mercredi 30 mai 2012

Evocation des galeries d'anthropologie du Musée de l'Homme.



Ceci est l'évocation d'un souvenir lointain, mais aussi d'un événement fondateur de mon existence. Ce court texte, écrit à l'origine en 2001, a été actualisé pour les besoins de ce blog. 

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Evocation du musée de l’Homme

C’était le 21 juillet 1976 à 10 heures du matin...Les anciennes vitrines du Musée de l ’Homme consacrées à l ’anthropologie biologique contenaient des trésors méconnus, parfois-je dirais même souvent-stupéfiants et tératologiques.
D’emblée, le visiteur qui découvrait les lieux débouchant au premier étage par le grand escalier de gauche voyait s ’offrir à son regard la vitrine des nains et des géants, squelettes plus ou moins célèbres de « Bébé »,
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le bouffon du roi de Pologne Stanislas Lecszinsky, du moins, je le crois, d ’un Masai de 2 mètres et d ’un homme de 2m14 à la mâchoire déformée et prognathe.
Que dire du crâne de Descartes,
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 des squelettes comparés d ’un homme, d ’une femme, d ’un Homo sapiens, d ’un chimpanzé, d ’un gorille, d ’un gibbon ou d ’un atèle? Et ces os édentés d ’un fœtus,
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 d ’un enfant d ’ environ un an ou cette dépouille poussiéreuse atteinte de rachitisme?
Puis, venaient les vitrines consacrées aux déformations et parures corporelles rituelles : peaux humaines tatouées maori, crâne surmodelé papou,
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 pied réduit et bandeletté de Chinoise dans le formol, encore des crânes mayas, étirés vers d’arrière, des crânes bretons ou auvergnats du même genre, des pièces de collection phrénologiques de Gall,  des photos de femmes africaines aux têtes allongées, de femmes-girafes ou à plateaux !
J'’ai oublié au passage de dire qu’aux côtés des squelettes humains et simiens figurait la photographie jaunie de l’Améranthropoïde*, singe atèle géant, créature mythique et cryptozoologique dont d’authenticité n’a jamais été prouvée.
Ensuite, la série des fœtus humains baignant dans des flacons d’ « alcool », des préparations colorées, âgés de 8 à 18 semaines, transparents,  parfois moisis, d’autres fois lyophilisés, terrorisait les visiteurs les plus jeunes !
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* Il pourrait d’agir d’un spécimen pathologique d’Atèle atteint d’acromégalie dont la queue aurait été amputée à cause d’un accident. A moins que cela soit un simple canular (photo truquée).

On parvenait doucement au summum de la « muséologie de la peur » avec la collection des têtes réduites des Indiens Jivaro-j’ai appris depuis que  leur vrai nom était les Achuar ou Chuar –et Munduruku.
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Un visiteur-mon père en d’occurrence-pouvait s’exclamer :  « de plus en plus surprenant ! »
Enfin, attendues et redoutées, venaient les vitrines consacrées à la momification, jeu déroutant d’aller-retour entre la fascination et la répulsion. Le prince péruvien aux longs et gras cheveux noirs, proche de Rascar Capac, coudoyait le classique égyptien dans son sarcophage, en fait une momie éthiopienne d’Axoum !
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Il était en position fœtale, cachant de ses mains décharnées le visage qu’il n’avait plus ! Il y avait même des momies Guanches !En face, bébés, avortons et enfants chiliens ou nord-amérindiens difformes, noirâtres, victimes de sacrifices entourées de cordes, notamment une momie naturelle d’enfant “chinook”, objets si indicibles que ma mémoire éveillée les occulta vingt ans durant, se retrouvaient en bonne compagnie : la momie grimaçante et hideuse de l’enfant gaulois des Martres-d’Artières, près de Riom, découverte en 1756 et couchée dans son cercueil. La peau racornie de la momie inca ressemblait, avec ses striures et ses granulés, ses quadrillages, en particulier aux genoux, à celle des meules de fromage. Enfin, ce fut Saartjie Baartman , la « Vénus hottentote », statue de terre cuite que je crus moulée sur un cadavre, momie d’un nouveau genre ( ce qui s’avéra exact par la suite, mais le squelette n’était pas à l’intérieur du moule, tant s’en faut !) !
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En 2015, si tout va bien, les momies retrouveront leur place d’honneur au Musée de l’Homme, comme autrefois ! La momie « chachapoya » a ouvert le bal dès février 2007 ! Dans une section “au-delà” de l’expo “l’Homme exposé” (2007-2009), elle s’est retrouvée en face des vitrines contenant les momies “chinook” et des Martres d’Artières et à proximité de la momie d’Axoum ! Reconstitution inconsciente de la muséographie de 1976 s’il en est !

dimanche 27 mai 2012

Hommage à Eddy Paape et à d'autres dessinateurs oubliés par les nécrologies officielles.

