dimanche 6 octobre 2013

Renée Vivien (aux sources d'Aurore-Marie de Saint-Aubain 4).

(...) - cet homme dont elle ne possédait pas même une photo, seulement une carte postée en Belgique à Charleroy, comme on l'écrivait encore en 1913, et représentant une étrange et ravissante enfant aux yeux et aux lèvres maquillés avec un noeud blanc en forme d'orchidée dans une épaisse chevelure brune, l'épaule dénudée, souriant d'un air aussi malicieux qu'innocent, assez semblable aux fillettes savamment dépenaillées photographiées quelques années plus tôt  par le révérend Charles Lutwige Dodgson. (Richard Millet : Ma vie parmi les ombres p. 280 éditions Gallimard 2003)

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Ma première rencontre avec Renée Vivien fut fortuite, en avril 2008. Elle se fit par le truchement d'un buste de Rodin, exposé en son musée parisien éponyme, représentation de la tête (donc de l'intrigant visage) d'une femme disparue à l'âge d'à peine trente-deux ans. L'étiquetage de l'oeuvre indiquait sobrement que Renée Vivien avait vécu de 1877 à 1909.

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A ce moment, j'ignorais alors tout d'elle, de ses moeurs, de ses poèmes, de sa vie même. Je songeais à mon défunt prof de français de seconde, qui, lorsque nous étudiâmes Boris Vian, insista sur le fait qu'il était mort à trente-neuf ans : un auteur qui meurt jeune constitue un archétype du génie foudroyé et maudit.
Mes retrouvailles avec Renée Vivien s'avérèrent subreptices : je venais de créer Aurore-Marie de Saint-Aubain, apparemment, sans qu'aucun modèle m'eût inspiré, si ce n'était Leconte de Lisle,
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 pour le côté emberlificoté, alambiqué, antiquisant et au lexique très recherché de ses poésies. Je le savais maître de l'école du Parnasse contemporain : je fis donc d'Aurore-Marie de Saint-Aubain, dans sa biographie imaginaire écrite en août 2008, une parnassienne, et tant qu'à faire, une symboliste aussi, même si les deux écoles étaient antagonistes. Je me fendis de poésies grotesques, exagérées, sans queue ni tête, aux mots compliqués, parfois récités par mon alter ego extravagant de Joan Fontaine : Deanna Shirley De Beaver de Beauregard. La toute première poésie d'Aurore-Marie que j'écrivis, Fragments d'un Grammatiste antique, sortit de la bouche de Deanna Shirley en personne.
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Mon trait de génie fut, d'emblée, dès sa première apparition dans la nouvelle Lise, de faire d'Aurore-Marie de Saint-Aubain une adepte du saphisme (je dirais même de l'éphébophilie féminine, chose bien plus dangereuse, puisque Aurore-Marie était portée sur les préadolescentes de onze à quinze ans) et d'avoir décidé de son décès prématuré, de la tuberculose bientôt conjuguée à un cancer galopant de l'utérus (m'inspirant par là de la magistrale biographie du général Boulanger - dont j'avais besoin pour parfaire mon personnage, car Aurore-Marie était nationaliste et boulangiste - écrite par Jean Guarrigues, qui soulevait l'hypothèse de la mort de Marguerite de Bonnemains, maîtresse du général revanche, sous les effets conjugués de la phtisie et du cancer utérin : les pages traitant de l'agonie et de la mort de cette femme m'arrachèrent - oserai-je l'écrire ? - des larmes !). Elle quittait le monde à trente-et-un ans même pas accomplis.
Je m'attelai ensuite à la recherche de poétesses ayant vraiment existé à cette époque ou juste après, pour savoir dans quel style exactement elles composaient leurs vers, histoire de perfectionner le pastiche de l'oeuvre "aurore-mariale", commençant par Anna de Noailles puis en dénichant une foultitude d'autres, jusqu'à retrouver Renée Vivien.
Je tenais la femme idoine : partie jeune, maladive, lesbienne, à l'écriture précieuse et antiquisante. Je me crus même possédé par sa folie, comme si son fantôme m'eût inspiré mon propre personnage.Renée Vivien était née Pauline Mary Tarn le 11 juin 1877 à Londres. Surnommée Sapho 1900, elle est considérée d'obédience parnassienne.
Qu'en a donc dit Colette ?
Son long corps sans épaisseur (...) portait comme un lourd pavot la tête et les cheveux dorés, et de grands chapeaux chancelants. Elle tendait en avant ses longues mains tâtonnantes. Ses robes couvraient ses pieds, elle allait frappée d'une gaucherie angélique et perdait en marchant ses gants, son mouchoir, son ombrelle, son écharpe..."
(Colette :  Le Pur et l'impur)
Ce passage un peu cruel figure dans la présentation de Martine Reid à La Dame à la louve, recueil de nouvelles de Renée Vivien publié chez Folio en 2007.
J'avoue m'en être librement inspiré pour décrire le personnage d'Andrée Berthon, jeune lesbienne de 18 ans, trop couvée par sa mère dans Le Trottin :



