vendredi 26 février 2021

Le cinquantenaire de la disparition de Fernandel intégralement occulté.

 


J'entame la rédaction de cet article alors que nous sommes le 26 février. Cette date vous dit-elle quelque chose ? Le 26 février 2021 constitue un triste anniversaire : cela fait cinquante ans que Fernand Contandin, plus connu sous son nom d'artiste Fernandel, nous a quittés. Qui s'en soucie ? Pas l'a-télévision ! Elle a intégralement zappé cette commémoration, comme elle le fit déjà en septembre dernier pour Bourvil, François Mauriac, Nasser et le maréchal Koenig... Et sans nul doute zappera-t-elle une fois de plus d'autres anniversaires de naissances et de disparitions, tels Baudelaire, Flaubert, Saint-Saëns etc. 


Depuis l'affaire Corneille en 2006 et la non-panthéonisation de Denis Diderot en 2013, je ne me fais plus la moindre illusion sur l'état culturel de la France tant celui-ci s'apparente à un champ de ruines en cours d'arasement final. 

Dois-je l'écrire ? L'omission intégrale de Fernandel (comme par exemple, celles de Bourvil ou de Fellini en 2020), témoigne d'un inquiétant syndrome à propos duquel je me suis à maintes reprises préoccupé en ce même blog depuis près de dix ans, au fil des multiples turpitudes des médias sans trêve répétées et dénoncées (Arte France n'étant pas plus "innocente" que France Télévisions).

Fernandel fut longtemps un des représentants majeurs d'une certaine culture populaire cinématographique. Certes, ses films sont loin d'être tous des chefs-d'oeuvre, mais pourquoi cacher à nos yeux que des perles superbes émergent çà et là dans la filmographie de notre acteur marseillais ?

Lorsque mourut Fernandel, j'avais à peine six ans, et je savais qui il était, je le savais tant que j'ai abondamment pleuré à cette mort tant sa voix, son visage, m'étaient familiers. Pleurer à la mort d'un comique ! Absurde et impensable ! Cela ressemble à un oxymore, à de la sensiblerie mal placée, au point que mon chagrin suscita la moquerie de ma famille, comme plus tard pour Fernand Raynaud et Louis Salvérius, le premier talentueux dessinateur des Tuniques bleues, fauché à à peine 44 ans. Car, désormais, depuis l'occultation de Roba en 2006 au profit de Raymond Devos (un scandale absolu selon moi), ce ne sont plus les disparus dont j'appris l'existence au cours de mes études supérieures qui sont les principales victimes d'un oubli médiatique, télévisuel, soigneusement entretenu (surtout depuis 1986), mais l'essence même des gens dont je connaissais déjà le nom, la renommée et le talent dès mes primes années... 

Occulter le souvenir de Fernandel, c'est mépriser le peuple, la culture antérieure du peuple, celui des générations de mes parents et de mes grands-parents.

Parmi les films de Fernandel que j'estime et apprécie le plus, il y a L'Armoire volante (1948), comédie macabre injustement méconnue, du non moins insuffisamment connu Carlo Rim (1902-1989).


