samedi 2 décembre 2023

Café littéraire : Une femme en contre-jour.

 

Une femme en contre-jour de Gaëlle Josse

« Bernard de Chartres disait que nous sommes comme des nains assis sur des épaules de géants. Si nous voyons plus de choses et plus lointaines qu’eux, ce n’est pas à cause de la perspicacité de notre vue, ni de notre grandeur, c’est parce que nous sommes élevés par eux. »  (Jean de Salisbury Metalogicon 1159)
 

Viviane Maier

 undefined


L’histoire commence en 2007.
John Maloof, agent immobilier traverse les quelques mètres qui séparent son domicile d’une salle de vente pour participer à une vente aux enchères sur saisie.
Il achète  des milliers de négatifs  engrangés dans des cartons d’une photographe inconnue.(145.000 clichés) Il a le projet d’illustrer un livre sur la ville de Chicago.

Arrivé chez lui, il découvre le nom de Vivian Maier, à peine lisible, sur des enveloppes de laboratoire. John Maloof n’a aucune connaissance dans le domaine de la photographie, mais il trouve ces images singulières.

 Il fait des recherches, s’informe, poste 200 clichés sur  FLICKR (site de partage pour les amateurs et les professionnels de la photographie).
Les retours sont rudes. John Maloof découvre un monde qui lui fait comprendre avec arrogance qu’il n’est pas des leurs avec ses kilos de négatifs pris par une bonne d’enfant anonyme.
Il se montre tenace, fait appel aux meilleurs professionnels pour réaliser des tirages de qualité, organise une exposition au centre culturel de Chicago. Il veut frapper fort !

Devant le phénoménal succès de l’événement,  les répercussions deviennent planétaires.
 Sa chapelle de village devient cathédrale, puis basilique.
Maloof engage 3 généalogistes, crée un site internet et remonte aux sources pour identifier le parcours de cette artiste.
Les photos de Vivian Maier deviennent virales, s’ensuit un tourbillon de publications, d’émissions, la presse, la télévision, le cinéma racontent l’histoire de Vivian Maier.

undefined

Dix ans après la mort de Vivian Maier, Gaëlle Josse,

Description de cette image, également commentée ci-après

journaliste et écrivain, nous livre le roman d’une vie, le destin troublant d’une artiste méconnue de son vivant dont la reconnaissance et l’admiration de ses pairs est désormais aussi éclatante que  sa vie fut sombre.

                                                                                                                       Marie Clément

                                                                                     Café littéraire du 30 novembre 2023

samedi 18 novembre 2023

Hommage à REMAB et REMCAL.

C'était à Los Alamos en 1962.

 Los Alamos Radiation Detectors

 L'émission mythique de la RTF - ORTF Cinq colonnes à la une  consacra un reportage au centre de recherches nucléaires où fut mise au point la première bombe A. Ce reportage s'achevait par une brève interview en français de Robert Oppenheimer, très pessimiste. Dans ledit reportage, on apercevait furtivement un mannequin expérimental contenant un squelette humain. Je reconnus REMAB, qui, avec son congénère REMCAL, doté d'organes synthétiques, avaient été les vedettes d'un article du journal  Spirou paru à la même époque. Nous avons rendu hommage à notre manière à ces deux "écorchés" cobayes. 

 Portrait photographique en noir et blanc. Visage et épaules d'un homme portant un complet.

Extrait du roman de Jocelyne et Christian Jannone : La Gloire de Rama 4e partie : l'apothéose du Migou   chapitre 23.

(...) Quelques minutes plus tard, Fermat déambulait tranquillement dans des salles qui s’enfilaient, au milieu de gens affairés, tous protégés par des tenues antiradiations lourdes et encombrantes, d’un modèle démodé. Le commandant observait tout, tout en faisant mine de savoir où il allait. En son for intérieur, il pensait que la sécurité des lieux laissait franchement à désirer! Puis, il avisa enfin quelques caméras qui fonctionnaient en circuit fermé. Alors, un petit frisson le parcourut moins d’une seconde, mais sa peur rétrospective s’éteignit car, si on l’avait repéré, on l’aurait déjà arrêté! 

 Vue aérienne du réacteur B en juin 1944. Le bâtiment du réacteur se trouve au centre et deux grands châteaux d'eau l'encadrent.

S’enhardissant, comprenant que sa tenue l’empêchait d’être identifié avec précision longtemps encore, André s’approcha d’un antique ordinateur, un de ceux qu’il avait pus admirer dans des musées, sa curiosité archéologique émoustillée. Mais une main se posa sur son épaule, le faisant sursauter. Il se retourna brusquement pour voir à qui ou à quoi il devait faire face.