"Le navire-monde friedmano-hayekien n'est pas un Titanic simplement balafré sur un seul de ses flancs, mais éventré en fait sur toute la circonférence de sa coque". 

In : Moi, aphorismes de Moi dans "Réflexions eschatologiques sur l'agonie de l'ultralibéralisme" New Paris, presses de Pataphysique ajustée, AD 2107.

Chers lecteurs qui acceptez de bien fréquenter ce blog polémique et acerbe, de plus en plus marqué par une acidité critique certaine et justifiée, je vous convie aujourd'hui à rechercher, dans la presse quotidienne française parue depuis environ mi septembre 2011, si le moindre article nécrologique journalistique de papier a été consacré aux trois auteurs de bandes dessinées classiques de l'école franco-belge Eddy Paape, Gilles Chaillet et Albert Weinberg...
 
Il est cruel de constater qu'Eddy Paape (1920-2012),
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qui était l'un des derniers représentants vivants du Spirou des années cinquante, qui compta tout de même deux séries notables à son actif, Luc Orient dans Tintin (scénarisé par Greg !) et Marc Dacier  dans Spirou (sans omettre quelques épisodes de Jean Valhardi avant la magistrale reprise de Jijé de 1956) n' a semble t-il jusqu'à présent fait l'objet d'aucun article d'hommage dans la presse sérieuse officielle. On me dira que la SF a mauvaise réputation, que les reporters à la Marc Dacier, c'est ringard, que Paape avait un dessin convenu, que dis-je, académique et non novateur (les gros mots sont lancés !), mais tout de même ! Je me souviens que la reprise intégrale en albums (certes brochés) de la série Marc Dacier aux éditions Dupuis entre 1980 et 1982 fut un grand événement. De plus, le cycle de Terango de Luc Orient marqua fortement mon esprit d'enfant et de préadolescent. Je n'ai jamais oublié Argos et Sectan, ni le docteur Kala  (ah, ses lunettes et sa barbe professorale qui rappelaient à la fois Mitacq et un prêtre que j'ai connu !) et Eurocristal (prémonition du CERN ?)...

De même, l'injustice est flagrante pour Gilles Chaillet,
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 disparu en septembre 2011 dans une quasi indifférence cuistre et insultante, qui se tira avec les honneurs de la reprise périlleuse de Guy Lefranc, abandonné au milieu du gué par un Jacques Martin débordé (après un intermède Bob de Moor), et dont l'Axel Borg soutien la comparaison avec celui de son créateur.

Quant à Albert Weinberg,
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 mort quelques jours après Gilles Chaillet, même si Dan Cooper  ne vaut pas Buck Danny (sommet de la BD d'aviation classique selon moi), bien que créé pour le concurrencer en 1954, il fut tout de même un des grands auteurs du Tintin des années cinquante-soixante et soixante-dix, de l'époque des rédac'chefs Fernez, Dehaye et Greg, avant de passer à Super As. Justice devrait être rendue, car il n'y a pas dans le 9e Art que les recherches formelles (souvent éblouissantes) de la création adulte qui comptent...

dimanche 20 mai 2012

L'exposition "Berthe Morisot" du musée Marmottan négligée.

C'est presque un truisme d'écrire que Berthe Morisot n'a pas la reconnaissance qu'elle mérite (malgré une exposition en cours et un téléfilm dont le tournage vient de s'achever en Limousin) comme maintes femmes artistes, à l'exception de Camille Claudel au destin tragique, qui finit à elle seule par occuper l'ensemble de la scène de l'art au féminin du XIXe siècle, véritable arbre dissimulant une forêt en fait bien touffue, souvent impénétrable.

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Certes, l'impressionnisme comporte ses icônes mises en avant avec constance (Monet, Renoir, Degas) et ses autres, plus négligés qu'avant (rien pour les centenaires des disparitions de Sisley et Pissarro en 1999 et 2003 !). Force donc est de constater que l'artillerie sortie pour honorer Berthe Morisot s'avère d'un fort petit calibre et ne fait guère de bruit... L'absence jusqu'à présent du moindre article critique du Monde au sujet de l'expo du musée Marmottan en témoigne. C'est symptomatique d'une certaine déculturation et de négligences artistiques accrues, où l'on finit par perdre toutes ses références dans l'histoire de l'art de l'Occident, y compris dans la naissance de l'art moderne, processus bien plus complexe, hésitant et buissonnant qu'on l'a dit (un peu comme l'évolution de l'homme lui-même, au fond...)... Pas grand-chose par ailleurs aussi à la télévision et dans la presse écrite (Le Figaro, la rediffusion d'un documentaire de 2009 sur Arte, un reportage à Télématin ... et c'est presque tout, même si c'est mieux que pour Dickens et les préraphaélites en 2011). Quel dommage !

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Je tiens à signaler une erreur sur le site Culturebox : Berthe Morisot fut la belle-soeur de Manet, pas sa belle-fille... C'est Julie Manet, enfant de la peintre, qui eut ce lien de parenté. Cette rectification s'imposait !

samedi 19 mai 2012

Nouvel impair nécrologique scandaleux.