A ma connaissance, ce film à l'humour grinçant a peu fréquenté le petit écran, et c'est dommage. Résumons le film en quelques lignes. Monsieur Puc (Fernandel), neveu de Madame Lobligeois, une octogénaire têtue (Berthe Bovy), ne parvient pas à dissuader sa tante d'entreprendre un déplacement périlleux à Clermont-Ferrand, par un froid glacial, afin de récupérer quelques meubles pour les ramener à Paris avec l'aide de deux déménageurs. La vieille dame meurt de froid sur le chemin du retour. Les deux déménageurs s'affolent et abandonnent le corps caché dans une armoire à glace. Ils rentrent à Paris prévenir Monsieur Puc, mais on vole leur camion. Commencent alors d'extravagantes aventures à la recherche de l'armoire "volante" qui contient le cadavre de Madame Lobligeois. Fernandel se trouve précipité dans des péripéties rocambolesques et savoureuses au bout desquelles tout cela ne s'est avéré qu'un cauchemar épouvantable et extravagant. Or, à la fin, la tante s'en va effectivement, et tout peut effectivement survenir... 
Toute une brochette de comédiens français a participé au film de Carlo Rim, souvent dans de petits rôles. Parmi ceux-ci, on remarque Edmond Beauchamp (1900-1985), qui, dans les années 1960, participa à Rocambole et Belle et Sébastien (dans le rôle de César, au titre duquel sa nécrologie télé insista à sa mort survenue le 3 juin 1985), Annette Poivre (1917-1988), qui fut l'épouse de Raymond Bussières et Jean Daurand (1913-1989), rendu célèbre pour son rôle de l'inspecteur Dupuy, adjoint de Bourrel alias Raymond Souplex dans Les Cinq dernières Minutes. 
Il existe pas mal de films estimables de Fernandel. Ainsi, ni les films de Marcel Pagnol auxquels notre acteur de renom participa, ni François premier, ni L'Auberge rouge et les deux premiers Don Camillo ne sont à dénigrer. 
Irénée Fabre, commis épicier à Eoures, dans Le Schpountz (1937),
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 est, avec son frère cadet Casimir (Jean Castan) l'inénarrable inventeur des anchois des Tropiques, le fada qui déboule dans le tournage d'un film comme un chien dans un jeu de quilles, muni d'un faux contrat d'acteur professionnel. Sa tirade autour de "Tout condamné à mort aura la tête tranchée", vaut celle du nez de Cyrano de Bergerac. Tout le monde dans le studio se joue de lui et de sa naïveté. Le film comporte certes des longueurs, mais il demeure malgré tout attrayant, moins toutefois que le formidable François premier de Christian-Jaque, qui date également de 1937. 
Il y a aussi bien sûr L'Auberge rouge, de Claude Autan-Lara (1951),
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 comédie macabre basée sur une histoire criminelle authentique qui défraya la chronique ardéchoise au XIXe siècle : l'affaire de l'auberge de Peyrebeille, dans la commune de Lanarce. Cet excellent moment de cinéma, outre ses interprètes (en plus de Fernandel, on y compte Françoise Rosay, Julien Carette, jacques Charon, Jean-Roger Caussimon, Grégoire Aslan et Lud Germain, cet acteur d'origine haïtienne, emblématique de la diversité française, auquel il faudra bien un jour rendre justice), se caractérise par la musique géniale de René Cloërec (1911-1995), futur compositeur de l'inoubliable mélodie pastiche du générique du feuilleton télévisé de 1971 Le voyageur des siècles. 
Enfin, je ne puis résister à une évocation de Topaze, seconde adaptation de la pièce, en 1951 par Marcel Pagnol en personne (la première, par Louis Gasnier en 1933, avec Louis Jouvet dans le rôle titre, n'avait pas satisfait l'écrivain et cinéaste d'origine aubagnaise). Les inénarrables leçons de morale de notre instituteur de la pension Muche, chahuté pour son originelle naïveté, valent le détour, lorsqu'on sait comment il tordra les principes qu'il enseigne. Bien mal acquis ne profite jamais ! Il est amusant de rapprocher notre Topaze du début de l'intrigue au fameux Monsieur Rectitude, l'instit de la bédé Génial Olivier, du regretté Jacques Devos.
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Avec un art consommé, notre Fernandel, au sommet, joue avec brio, muni d'une barbe, celui qui deviendra un escroc patenté, expert en magouilles municipales (ah, ces arroseuses brevetées au système Topaze !), mettant à bas toute la morale scolaire qu'il prodigua en vain. Certes, le film ne fait pas toujours l'unanimité et Louis Jouvet garde ses chauds partisans. Quant aux moutons de la dictée...
On pourrait multiplier les films de Fernandel à loisir, comme les incontournables Regain et Naïs, piqûres de rappel de l'existence d'un Fernandel dramatique. Je reconnais que la majorité de ses rôles postérieurs à 1952 me plaisent moins. Cependant, ce n'était pas une raison pour oublier un hommage télévisuel - à moins qu'hypocritement, nos chaînes médiocres aient perdu l'ensemble des droits de diffusion des longs métrages où brilla Fernandel, par hostilité patente au noir et blanc empêcheur d'audience, donc d'annonceurs ! 

Prochainement : Jacques Champreux : une disparition dans une discrétion médiatique terminale.
 
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samedi 13 février 2021

Ces écrivains dont la France ne veut plus 34 : Lesage.

