mercredi 23 février 2022

Germaine Dulac : la deuxième réalisatrice française après Alice Guy trop souvent ignorée.

 Si les chats portaient des gants, ils n'attraperaient pas de souris (proverbe hindou).

Ah Alice Guy ! 

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Combien de journalistes semblent tomber des nues et déclarent mordicus que la première cinéaste française n'a été que très récemment redécouverte ! C'est oublier que cela fait bien plus de trente ans que je suis au courant de son existence ! C'est oublier aussi que la regrettée Christine Pascal (1953-1996) interpréta ladite pionnière du septième art dans un téléfilm daté de 1983 de la tout autant bizarrement oubliée Caroline Huppert : "Elle voulait faire du cinéma.".

Celle qui ici m'intéresse suivit Alice Guy de près car c'est dès 1916 qu'elle s'engagea dans l'avant-garde filmique. Germaine Dulac (1882-1942), deuxième femme cinéaste hexagonale, demeure étrangement omise par celles et ceux qui se targuent de ressusciter les grandes figures féministes du passé. 

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A défaut de bénéficier d'une diffusion télé - même à 2h du matin ! - les films de Germaine Dulac sont accessibles sur YouTube, ce qui constitue un paradoxe de taille ! Si le premier film de Germaine Dulac remonte à 1915 (Les Soeurs ennemies), c'est bien en 1916, avec la création de la société DH Films en association avec Irène Hillel-Erlanger (1878-1920), que sa carrière prit son essor. Longtemps, La Coquille et le Clergyman (1928), adapté d'Antonin Artaud,

 La Coquille et le Clergyman — Wikipédia

 fut le seul film de Germaine Dulac dont je parvenais à retenir le titre.Une revue d'histoire du cinéma du milieu des années 1980, vendue chez les maisons de la presse, appuyait trop sur l'aspect intellectuel expérimental rébarbatif des films de Germaine Dulac, par trop d'avant-garde selon certains rédacteurs frileux et chagrins.

Sorti en 1923, La Souriante Madame Beudet est un film estimé car considéré comme le chef-d'oeuvre de Germaine Dulac. Critique acerbe du mariage bourgeois, il s'agit là d'un des premiers films ouvertement féministes. Certes, les noms de ses interprètes sont oubliés de nos jours (Germaine Dermoz, Alexandre Arquillière, Jean d'Yd etc.) mais la vidéo du film est trouvable sur le net. Ceci dit, Germaine Dermoz (1888-1966) eut une carrière longue, qui s'étend de 1908 au début des années 60 !

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Germaine Dulac eut sa décennie glorieuse entre 1919 et l'avènement du parlant : outre les titres déjà évoqués, citons La Fête espagnole (1919), La Mort du Soleil (1921), ou encore ce que l'on peut qualifier de symphonies d'images : Disque 957 (1927) et Thèmes et variations (1928). Ce fut là son chant du cygne car la restructuration de l'industrie du septième art à compter du passage au sonore oblitéra une carrière pourtant brillante. La production indépendante, dans laquelle elle officiait brillamment, céda le pas au cinéma commercial. Germaine Dulac fut réduite à des activités de co-direction au sein des actualités Gaumont. Ses derniers courts métrages demeurent peu connus.

Toujours fut-il que Germaine Dulac représenta la première avant-garde française, en tant que figure de proue féminine aux côtés de  Jean Epstein, René Clair, Marcel L'Herbier et Abel Gance, sous la houlette de Louis Delluc. Il est étrange qu'une chaîne comme Arte, dont le féminisme n'est plus à prouver, se désintéresse de Germaine Dulac et ne diffuse jamais ses films, pourtant restaurés pour nombre d'entre-eux. 

N'oublions pas enfin que notre réalisatrice, productrice et scénariste fut une pionnière des ciné-clubs et appartint à la section cinéma du Conseil national des femmes françaises, section qu'elle présida dans les années 1930. Une injustice flagrante est donc à réparer d'urgence : il n'y a pas qu'Alice Guy (alors qu'une réalisatrice plus tardive, Jacqueline Audry,

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 connaît un réel regain de faveur !). Décédée à Paris le 20 juillet 1942, Germaine Dulac repose au Père-Lachaise. Espérons que sa sépulture soit fleurie régulièrement !

Prochainement : un peu de littérature contemporaine avec Olga Tokarczuk : Sur les ossements des morts.

Tokarczuk in 2019

samedi 5 février 2022

Ces peintres dont on ne veut plus 9 : Watteau.