"Chaque fois que les médias officiels "classiques" audiovisuels commettront un impair culturel ou ignoreront une information importante à caractère culturel  sortant des sentiers rebattus des modes imposées artificielles, j'interviendrai."

Moi : in Oeuvres complètes de Moi. Op. cit.

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Je m'en souviens comme si c'était hier... Nous étions en novembre 1985... Une autre époque, révolue à jamais... Christine Ockrent parlait à la télévision (c'était avant la dégénérescence définitive de ce médium). Elle commentait l'événement que constituait la mort du grand historien Fernand Braudel, dénonçant au passage certains journaux (sans préciser lesquels) qui n'avaient pas consacré une seule ligne à cette information.
Cela est devenu légion, vingt-sept ans après pour une telle foultitude de décès de grandes personnes dignes de survivre dans la mémoire... Dietrich Fischer-Dieskau est la dernière victime du genre. Auscultez les infos télévisées de nos chaînes pourtant attitrées et spécialisées, y compris dans la culture, et comme pour Gustav Leonardt,
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 vous constaterez qu'elles n'ont pas consacré la moindre seconde à rendre hommage à ce grand personnage, dont le tort est d'être mort trop vieux dans un monde trop décomposé et pollué par l'immédiateté ambiante pour intéresser qui que ce soit du moins par rapport à la vision que ces chaînes de télé en ont. Dietrich Fischer-Dieskau, qui a fait référence dans le Lied, dans Mahler, Wolf, Schubert et tant d'autres... n'appartenait pas au cercle des musiques à la mode, bankables, rentables, hyper piratées et téléchargées, "actuelles" et autres (quelle qu'ait été leur valeur de produit marchand éphémère et promptement oubliable par les courtes mémoires parmi les transnationales du disque).
Adieu Monsieur Fischer-Dieskau, vous qui m'enchantâtes dans les Lieder eines fahrenden Gesellen, absolu chef-d'oeuvre de Gustav Mahler. Je vous salue et je crache et débecte mon mépris à la Léon Bloy à la figure de ceux qui ont omis de vous honorer. Tout silence de cette nature n'est plus mensonge par omission, mais mépris, ignorance voire sectarisme voulant faire accroire que la Grande Culture est morte, que dis-je damnée ! Elle n'est plus qu'une marchandise noyée parmi des milliards d'autres. Cessez, messieurs, d'abandonner des pans entiers de cette Culture aux seuls réactionnaires nostalgiques d'un ordre ancien au profit de la seule chébrantude immédiate... Cessez de gommer tous nos repères... Conservez ce qui doit l'être avant que des indésirables fanatiques, iconoclastes de demain, se chargent de faire table rase de tout ce qui constitue le génie humain. A ce train-là, il ne restera rien de nous.

Post-scriptum : 

Le Monde vient de sauver l'honneur en consacrant un article excellent et justifié à ce grand disparu. Mais les dommages télévisuels demeurent irréparables...

mardi 8 mai 2012

Des romans que la critique officielle ignore.


Je suis étonné, ces derniers temps, du nombre de romans, souvent de genre, même édités par une grande maison d'édition renommée ô combien, qui ne font l'objet d'aucun article critique (même défavorable) dans la presse écrite la plus institutionnalisée. C'est triste, et c'est dommage. Même des oeuvres parues chez Gallimard n'échappent plus à cette règle étrange. Ainsi en est-il d'"Opéra anatomique" de Maja Brick, dont je m'étonne de n'avoir lu nul compte rendu depuis sa publication en février dernier. Il s'agit d'un excellent roman historique baroque, mettant en scène Pierre le Grand et l'anatomiste Frederik Ruysch, sans oublier les références musicales réjouissantes pour tous les amoureux (j'en suis) de musique italienne du début du XVIIIe siècle. Peut-être est-ce là un ouvrage trop élitiste, une fiction inaccessible, coupée de nos triviales réalités immédiates et prosaïques, qui plane trop haut pour notre temps ancré dans l'éternel présent (qui n'existe pas en physique). Après qu'on ait ignoré un des meilleurs romans historiques de la rentrée 2011 ("Le Complot de l'Ordre noir" de Philippe Pivion, paru au Cherche Midi, qui éclaire d'un jour nouveau l'assassinat à Marseille du roi Alexandre de Yougoslavie), cela devient moult inquiétant et frustrant, d'autant plus que les romans de science-fiction sont eux aussi des victimes constantes de ce boycott des critiques littéraires, plus passionnés par l'éternel nombrilisme contemporanéiste socio-cul (n'ayons plus peur des mots) germanopratin qui n'apporte absolument rien en littérature tandis que les opus troublants et magnifiques d'un Claude Louis-Combet sont passés sous silence. Conclusion sans appel, hélas ! :  Victor Hugo et Alexandre Dumas seraient de nos jours refusés par tous les éditeurs et finiraient au RSA.                 


