostons à une impasse certaine. Dès 1973, Deliège révisa les fondements de la série pour la redémarrer dans une autre optique, plus humoristique, tout en conservant le caractère intrinsèque des trois petits ambitieux égocentriques. Balade pour un Kroston (1973) est le fruit de cette évolution et connaît enfin la consécration de l'album dans une collection normale aux éditions Dupuis.
Le deuxième épisode, La Maison des Mutants (1977) est remarquable à plus d'un titre. Paul Deliège y annexe en les détournant, en les pastichant, les thématiques et les décors, les atmosphères de la littérature gothique et du cinéma fantastique. Il s'inspire ouvertement du film Willard de Daniel Mann (1971) et de sa suite Ben de Phil Karlson (1972) dont on sait que la chanson superbe, interprétée par un Michael Jackson adolescent, fut nominée aux oscars et reprise en guise d'hommage dans la seconde version de Willard de Glen Morgan (2003) avec Crispin Glover. A ma décharge, je ne goûtai à la version originelle de Willard que quelques mois après la publication de La Maison des Mutants lorsque la télévision programma ce film horrifique et traumatisant dans l'émission L'Avenir du Futur en 1978. Cela signifie que je n'avais pas pu détecter les références de Deliège.
Les Krostons affrontent des rivaux conséquents : des rats mutants, devenus intelligents, commandés par un de leurs congénères albinos, sorte de Ben revu et corrigé. Ces rats possèdent un robot déguisé en monstrueux moine fantôme qui terrorise et éloigne les importuns de la demeure mystérieuse où ils fomentent leur conspiration de domination mondiale.
http://www.bedetheque.com/media/Couvertures/krostons02couv.jpg

Malheureusement, Deliège mit toujours plus de temps à élaborer et dessiner les épisodes des Krostons, parce que Bobo, qu'il avait recommencé à animer en 1973, lui prenait de plus en plus de temps et fonctionnait mieux auprès des lecteurs de Spirou. Il ne produisit plus que deux épisodes de la série : La Vie de château (1981) et L'Héritier (1983) avant de jeter définitivement l'éponge. Certes, l'on peut parler pour Les Krostons d'un humour noir, nauséeux, déconcertant, semi adulte (enfant, il me fut déconseillé de lire la série publiée alors dans un Spirou dirigé par Thierry Martens !), humour d'une ironie mordante, mais moindre que celle de Franquin.
Ce qui est regrettable, c'est que la série tomba par la suite dans un relatif oubli qui fit que les éditions Dupuis en abandonnèrent les droits. Divers éditeurs indépendants, notamment les éditions Hibou, essayèrent de ressusciter Les Krostons en publiant plusieurs intégrales à partir de 2005, année du décès de Paul Deliège. Ce fut alors qu'on commença à envisager une adaptation ou transposition cinématographique de l'univers de ces lutins malfaisants et fort bêtes.
Ainsi, les sites de la presse anglo-saxonne (Variety, The Guardian) annoncent la prochaine production d'un long métrage que dirigerait le réalisateur belge Frédérik du Chau, avec (rien que cela !) Salma Hayek et Jean Reno dans les rôles principaux ! Ce sera Salma Hayek la dessinatrice, Maxinne, qui remplace Max Ariane. L'on sait que les adaptations, les transpositions, aiment à trahir, à dénaturer les originaux, mais peu importe ici, puisque cette cure de jouvence annoncée au profit de nos trois vilains lutins permettra de les extirper salutairement d'un injuste oubli.
http://bdoubliees.com/journalspirou/couvertures/1851.jpg

La prochaine fois, je reprendrai la série d'articles consacrée aux écrivains dont la France ne veut plus dans un volet numéro trois sur le poète Paul Fort.


http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/ee/Paul_Fort_1922.jpg








samedi 6 décembre 2014

Bonnes Adresses du Passé et les Cent Livres des Hommes : deux émissions littéraires de l'ORTF injustement oubliées.

Si Arte avait existé en 1884, elle eût été pour Des Esseintes parce que ce dernier personnage romanesque incarnait une sorte de chébrantude d'époque (Chroniques désinvoltes de Moa).

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/e/e8/Frederic_Chopin_photo.jpeg/170px-Frederic_Chopin_photo.jpeg  

Pourquoi placer ce texte sous le patronage de Frédéric Chopin ? Parce que le générique inoubliable de l'émission Bonnes Adresses du Passé (à laquelle l'on adjoint souvent l'article défini "les") était illustré par la mazurka opus 33 numéro 2. 
Du milieu des années 1960 à la disparition de l'ORTF fin 1974, le duo Roland-Bernard et Jean-Jacques Bloch officia pour le plus grand bonheur des téléspectateurs cultivés de ce temps pas si ancien.
http://www.ina.fr/var/ogpv3/storage/images/accueil/menu-principal/emissions/bonnes-adresses-du-passe/61875-1-fre-FR/bonnes-adresses-du-passe.jpg