                               

La présence d'Antoine Watteau (Valenciennes 10 octobre 1684 - Nogent-sur-Marne 18 juillet 1721), peintre emblématique de la Régence, dans cette série d'articles, peut étonner plus d'un. Mais elle se justifie, et grandement, du fait d'une absence significative de commémorations médiatiques en 2021, ainsi que je l'ai déjà écrit. Sans doute une évocation de Nicolas de Largillierres (1656-1746) eût été plus logique, mais sa longue vie fait que sa carrière déborde largement le cadre de la Régence, en amont sous Louis XIV comme en aval après 1723.

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Il vient de se passer pour Watteau la même chose que pour Apollinaire traité à la marge d'un documentaire consacré au cubisme et à la rivalité Picasso-Braque : Watteau se retrouve évoqué comme l'un des peintres rococo dont Auguste Renoir se réclamait dans une émission d'Arte racontant les débuts de la carrière du grand peintre, jusqu'à l'époque où il s'éloigna du mouvement impressionniste ! 

Le principal problème, avec Antoine Watteau, se trouve dans le titre de ses oeuvres : ses tableaux ont été intitulés a posteriori, par exemple La Finette, qui illustre le goût du peintre pour la musique de son temps. 

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/9b/Antoine_Watteau_-_La_Finette_-_WGA25469.jpg   

Sans la biographie rédigée par le comte de Caylus (1692-1765), nous ne connaitrions pas grand-chose de la vie d'Antoine Wattteau.

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Malgré un père violent, notre natif de Valenciennes ne vit pas sa vocation artistique contrariée, puisqu'il fut sans doute mis en apprentissage chez un peintre, cependant médiocre, Jacques-Albert Gérin, avant de s'installer à Paris, à Saint-Germain-des-Près, où résidaient de nombreux artistes du Nord, que l'on qualifiait à tort de Flamands. Watteau mangea de la vache enragée : sans appui ni ressources, il se retrouva employé par un "fabricant de peintures" établi au Pont Notre-Dame, réduit au travail servile de copies en séries d'images religieuses et de tableaux de genre. Il put cependant se lier à d'autres artistes comme Nicolas Vleughels (1668-1737),

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Jean-Jacques Spoëde (1680-1757) et Claude Gillot (1673-1722),

  

Justement, Gillot aimait à représenter des sujets inspirés du théâtre, de la Commedia dell'arte, scènes champêtres, galantes et autres singeries. Prenant position en faveur des partisans de la couleur épigones de Rubens contre ceux du classicisme à la Poussin ou Le Brun, Watteau est remarqué par le financier et collectionneur Pierre Crozat, 

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et devient résident au château de Montmorency, puis à l'hôtel particulier de Crozat. Il rompt avec Gillot, tente le prix de Rome (il termine deuxième), entre en 1709 dans le studio du peintre décorateur Claude Audran III avant d'être enfin admis en 1712 à l'Académie de peinture. Ce n'est qu'en 1717 qu'il présente son morceau de réception à l'Académie, le Pèlerinage à l'île de Cythère dit de nos jours L'Embarquement pour Cythère.

 A compter de cet événement, on peut considérer Watteau comme le peintre le plus emblématique de la Régence, le symbole d'une rupture radicale avec l'austérité des dernières décennies du règne de Louis XIV. On ne peut réduire Watteau à sa seule ville natale, comme on le fit hélas pour Diderot en 2013. Par exemple, les salles du Louvre consacrées à la peinture française du XVIIIe siècle sont loin de bénéficier d'une couverture permanente assurée, ce qui peut frustrer les amateurs de Watteau. Ensuite, il existe un film à son sujet qui, hélas, fut mal distribué : Ce que mes yeux ont vu de Laurent de Bartillat,

Ce que mes yeux ont vu en DVD : Ce que mes yeux ont vu - AlloCiné

 qui remonte à 2007. Ce film, dans lequel jouent Sylvie Testud, Jean-Pierre Marielle et James Thierrée,

 Description de cette image, également commentée ci-après

un des petits-enfants de Charlie Chaplin, nous montre l'enquête obsédante de la comédienne, qui joue une thésarde en histoire de l'art, autour d'une femme mystérieuse apparaissant uniquement de dos dans tous les tableaux de Watteau. La médiocre distribution dudit film laissait mal augurer (par anticipation) des commémorations 2021 autour du grand peintre... Quant à l'affiche - qui servit de jaquette au DVD - elle fait allusion au Pierrot de Watteau - autrefois qualifié de Gilles - avec une divergence de taille par rapport à la peinture originelle : les yeux grands ouverts, écarquillés, en illustration explicite du titre du long métrage.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/91/Jean-Antoine_Watteau_-_Pierrot%2C_dit_autrefois_Gilles.jpg 