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Ainsi, je me suis moi-même laissé piéger par cette manie de la non-critique des bouquins historiques romancés  voici deux ans. J'avais repéré une fameuse fiction picaresque de cape et d'épée XVIIe siècle dont le style d'écriture m'avait semblé éblouissant. J'ai commis la négligence d'oublier de noter la référence de ce roman...comme aucune critique n'a daigné s'en soucier, il m'a échappé sans nul doute pour toujours.
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lundi 9 avril 2012

Nouveau report éhonté de la sortie française du "Jane Eyre" de Cary Fukunaga.

Avertissement : ceci est un billet d'humeur verbale, violent et polémique, dans la grande tradition des temps de la Décadence, de Huysmans et de Bloy. 

La nouvelle immonde et putrescente vient de tomber une fois de trop : le Jane Eyre  de Cary Fukunaga, avec la fort coruscante Mia Wasikowska, dont Mad Movies a dernièrement sous-entendu qu'il s'agissait d'une adaptation excellente et assez gothique, a encore (une fois de trop !) vu sa sortie en salles en France repoussée aux calendes grecques du 25 juillet 2012 (sorties précédentes faussement annoncées : 7 septembre 2011, 4 janvier 2012, 14 mars 2012 puis 6 juin 2012 !). Quand ce f...tage de gueule à la Léon Bloy prendra-t-il donc fin ? Cela ressemblerait à de la censure que cela en aurait bien l'allure !
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 Pour quelles poires nous prend donc UGC distribution, qui a acquis les droits français d'un film, dont les seules possibilités légales de vision sans tomber sous les fourches caudines d'Hadopi demeurent pour le moment des commandes en ligne du DVD ou blue ray italien chez Amazon France ou du DVD ou blue ray britannique chez Amazon UK ( à payer en esterlins, SVP !). Tout le monde sait que, davantage on reporte un film, moins il aura de copies et de salles... Mais, comme le pauvre Dickens (réduit chez nous, en 2012 pour son bicentenaire de naissance à : 1/ un reportage sur Euronews, 2/ un article du Figaro, 3/ un article de Télérama, 4/ la biographie de Jean-Pierre Ohl  chez Folio, un auteur que j'apprécie grandement puis c'est tout ! du moins, dans les médias classiques hors Internet), Charlotte Brontë, c'est trop vieillot, pas chébran, pas rentable, pas fédérateur, pas 9-3, trop littéraire, pas assez commercial, porteur et vendeur etc. C'est pas d'la comédie française franchouillarde à la Julien Carette qui vous fait dégobiller en sortant de la salle tant on a l'impression d'avoir été grugé, plumé, roulé dans la farine au niveau de ses pacsons tellement le long métrage ne valait pas tripette ! Je rappelle qu'on a fait le même sale coup des reports de sortie continuels en 2011 à Cadavres à la pelle de John Landis dont la sortie DVD n'est même pas envisagée chez nous ! Il est significatif que même la bande annonce en VF de Jane Eyre n'est pas trouvable et regardable ! C'en est assez d'Hayek et de son rentabilisme de marché et de main invisible archi-divine, c'en est assez messieurs dames ! Débarrassez-nous au plus vite de cette ordure qui empoisonne la terre entière avant que d'autres (indésirables) ne le fassent à notre place ! Cela pue la charogne gonflée de blettissures et de chancissures, vraiment ! Point final  et au prochain message!



   
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samedi 17 mars 2012

Le roman de Marie Bashkirtseff.

Ce texte est la reprise sur ce blog de l'article paru ces derniers jours dans la revue "L'Ampoule n° 3 : Gloire et Oubli ".


« Le roman de Marie Bashkirtseff » de Raoul Mille

par Christian Jannone

Œuvre parue en 2008 au Livre de Poche après une première publication en 2004 chez Albin Michel.






















J’avoue que je ne savais rien de Marie Bashkirtseff avant 1984 : pour le centenaire de sa mort, la revue Historia publia un article sur sa courte vie, illustré notamment d’un autoportrait et du fameux Meeting, que je vis au musée d’Orsay en 1987. Elle appartient à cette cohorte d’artistes peintres du XIXe siècle au destin tragique et à la fin prématurée, exacte contemporaine d’autres personnalités ayant exercé le même art avec un talent certain ― bien qu’on ne les classât pas tous dans l’avant-garde ― et disparus autour de 1883-1884 : Eva Gonzales, Giuseppe De Nittis et surtout Jules Bastien-Lepage, connus et renommés en leur temps puis tombés dans l’oubli avant que l’Histoire de l’art ne les redécouvre récemment, et n’effectue les révisions nécessaires à une meilleure compréhension du foisonnement de tendances qui caractérisait la peinture de la seconde moitié du XIXe siècle.
Je ne polémiquerai pas, mais il m’est arrivé d’entendre des absurdités à la télévision au sujet de certains artistes : Fantin-Latour qualifié d’académique
 et Maurice Denis de petit maître. L’avant-gardisme à tout crin risquant de faire commettre de graves erreurs d’appréciation, je préfère en rester là et prendre Marie Bashkirtseff pour ce qu’elle fut : une bonne peintre à laquelle le destin n’a pas laissé le temps de donner sa pleine mesure. J’ai écrit bonne, mais non grande en toute connaissance de cause. Les grands sont les génies incontournables, et il y a les autres, tous les autres, des médiocres méritant de rester dans leur purgatoire à ceux qu’il faut réhabiliter.