La clochette du magasin résonna à l’instant. Un couple de clientes entra. C’étaient une maman et sa fille. La mère, quarante ans environ, arborait une de ces vêtures sévères de provinciale petite bourgeoise, ajustée et serrée, une robe de quelques années, lilas, avec un pouf, un cou de dindon engoncé dans un col montant ouvragé avec un jabot au mitan duquel un padou de velours tête-de-nègre retenait une lourde améthyste. Son fichu rappelait les mantilles espagnoles et ses mains grasses, gainées de mitaines noires, paraissaient s’accrocher au manche d’un parapluie qui ne la quittait jamais. La fille, dix-huit ans, tout en maladresse, aux mains trop grandes dont elle ne savait à quoi les occuper, avait tout d’une godiche. Les joues rouges, elle se tenait coite. Bien que plus grande que sa génitrice, cette jeune dinde dont la robe, au tissu trop pesant pour la saison, était de couleur prune, embrouillait ses bras dans un châle tandis que son chapeau fleuri de marguerites, d’un ridicule confondant, placé de travers sur ses bandeaux noirs très datés, vacillait aussi dangereusement qu’une vieille colonne dorique minée par une sape. Ses yeux bruns exprimaient la crainte, la soumission et le respect des donzelles à marier ayant tout à apprendre de la vraie vie. Sa grâce était celle d’une pâtissoire. Elle n’avait ni apprêt, ni attrait, et celle qui l’avait engendrée et la chaperonnait avec sévérité ne cessait de lui tapoter le dos en répétant : « Tiens-toi donc droite ! »  

                                         
 Toutes deux eussent pu s’enorgueillir de leurs poitrines fortes, superbes une fois dévoilées, mamelles de Grâces de Rubens qui pointaient de leurs corsages comme des obus cylindro-coniques, quoique ces dame et demoiselle fussent minces de taille et de figure. Juchées sur leurs bottines trop hautes, elles en acquéraient un déhanchement de chaloupes malmenées par un coup de tabac ; et l’on pouvait craindre que ces corps trop perchés, tout en oscillations périlleuses, s’abattissent sur le cipolin du comptoir et ébranlassent toute la structure fragile de l’édifice des casiers de nouveautés.
 (Aurore-Marie de Saint-Aubain : Le Trottin, Louis Morand éditeur 1890 : extrait du chapitre X).

A la différence de Pauline Tarn, j'ai fait Aurore-Marie de Saint-Aubain petite, bien que nos deux jouvencelles saphiques partagent une commune maigreur maladive et languide. 
Renée Vivien a entretenu des relations plus ou moins agitées avec Natalie Barney et Hélène de Zuylen. Droguée et alcoolique, elle est morte d'inanition le 18 novembre 1909 après une tentative ratée de suicide au laudanum l'année précédente. Curieusement, nul ne songe à rattacher Renée Vivien aux derniers feux du mouvement décadent... 
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A titre de comparaison (et pour rire) je vous donne un poème de l'auteure, comparé à la prose d'Aurore-Marie de Saint-Aubain et à ses vers précieux :

La Flûte qui s’est tue


Je m’écoute, avec des frissons ardents,
Moi, le petit faune au regard farouche.
L’âme des forêts vit entre mes dents
Et le dieu du rythme habite ma bouche.


Dans ce bois, loin des aegipans rôdeurs,
Mon cœur est plus doux qu’une rose ouverte ;
Les rayons, chargés d’heureuses odeurs,
Dansent au son frais de la flûte verte.