Paradoxe : tandis que des émissions comme Lectures pour tous de Pierre Desgraupes, Pierre Dumayer et Max-Pol Fouchet ou encore Portrait Souvenir de Roger Stéphane paraissent s'être davantage imposées dans la mémoire collective, Bonnes Adresses du Passé me semble bien plus oubliée, au point que sur le site Ina.fr, les émissions intégrales proposées se comptent sur les doigts d'une main. Cette émission se trouve réduite à la portion congrue, au contraire de celle de Roger Stéphane (qui suivait une optique patrimoniale littéraire proche et la précéda de quelques années) dont une part non négligeable est commandable sur le même site.
Ainsi, alors que, dès ma petite enfance (suis-je exceptionnel ?), mes sens ouverts à tout avaient perçu l'existence remarquable de Bonnes Adresse du Passé et ma mémoire retenu à vie la musique du générique, Ina.fr demeure chiche, avaricieuse, ne rentrant les opus qu'au compte-gouttes infinitésimal; infime, au rythme d'environ un numéro par an, et encore ! Je veux bien croire que ces émissions sont par trop endommagées, abîmées, mais la mission de l'Ina depuis 1975 n'est-elle pas la conservation, la préservation, la restauration d'un patrimoine télévisuel dont j'apprends et réalise que des parts et périodes entières ne sont même pas détenues par cet éminent institut ?
En ce cas, nous n'allons tout de même pas en être réduits à une extrémité telle qu'il faudrait privatiser l'Ina, le faire racheter, tenez par exemple par Serge Bromberg, patron génial de Lobster Films, qui, lui, ne se gênerait aucunement pour restaurer jusqu'aux plus infimes émissions rares et incongrues, car il a toujours fait preuve de professionnalisme, animé qu'il est par cet esprit chineur, de rat de cinémathèque nécessaire à la redécouverte de trésors filmiques enfouis que l'on croyait disparus ! L'Ina aux mains de Serge Bromberg pour s'assurer que l'intégralité des Bonnes Adresses du Passé sera enfin disponible sur Ina boutique ! On croit rêver ! Allez, retroussez vos manches ! Il y a du boulot en perspective !
Faute de mieux, j'en suis réduit à découvrir à la marge, par la bande, l'existence de tel ou tel numéro de cette émission, dont je doute qu'ils seront de sitôt gravables ou téléchargeables ! Jugez plutôt : Gérard de Nerval, Jacques Coeur, Guy de Maupassant, George Sand, eurent l'honneur des Bonnes Adresse du Passé. Savez-vous que j'ai le souvenir personnel d'avoir regardé, en 1971, le numéro des Bonnes Adresses du Passé consacré au Palais Idéal du Facteur Cheval ? C'est donc grâce à cette émission que je connus l'existence de ce formidable architecte autodidacte, précurseur de l'art brut !
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/ff/Palais_Id%C3%A9al_du_Facteur_Cheval_(7).jpg
Cet Angkor Vat français, cette fantasmagorie surréaliste et baroque !
On pourrait reprocher aux Bonnes Adresses du Passé une certaine bien-pensance gaullienne et pompidolienne, des vaticinations conservatrices, une autocensure parfois fâcheuse (rien sur l'homosexualité thème central de la Recherche dans l'émission consacrée en 1971 à Marcel Proust)...
 http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/7/7e/Marcel_Proust_1900.jpg/220px-Marcel_Proust_1900.jpg
Avouez qu'il est frustrant de constater sur le site de l'Ina la réduction de l'émission consacrée à Boris Vian à un extrait, un fragment, comme s'il n'en restait que cela, comme pour un film muet forain dont il ne demeurerait que quelques photogrammes vinaigrés.
Il y a un cas pis : les Cent Livres des Hommes (1969-1973), du regretté Claude Santelli. Cette émission se voulait éducative, à l'attention d'un public plus jeune. Qu'en reste-t-il sur le site de l'Ina ? Nada ! Juste le générique, ce fascinant et mélancolique générique constitué d'une succession de gravures illustrant des grands classiques (Les Misérables, Gargantua, Don Quichotte, Robinson Crusoé et j'en passe). Ce générique à la musique inoubliable et jamais oubliée qui, lorsque autour de septembre, en ces commencements des années 1970, elle se faisait entendre à mes oreilles sensibles, à l'occasion de la bande annonce de reprise de l'émission, annonçait fatalement la rentrée des classes. Ô thème triste et beau !
Et j'aimais grandement cette musique des Cent Livres, m'en souvenant à tout jamais sans en connaître le compositeur, découvrant sa préexistence dès 1965 dans l'épisode des Cinq Dernières Minutes, Bonheur à tout prix lors d'une rediffusion sur la défunte Cinq en juillet 1987. Dès lors, je m'engageais en la quête du nom du compositeur, ce durant des années. Cette prétendue marche traditionnelle allemande, telle qu'annoncée par la radio dans Bonheur à tout prix, dont l'identité créatrice fut débattue bien plus tard dans les forums d'Internet s'avéra une illustration musicale de Betty Willemetz, disparue en 2010.
Pourquoi donc ce mépris absolu pour cette émission savante et vulgarisatrice de Claude Santelli, ce génie de l'ancienne télé détruite par les bourdieusants ? Pour quelle raison l'unique numéro disponible quelques temps sur le site de l'Ina, consacré à Quatre-vingt-treize de Victor Hugo, que j'eus le réflexe de commander, la prescience de me hâter d'acquérir, disparut-il du site après seulement une poignée de mois ? Scandale ! Négligence aussi s'il s'avère qu'à peu près tous les Cent Livres sont à jamais gâchés, perdus !
http://www.atelier-imaginaire.com/pics/images/jures/santelli.jpg