Une vie digne d’un roman féministe.

Affirmons-le d’emblée : « Le Roman de Marie Bashkirtseff » n’est ni une biographie romancée à la Alain Decaux ou André Castelot, ni un pastiche d’œuvre littéraire du XIXe siècle ― je dirais dix-neuviémiste ― comme de récents livres en témoignent (je songe ici au diptyque de Michael Cox, à « L’Alsacienne » de Maurice Denuzière et à un des derniers romans de la prolifique Joyce Carol Oates). Raoul Mille écrit dans une langue contemporaine sans nulle aspérité (pas de préciosité ni de vulgarité), n’essayant pas d’imiter un style d’époque.
Selon les sources, Marie Bashkirtseff est née Maria Konstantinovna Bashkirtseva en 1858 ou 1860. Les références les plus crédibles donnent en calendrier julien 12 novembre 1858. Raoul Mille ne tranche pas : il débute son roman avec l’adolescence niçoise de Marie, qui semble environ âgée de quinze ans. Il se base sur son journal intime, qu’elle tient à partir de sa quatorzième année, et reconstitue la vie oisive, parasite, toute en futilités, d’une famille « russe » de la Côte d’Azur où, forcément, la fille n’est destinée qu’à faire un beau mariage. En réalité, Marie est ukrainienne. Notre écrivain connaît bien Nice, puisqu’il y vit depuis l’âge de seize ans et y exerce la fonction de membre du conseil municipal depuis 2008, chargé du livre et de la culture, de l’Histoire et de la lutte contre l’illettrisme, avec le titre de subdélégué auprès du maire Christian Estrosi.
L’auteur suit strictement la chronologie mais débute en 1873. L’enfance de Marie manque. Il subdivise son œuvre en trois périodes : 1873-1876, 1877-1883 et 1884. Il opte majoritairement pour le présent de narration, tout en s’octroyant le plaisir de quelques pages contées au passé. Il ne dédaigne ni le style épistolaire, utilisé deux fois (pour le voyage romain de 1876 vu par la correspondance de Lucien Walitsky à Étienne Babanine, le grand-père de Marie, puis lors des échanges de lettres entre Marie et Maupassant au printemps 1884), ni la citation d’articles de presse (le mariage de Paul de Cassagnac). Bon connaisseur de la vie mondaine niçoise au XIXe siècle (nous sommes juste après le Second Empire et seulement une décennie après le rattachement du comté de Nice à la France), Raoul Mille excelle à nous brosser le tableau d’une société révolue en termes simples, sans emphase aucune. Le Nice des années 1870 n’est pas la Normandie de Proust, tout décalque ayant été jugé par l’auteur inutile. La capitale est aussi distante pour cette communauté superficielle de la Riviera que les événements politiques de l’époque, fort éloignés des préoccupations premières de cette société toute en fatuité, sorte de microcosme où Marie cherche son destin, sa place.
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On la sait belle et désirable : photos et autoportraits sont là pour en témoigner. Marie prend conscience de son corps, se pressent sans rivales dans sa famille et sa communauté, veut attirer les regards dans chacune des situations où elle se place (plage, mondanités, musique) et cherche un prétendant, anglais puis français, Hamilton puis Audiffret, tous deux pris par la même courtisane. Encore habitée par des préjugés sociaux dont elle se libérera, Marie adolescente croit que le destin de la femme rime avec les noces et les enfants, et ses passions paraissent normales pour son âge. La famille « russe » exilée ― une famille élargie avec mère, tante, grand-père maternel, oncle, cousine, ami de la famille, où toutefois manque la figure tutélaire du père, le grand absent, le couple s’étant séparé tôt ― garde ses mœurs, ses usages, y compris ses scandales (l’oncle Georges débauché qui va jusqu’à faire colporter la nouvelle de sa mort), sa manière de penser, de ressentir…cette âme russe, sur laquelle on a tant glosé, que la personnalité de la future peintre reflète : sensibilité, mélancolie, exaltation, épanchements, force, feu, volonté de vivre pleinement. Démesure aussi. Les classes privilégiées russes, depuis le XVIIIe siècle, sont demeurées francophiles malgré Napoléon et la guerre de Crimée. Elles continuent à parler français. Elles sont une pièce de ce puzzle mondain cosmopolite qui caractérise ce temps. L’opinion publique connaissait déjà deux femmes d’origine russe établies en France, deux Sophie : la comtesse de Ségur et la duchesse de Morny. Marie Bashkirtseff, notre Ukrainienne, sera la troisième.
La vocation artistique de Marie éclate après la déception sentimentale : Audiffret lui a préféré La Gioia, cette femme entretenue qui lui dérobe tous ceux qu’elle lorgne. Elle sera peintre et sculpteur après avoir essayé la musique (elle joue correctement du piano) et le chant. Elle montrait déjà un certain don pour le dessin ― probablement du fait que les matières artistiques, depuis l’Ancien Régime, faisaient partie de l’éducation des filles (ce qui ne signifiait pas qu’on envisageait qu’elles fissent une carrière aux Beaux-Arts) : la scène où elle trace au fusain (p.61) le portrait d’Audiffret est éclairante.
En 1876, elle effectue le voyage à Rome et à Naples, occasion d’une nouvelle idylle avortée avec Pietro Antonelli, neveu d’un cardinal, pérégrination indispensable et à valeur initiatique, et rencontre Katesbinsky, professeur de dessin et Polonais en exil (la Pologne est sous occupation russe) qui lui apprend les rudiments. À ce stade, dessiner, chanter et jouer du piano ne constituent encore que des éléments propres à l’éducation d’une fille comme il faut, c’est-à-dire de l’aristocratie et de la bonne bourgeoisie.