 














L'arbre n'est pas dangereux pour l'humanité ; c'est l'humanité qui constitue un danger pour l'arbre. (Maxime du philosophe écologiste inconnu).

Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés. (Jean de La Fontaine : Les animaux malades de la peste)

Commençons ce nouvel article par l'exposition d'anecdotes révélatrices. Il y a quelques années, la médiathèque de ma commune de résidence conservait en ses rayons en libre accès un roman que nul n'empruntait : Histoire de Gil Blas de Santillane, roman picaresque d'Alain-René Lesage. Désormais, il n'y figure plus. En moi, ce titre avait fait tilt, comme on dit familièrement. J'eus souvenance de vieilles coupures de magazines télé remontant à 1974, en lesquelles étaient imprimés les programmes de la toute première mouture de la troisième chaîne , encore à l'époque de l'ORTF. La notice de ce feuilleton oublié et invisible - il n'est pas le seul !- figure dans un site consacré à la télé des années 1970. Outre la confirmation qu'il s'agissait bien d'un feuilleton qui passait sur la 3 originelle, nous apprenons son découpage en treize épisodes de vingt-six minutes et son passage à l'antenne du lundi au vendredi entre 18h50 et 19h20, du 2 au 25 avril 1974... Autant dire que ce feuilleton, réalisé par Jean-Roger Cadet, dut passer inaperçu, sa diffusion coïncidant avec la mort du président Pompidou et les péripéties politiques électorales qui s'ensuivirent. Mises à part Marion Game et Brigitte Rouan, encore fort peu connue, la distribution aligne des acteurs qui ne disent désormais plus grand chose au public dont Gérard Giroudon dans le rôle titre. Ah si, j'oubliais Robert Vattier, l'ex Monsieur Brun de la partie de cartes de Marcel Pagnol, qui venait de briller dans le mythique et génial Voyageur des siècles trois ans auparavant. Le site dit que Robert Vattier fut l'adaptateur du roman. 

Autre anecdote, fort contrariante : à l'époque d'Ina premium, on trouvait la version filmée en 1968 de la pièce Turcaret. Bien que tournée en vidéo et non sur pellicule, cette version était en excellent état de conservation. Je la vis de justesse, le premier jour du premier confinement. Dès le lendemain, envolé Ina premium au profit de Madelen... Parti aussi Turcaret (définitivement ?). Ceci est une autre histoire, dont j'ai déjà parlé l'an passé... Désormais, pour voir Turcaret sur Internet, il faut accepter la version feuilletonnesque italienne en noir et blanc, disponible sur une chaîne YouTube transalpine. 















Alain-René Lesage naquit la même année que François Couperin, plus précisément le 8 mai 1668 à Sarzeau dans le Morbihan actuel. Comme Voltaire, il était fils de notaire. Comme Voltaire, il fut mis en pension chez les Jésuites. Comme Voltaire, il dut étudier le droit mais là s'arrête un peu la ressemblance des destinées (ou plutôt, des parcours tracés) car Lesage, qui lui aussi, voulait vivre de sa plume à défaut (financièrement parlant) de pouvoir exercer la profession d'avocat, se débattit dans la pauvreté laborieuse, le succès tardant à venir, les protections aussi. Enfin vint l'abbé de Lyonne, qui lui assura une pension annuelle de 600 livres. Après vint enfin le succès et son corollaire, la notoriété. Rien n'avait laissé présager la réussite littéraire et dramaturgique de Lesage lorsque Turcaret triompha en 1708. L'auteur avait déjà quarante ans. 

L'Histoire de Gil Blas de Santillane parut en plusieurs étapes. Se référant au roman picaresque sans toutefois se soumettre en entier à ses codes (ainsi, Gil Blas, contrairement au picaro espagnol de référence, connaît une ascension sociale certaine), Lesage divisa son grand oeuvre en douze livres dont la publication s'échelonna, par groupes, sur diverses années. Il y eut trois phases : 1715 pour la sortie des livres I à VI, 1724 pour les VII à IX et enfin 1735 pour les X à XII. Après maintes péripéties dont la longueur peut rebuter le lectorat contemporain désaccoutumé aux récits s'étirant à loisir, Gil Blas, qui à sa manière a observé et étudié la société (d'où l'occasion s'offrant à Lesage de dresser moult portraits corrosifs), finira pat épouser Dorothée, une noble désargentée (je ne puis écrire "décavée"). 