http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/13/QuatreVingtTreize_Victor_Hugo.jpg/250px-QuatreVingtTreize_Victor_Hugo.jpg
Il existe une multitude de numéros des Cent Livres introuvables, consacrés à Werther, à Madame Bovary, à Alice au pays des merveilles ! Aberration ! Stupidité digne de la perte de la majeure partie des oeuvres littéraires de l'antiquité gréco-romaine alors que les expressions de l'esprit dont il est ici question furent mes contemporaines !
Du fait que Les Cent Livres des Hommes pourrait s'apparenter à nos modernes docu-fictions, le site IMDB répertorie une partie des émissions en mentionnant la distribution, les interprètes ayant contribué aux scènes reconstituées émaillant tel ou tel épisode. Il demeure regrettable que nous n'en sachions pas davantage sur cette série superbe, injustement boudée par l'Ina lui-même !
 data:image/jpeg;base64,/9j/4AAQSkZJRgABAQAAAQABAAD/2wCEAAkGBwgHBgkIBwgKCgkLDRYPDQwMDRsUFRAWIB0iIiAdHx8kKDQsJCYxJx8fLT0tMTU3Ojo6Iys/RD84QzQ5OjcBCgoKDQwNGg8PGjclHyU3Nzc3Nzc3Nzc3Nzc3Nzc3Nzc3Nzc3Nzc3Nzc3Nzc3Nzc3Nzc3Nzc3Nzc3Nzc3Nzc3N//AABEIAEMAeAMBIgACEQEDEQH/xAAbAAACAwEBAQAAAAAAAAAAAAAEBQADBgECB//EADwQAAIBAwMBBgQDBAkFAAAAAAECAwAEEQUSITEGEyJBUWEUcZHRFTKhQlKBkyQzU6OxweHw8SNDYnKS/8QAGAEBAQEBAQAAAAAAAAAAAAAAAQIABAP/xAAaEQEBAQADAQAAAAAAAAAAAAAAARECEiEx/9oADAMBAAIRAxEAPwBBAsghtmkiGDGMKFHp15pe9wPiVgcbdoCmQICPT7Uua0lkjjMz37IVGMxkjpXmLSmnuI7e2W5O458QAGPOgxpY7FkjSVITcKRyVCj/ABrSdmZTLp8sk9uFYTEbdoOB86TaHpz6dalGSZn3chpMpt9h70/s5nWJuTtJBA46kZOf0oNmjZGUthYQPcgCszqnakQ3T2+mad8VIvhL7cKG9OnNO5LxIkXvmbY52qEXLH2qLPLd24t9Hso5Uhxu/LlOvmeCakZhBb9oO0UHjm0FWjPJEQIJHtjNabTr+HVbJZ4A4XcVdGGGVvMGui01q1mjlhjgmj6uO9w0eTyB646/WgdN7x9WvSzFTJ42QY8LdM/xrAwlVIzliwPmFFBMe8dmMbjPAwpxx50RJCTkB5ST5g8D2qgpFFC9zcM3cDHhPWQjy+VSpxrhba0a5kQsmcRx+ch8j8valelXHf6jdfGLN8acHggbV9F60Y63Nxcw3EqtGfzRoP8Atj1Pv/hSvX9Ku/iBc23eO27d4G8W6pZ3VtJ1ma73aRdSGFhkhnwR6/OjtH0poLdJLuJWmzli7nKj5Cllhq+sJMklwiGPLLwApJx88cZplZpdXvdNeSOY2GdqjapHvRQZ2F2WRmyWG7A2joM8dKle4+5icrH9AMZ+9SoDFyTIltCTI39WOA2PKrINRjnubcKAJAHzxg8rWgh7KWlxawHe24xKSBj90V09ldOtljeWAuVPLrn9QK6j2gaCRwcqfCRySash73uG5GN/UHHFHW2gadIe8tXBGOTHKcfTNU3PZmN4yxvjC3UsOn6mg9oCmadCDEmyTHhZiMZHsfX1pXp8+uWl18bp6yyGQnvUVGb6jyp/adn1jYM+oCY/Xj609s1ubXRVSyhEuyUr3R43qW65/jWFsIo7/UEu+5traaGW6IMkryB1z8sdfnTHszp9tCs8dzMZL8u28qcHAOOnTrTW/vbWxiSHdCs5wFUnp6n14rIXEOom4lvbDUEjjjjYCSTAU7ucD9OtAnsPrgdwztckxwxnxOBjePLFLmElwRf3IxGg/o8HQADoT71fZXU+saIkkkbW17EPFlMCUDrjPrSnUrtmRwkgGExjyxjzqaqejVvUN0qyNuYj97pz6VbPcohzglenFY7TgzzjvHXJ8J5OT8vWm1zck20cQZS2cFj1x61NODtTl/oivF4XSYMrA0Na6r3cSqQDnqBQ947HTSmVO1xhcdf9artrMzoB3yruHO7n9KlhZv3a5Xaw2ls7QfKuUC1r3b7FlefHXux/zUrA5W6u49NgEU8gCxLxjrwKrvLvVSqiG8ZBjnw4NaaLs7Fc6da7ZpkXukO0kEHgetBS6GlpJLNetPJbLzmKXG0e4ABrpROXFjIWkt3J2yb3c4ZSVLfaiEk7+QiaRht6lyT08hzWth0nQp0DLI8qMThWlJ/SiE07SI8gWy/NsnpRqu8Ze0hhUGVtzhRwSPKtJfWM9toSst7JFMChVYn2r1/L6nj1NXNaWEo7iC2CtIcZAxj1NW3t6kjyRmNDbQcNI/TI9PegW6wOl215c6zLbiVpi2dxMnOPfPpTLWdZ0zTpFt7pZLq4tgAltGCkaMPMk9az/aXWntNUnk0kfDNIAHkQDJx6f78qzbTT3d2ZrmRpHY73ZuprKaLVO0ur6lMjSubaFCHihjGB8yfOjpbz46xW4jILAhJU/d9frSi3jeQoxTMhG4rsPHkAKa6LBsu54JcKskYOB5EGpqsx5tVSKYEsyjI/ZyR7V7lRQgCk7lbOAMtXuYRJMcKVQcjPX3+tRp7efi3J3em3zqCraWMbt3eHccgEccUGmpxxZjLI6xk43qf4efNWLt79GIO31I4z8qrWxtjcSJJEGycDy6+dAMLPtVfrIqNLbiHqSkQ8I9/TyqUoWxWPWls1d0iYhSQ3UEVKMeb6np9xM+nWwLbgsKZz/wCooPWLvdD8OiZMnGN2KNsNPd7C2xMQDCmQo/8AEV4OgxF3Z5XIYYIYAg10I83Q+iQoulREfm6t7e1WXV3b2eO8V3Y5ISMZaqbpbTSIGQzFpGyyxA4+g8qzGoXPdI01jcuZX/rGkGVbHofKhU9p9DrFvJeJLaQzvAAROxBAiBHVvShoJvxXCBNmnwKdzdO8fzPuPesIt9ewyGIS3O2U+JEk/P8Aw86fT66um6SlteROb5kwIcchccbvSsvGd15UutQmuIkVY3bCKD+yOM160+2USKR4ueEbOCfn/lQKu/eFnDFm6DHA+VP9PEdrGhBzLwWBUkD2oVBN4fg4Uym1nB3DPX6D9KadkIPjXmuLmNDGFK5245PvWbvkknkeaTqx8MfQnpzitV2RmjtGa0uC0bTKoXK+En0/Whr8FPo9lIwLu7KTjKkfSu/gdkrgp3qDpgFeR607NrtIw270GBXow87ic/5VDz7E34LpiAD4TJ9WYnP61mu0rLYam0aQFYXVSuwnj61v8wqH+IjfYRxsx196R69+FfFWryC7ki2ssijAPI4K844OOtYysJdXsTahBOgYBNuQcZ4PtXKJ1hGuJYjBauhRfEMZJ+lSgNFZ9odVW1iVbvAEagDu19B7V7k7RaqYmzd/3afapUroqMZO9vLiYpPLJvlbOWYAk0qe9uf7U89eBzUqUPQy0y+uTK0xcGSNSyMUUkHHXpSZ7ueW5aWWTfIzklmAJPNSpWL2LudpwzSZK9OBxTe1upmERZgSD12j0qVKzOXGoXUk6F5ASGJ/IPT5UxsL24jmtGVxuVmIJQHB+lSpWDSfjWoEDM4/lr9q5+Nah/bj+Wv2rtStkSpn1i/KnM4/lr9qU6jqd3JgvKDjP7C/auVKLIYHGp3mT/1R/wDC/auVKlRZC//Z
la prochaine fois, il sera question d'une bande dessinée remarquable apparue à la fin des années 1960 : Les Krostons, signée à l'origine du pseudonyme de Max Ariane, qui mit en scène un personnage haut en couleurs inspiré de Jean Rostand.