De la difficulté des femmes du XIXe siècle à s’imposer dans l’univers masculin des Beaux-Arts.

En 1877, en quête d’indépendance, Marie est à Paris et devient élève à l’Académie Julian. Son allure bourgeoise tranche avec celle de ses coreligionnaires. Un étudiant des Beaux-Arts était forcément à l’époque bohème et débraillé et avait mauvaise presse. L’Académie Julian était une école qui se voulait indépendante du dogmatisme officiel de l’enseignement artistique, monopolisé par l’Institut. Elle a été fondée en 1867 par Rodolphe Julian (1839-1907), passage des Panoramas. Contrairement à l’école des Beaux-Arts, l’Académie Julian était ouverte aux femmes, dont l’œuvre était alors méprisée ou dédaignée. Marie y devient la rivale de Louise Breslau, d’origine germanique. Elle aura des congénères peu connues (Sophie Schaeppi, Madeleine Delsarte, Anna Nordgren, Amélie Beaury-Saurel, dont un fort intéressant portrait de femme « émancipée », Dans le bleu, est conservé au musée des Augustins de Toulouse). Leurs origines géographiques variées (Suisse, Scandinavie, Allemagne, etc.) reflètent la notoriété internationale de l’enseignement de Julian et montrent que la France possédait un grand rayonnement artistique (1). En outre, elles confirment les difficultés de formation et de carrière rencontrées en Europe continentale par les femmes peintres. Tony Robert-Fleury (1837-1911) apparaît comme un des professeurs les plus influents. Grâce à cette formation, Marie parvient à ses fins : exposée au Salon 1880 sous le pseudonyme de Marie Constantin Russ, elle y rencontre Bastien-Lepage.
Marie Bashkirtseff nous a livré sur une toile de 1881
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 une représentation de cet atelier, révélatrice de l’enseignement que Julian y prodiguait, en faveur de ses élèves dont le but demeurait la reconnaissance et l’exposition au Salon avant achat éventuel des toiles par l’État (qui les exposait au musée du Luxembourg) ou les collectionneurs privés. L’art de la peintre s’y est affirmé : bases classiques mais refus de l’académisme stricto sensu. Son style sera réaliste, inscrit dans le courant naturaliste, mais urbain, à la différence de Bastien-Lepage, son grand amour officiel selon ses biographes, bien qu’elle ait été influencée par lui (il plaisait à Zola alors que Julian le déteste comme Raoul Mille nous le montre). Pour ma part, je rapprocherais ― outre ses portraits dont une fameuse fillette avec un parapluie (pages superbes consacrées par Mille à la genèse de cette peinture d’une gamine du peuple) ― un tableau comme Le Meeting (à Orsay) des représentations d’enfants des rues dues à Fernand Pelez (2).
On sait le marché de l’art des débuts de la IIIe République dominé par le matérialisme bourgeois. C’est l’académisme qui est favorisé, encore faut-il s’entendre sur le sens exact du mot. Le système académique était régi par l’Académie des Beaux-Arts, incluse dans l’Institut de France, avec le prix de Rome et le fameux séjour à la villa Médicis. Cette institution remplaçait les académies d’Ancien Régime depuis 1795. Elle avait connu des réformes sous le Consulat puis la Restauration. L’Institut favorisait un art officiel, renforcé par la bourgeoisie d’affaires. La peinture dite de genre prédominait : mythologie, Histoire, Bible, suivie du portrait, du paysage et de la nature morte (genre le moins considéré). Les grands formats étaient privilégiés tandis que le portrait était devenu avant tout mondain. Le sobriquet de peintres pompiers a été employé pour qualifier ces artistes, comme Cabanel ou Gérôme, grand metteur en scène d’œuvres spectaculaires gréco-romaines ou orientalistes (l’orientalisme étant un sous-genre ayant pris son essor à compter de la Restauration).
Là où le bât a blessé, c’est lorsque le discours de vulgarisation en Histoire de l’Art adressé au grand public s’est voulu simplificateur à l’excès, opposant systématiquement les avant-gardes, chaque fois rapidement dépassées, à un académisme devenu fourre-tout où justement d’ex avant-gardistes finissaient par y être jetés après déclassement (par exemple : Utrillo, Denis, Van Dongen, Kokoshka, Dunoyer de Segonzac, Bram Van Velde et Vlaminck). On a fini par réduire la peinture de la seconde moitié du XIXe siècle à une poignée de noms, en général les plus radicaux (pour simplifier : Courbet, Manet, Renoir, Degas, Cézanne, Van Gogh, Seurat, Gauguin, Toulouse-Lautrec, Bonnard etc.) contre tous les autres désormais déconsidérés, quel qu’ait été leur style.