Si l'on dresse le bilan de la survivance contemporaine de Lesage au XXIe siècle (en se basant du critère de la disponibilité en poche de ses oeuvres, à condition d'avoir bien sûr affaire à un excellent libraire), seuls trois de ses textes surnagent encore, sil l'on adjoint la courte comédie en un acte Crispin rival de son maître, qui date de 1707. Le reste est difficile à se procurer. Cependant, au XIXe siècle, Lesage servait encore de référence littéraire : Alexandre Dumas ne consacra-t-il pas un court et méconnu roman en 1851 Un Gil Blas en Californie réédité tout récemment ?
De même, je ne peux passer sous silence le célèbre journal Gil Blas, quotidien fondé en 1879 par Auguste Dumont et disparu en 1940, dans lequel plusieurs plumes notoires excellèrent : Alfonse Allais, Barbey d'Aurevilly, Léon Bloy, Tristan Bernard, Georges Courteline, Claude Debussy, Guy de Maupassant, Jules Vallès, Maurice Leblanc, Octave Mirbeau, Séverine et bien sûr Emile Zola. Enfin, pourquoi ne pas rappeler que Lesage n'était pas un inconnu à l'étranger, puisque Charles Dickens en personne se réfère à Gil Blas de Santillane dans une de ses nouvelles portées sur les revenants, Capitaine Meurtre et le pacte avec le Diable on découvre le passage suivant :
"Jamais je ne me suis trouvé dans la cave des brigands où vivait Gil Blas ; pourtant j'y retourne souvent et j'y retrouve la fameuse trappe, toujours aussi lourde à soulever (...)" (Histoires de fantômes. Folio 2016. Traduction Isabelle Gadoin). Cet extrait fait allusion au chapitre III du livre premier de Gil Blas.

Prochainement : le cinquantenaire de la disparition de Fernandel intégralement occulté. 



lundi 18 janvier 2021

Citations de Marc-Aurèle.

 Quelques citations du grand Empereur stoïcien, histoire de vous faire patienter.













Tout est éphémère, et le souvenir, et son objet. (Marc-Aurèle :  Pensées pour moi-même livre IV, 35 traduction Frédérique Vervliet)

De la mort : s’il y a des atomes, c’est une dispersion ; s’il y a unité, c’est une extinction ou un déplacement. (Marc-Aurèle :  Pensées pour moi-même livre VII, 32 traduction Frédérique Vervliet)

Celui qui veut tenir des propos sur les hommes doit regarder comme d’un lieu élevé les événements de la terre : troupeaux, armées, agriculture, mariages, divorces, naissances, décès, tumulte des tribunaux, déserts, divers peuples barbares, fêtes, deuils, assemblées, tout le désordre et l’harmonie du monde faite de contrastes. (Marc-Aurèle citant un ouvrage perdu de Platon in : Pensées pour moi-même livre VII, 48 traduction Frédérique Vervliet)















Veille à ne jamais éprouver à l’égard des misanthropes ce que les misanthropes éprouvent à l’égard des hommes. (Marc-Aurèle :  Pensées pour moi-même livre VII, 65 traduction Frédérique Vervliet)

La prochaine fois  : reprise de la série éprouvée consacrée aux écrivains dont la France ne veut plus avec son 34e volet : Lesage.



 


dimanche 20 décembre 2020

Maurice Genevoix : le Panthéon certes, mais des livres qui demeurent malaisés à se procurer.

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Le 11 novembre 2020, Maurice Genevoix entra au Panthéon en petit comité, crise sanitaire oblige. J'espérais à cette occasion un sursaut éditorial autour de ses oeuvres romanesques et écologiques : hélas, il n'en a presque rien été ! Prenons par exemple ses Bestiaires, autrefois trouvables en poche (c'était dans les années 1970). Désormais indisponibles, ils méritaient amplement qu'on les rééditât. Il s'agit d'un triptyque publié à l'origine entre 1969 et 1971 : Tendre bestiaire, Bestiaire enchanté et Bestiaire sans oubli. A la fin des années 1960, une émission désormais invisible, tirée de la série Histoires au gré du vent, dont l'Ina n'a posté que le seul générique, fit découvrir aux téléspectateurs de tous âges cette facette du Maurice Genevoix chantre de la nature. 