http://i.ebayimg.com/00/s/NjQwWDQ4MA==/z/~R4AAOSwBLlU42Lv/$_35.JPG

http://bdoubliees.com/journalspirou/couvertures/1752.jpg


samedi 22 novembre 2014

Ces écrivains dont la France ne veut plus 2 : Charles Péguy.

http://www.charlespeguy.fr/content/galery/600x600/portrait-cp-jpg.png

 Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés
Dans la première argile et la première terre.
Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre.
Heureux les épis murs et les blés moissonnés.
(Charles Péguy : Eve 1913)
Sources :
- Henri Guillemin : Charles Péguy (éditions du Seuil 1981) ;
- Alain Finkielkraut : Le Mécontemporain (Gallimard 1991) ;
- Jean-Jacques Bloch et Roland-Bernard : Bonnes adresses du passé : Charles Péguy (ORTF 5 septembre 1973, Ina.fr).

La strophe servant de frontispice à cet article est souventes fois citée, mise en avant. Elle dérange, paraît désuète, outrancière même. Cent ans après sa mort, la personnalité plurielle de Charles Péguy fait encore l'objet de controverses. La conversion religieuse de ce personnage fluctuant indispose, bien plus que celle de Paul Claudel, car l'on sait qu'il ne fut guère pratiquant : il ne communiait pas, n'allait pas à la messe. Son style a le don d'agacer, parce que répétitif, parce qu'il assène les mêmes mots, les mêmes phrases, abuse des anaphores, donne l'impression de marteler ses idées, de bourrer le crâne des courageux lecteurs s'aventurant dans son oeuvre. Il se dégage de ses écrits une impression de scansion, d'oralité de griot africain.
Péguy, de plus, souffre de son parcours idéologique incohérent (il n'est pas le seul qu'on pourrait citer !) : il est donc sujet à polémique, à rejet, à annexions multiples aussi. Ecrivain protéiforme ! Dérangeant ô combien ! Loué par Vichy, par de Gaulle, par la Résistance, réhabilité par Alain Finkielkraut, repris à gauche lorsqu'il fut dreyfusard, repris à droite parce qu'il flirta à la fin de sa vie avec Barrès et Maurras, sans que ceux-ci parvinssent à l'enrôler intégralement ! Péguy est un indépendant irréductible, instable aussi. 
Cependant, les silences contemporains dont Charles Péguy est en 2014 l'objet me paraissent tout autant injustifiés que la célébration excessive dont l'entourèrent divers camps politiques douteux, notamment à Vichy. Nul ne pouvait préjuger du parcours qui eût été le sien s'il avait survécu., connaissant les cheminements tortueux du bonhomme. Aurait-il fait comme Georges Valois (1878-1945) qui le connut, fut un pionnier du fascisme français avant d'entrer en résistance et de mourir dans les camps nazis ? Gustave Hervé, comme lui antimilitariste, devint un patriote chauvin. Les adulateurs et laudateurs posthumes de Péguy me font songer à des récupérateurs de cadavres.
Dans l'actuel contexte politiquement correct où tout doit demeurer lisse, parfait, étale, où rien ne doit faire de vague, Charles Péguy incarnait le parfait personnage à oublier d'urgence. Il n'avait donc aucune chance qu'on le commémorât à l'occasion du centenaire de sa mort au champ d'honneur le 5 septembre 1914. La télévision le cita incidemment, au passage, dans un documentaire consacré à Jaurès, diffusé en juillet dernier, rappelant sa haine du tribun qu'il avait brûlé après l'avoir adoré, tel le fameux Sicambre du baptême d'Epinal de Clovis. Il existe une dichotomie, un divorce profond, entre l'époque de Charles Péguy et la nôtre.
Il était conséquemment logique que la célébration de Charles Péguy se réduisît à moins qu'un minimum syndical : un timbre, mais pas n'importe lequel  : la reproduction d'un dessin admirable du grand artiste expressionniste rebelle Egon Schiele. 
http://www.charlespeguy.fr/content/news/articles/img/800x800/timbre-peguy-1.jpg  

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/7f/Aktion_1914.jpg  

A l'origine, ce dessin servit en octobre 1914 de couverture à la revue engagée Die Aktion, fondée par Franz Pfemfert (1879-1954), qui sera spartakiste. Cette revue défendit le mouvement expressionniste.
Dois-je rappeler qu'Egon Schiele fut une des coqueluches d'Arte et de France 5, à l'occasion d'un documentaire consacré à une fameuse exposition tenue en 2006 au Grand Palais et consacrée à quatre peintres de la sécession viennoise, Klimt, Schiele, Moser et Kokoschka, le deuxième se taillant la part du lion tandis que Koloman Moser (1868-1918) faisait figure de parent pauvre car totalement dédaigné chez nous, tel un peintre académique pompier qu'il ne fut point ?
 http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/39/Lovers_Koloman_Moser_c_1913.jpg/220px-Lovers_Koloman_Moser_c_1913.jpg
Péguy trublion ? Péguy instable fou d'anticléricalisme, de dreyfusisme, de socialisme, puis fou de Dieu, de Jeanne d'Arc, du drapeau, de la Patrie ? Un peu tout cela mais pas seulement. Ce serait bien trop simple, alors que la réception de cet écrivain, ainsi qu'avait pu le constater Henri Guillemin dès une fameuse émission historico-littéraire suisse des années 1970, s'est fortement atténuée. Péguy est devenu pour la masse un illustre inconnu (ce qu'il fut sa vie durant car peu lu de son vivant) que l'on a banni (comme Anatole France) des programmes scolaires officiels. On ne l'étudie plus ; on ne le lit plus. De toute façon, de son vivant, on ne le lisait pas non plus... Toute sa gloire, constituée de malentendus, fut post-mortem.
Péguy se débattit durant toute son existence dans les difficultés, familiales, pécuniaires, et de célébrité. Il souhaitait, avait ardemment soif de notoriété, de reconnaissance, car son ego souffrait : il se pensait un grand de la littérature, était imbu de son talent et il n' avait pas tort. Il ne reniera jamais son dreyfusisme (lisez Notre Jeunesse) bien qu'autour de 1910, il louvoyât ambigument en direction de l'Action française et de Maurice Barrès (qui n'aimait pas Charles Maurras) afin d'obtenir un convoité prix de l'Académie française (opposé à Romain Rolland, il sera recalé en 1911 : nul n'obtint de prix cette année-là).
 http://labeilleetlarchitecte.files.wordpress.com/2014/03/charles-peguy-un-ecrivain-combattant_article_popin.jpg
On dit sa conversion nationaliste intervenue en 1905 avec l'affaire de Tanger. On dit qu'il se ruina avec ses Cahiers de la Quinzaine. De fait, c'est avec le congrès socialiste de la salle Japy de décembre 1899 que les choses commencèrent à s'envenimer, Charles Péguy se pensant exclu, lui qui aspirait à jouer un grand rôle lors de ce même congrès. Au point qu'il accusa les partisans de Jules Guesde d'avoir comploté pour l'exclure.
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/9a/Jules_Guesde%2C_by_Nadar.jpg