Amours inassouvis, mort et sublimation d’une femme d’exception.

Dans son journal aussi bien que dans le roman de Raoul Mille, Marie Bashkirtseff fait preuve d’une sensibilité exacerbée, passionnée, narcissique, russe a-t-on dit ― tournée autant vers la recherche de l’amour de l’autre (Paul de Cassagnac, Guy de Maupassant, Jules Bastien-Lepage, amour demeuré platonique, même Gambetta !) que vers l’auto-célébration de son corps et de sa beauté. Raoul Mille suit pas à pas, en des pages bouleversantes, que la correspondance de l’artiste avec Maupassant, avec ses faux-semblants, ses dissimulations d’identité, ses jeux derrière le masque, rend plus poignantes encore l’évolution des symptômes de la maladie (oreilles, bronches, poumons), la lente descente aux enfers de ce corps, dont Marie contemple la dégradation, scrutant les stigmates de la tuberculose sur sa nudité. Il insiste sur l’envahissement des creux, l’amaigrissement, la couleur jaune, les traces des vésicatoires, les seins encore fermes, etc. Les traitements invraisemblables que la médecine de l’époque inflige à la peintre aggravent ses meurtrissures : arsenic, huile de foie de morue, lait de chèvre… Raoul Mille s’étend sur les sifflements, les suffocations, les crachements de sang (on disait hémoptysies) jusque dans l’incroyable scène de séduction désespérée d’une moribonde avec Guy de Maupassant lors de cette soirée, de ce bal chez l’ambassadeur de Russie. Quelques années plus tard, la maîtresse du général Boulanger subira le gaïacol et l’huile camphrée. Pour Proust, ce seront les ballons d’oxygène.
J’avoue que l’épisode entre Marie et Maupassant ― le seul réellement érotique du roman, nonobstant les scènes montrant Marie nageant ou nue ― m’a gêné : j’ignore quelle est la part d’invention, d’imagination de l’écrivain. Je ne dispose pas de sources à portée de main pour vérifier la véracité des faits. Par contre, la thèse selon laquelle la relation avec Bastien-Lepage fut plus artistique que physique est accréditée. Marie semble obsédée par les enfants qu’elle n’aura jamais, par la conservation forcée de sa virginité. Elle a enfreint l’ordre bourgeois en devenant artiste-peintre, elle qu’on vouait seulement au mariage.