Lorsque j'étais enfant, et que je visitais le Louvre pour la première fois, la carte postale représentant la toile célèbre la qualifiait encore sous son ancien intitulé. De plus, il était écrit au dos de la carte que ledit chef-d'oeuvre datait de l'année-même de la mort de Watteau, 1721, alors que désormais, on pense que ce portrait fut exécuté vers 1718-1719. L'audace apparente du cadrage du personnage central s'explique davantage par le fait que le tableau fut coupé. Enfin, l'utilisation massive du blanc de céruse dans les pigments du tableau - surtout pour le costume du personnage de la commedia dell'arte - a fait émettre l'hypothèse que le grand peintre serait mort d'un empoisonnement dû à ce pigment et non pas de phtisie.

On peut conclure que, malgré les aléas et les absences télévisuelles, Antoine Watteau n'a aucunement été oublié par la postérité : c'est simplement l'était général de délabrement culturel qui, malgré une année 2021 pour une fois assez remarquable sur le plan commémoratif, explique sa regrettable omission au même titre que Keats, Fernandel, ou Paul Valéry. 

Prochainement : un petit tour à la redécouverte de la cinéaste Germaine Dulac, trop souvent tue au profit d'Alice Guy. 

Germaine Dulac - AlloCiné

dimanche 16 janvier 2022

Paul Valéry, seul grand perdant des commémorations de l'année 2021.

 Bonne cuisine et bon vin, c'est le paradis sur terre. (Henri IV)

Du moins en apparence, puisqu'il faudrait ajouter à cette liste - pour une fois brève - Fernandel, que j'ai déjà traité, Keats et Watteau, dont je m'occuperai une prochaine fois.

 Portrait photographique en noir et blanc d'un homme grisonnant, au regard clair, portant une moustache, vu de trois-quarts droit 

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Quant à John Keats, son absence chez nous confirme que la littérature anglo-saxonne, en dehors de Jane Austen et de Shakespeare, a décidément du mal à intéresser la culture dite mainstream. 

Disons qu'il s'agit d'exceptions, car, dans son ensemble, l'année 2021 a été, du point de vue des commémorations culturelles et historiques traitées par la télévision, la plus remarquable... depuis 2005 ! Les années 2009 à 2011 n'avaient pas été non plus les pires, puisque c'est surtout à compter de 2012, avec Charles Dickens, que les choses se gâtèrent pour longtemps. 

 

Je me sens bien obligé de distribuer des louanges, puisque peu de monde est demeuré sur le carreau... 

Malgré d'incontestables réussites en 2021 (un bémol toutefois : le concert Josquin des Prés diffusé sur Arte à cinq heures du matin et non mentionné dans la majorité des magazines télé !) il est tout de même dommage que l'auteur de Monsieur Teste n'ai aucunement retenu l'attention de nos pontes audiovisuels. Valéry souffrirait-il d'une étiquette d'écrivain à la fois cérébral, intello et désuet ? Qui lit encore La jeune Parque en 2022 ? Admettons qu'un sujet consacré à Paul Valéry passe mal à la télé. Cependant, je dois rappeler qu'un portrait lui fut consacré dans les années 1990 dans le cadre de la série documentaire "Un siècle d'écrivains." Cela contredit les rétifs. Il y a aussi l'Ina, bien sûr et c'est une source non négligeable puisqu'y sont accessibles non seulement la pièce de théâtre Monsieur Teste mais également les enregistrements radiophoniques de Paul Valéry en personne. De plus, en philo, en classe terminale, nous eûmes droit à Eupalinos ou l'Architecte, ce poème-dialogue philosophique de 1921, que je trouvais alors ardu (je n'ai pu lire sereinement ce texte qu'au début de ce siècle), qui mettait en scène Socrate, son disciple Phèdre et le thérapeute Eryximaque. 

Il y a aussi la superbe chanson de Georges Brassens, Supplique pour être enterré à la plage de Sète. 

Déférence gardée envers Paul Valéry,

Moi, l'humble troubadour, sur lui je renchéris,

Le bon maître me le pardonne,

Et qu'au moins, si ses vers valent mieux que les miens,

Mon cimetière soit plus marin que le sien,

Et n'en déplaise aux autochtones.