  
Dans sa biographie précitée, Henri Guillemin a fort bien dépeint le processus qui entretint la rancune de Péguy à l'encontre de Jaurès, sa rupture avec les socialistes et avec Lucien Herr. Il espérait l'unité des socialistes, comme nous le savons fortement divisés entre jaurésiens et guesdistes, sans omettre les tendances de Jean Allemane et de Paul Brousse (les broussistes étaient appelés "possibilistes"). Certes, en 1902, Jaurès parviendra en un premier temps à fusionner avec Brousse et Allemane (fondation du Parti socialiste français alias le PSF) auquel continua à s'opposer trois années encore le Parti socialiste de France où s'étaient réunis le POF de Jules Guesde, le Parti socialiste révolutionnaire d'Edouard Vaillant et l'Alliance communiste révolutionnaire. L'unification définitive se fera en 1905 avec la SFIO mais d'ores et déjà, Charles Péguy avait tourné casaque, rancunier comme pas deux.
 http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/8/8e/Jean_Jaur%C3%A8s,_1904,_by_Nadar.jpg/220px-Jean_Jaur%C3%A8s,_1904,_by_Nadar.jpg
Il n'est donc pas surprenant que cet homme pluriel, multiple, insaisissable, cet écrivain excessif dans ses amitiés comme dans ses inimitiés (capable, par exemple, de se sentir proche de Psichari avant d'en dénoncer le côté calotin, catholique exalté parce qu'un vieux fond d'anticléricalisme demeurait en l'esprit du poète et polémiste - il fustigea même Léon Bloy !) ne puisse de nos jours susciter l'engouement. Péguy chrétien, Péguy cocardier... Péguy trouvant la rédemption, l'accomplissement dans le sacrifice suprême au champ d'honneur. A défaut de devenir un homme d'Eglise, il fut un homme de foi...hétérodoxe. Péguy as du "retournement de veste" (tel Talleyrand ?), mangeur "à tous les râteliers" ?  Péguy versatile. Adulateur de Napoléon après l'avoir haï. Contempteur de Jean Jaurès dont il souhaita l'exécution publique digne de la Terreur robespierriste après qu'il l'eut soutenu dans la lutte dreyfusarde. Jamais à gauche on ne lui pardonna une telle odieuseté . Péguy contestable, Péguy contesté. Henri Guillemin parla même de Péguy "teigneux", tel ce fameux personnage des dessins animés d'Albert Barillé... On pourrait ajouter (mais là, je me ferais médisant) qu'à force de vouloir être partout, il finit par se retrouver nulle part.
Nous trouvons un Charles Péguy en quête de pureté chrétienne primitive, originelle, avec Le Porche du Mystère de la deuxième vertu , Le Mystère des Saints Innocents et Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc. Péguy visionnaire, Péguy mystique, Péguy antimoderne. Un Charles Péguy influencé aussi par Bergson, qu'il défendit contre la cabale antisémite montée à son encontre lors de son élection à l'Académie française en 1914.
 http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/9/9d/Henri_Bergson_02.jpg/220px-Henri_Bergson_02.jpg
Chacun trouvera en Péguy son fond de commerce, et l'on comprend qu'il demeure inacceptable pour beaucoup. On ne parviendra à trancher le cas Péguy qu'en l'étudiant, l'analysant à fond. C'est déjà ce que tenta Henri Guillemin. Peut-être Charles Péguy fut-il un homme médiéval égaré au commencement du XXe siècle (d'où l'usage chez lui du mot "mystère"), un homme qui rejetait tous les dogmatismes institutionnalisés de son temps, inclassable à cause de cela : dogmatismes socialistes, dogmatismes normaliens, dogmatismes monarchistes,  dogmatismes de l'Eglise instituée avec ses rites, son culte encore issu alors du Concile de Trente. Vatican II eût-il plu à Péguy ?  Nous ne le saurons jamais. J'aurais pu intituler ce billet "Charles Péguy, un mystère qui ne passe pas", paraphrasant l'historien Henry Rousso. Péguy l'exclu, le banni, l'ostracisé...par sa faute ?