Et je ne parle pas de la fameuse hirondelle qui fit le printemps, dont de larges extraits étaient proposés à la sagacité des enfants dans les manuels de lecture que je connus bien. Cherchez, tant que vous y êtes, dans quelque rayon de littérature française d'une quelconque FNAC, vous ne trouverez même pas un exemplaire de Raboliot en poche, malgré le Goncourt obtenu en 1925. De même, il apert que l'adaptation télé de Marcheloup, au début des années 1980, rentrée en catimini au premier semestre 2019 sur le site Ina.fr, ne figure désormais plus nulle part depuis la mise en route de Madelen au mois de mars 2020.










C'est dire combien on néglige le Maurice Genevoix écrivain, au profit du témoin de 1914 ! Je suis las de ne pouvoir trouver L'Hirondelle qui fit le printemps. Paru en 1941, en pleine nuit de l'occupation nazie, ce recueil de contes mérite absolument qu'on le tire de l'injuste oubli dans lequel il est tombé. Bien plus tardif, le triptyque des Bestiaires (Tendre Bestiaire (1969), Bestiaire enchanté (1969) et Bestiaire sans oubli (1971)) n'a plus connu de réimpression depuis 1989 pour les volumes 1 et 3 et depuis 2000 pour le deuxième ! 














Et je ne tiens pas compte des autres oeuvres s'adressant directement à un public enfantin, notamment L'écureuil du Bois-bourru ou Mon ami l'Ecureuil, qui démontrent que Spirou ne fut pas le seul à s'intéresser à cet animal que les citadins, hélas, ont peu de chance de croiser (cela m'arrive personnellement, et pas en temps de confinement)... Il est significatif que l'ogre Amazon ne propose de notre "Hirondelle" que l'édition d'origine datée du 1er janvier 1941. 

Prochainement : un petit voyage chez Marc-Aurèle et quelques unes de ses pensées.











dimanche 13 décembre 2020

Engels et Beethoven : des hommages scandaleusement nocturnes.

 Je connais une chaîne prétendument culturelle qui a eu tout récemment le culot de diffuser, au-delà de minuit, deux documentaires d'importance, tous deux consacrés à des figures majeures du XIXe siècle : Friedrich Engels et Ludwig van Beethoven.

Portrait de Beethoven vers 1804

Respectivement, Engels a eu droit à un "joli" 0h10 du matin et Ludwig van B. à un sacrément matinal 0h35, et ce, je vous le donne en mille, sur Arte, la chaîne "culturelle" franco-allemande ! France 3, contrairement à la défaillance crasse d'Arte, a sauvé l'honneur avec un très bel hommage beethovénien en première partie de soirée. Arte est devenue coutumière de ces horaires bien au-delà du vespéral. Elle sacrifia ainsi Erik Satie, Gesualdo et Clara Schumann, battant toutefois son propre record en 2016 avec un documentaire sur Leibniz diffusé vers 2h du matin ! Bel horaire pour les insomniaques dépourvus de tout moyen technologique d'enregistrement susceptible de pallier cette cuistrerie. 

Pour nous résumer, Arte ghettoïse dans le ghetto imposé, telle la trêve de Dieu médiévale, à la culture antérieure - y compris scientifique - car ce qui fit autrefois la quintessence de la chaîne, un peu chaque jour de la semaine, se voit restreint, depuis à peu près le 1er janvier 2012, à une tranche de vie débutant le samedi matin ou après-midi pour s'achever dans la nuit du dimanche au lundi. le second ghetto inséré dans le premier comme une incise chère à Henry James est la relégation en cette ultime case noctambule de l'après-minuit, parfois même dans la nuit du samedi au dimanche, comme cela advint tout récemment pour Méliès, de la majorité des documentaires axés, par exemple, sur les grands compositeurs ou interprètes (aux exceptions de Rameau en 2015 et de Vivaldi voici peu) : Hillary Hahn cette merveilleuse violoniste que nous apprécions tant, Erik Satie, Claude Debussy, Ludwig van B., Clara Schumann, Carlo Gesualdo etc.  ont fait les frais de cette politique ignominieuse (dictée par les bobos chébrans ?) tandis qu'atypique, Friedrich Engels "obtenait" une case d'après-minuit en semaine. Le fantôme d'Hervé B. ce PDG ultracommercial qui officia sur la TF1 publique terminale et plus tard sur France Télévisions serait-il le vrai dirigeant d'Arte outre-tombe ? Lui qui eut droit à deux pages pleines de nécrologie dans Le Monde alors qu'un de ses successeurs, Xavier Gouyou-Beauchamps, qui nous quitta à l'aurore de l'an 2019, n'eut pas le privilège de la moindre ligne d'hommage dans ledit quotidien... Les mauvais esprits allègueront qu'Arte ne traite guère mieux la musique pop en la repoussant très tard le vendredi soir... Ils ont parfaitement raison, car les docus proposés à ce sujet sont majoritairement remarquables. 



