Marie a dû pourtant renoncer à une carrière lyrique à cause de la maladie qui a atteint d’abord le larynx. Son état l’a poussée à poursuivre son œuvre à tout prix, à corps perdu, croquant les petites gens et les enfants jusqu’à l’épuisement, à laisser d’elle une trace pour la postérité, à inlassablement peindre puis sculpter (ce que Raoul Mille a oublié de traiter, ellipse regrettable de sa part). Elle est morte alors que l’on reconnaissait son talent, grâce au fameux Meeting. Le romancier a dépeint avec justesse cette quête obsessionnelle de la reconnaissance, de la récompense, de Salon en Salon…quête aussi de la visibilité de l’œuvre, noyée dans la masse des croûtes, parfois accrochée trop haut pour qu’on la remarque. C’est là un défaut bien actuel que l’on peut appliquer à l’édition, aux présentoirs des libraires.
Marie Bashkirtseff fut aussi une féministe, un aspect de sa vie bien évoqué par Raoul Mille, qui n’est pas sans rappeler George Sand, les quarante-huitardes et le roman Les Bostoniennes d’Henry James avec le fameux personnage d’Olive Chancellor. Bien que demeurée hétérosexuelle, à la différence d’autres peintres comme Louise Breslau, Louise Abbéma ou Rosa Bonheur, Marie Bashkirtseff s’engagea dans la cause des femmes et adopta un pseudonyme, Pauline Orrel. Elle collabora à la revue La Citoyenne, fondée en 1881 par Hubertine Auclert (1848-1914), où l’on retrouve aussi Séverine. Mais l’abstraction des débats et les querelles entre militantes finirent par lasser Marie.
Raoul Mille a eu la sagesse de ne pas omettre les rapports de Marie avec sa famille, les bouleversements qu’ont représenté l’exil à Paris (je dirais presque un second déracinement), le décès inopportun de Walitsky, la longue maladie et l’agonie du grand-père Babanine, la mère et la cousine Dina confites dans leurs préjugés, leurs traditions, leur incompréhension et l’oncle Georges débauché, cette figure scandaleuse et impressionnante de fils prodigue, alcoolique, qu’on croit mort un moment et qui revient, un asocial, un rebelle, au fond l’être le plus révolté, le plus indépendant et le plus proche de caractère de Marie. Rosalie, la domestique fidèle et simple ― figure quasi sandienne, flaubertienne et naturaliste, prend de plus en plus de place dans l’avancée de l’œuvre et finit par nous bouleverser : on comprend que Marie mourra dans ses bras. Elle devient sa confidente, l’amie intime, inséparable de ses derniers mois d’existence, comme une mère de substitution. Cette tendresse, cette affection sous-jacente de l’auteur pour une humble, une de ces petites gens, qui aime ce que fait sa maîtresse tout en étant culturellement étrangère à son art est un des aspects les plus remarquables du roman. Rosalie gomme et transcende les différences sociales. Elle les transfigure presque.
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L’idée de deuil, de mort, sont omniprésents, s’insinuent davantage au fil des pages, de la promesse de la fleur à sa flétrissure inéluctable. Deux mourants s’aiment mais ne peuvent consommer, concrétiser leur amour : Jules Bastien-Lepage à la blondeur fragile, figure ambiguë, aussi féminine que Marie elle-même, dorloté par sa mère possessive, souffrant semble-t-il d’un cancer incurable, maladie que l’on ne nomme pas.
Les dernières lignes du roman m’ont bouleversé : lors de la publication de l’avis de décès au Figaro le dernier mot est laissé à Maupassant, qui frise la désinvolture mais aussi le désespoir, le chagrin contenu. Paradoxe et aporie. Quoi de plus poétique qu’une jonchée de roses comme dernière demeure ? Mais la violence du verbe jeter fait songer à des obsèques à la sauvette, à des funérailles d’indigents, dont on se débarrasse de la dépouille en la jetant à la fosse commune. Je reconnais là le style de l’écrivain normand, à l’emporte-pièce, son côté acerbe, sa critique des mœurs. On ne lit pas précisément l’instant exact du dernier souffle exhalé par Marie, on le devine à l’avant-dernière scène et sa mort officielle, d’un laconisme et d’une sobriété confinant au refus de l’artifice et du mélodrame, tels qu’on les pratiquait à l’époque, sonne juste. La presse est le vecteur de la nouvelle, et Maupassant celui qui réagit à l’information. Nous savons nous trouver à la fin du mois d’octobre 1884. Raoul Mille, en auteur contemporain, a choisi l’économie de moyens, plus émotionnelle pour les sensibilités actuelles. On ne verra pas Marie morte, on ne saura rien de sa tombe ― admirable en cela qu’elle reconstitue son atelier ―, des cérémonies funéraires (quelle pompe ?), de ceux qui vinrent à ses obsèques. Ultime point éludé mais que le lecteur documenté connaît : Jules Bastien-Lepage suivit Marie dans la tombe moins de deux mois après.


1 Des femmes peintres d’origine étrangère ont séjourné ou fait carrière en France dès le XVIIIe siècle : je songe à la Vénitienne Rosalba Carriera dont les œuvres peuvent être admirées à l’Accademia de Venise et à l’Espagnole Françoise Duparc, à qui on doit le portrait de la belle et émouvante Marchande de tisane conservé à Marseille.

2 Sur les Salons de l’époque 1880, reflétant le bouillonnement artistique et l’abondance d’auteurs médiocres ou prometteurs, je vous invite à lire les écrits sur l’Art de Joris-Karl Huysmans disponibles en poche.

Sur Internet :

Concernant l’œuvre de Marie Bashkirtseff, des vidéos peuvent être trouvées via les trois chaînes suivantes hébergées sur YouTube :
― Marisayutub (plate-forme remarquable ― en espagnol ― axée sur toutes les femmes peintres depuis le Moyen Âge : outre Marie Bashkirtseff voir les vidéos consacrées à Artemisia Gentileschi, Eva Gonzales, Mary Cassat et Marie Bracquemond) ;
― PENARD54 (peintures, affiches, arts décoratifs) ;
― fanfanchatblanc (peintures et arts plastiques).