 

Comme quoi Le Cimetière marin devint universel et populaire... Il y eut voici pile cent ans ce singulier recueil de poèmes, Charmes qui inclut ledit cimetière. 

Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes ;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencée !
Ô récompense après une pensée                                                                                                                         
Qu’un long regard sur le calme des dieux ! 

Ce recueil, au lycée, je ne le connus point, bien qu'il fût inclus dans les fameux petits Classiques Larousse, qui avaient opté pour la couleur jaune caractérisant les classiques du XXe siècle.

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Il y eut aussi ce collègue de mon café littéraire, qui, sarcastique, avait rappelé que Paul Valéry avait passé sa vie à s'ennuyer. Il y eut enfin ce mariage avec Jeannie Gobillard le 31 mai 1900, en même temps que celui de Julie Manet

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 qui convolait avec Ernest Rouart. Toujours est-il que Paul Valéry - qui était envisagé comme lauréat du prix Nobel de littérature 1945 mais mourut avant qu'il fût choisi - ne peut se résumer à la célèbre citation sur la prise de conscience de la mortalité des civilisations à cause du premier conflit mondial.

Prochainement : neuvième volet de la série d'articles consacrés aux peintres dont on ne veut plus avec Watteau, deuxième grand perdant commémoratif de l'année 2021. 

samedi 18 décembre 2021

Gustave Flaubert : ma contribution personnelle à un bicentenaire parfait.

Ah Gustave Flaubert ! 

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Si tu savais combien m'a démangé l'envie de parodier les titres de tes oeuvres, comme je le fis tantôt pour Tintin et Milou et Les Mystères de l'Ouest. J'ai décidé de me jeter dans l'arène, franchement !

Je modifie d'abord le nom, l'identité : place à Musgrave Gaubert ! Quels sont donc les titres ?

- Madame Bove a ri ;


- Fandango ;

- L'éructation transcendantale ;

- La fracturation de Saint Empoigne ;

 

- Une peur grimpe ;

- Buvard et Trébuchet.

A mon commandement, riez ! Et ne dites surtout pas : "Madame Bovary, c'est moi !"

Prochainement  : Paul Valéry, seul grand perdant des commémorations de l'année 2021.

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samedi 27 novembre 2021

Il faut redécouvrir Jean Dorst !

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Raillé, ignoré, injustement oublié, l'ornithologue Jean Dorst, né le 7 août 1924, mourut dans l'indifférence générale, le lendemain de son 77e anniversaire, le 8 août 2001. Il eut l'insigne malheur d'être le compétiteur de Marguerite Yourcenar à l'Académie française, au temps où une élection académique ne se faisait nullement dans l'ignorance télévisuelle, comme cela vient tristement de se vérifier lors de l'élection de Mario Vagas Llosa. 
Or, il appert que Jean Dorst fut un des précurseurs de l'écologie en France, ce qui le rend tout à fait non négligeable. Avant que la nature meure, publié dès 1965, ne dit plus grand-chose aux citoyens lambda.
Lorsqu'il se présenta à l'Académie française il alla -pardonnez-moi l'expression - au casse pipe puisque son adversaire n'était autre que Marguerite Yourcenar.  
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On sait ce qu'il advint, et Jean Dorst ne persévéra point. Il fut peu à peu évacué de la pensée intellectuelle, alors que, paradoxe, l'écologie prenait son essor et commençait à être considérée avec sérieux. Dois-je rappeler qu'un texte de Jean Dorst, destiné à sensibiliser les élèves aux problèmes environnementaux, figurait dans mon manuel de français de seconde ? Hélas, j'en ai oublié le titre !
La persistance médiatique du souvenir de Jean Dorst demeure faible : peu d'archives télé offertes au public par l'Ina, un peu plus d'archives radiophoniques avec un émission de la série Radioscopie, écoutable sur Madelen à la condition d'y être abonné. Dommage pour ce pionnier de l'écologie ! 

 Prochainement : il sera question d'une contribution toute personnelle à la commémoration du bicentenaire de la naissance de Gustave Flaubert.




dimanche 7 novembre 2021

2021 : on a failli oublier Georges Feydeau !