Mêlez vos cheveux et joignez vos bras
Tandis qu’à vos pieds le bélier s’ébroue,
Nymphes des halliers ! Ne m’approchez pas !
Allez rire ailleurs pendant que je joue !


Car j’ai la pudeur de mon art sacré,
Et, pour honorer la Muse hautaine,
Je chercherai l’ombre et je cacherai
Mes pipeaux vibrants dans le creux d’un chêne.


Je jouerai, parmi l’ombre et les parfums,
Tout le long du jour, en attendant l’heure
Des chœurs turbulents et des jeux communs
Et des seins offerts que la brise effleure…


Mais je tais mon chant pieux et loyal
Lorsque le festin d’exalte et flamboie.
Seul le vent du soir apprendra mon mal,
Et les arbres seuls connaîtront ma joie.



Je défends ainsi mes instants meilleurs.
Vous qui m’épiez de vos yeux de chèvres,
O mes compagnons ! allez rire ailleurs
Pendant que le chant fleurit sur mes lèvres !


Sinon, je suis faune après tout, si beau
Que soit mon hymne, et bouc qui se rebiffe,
Je me vengerai d’un coup de sabot
Et d’un coup de corne et d’un coup de griffe !

(paru en 1907 dans le recueil Flambeaux éteints)

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Un nouvel extrait du chapitre X du Trottin : Cléore de Cresseville, l'héroïne d'Aurore-Marie de Saint-Aubain, s'adresse à son amour, Adelia, jeune adolescente irlandaise d'à peine 14 ans :


Tu es cette fleur vénéneuse, blanche et pure comme le lys, qui dissimule en ses étamines de foudroyants poisons de volupté… Tu es la fontaine de lait et de miel où s’abreuvent les virginaux troupeaux des jolies pastourelles qu’elle tue dans d’atroces souffrances… Tu es le grain de sénevé, l’ivraie que l’on rejette avec horreur, l’ergot noir du blé terreur des humbles vêtus de leur sayon, le monstre saxatile tapi parmi les roches… Tu es la manifestation même des amours enfantines, enfuies à jamais pour celles qui ont acquis leur personnalité adulte, mais pour moi, ces amours ne sont point mortes. Elles reviendront, éternelles, encor et toujours… Elles sont comme le Phœnix, renaissent de leurs cendres. Elles sont l’Eternel Retour de toute chose, le temps cyclique, l’ouroboros, la Nature, la Terre Mère, Gè, Gaïa, sans cesse revivifiée, re-fécondée, l’anacouklesis des Anciens…

Enfin, L'Ode à la nymphe furtive de 1888 : 

 

L’appel d’or retentit dans un ciel sans étoiles.
Je te vis, esseulée, en cette contrée, sans voiles.
Fugitive tu fus, ma sylphide craintive !
Coruscante dryade, fruit défendu, fornication furtive !
Thébaine aux yeux d’ébène qu’Athéna Parthénos
Modela dans la glaise sur ordre de Chronos !

Matité d’une peau, carnation exotique !
Naïade d’Insulinde venue d’outre tropiques !
Noirs tes cheveux, de jais tes iris, mais point ton âme,
Qui mon cœur embrasa, voluptueux épithalame !
Farouche vahiné nourrie au caroubier,
Pygmalion te conçut, en futaie d’albergiers !   

Es-tu des Îles Heureuses, de l’Arabia Felix ?
De Ceylan des Orientales Indes, du sommet de la Pnyx ?
La superbe rabattue de l’Empereur de Chine,
Rejeta en toi, ma mie, la fière concubine !
Nue tu fus devant moi, prête aux transports hardis !
Neuve tribade en Thébaïde, prépare mon Paradis !

L’univers lutta lors, contre l’énergie sombre
Du Fils du Ciel trahi, réservant sa faconde,
Engloutissant les étoiles, les astres du Logos !
Corps à corps dantesque, victoire du Rien, ô nouveau Polémos,
Encor en apocryphe codex, Révélation, poussière en devenir,
Par l’eschatologie, voici la Mort, ô Néant à venir !
  

La prochaine et dernière source sera consacrée à la bande dessinée fantastique et gothique et en particulier à l'un de ses chantres, scénariste de Paul Foran : José Ramon Larraz, qui vient de mourir. Il est à noter que ses films fantastiques (qu'il réalisa dans les années 1970), ne dédaignaient nullement les scènes saphiques osées...