Prochainement, je consacrerai sur ce blog un texte en l'honneur d'émissions littéraires injustement oubliées : Bonnes adresses du passé et les Cent Livres des Hommes.

samedi 8 novembre 2014

Annabelle ne sera jamais belle.

http://img2.wikia.nocookie.net/__cb20130825023305/villains/images/5/5f/Annabelle_doll_the_conjuring.jpg

Monsieur d'Eon est devenu sa propre veuve. (Lord Mount Edgecumbe, à propos du chevalier d'Eon)

Timeo Danaos et dona ferentes. (Virgile)

J'ai connu un bonhomme extraordinaire et déséquilibré qui se prenait pour un homme de Néandertal. Sans doute sa laideur expliquait sa croyance, du fait qu'un abominable bourrelet défigurait ses arcades sourcilières, encore faut-il savoir si l'on peut juger le mot "défigurait" approprié. Ce type déménageait complètement tellement il était persuadé vivre au Paléolithique Moyen. Il avait adopté la vêture des néandertaliens, du moins l'interprétait-il à sa manière. Il arborait nuitamment des peaux de bêtes jetées avec négligence sur ses épaules, telle la pelure du lion de Némée sur Hercule, sans oublier son espèce de pagne de fourrure et ses ridicules chaussons fourrés. Il m'avait dit que ses modèles de prédilection étaient Onkr, l'homme des cavernes de la bédé des années 1960 qui fit les beaux jours du "Journal de Mickey", dessinée par Tenas et scénarisée par Malac et Yvan Delporte, et Uruhu, le chef pilote K'Tou des romans de science fiction mettant en scène le commandant Daniel Wu, notamment "La Gloire de Rama." Il avait pour coutume de brandir une quelconque massue de bois en poussant des grognements inarticulés imitant son héros de papier de l'âge de pierre. Sa panoplie, en plus du ridicule, frisait l'indécence, d'autant plus que ce malheureux taré ne se lavait jamais. Il puait à cent mètres, et les dépouilles mal tannées dont il se revêtait étaient infestées de vermine. Par conséquent, il laissait un sillage particulier et suffocant, qui avertissait de son approche, ou informait qu'il venait de passer par-là. (Souvenirs d'un anonyme sain d'esprit du XXIe siècle)
http://www.bedetheque.com/media/Couvertures/Onkr1_18052008_181930.jpg

Tous les littérateurs, plumitifs et intellectuels contemporains se meuvent et se complaisent dans l'euphémisme, la litote et l'évitement. Moi, je pratique l'hyperbole. (Réflexions d'un anti-écrivain engagé et enragé)

"Bois II", chez POL, appartient à cette catégorie de livres, de romans, qu'il faut d'abord lire pour ensuite les acheter (et non pas les acheter pour les lire) tant leur titre, leur maquette de présentation et leur quatrième de couverture ne relèvent rien de leur contenu, n'en préjugent pas. A la limite, l'austérité de la présentation de ces livres confine à l'absence d'envie d'acquisition. "Bois II" est donc un roman "anti-marketing" dans lequel il faut pouvoir et vouloir entrer. Il est le moins explicite possible et se refuse à tout succès parmi les cuistres et les ignorantins qui ont besoin qu'on leur mette les points sur les "i". (Une anthologie de la critique littéraire fictive au XXIe siècle)

Annabelle, de John R. Leonetti, dérivé mercantile de Conjuring : les Dossiers Warren, de James Wan, sorti en 2013, incarne ce que je qualifierai de pire film d'horreur de tous les temps, non seulement du fait de sa vacuité, de son absence totale d'intérêt artistique, mais à cause de l'impact qu'il a eu auprès d'un certain public, dont le comportement incivique dans les salles obscures, pourtant point inédit, a bénéficié d'une caisse de résonance médiatique sans précédent à l'occasion des projections de ce pitoyable nanar dans nos salles obscures hexagonales. On dirait que le phénomène s'est enfin révélé à nos journalistes ignares, coupés des tristes réalités déglinguées, tel Ananie ou Ananias, dans Les Actes des Apôtres, lorsqu'il recouvra la vue  après qu'il eut rencontré Jésus (l'on parle des écailles qui tombèrent de ses yeux (Actes, 9).
L'on sait par le net, mais aussi par la presse écrite, qu'Annabelle a suscité remous, émotions (dans le sens presque similaire à celui des émotions ou commotions populaires d'Ancien Régime et l'on connaît la stérilité de ce type de convulsions), réactions, déprédations, chahut etc. Au point que certains complexes cinématographiques à Marseille, Strasbourg et Montpellier, ont jugé préférable de le déprogrammer afin d'éviter de nouveaux incidents, que dis-je, des désordres dignes du XVIIe et du XVIIIe siècle !
Rien de bien neuf. Mais le problème a ses explications, à défaut de résolutions claires. Comment voulez-vous prévenir un tel chaos lorsque, intentionnellement, vous réduisez sans trêve et immuablement les films dits "de genre", aux seuls méga complexes, à à peine deux cents copies et des poussières dans toute la France, de façon systématique, ce qui entraîne un fourmillement, une surfréquentation de salles bondées où les "djeuns" s'écrasent pour huer le navet, papoter, dégrader, souiller, jouer avec leur smartphone ? 
En réalité, en classe, ils font strictement la même chose ! Ces zappeurs invétérés ont acquis une incapacité de concentration pathologique, d'attention, inférieure à celle des chiens (chez les canidés, elle est en moyenne de cinq à sept minutes).
http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcStDwxvIb8iemxxCo7EQuT4h8roI197xOeaBP0p5tsDg4Mf-0ejc4DZEvujbg