Prochainement : il sera question cette fois-ci de Maurice Genevoix, dont la panthéonisation en petit comité - Covid oblige - n'a pas assuré, loin de là, la disponibilité de toute son oeuvre littéraire en librairie. 


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jeudi 26 novembre 2020

Daniel Cordier et Jacques Secrétin versus Diego Maradona.

 ... ou l'art d'engendrer de nouveaux Prokofiev nécrologiques face aux nouveaux Staline ultra médiatisés. 


Par Cyber Léon Bloy.

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Nos chaînes d'information - ou qui se prétendent telles - ont adopté depuis belle lurette cette hideuse manie du différentiel de traitement nécrologique, en fonction de la prétendue popularité de tel ou telle défunt ou défunte. Deux personnalités d'une importance considérable, historique et sportive, viennent cette dernière semaine de faire les frais d'une non-médiatisation honteuse lorsqu'on mesure l'impact télévisuel de leur disparition à l'aune de celui, assourdissant, d'une star (déchue ?) du ballon rond. Les champions, selon leur spécialité et leurs exploits passés, ne se valent pas tous selon ces médias-là, souventes fois autoproclamés tandis que l'Histoire sombre proprement dans le néant mémoriel de journalistes aux souvenirs fort courts et limités et aux connaissances en ce domaine inférieures à celles de nos aînés. 

Doit-on nous faire accroire que ni Jacques Secrétin,

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 ni, pis encore, Daniel Cordier,

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 avaient de l'envergure et possédaient de la notoriété lorsqu'on les confrontait au footballeur argentin tonitruant et exubérant - dans l'acception d'un empereur Commode sculpté sous l'aspect du héros mythologique Hercule, jà propre à susciter l'hilarité de ses opposants contemporains ? Un bandeau défilant tôt ôté pour les deux premiers, une insistance indigeste et vomitive pour le troisième de ces messieurs : ainsi peut-on résumer le choix scandaleux de nos anti-chaînes instituées, adeptes du minimalisme affligeant pour les uns et de la tumescence outrée pour l'autre. 

Il me faut encore évoquer la célèbre problématique du 5 mars 1953. Sergueï Prokofiev

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 eut la mauvaise idée de mourir le même jour que Staline, du moins, si l'on retient cette date comme l'officielle du trépas du Tsar Rouge. Avant cette date, on aurait pu parler de syndrome Marcel Cerdan - Ginette Neveu,

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 le célèbre boxeur et la violoniste virtuose ayant péri dans la même catastrophe aérienne aux Açores le 28 octobre 1949, mais tout cela a fait l'objet d'un excellent roman d'Adrien Bosc, Constellation, qui nous conte par le menu le destin fatal des trente-sept passagers du vol Air France Paris-New-York avec les onze membres d'équipage que cet avion comptait. Ajoutons les présences de Jean Neveu, le frère pianiste de Ginette Neveu et du peintre Bernard Boutet de Monvel, sans omettre ces malheureux cinq bergers basques qui escomptaient faire fortune au Texas... 

Depuis 1953, nous pourrions multiplier les épisodes (Roba versus Raymond Devos, Betsy Blair versus Alain Bashung, André Lwoff versus Pierre Sabbagh, Farrah Fawcett versus Michael Jackson, Jean-Claude Bouillon versus Jeanne Moreau). Seul Jean d'O échappa au carnage Johnny ! 