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mercredi 2 octobre 2013

Le tricentenaire de la naissance de Denis Diderot à la télévision : pas une attoseconde !

Par Cyber Léon Bloy. 

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Il n'étoit point si rare que le Dix-neuf-vingt de France Trois ne consacrât aucune attoseconde à l'actualité internationale... (Mémoires du  Nouveau Cyber Saint-Simon).

Il est fort singulier pour un historien des médias audiovisuels, lorsqu'il se penche en particulier sur l'évolution du contenu des journaux télévisés, de constater avec amertume que le génocide rwandais de 1994 coïncida avec l'abandon d'un traitement détaillé de l'information internationale ( citation extraite des Chroniques du monde décadent contemporain).

Je puis me targuer de résider en une ville crasse qui, bien que dirigée par un certain Sam Le Fermier à la bouille d'honnête homme plus intéressé par l'expression blubo de la culture que par celle des nouvelles manifestations dites "communautaristes", a davantage fait pour la célébration du tricentenaire de la naissance de Denis Diderot que l'unanimité de nos chaînes de télévision, Arte comprise. 
Tout cela ressemble effrontément à une méprisable exhalaison de fumure croupie, produite par les habituels Ribouldingue, Croquignol et Filochard dirigeant nos médias, Pieds nickelés autrefois astucieusement mis en scène par le cinéaste Marcel Aboulker, trop tôt disparu,
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 d'autant plus que, déjà l'an passé pour Rousseau,
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 nos a-chaînes s'étaient contentées d'un silence radio absolu(tiste ?), à l'exception notable, ô paradoxe inexplicable, d'Arte elle-même (et de TV5 Monde...en retard car début 2013 !) à l'occasion d'un documentaire de 90 minutes diffusé un samedi soir (minimum syndical dirais-je, durant ces célébrissimes créneaux ghettos du week-end inaugurés depuis janvier 2012 par l'ex-chaîne alias culturelle, seuls désormais consacrés à ce que fut Arte, l'ensemble ou presque de la semaine étant voué à l'immédiatisme sociétal et géopolitique ultra présentiste, ce, jusqu'à la nausée et la répétition de ce que l'on trouve ailleurs, par exemple sur  France 5 avec l'émission quotidienne C dans l'air.... comme par hasard, l'audience est en hausse, puisque, dès qu'une chaîne, une grille, se dégradent, le public afflue aussitôt telle une mouche attirée par les remugles putrides du cadavre, loi vérifiée depuis au moins 1985, la mauvaise télé chassant toujours la bonne).
Il appert cependant que, quelque part sur France 3 Champagne-Ardennes, samedi prochain paraît-il,autour de quinze heures vingt, cette station régionale a la ferme intention de consacrer presque tout un samedi après-midi aux commémorations de Diderot en sa ville natale, Langres.
L'universel Diderot,
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 le philosophe éclairé qu'on eût dû panthéoniser d'urgence cette année (c'eût été d'autant plus simple que c'eût été symbolique, la dépouille de l'impétrant ayant été sûrement perdue lors de la tourmente révolutionnaire), que notre République une et indivisible aurait dû glorifier en toute pompe, réduit à une simple célébrité locale, régionale, honorée et louée sur un canal incaptable par le beauf péquenot hors résidence dans les communes et départements champenois ou ardennais, à moins qu'il soit en possession du satellite et des chaînes 350 à 370 et quelques ! Inimaginable ! Sachez, ô lectrices et lecteurs de ce billet de la Colère légitime, qu'à l'heure actuelle, les documentaires régionaux de France 3, bien que rétablis dans leurs anciennes prérogatives et leurs précédents créneaux horaires du samedi après-midi, n'ont strictement droit à aucune bande annonce télé, à un néant terminal informationnel dans les magazines hebdos de programmes,  à zéro promotion d'aucune sorte ! Hors le Net, rien, comme à l'accoutumée... Allez sur Culturebox, ailleurs, y a rien à voir ! Vous m'objecterez (à condition que comme moi, vous soyez dotés d'une mémoire éléphantesque et rancunière), que nous sommes accoutumés à ces négligences ; à l'occasion déjà du tricentenaire de la naissance de Voltaire, en 1994, seule Arte se fendit de commémorer cet anniversaire, via une soirée thema semble-t-il perdue, victime d'une critique négative de la presse de l'époque, et même pas archivée à l'Ina auquel la chaîne franco-allemande ne recourt à peu près jamais.
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Scandaleux, vous écris-je !

dimanche 29 septembre 2013

Mary Pickford, Bessie Love, Mary Miles Minter (aux sources d'Aurore-Marie de Saint-Aubain 3).