A ce compte, on comprend la raison pour laquelle ces cerveaux de jeunes demeurent incapables de se concentrer sur quelque matière, objet ou sujet que ce soit, en cours comme dans un cinéma tant ils surfent à chaque seconde sur autre chose.
De plus, le fait qu'Annabelle,
 http://www.dreadcentral.com/wp-content/uploads/2014/10/annabelle_ver2_xlg-690x1024.jpg
 malgré son affligeante médiocrité, fasse salle comble, traduit non seulement cette propension des adolescents de tourner les interdits, de les transgresser (ici, se faire peur, ailleurs, le sexe), mais aussi la disparition dramatique du tissu urbain des salles de quartier, de proximité, qui autrefois, se vouaient à la projection de tout ce cinéma de genre, quelle qu'en fût la qualité. Rappelez-vous l'émission culte d'Eddy Mitchell, La Dernière Séance (1982-1998), qui fit les beaux soirs de la Trois. Souvenez-vous aussi de Cinéma de quartier de Jean-Pierre Dionnet sur Canal + entre 1989 et 2007.
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/3c/Jean_Pierre_Dionnet.jpg
Or, nous le savons, la concurrence de la télévision tua d'abord ces petites salles de cinéma vouées aux nanars, cela, en tendance lourde, dès la fin des années 1960. A compter de la dernière décennie du XXe siècle, l'on peut dire que les multiplexes prirent le relais de ces petites salles obscures conviviales, mais dans un tout autre but de concentration d'un maximum de titres à l'affiche pour s'assurer le maximum de bénéfices, cela au détriment cette fois-ci (ce qui est encore plus grave), du tissu cinématographique des centres urbains eux-mêmes, qui se mirent à dépérir inexorablement. Voyez Avignon qui a fermé ses deux cinémas centraux non arts et essais au profit des méga-plexes !
Marseille demeure un étrange cas d'école parce que, dès les années 1980, ce sont les réseaux de salles centraux qui mirent massivement la clé sous la porte, avant même l'invention du téléchargement, du streaming et des multiplexes ! Aujourd'hui, cette cité phocéenne prétendument la deuxième ville de France demeure dramatiquement sous équipée en cinémas non périphériques : il n'en subsiste qu'une poignée, hors deux multiplexes qui drainent une effarante fréquentation. Un seul, L'Alhambra, demeure classé arts et essai depuis fin 2013, pour une programmation souvent peu pertinente, voire commerciale : ce cinéma à salle unique s'apparente de fait davantage à un bon vieux cinoche de quartier dinosaurien qui aurait survécu (en réalité, il n'a ouvert qu'au début des années 1990) qu'à feu Le Breteuil par exemple.
Pour Marseille, comme ailleurs,  il s'agit d'une erreur fondamentale d'urbanisme, incitant les spectateurs et amateurs du 7e art, à brûler des carburants fossiles contribuant au réchauffement de la planète afin de se rendre en bagnole au multiplexe qui n'est pas du tout du coin comme le cher épicier originaire du Maghreb ou d'ailleurs.
Paradoxe : si l'on faisait une enquête aujourd'hui, l'on verrait que les Français éprouveraient une préférence pour des cinémas localisés près de chez eux plutôt que pour des complexes nécessitant un budget carburant conséquent !
Quant à Annabelle, dans tout cela, ce film dit "fantastique" échoue à nous faire peur : même une revue spécialisée comme L'Ecran fantastique (numéro de novembre 2014), bien que la critique demeure nuancée, juge que ce long métrage ampoulé ne tient pas ses promesses et demeure trop sage. Je dirais "inabouti" puisque le chahut prévalant dans les salles trahit la déception et la frustration du public adolescent. Annabelle joue trop sur des recettes éprouvées, presque sur des tics, des procédés, voulant obliger les gens à trembler, à s'épouvanter, à tel ou tel passage, prétendant dicter leur conduite, leurs réactions, les conditionner pour qu'ils le fassent, comme ces rires préenregistré polluant les sitcoms.Mouvements de caméra, effets spéciaux, bruits, musique, grain de l'image, traitement de la couleur, éclairage ou pénombre, tout est mis à contribution dans cet objectif de produit préformaté destiné à délester le péquenot grugé et pigeonné de ses jaunets (monétique ou pas).
http://www.gannett-cdn.com/-mm-/ac64bebde5687aff08f790d50d7b227ea665b2be/c=291-0-1798-848&r=x1803&c=3200x1800/local/-/media/USATODAY/None/2014/10/02/1412260763000-ANNABELLE-MOV-jy-2919-.JPG
De toute façon, je déteste les poupées laiderons et je n'irai jamais voir Annabelle ! Ah, si elle avait possédé l'apparence d'un "Bébé" de la fin du XIXe siècle, l'ambiguïté de l'horreur eût été plus probante et le film bien plus surprenant et inquiétant, du fait de l'innocence affichée par cette porcelaine !

https://s-media-cache-ak0.pinimg.com/236x/58/92/b2/5892b22ec125fb22db8b564183dfce31.jpg

Prochainement : Ces écrivains dont la France ne veut plus, deuxième volet consacré à Charles Péguy,
 http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/32/Charles_P%C3%A9guy_by_Eug%C3%A8ne_Pirou.jpg/640px-Charles_P%C3%A9guy_by_Eug%C3%A8ne_Pirou.jpg
 ou comment les commémorations officielles sur la mort de cet écrivain furent réduite à l'édition d'un timbre tiré de l'oeuvre d'Egon Schiele, le grand peintre et dessinateur expressionniste.
 http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/a8/Egon-schiele.jpg