 

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Le 5 juin 2021, un anniversaire d'importance marquait les annales de la littérature française, en particulier du théâtre : le centenaire de la disparition de Georges Feydeau. Autrefois raillé, quelquefois méprisé, notre "dramaturge" (comment le désigner autrement ?) a bénéficié d'une réhabilitation tout autant salutaire que récente, en cela qu'il est désormais considéré comme un précurseur du théâtre de l'absurde, et non plus comme un simple boulevardier, case commode, étrécie, dans laquelle on l'a trop souvent enfermé...

Quid de ses pièces à la télévision ? Heureusement qu'il y a Culturebox sur le canal 14 de la TNT qui, le 10 mai 2021, consacra toute une soirée théâtrale à Georges Feydeau par la grâce de Madame Zabou Breitman qui mit en scène Le Système Ribadier et La Dame de chez Maxim.

Trop longtemps, on a négligée Feydeau, jugeant dépassé son théâtre boulevardier 1900 axé sur l'adultère bourgeois, noyé dans le décorum des bibelots et meubles Belle Epoque avec une association d'idées sur les costumes du genre chapeaux à plumes et buscs corsetés... 

Mais les choses changent et c'est heureux, puisque présentement, Georges Feydeau a acquis son droit d'entrée dans la collection prestigieuse entre toutes : La Pléiade ! Lisez l'article que le magazine Marianne lui a consacré cette semaine pour vous en convaincre. 

Je ne puis m'empêcher d'évoquer un téléfilm injustement oublié de 1992, Le Monsieur de chez Maxim's dans lequel le grand comédien regretté Alain Mottet interprétait le dramaturge et nous montrait sa déchéance physique. Miné par la syphilis nerveuse qui le rongeait depuis des années, Feydeau, comme Maupassant, mourut en quelque sorte fou, dans la clinique de Rueil-Malmaison le 5 juin 1921. Séparé puis divorcé de sa femme adultère, échappé du domicile conjugal, flambeur invétéré, Feydeau, miné par la maladie, avait considérablement ralenti sa production littéraire après 1911. Les soins du docteur Bour ne lui furent d'aucun secours en ce pavillon des Tilleuls de la clinique du docteur Fouquart.

 Alain MOTTET : Biographie et filmographie

Par un heureux hasard, Le Monde a conservé dans ses archives en ligne un article paru le 18 octobre 1992, consacré à ce téléfilm de Claude Vajda devenu invisible.Ledit article s'intitule : 

TOOURNAGE " LE MONSIEUR DE CHEZ MAXIM'S " DE CLAUDE VAJDA Un grain de sable dans la vie de Feydeau.   

Deux anecdotes méritent d'être relevées : primo, son ultime pièce (en un acte), Hortense a dit : "Je m'en fous !" fut créée sur la scène du Palais-Royal le 14 février 1916, avec Raimu dans le rôle de Vildamour.

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Notre Toulonnais - que Sacha Guitry, ami de Feydeau, contribua à lancer cette même année 1916 - ne se réduisait pas alors à un méridional bon teint ! Secundo, à la clinique mentionnée plus haut, notre dramaturge vaudevillesque eut l'ex-président Paul Deschanel comme voisin (lui aussi avait l'esprit passablement dérangé par la syphilis). Ce dernier, qui ne put exercer que quelques mois la magistrature suprême en 1920 ne demeura plus connu que comme le président qui avait chuté de son train en pyjama ! Il souffrait d'une maladie étrange, le "syndrome d'Elpénor", une forme de somnambulisme.

Illustration.

Tout cela est assez cocasse, et aurait pu faire l'objet d'un vaudeville de Georges Feydeau. Justement, si l'on prend la peine de consulter la liste de ses pièces, on remarque que la majorité d'entre elles ont des titres qui font encore tilt. Le Dindon, Monsieur chasse, Chat en poche, Un fil à la patte, l'Hôtel du libre-échange, Le Système Ribadier,, La dame de chez Maxim, On purge bébé, La puce à l'oreille, Occupe-toi d'Amélie, Feu la mère de Madame, Mais n'te promène donc pas toute nue ! Autant de titres familiers justifiant la réhabilitation de Georges Feydeau, toujours joué, qui ne laisse jamais indifférent, ce qui explique qu'il ne figurera pas dans ma liste d'articles consacrés aux écrivains dont la France ne veut plus ! Il y a aussi des pièces demeurées inédites, des oeuvres de jeunesse, des monologues écrits majoritairement dans les années 1880... Merci Monsieur Feydeau de nous enchanter et nous faire encore rire au XXIe siècle !

Prochainement : il faut redécouvrir Jean Dorst ! 

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