- Hey, Jim, dépêche-toi au lieu de musarder ainsi! Tu vas être en retard! Dit un grand escogriffe en riant, avec l’accent du Colorado. C’est l’heure du bain de tes mannequins!

- Hein? Souffla Fermat ne saisissant pas.

- Mais oui, voyons! Rétorqua Joey. Ne me dis pas que tu ne t’es pas remis de ta bringue d’hier soir! Allez, viens avec moi! Faut pas que le patron soit au courant. Tu connais le général Patterson.

Joey entraîna son compagnon jusqu’à un quartier à très haute sécurité. Sur la vitre sur laquelle sa silhouette se reflétait, Fermat put déchiffrer son badge identificateur: James Nielström. Son ami répondait au nom de Joey Inquart. Ayant pénétré dans le saint des saints, les deux ingénieurs militaires se séparèrent, chacun rejoignant son poste. Avant de s’éloigner, Joey ajouta:

- Fais gaffe! Les docs Langham et Andreus t’ont à l’œil. 

 undefined

Dans l’expectative, Fermat enregistra tous les détails du laboratoire. La salle, de taille moyenne, présentait une forme cubique, avec des parois de métal aux boulons bien visibles. En hauteur et sur le côté, il remarqua aussi un vitrage de protection. Derrière celui-ci, se tenaient une jeune femme et deux hommes en blouse blanche. Ils avaient des blocs-notes sous les yeux et comparaient de mystérieux résultats.

Avisant le nouveau venu, Anne lui fit signe que tout était OK et qu’un nouvel essai pouvait commencer. Ce fut à ce moment que Fermat vit enfin ce que la pièce comportait de remarquable: deux fauteuils-couchettes munis de courroies, sur lesquels étaient allongés, dans des positions grotesques, deux mannequins, effrayants au premier abord tant ils rappelaient les écorchés classiques. Mais André ne s’y trompa pas. En eux, tout était synthétique, sauf le squelette.

- Ai-je la chance inespérée pour un esprit tourné comme le mien de me retrouver au moment historique où les Américains procédaient à des expériences sur ces squelettes et écorchés mannequins de légende répondant aux noms ridicules de REMAB et REMCAL, afin de connaître précisément les effets de la radioactivité sur les organismes? Pour parler comme à cette époque de paranoïa: combien de minutes faudra-t-il aux Soviétiques pour crever sous les bombes américaines ou inversement?

C’était REMAB qui contenait le squelette. En outre, il était doté d’une paire de poumons en plastique ainsi que d’un système de tubes creux dans lesquels circulait une solution supposée absorber les radiations comme l’aurait fait un tissu humain! REMCAL, quant à lui, comprenait les différentes répliques des principaux organes: foie, rate, reins, poumons, thyroïde… Chaque élément était rempli d’un liquide radioactif.

Parfaitement à l’aise dans la peau du technicien, Fermat ajusta les mannequins, les sanglant solidement sur leurs sièges de torture. Puis, il descendit de quelques mètres le « canon » chargé de bombarder les cobayes de particules radioactives. Se tournant vers un micro incorporé dans la paroi, il jeta d’une voix ferme: 

- Opération over! Lancez le jus!     

Il faillit ajouter « demi impulsion » comme à bord du Sakharov mais se ravisa à temps!

Le bombardement fut très bref. Nul rougeoiement ou lumière. Les trois laborantins s’empressèrent de noter, toujours à l’abri derrière leur vitre, leurs observations, enrichies des informations du pseudo Nielström.

Mais un grondement furieux accompagné de mots indistincts interrompit le travail des ingénieurs. Un lieutenant, en combinaison de protection, hormis le casque, se mit à tambouriner avec force contre la porte du labo tout en criant:

- Arrêtez tout! Stoppez tout, bon sang! Vous ne voyez pas que c’est moi, Jim? L’autre est un intrus, un espion!

 

                                               ***************

samedi 21 octobre 2023

Ces écrivains dont la France ne veut plus 44 : Madame de Villedieu.

 undefined 

Qu'il n'y a point de désespoir, où l'amour ne soit capable de jeter un homme bien amoureux (Madame de Villedieu).

Givry était de la maison d'Anglure et avant que les factions qui pensèrent ruiner la France l'eussent divisée, le même duc de Guise dont j'ai parlé dans le premier de mes exemples et le marquis d'Anglure, père de Givry, étaient intimes amis (Madame de Villedieu : Histoire de Givry. Incipit de la nouvelle).