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Dans un article récent paru dans l'hebdomadaire Marianne, Régis Debray a évoqué avec justesse le fait que les hommages nationaux à Daniel Cordier et à Maurice Genevoix (cérémonie de panthéonisation du 11 novembre 2020) sont passés inaperçus. Je reviendrai ultérieurement sur le cas Genevoix,

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 dont les romans s'avèrent toujours aussi difficiles à se procurer dans les grandes enseignes culturelles ayant pignon sur rue, malgré plusieurs rééditions récentes. Par contre, Jean Giono, en veux-tu, en voilà ! 

Soyons pointilleux et vétilleux par défaut de polémisme ; disputons davantage du cas Daniel Cordier. Paradoxe : Diego Maradona, quoiqu'on puisse penser de ses exploits sportifs, n'a pas interféré sur la dénécrologie du pénultième Compagnon de la Libération : c'est la pandémie de Covid-19 qui, invasive, gargantuesque, a télescopé sans espoir de rattrapage le traitement informationnel du trépas de ce noble sire de la Résistance française. Il fut réduit a un bandeau, sans nulle répercussion de traitement détaillé à l'exception d'Arte, seule à réagir en cette morne soirée peu vespérale. Les citoyens ordinaires furent a-posteriori éberlués par la captation furtive d'images de l'hommage national à ce grand homme occulté quelques jours auparavant. Quant au Monde, l'on sait qu'il attendit que les survivants de l'ordre de la Libération fussent tombés sous la dizaine pour enfin s'en préoccuper à leur juste mérite. 

Prochainement : il sera question des horaires de diffusion exagérément tardifs des derniers documentaires d'Arte consacrés à Friedrich Engels et Ludwig van Beethoven. 

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jeudi 19 novembre 2020

Ces peintres dont on ne veut plus 7 : les Carrache.

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Ils furent trois, comme après eux la fratrie des Le Nain. Il y eut deux frères, Annibal Caracci (1560-1609) et Agostino son aîné (1557-1602) et un cousin, le plus âgé d'entre eux, Lodovico Caracci (1555-1619), qui mourut le dernier.

Ils constituèrent un pont entre maniérisme et baroque, une étape de la Renaissance terminale vers l'âge classique, une rupture avec les excès picturaux précédents, et de profonds novateurs en matière de naturalisme et de traitement du paysage. Ils réformèrent la peinture, comme Malherbe la poésie française. Or, de nos jours, presque nul n'en veut plus au profit du Caravage... 

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/9/92/Annibale_Carracci_003.jpg/1280px-Annibale_Carracci_003.jpg  

Je cherche à connaître la raison pour laquelle les Carrache sont autant négligés, ne sont pas à la mode, bref, indiffèrent. Par exemple, notons que l'exposition qui fut organisée au Grand Palais du 9 mars au 6 juin 2011 et qui avait pour intitulé "Nature et idéal, le paysage à Rome 1600-1650" comportait, outre des oeuvres de Poussin et du Lorrain, une toile d'Annibal Carrache intitulée Paysage fluvial. Je suis obligé d'écrire que cette exposition fut un des pires fiascos du Grand Palais en nombre de visiteurs et n'intéressa aucun média mainstream. Il y a corrélation entre son absence de couverture médiatique, sa thématique, porteuse chez les seuls spécialistes et ses entrées ridiculement basses... alors que, pour une fois un des Carrache y était exposé ! Le Paysage fluvial incriminé est reproduit ci-dessous.


https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/29/Annibale_Carracci_-_River_Landscape_-_WGA4424.jpg

Les mentions des Carrache à la télévision sont fort rares, pour ne pas dire inexistantes. Je pense que presque plus personne ne sait qu'ils ont existé, comme l'ensemble des peintres italiens entre le maniérisme et les Vénitiens du XVIIIe siècle, exceptés Le Caravage et Artemisia Gentileschi. Cela rappelle le fameux hiatus de la musique anglaise entre la mort de Haendel et Edward Elgar, hiatus inventé de toutes pièces par pure paresse intellectuelle. 
 