Mary Pickford alias Gladys Louise Smith (1892-1979),

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Bessie Love alias Juanita Horton (1898-1986),

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Mary Miles Minter alias Juliet Reilly (1902-1984),

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trois vedettes du muet dont le point commun fut l'affirmation affichée à l'écran d'une juvénilité des plus ambiguës drapée d'ingénuité, de pureté et d'innocence.
Mary Pickford, la petite fiancée de l'Amérique, en fait canadienne, femme d'affaires avisée, cofondatrice de l'United Artists avec Griffith, Chaplin et son mari Douglas Fairbanks. Mary Pickford dont la petite taille (1m54), la voua, avec son consentement, aux rôles de gamines attardées coiffées de boucles anglaises blondes, parfois même aux rôles de garçonnets ! Qui ne connaît Le Petit Lord Fauntleroy ?
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Bessy Love, longtemps tout aussi curly,  au grand nez, et encore plus minuscule (1m 52 !).  Elle perça alors qu'elle était mineure ! La Babylone hollywoodienne ne s'embarrassait d'aucun scrupule pour jeter dans le vedettariat et le star system des quasi fillettes, des nymphettes affirmées, sans que les spectateurs se choquassent !
Mary Miles Minter, dont la carrière fut brisée par l'assassinat en 1922 à son domicile de son producteur, réalisateur et scénariste William Desmond Taylor (né en 1872), que d'aucuns considéraient comme l'amant de la jeune star. Mary Miles Minter débuta au cinéma dès l'âge de treize ans, en 1915 et sa blondeur candide et frisée, ses yeux bleus et sa photogénie en firent rapidement une rivale de Mary Pickford. Il est dommage que je n'aie pu trouver sa taille dans les sites que j'ai visités sur la toile. J'ose affirmer ici que si Lolita de Wladimir Nabokov avait été écrit dès la fin des années 1910, Mary Miles Minter aurait pu inspirer physiquement et moralement le personnage... et postuler peut-être pour une adaptation cinématographique de l'oeuvre par un Stanley Kubrick du cinéma muet ! Mais ne nous égarons pas davantage...
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De même,  si elle avait été leur contemporaine, Aurore-Marie de Saint-Aubain eût qualifié notre mignard trio d'actrices de jeunes nymphes et s'en serait amourachée. Il faut dire que notre poétesse dépravée s'enamourait de n'importe quelle jeunette !
Il m'a donc été facile d'extrapoler à partir du look, de l'apparence et de la morphologie des trois impétrantes pour concevoir mon personnage d'auteure décadente hyper coquette et encombrée de rubans et de bouclettes. Ces trois miss d'un monde muet révolu frivole, excentrique et débauché, illustrent abondamment mon blog de leurs photos jaunies de vedettes de l'écran.La fonction de ces jolies filles surannées a donc été avant tout illustrative, mais, j'aime à le répéter pour Mary Pickford, cette dernière était une femme d'une grande intelligence, une militante du cinéma indépendant des grands studios. Bessie Love a eu moins de chance : elle tomba dans un oubli injuste à l'avènement du parlant, fut réduite à des petits rôles, et peu de ses films ont subsisté, de même ceux de Mary Miles Minter, à la Paramount, souvent détruits et délaissés à cause des circonstances troubles de la mort de son producteur.

Prochaine source d'Aurore-Marie de Saint-Aubain : Renée Vivien.

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samedi 21 septembre 2013

Joan Fontaine (aux sources d'Aurore-Marie de Saint-Aubain 2).


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Nous nous enfonçons dans les profondeurs incommensurables de la grotte de Platon au lieu de nous en extirper (le Philosophe inconnu).

Pour moi donc, j'aime la culture, la vraie, l'unique (le néo Montaigne).