Dans l'histoire de la littérature romanesque du XVIIe siècle due à des plumes féminines, il n'y eut pas que La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette (1633-1693). De Marie-Catherine Desjardins, dite Madame de Villedieu, je n'ai lu qu'une unique nouvelle, dont je cite le commencement : Histoire de Givry. Sans l'existence d'un remarquable recueil de nouvelles du XVIIe siècle publiée en Folio classique, Dom Carlos et autres nouvelles françaises du XVIIe siècle, je n'aurais rien connu de l'existence de cette écrivaine contemporaine de Louis XIV.

undefined 

Elle naquit vers 1640, à Alençon ou La Rochelle. Il est difficile d'être davantage précis. Il y a hélas peu à dire sur Madame de Villedieu, sans doute victime de la domination des écrivains mâles de son temps. 

Elle était issue de la petite noblesse terrienne, et ses parents se séparèrent alors qu'elle était encore très jeune, ce qui lui a permis d'acquérir une indépendance très rare pour les femmes du XVIIe siècle. Elle s'est retrouvée dans le Paris d'après la Fronde, et son esprit brillant, bien qu'elle fût laide et bénéficiât une fortune médiocre, lui permit d'attirer l'attention des cercles cultivés. Elle commença à écrire des poésies et des portraits, acquérant ainsi des protections précieuses : la Grande Mademoiselle, Marie de Nemours, le duc de Saint-Aignan et Hugues de Lionne.

undefined 

Ce fut alors qu'elle fit la rencontre capitale d'Antoine II de Boësset, fils d'Antoine de Boësset, sire de Villedieu et surintendant de la musique de la Chambre. Elle vécut avec lui une relation passionnée, tumultueuse, malgré une promesse de mariage, jusqu'à la rupture en 1667. L'amant meurt la même année, au siège de Lille. Leur correspondance est publiée sans son consentement. 

Parallèlement, notre autrice se tourna vers la scène, avec, en 1662, la tragi-comédie Manlius qui fut montée avec la troupe de l'hôtel de Bourgogne. Suivit la tragédie Nitétis (1663), puis encore une tragi-comédie Le Favori, datée de 1665, qui fut tout de même donnée à Versailles et bénéficia même d'un prologue écrit par Molière à l'occasion de cette représentation versaillaise. On me dira qu'il n'y a rien là d'extraordinaire, que l'écrivaine ne pouvait qu'imiter des modèles comme Corneille ou Rotrou. Mais qui lit encore Rotrou de nos jours ? 

undefined 

Cependant, malgré un certain succès, Madame de Villedieu abandonna le théâtre au profit d'une production romanesque redécouverte récemment. Pressée par des difficultés financières, elle se fit novatrice, en inventant le genre du roman-mémoires avec les Mémoires de la vie de Henriette-Sylvie de Molière, publiés entre 1672 et 1674.

 

Image illustrative de l’article Mémoires de la vie de Henriette-Sylvie de Molière

 En 1675, après la parution des Désordres de l'amour, Madame de Villedieu se retira de la scène littéraire. Un mariage tardif en 1677 avec Claude-Nicolas de Chaste, sieur de Chalon et chevalier, suivi d'un veuvage seulement deux ans plus tard, avec une maternité tardive - à 38 ans - dans l'intervalle : telle fut la fin d'existence morne de Madame de Villedieu, qui mourut en 1683 dans sa demeure familiale de Clinchemore, auprès de sa mère et de ses frère et soeur. Ceci n'empêcha pas la publication posthume par Claude Babin, en 1685 et 1687, du Portrait des faiblesses humaines  et des Annales galantes de Grèce. Ironie de l'histoire : on attribua à Madame de Villedieu, prétextant son succès, des oeuvres qui n'étaient nullement de sa plume ! 

Voltaire émit sur elle ce jugement que j'estime positif, si l'on songe à la longueur démesurée des ouvrages de Madeleine de Scudéry : " Elle a fait perdre le goût des longs romans."

Prochainement : hommage à REMAB et REMCAL.

a large mushroom-shaped cloud forming after a nuclear explosion

samedi 30 septembre 2023

Spirou est-il bridé ?

 J’aime l’araignée et j’aime l’ortie,
Parce qu’on les hait ;
Et que rien n’exauce et que tout châtie
Leur morne souhait. 

Victor Hugo : Les Contemplations.

