samedi 31 octobre 2026

Café littéraire : Bandini de John Fante.

 John Fante - Maison de la poésie

Dans la famille Bandini, il y a le père, Svevo. Immigré italien dans une petite ville du Colorado, maçon toujours en quête d’argent pour payer sa maison et nourrir sa famille, mais aussi joueur malchanceux et coureur de jupon, Svevo exprime avec une violence primaire et spontanée l’insatisfaction de sa vie. Et puis il y a Maria, la mère. La pauvre Maria, la sainte Maria pour le voisinage, qui subit la vie que lui construit son mari et se bat au quotidien pour subvenir aux besoins de sa famille. Car il y a les enfants : Arturo, 14 ans, Augusto et Federico, respectivement 10 et 8 ans.Arturo, c’est l’alter ego de l’auteur, l’avatar de John Fante adolescent dans ce récit largement autobiographique où il raconte ses premiers émois pour Rosa, la plus jolie fille du collège qui le méprise, la honte voire la haine de son milieu immigré  misérable, ses rêves de grandeur et de reconnaissance et le poids de la culpabilité du pêché, mêlé de superstition, ancré dans une éducation catholique rigide.

 Colorado — Wikipédia

Il y a aussi Donna Toscana, la belle-mère de Svevo, qui n’a jamais accepté le mariage qui déclasse sa fille et marque de son mépris le foyer Bandini. Il y a encore Helmer, le banquier et l’épicier Craik, qui révèlent la pauvreté et la misère du quotidien. Et puis il y a Effie Hildegarde, la riche propriétaire qui va jouer à séduire et manipuler Svevo, et l’éloigner de son foyer.

Bandini, c’est quelques mois d’hiver dans la vie d’une famille pauvre et immigrée, sous le regard de celui qui y vécut sa jeunesse et en porte la trace voire la cicatrice. C’est aussi un style vif, spontané, mêlant narration et cheminement intérieur, marqué par une description complexe et bariolée des personnages et de leurs sentiments, qui nous offre un récit touchant, émouvant et drôle à la fois, une tragi-comédie du réel à hauteur des quatorze ans de celui qui en est le témoin.

Premier roman de John Fante, paru en 1938 (il a 29 ans), Bandini ouvre un cycle d’allure autobiographique dont le deuxième ouvrage, Demande à la poussière, lui permet d’obtenir un succès et une reconnaissance qu’il consacrera essentiellement à l’écriture de scénarios pour Hollywood, le faisant sombrer dans l’oubli littéraire.

Il faudra le poids de Charles Bukowski,

 Charles Bukowski - Wikipedia

 qui révélera la dette qu’il lui doit dans sa naissance à l’écriture, pour que cette œuvre sorte enfin de l’oubli, reparaisse et soit traduite en français à partir de 1985, offrant aux lecteurs du Café Littéraire, grâce à ce succès tardif, l’occasion de découvrir ce Bandini dans lequel chacun pourra, peut-être, retrouver des fragments de son enfance.

Michel Antoni. 

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