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Le livre est devenu pour la masse des péquenots lambda un objet étranger, bizarre, anti-technologique, dont elle n'appréhende  ni la forme, ni la consistance, ni la matière,  ni le contenu, ni le but, tellement elle a été abrutie, travaillée en amont depuis plus d'un quart de siècle par le stupéfiant décérébrant TFmerde1 avec la bénédiction de l'ensemble des gouvernements quelle que soit leur couleur politicrassouillarde ! (Cyber Louis Ferdinand Céline).

Le nombre de lisants courants lecteurs et acheteurs de livres est retombé à celui du XVIe siècle : 10 %  de la population hexagonale (un historien néo moderniste).

Joan Fontaine...notre extravagante Deanna Shirley De Beaver de Bauregard, soeur cadette et fofolle de Daisy Belle de Beauregard alias Olivia de Havilland, c'est elle.
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Olivia de Havilland adolescente...charmante déjà

  Une Joan Fontaine réinterprétée à partir de sa biographie véridique, bien moins lisse que les personnages qu'elle interpréta à l'écran pouvaient nous le faire croire.
Joan Fontaine, à la silhouette ambiguë de sylphide qui lui permettait avec une déconcertante aisance de se glisser dans la peau d'adolescentes de 13-14 ans, du temps où il n'y avait pas danger de pédophilie... sans omettre qu'il lui arriva, à l'occasion, de se travestir en jeune garçon (voyez, par exemple, L'Aventure vient de la Mer (1944) de Mitchell Leisen, d'après un roman de Daphne Du Maurier - auteure fort ambiguë elle-aussi...).
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Joan Fontaine le fit avec audace, pour deux rôles inoubliables : Tessa Sanger, 14 ans, dans Tessa, la nymphe au coeur fidèle d'Edmund Goulding (1943), et Lisa Berndle, 13 ans, dans l'absolu chef-d'oeuvre de Max Ophuls Lettre d'une Inconnue, d'après Stephan Zweig (durant les 25 premières minutes du film elle joue l'adolescente).
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Aurore-Marie de Saint-Aubain naquit dans la nuit du 13 au 14 juin 2008, sous la pelure de sa fille Lise, pour une nouvelle conçue dans la douleur, après que j'eus revu la délicieuse Joan en Lisa Berndle dans l'opus d'Ophuls sur une vieille VHS enregistrée en pleine canicule de juin 2003. Dans sa robe de cours de bonnes manières digne d'une poupée Bébé Jumeau, elle était fort grotesque (heureusement, le plan ne dure que quelques secondes).
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Si j'imaginais une femme adulte blonde un peu timbrée, si menue qu'elle peut se déguiser en gamine préadolescente, ceci de manière crédible, me dis-je ?  A partir de cette idée, je conçus mon personnage phare, bientôt hétéronyme, digne de Fernando Pessoa et d'Antoine Volodine.
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Je découvris la propension de miss Fontaine (mariée quatre fois) à s'adoniser en fillette attardée à cause de sa coruscante maigreur (fort séduisante, en fait), de ses formes menues dignes d'une Lolita adulte. 
Aurore-Marie est selon moi la fille directe, indubitable, bien qu'illégitime, de l'actrice hollywoodienne so british, d'où des affinités troubles, un peu saphiques, des attirances délirantes développées, des aimantations réciproques entre l'une et l'autre bonne femme...Aurore-Marie amourachée de Lisa Berndle-Deanna Shirley à travers le temps, distante, Deanna Shirley qu'elle prend pour sa jumelle du futur... d'où tous ces délires qui sont narrés, exposés, en long et en large dans Aurore-Marie ou une étoffe Nazca et dans Pages arrachées au pergamen de Sodome. Tout cela fut bien bouleversant.
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Dans un roman en cours d'écriture, Cybercolonial, les lecteurs découvriront jusqu'à quel niveau de folie l'amour déviant d'Aurore-Marie de Saint-Aubain pour Deanna Shirley De Beaver de Beauregard peut mener, et il ne s'agit pas ici d'une simple inconduite classique de roman libertin décadent obsédé par le saphisme car les implications de cette aliénation vont jusqu'à mettre l'univers lui-même en jeu...
Vous êtes encouragés à revoir le plus de films possibles de Joan Fontaine...ils sont souvent magiques, pour ne pas dire comiques (parfois involontairement).
A bientôt avec le troisième volet de cette étude que je consacrerai au trio de midinettes hollywoodiennes curly de films muets : Mary Pickford, Bessie Love et Mary Miles Minter.