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/c/ce/Edward_Elgar.jpg/599px-Edward_Elgar.jpg


Je crois qu'in n'existe en français nul reportage, nul documentaire consacrés aux Carrache. Certes, nous pouvons compenser cette absence cruelle par les vidéos intéressantes disponibles sur telle ou telle plate-forme, dont bien sûr YouTube. Quelles furent les oeuvres les plus marquantes des Carrache, s'il en existe toutefois quelques unes susceptibles d'attirer le regard et de susciter l'attention et l'intérêt de nos contemporains ? Cela n'est guère évident, la culture religieuse et mythologique s'étant largement estompées de nos jours. Des toiles profanes auraient davantage de chances de nous séduire. Des peintres jamais traités dans les mass media sont des peintres s'effaçant irrémédiablement de la mémoire humaine, hormis parmi les spécialistes, sauf un hypothétique regain de faveur (celui-ci existe désormais pour des écrivains comme Julien Green et Anna de Noailles, contrairement à ce que j'avais affirmé trop péremptoirement lorsque je rédigeais des articles de ce blog consacrés à ces gloires alors en passe d'être oubliées). 

Quelles oeuvres remarquables des Carrache peuvent-elles encore intéresser au XXIe siècle ?

Citons La Bacchante alias Vénus, Satyre et Cupidons, huile sur toile d'Annibale Carraci, datée de 1588-90, conservée de nos jours à la Galerie des Offices de Florence. L'influence vénitienne manifeste de l'oeuvre a permis sa datation, puisqu'elle ne fut mentionnée pour la première fois qu'en 1620. Sa charge érotique est si manifeste qu'elle pourrait de nos jours encore choquer des âmes pudibondes et féministes... 

 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/4/47/Annibale_Carracci_-_Venus_with_a_Satyr_and_Cupids_-_WGA4430.jpg 

Attardons-nous un peu sur Le Mangeur de Haricots, ou de Fèves, huile sur toile conservée à la Galleria Colonna de Rome. Annibale Caracci en est une fois de plus l'auteur, et il s'agit selon moi de la seule oeuvre un peu iconique du trio, en cela qu'elle doit être un peu plus familière au péquenot sans que ce dernier sache qui en est l'auteur. Scène de genre, sujet profane, plébéien, naturaliste s'il en est, mais un naturalisme déjà baroque, de pacotille, qui traduit davantage l'idée que les élites se faisaient alors du peuple qu'une restitution de la manière dont ledit peuple se voyait, se ressentait... Le tableau peut être daté de 1584-1585. Ce tableau peut être rapproché de La Boucherie, du même peintre, conservée à Oxford. 

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/a7/Carracci-Butcher%27s_shop.jpg 

Encore plus ancienne (1580), ladite boucherie existe en deux versions. Ceci laisse de côté les oeuvres collectives des deux frères et du cousin. Par exemple, à Bologne, la fresque de La Conquête de la Toison d'or. 

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/a4/La_conquista_del_vello_d%27oro%2C_Palazzo_Fava_Bologna.jpg  

L'un des plus beaux ensembles du trio est constitué par d'autres fresques remarquables et édifiantes, au Palazzo Magnani, toujours à Bologne. Il s'agit des Histoires de la fondation de Rome de 1590-91. 

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/f/f7/Salone_Carracci_Palazzo_Magnani.jpg/800px-Salone_Carracci_Palazzo_Magnani.jpg 

Tout cela résume un rendu post-maniériste, pré-baroque, de l'Antiquité romaine, de ses mythes...Au Palazzo Sampieri se trouve, toujours à Bologne, le cycle de l'histoire d'Hercule, réalisé par le trio entre 1593 et 1594. 

Il y eut également l'oeuvre en duo, au Palais Farnèse de Rome, où collaborèrent Annibale et Agostino Carraci. On discute encore de la part à attribuer à tel ou tel. Disons que les Carrache sont synonymes de l'école bolognaise, dont on parle insuffisamment en France. 

Guido Reni et Le Guerchin, qui sont postérieurs au trio mais furent les élèves des Carrache, sont plus couramment cités chez nous... comme si la postérité comptait plus que les géniteurs. 

Je ne prétends pas faire oeuvre de spécialiste et mon article, aussi sommaire qu'il puisse paraître, est là simplement pour donner envie d'en voir et savoir davantage sur un collectif familial (non pas un dynastie, les dynasties musicales, comme les Bach et les Couperin, emblématiques, étant bien plus nombreuses).

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/c/c4/Francois_Couperin_2.jpg/800px-Francois_Couperin_2.jpg 

Prochainement : je traiterai de la surmédiatisation de la mort de Diego Maradona, comparée à la sous-exposition informationnelle des décès de Jacques Secrétin et de Daniel Cordier.