 

undefined     

En l'an 2000, Spirou était plus cher que Le Monde. Il en coûtait hebdomadairement 10 ex-francs français. Vous ne deviez débourser que 7,50 ex-francs français pour un numéro du quotidien. Les observateurs vont m'objecter : 7,50 ex-francs par jour, c'est toujours plus cher que 10 ex-francs une fois par semaine ! 

Statues de Spirou et son écureuil Spipà Charleroi, en Belgique. 

Désormais, en 2023, malgré une augmentation récente, Spirou est moins cher que Le Monde : 3,20 € contre 3,40 € avec une pointe le samedi à 5,20 €. Le Monde est donc devenu en 23 ans un journal de luxe !  Hélas, ce maintien de Spirou à un prix relativement modique a pour corollaire une limitation drastique de sa pagination, toujours la même - sauf d'éphémères périodes - depuis 1964 ! 

Ce prix modéré, cette pagination limitée, purent servir de justification à un remplissage aléatoire des pages du magazine, chose qui alla en s'aggravant dans les années 1990, lorsque débuta une politique de réduction drastique des séries à suivre, souvent fauchées en plein vol, alors qu'elles n'avaient pas encore réalisé toutes leurs promesses, laissant un goût d'inachevé. Ainsi, Spirou toucha le fond, selon moi, en 1998 puis 2003. Pour cette dernière année, si l'on ne décompte stricto sensu que les histoires à suivre dont la publication commença à compter du premier numéro du millésime, en faisant abstraction de celles de l'année 2002 qui étaient encore en cours de parution, on obtient tout juste onze histoires ! Pour rappel, à l'automne 1978, année de trop plein où la qualité n'était pas, loin s'en faut, au rendez-vous, certains numéros comptèrent quatorze "à suivre" en même temps ! On accusa le rédac-chef de l'époque d'être brouillon et de privilégier des séries éphémères et sans suite. 

Cependant, depuis janvier 2017, nous assistons au développement d'un nouveau phénomène : l'exclusion de séries entières, pas forcément adultes, des pages de Spirou ! L'arrêt semble-t-il définitif de toute prépublication des deux séries parallèles de Buck Danny marqua le commencement d'une crise considérable. Après une courte embellie, et ce, même lors de la première phase de la pandémie, les choses se sont à nouveau gâtées à compter de l'été 2021 lorsque la nouvelle série La Brigade des souvenirs fut immédiatement exclue de la poursuite de sa prépublication après la parution de son seul premier épisode dans Spirou. De fait, une bande anticipa ce phénomène d'interdiction de poursuite des séries dans les pages de l'hebdo illustré : je pense évidemment à la série japonaise humoristique de Gorobeï et Thierry Gloris, en trois volumes, Bushido, consacrée à l'apprenti samouraï Yuki, dont seul le premier volet du triptyque eut droit à prépublication. Tandis que la série n'était jamais mise en évidence dans le rayon bédé de la FNAC, notre duo d'auteurs put se consoler avec l'obtention en 2018 du  prix des écoles d'Angoulême qui prouvait d'évidence qu'il s'agissait d'une série grand public, ce qui ne justifiait aucunement la moindre censure dans Spirou, même sous de fallacieux prétextes ! 

Cette politique désastreuse fait désormais des ravages, privant des dizaines de séries des pages de Spirou. Dois-je rappeler que ce journal, qui avait décidé de ne plus prépublier Louca, dut rétropédaler devant le tollé suscité et se résigna à rattraper les parutions des épisodes 7, 8 et 9 dont les p'tits lecteurs, souvent pas si jeunes que cela, avaient été frustrés ? 

Ainsi, grâce ou à cause de cette "jurisprudence" inique Bushido-Brigade des souvenirs, une série à peine lancée en 2023, Poltron Minet, se voit aussitôt privée de la publication dans Spirou dès son deuxième album, sans omettre les lecteurs non dépensiers en ligne ou à la FNAC physique qui ont failli à jamais être privés du dénouement de la remarquable Black Squaw ! Or, étrange et soudain revirement, ne voilà -t-il pas que notre magazine se résout finalement à faire paraître cette bande incriminée... un bon mois après la sortie de l'album ! 

Adonc se multiplient les manquements, les envois à l'abattoir de l'insuccès via la parution directe en albums de dizaines de séries que la FNAC n'a pas du tout envie d'avoir dans ses rayons, priorité commerciale des mangas oblige ! 

 

Citons comme exemple d'envoi direct au casse-pipe de la nouvelle série de Justine Cunha Le Monde des Cancres dont le volume 1 s'intitule Sous l'école. Sans omettre le scandale de la série Cinq Avril, disciple de Léonard de Vinci, qui n'eut droit en tout et pour tout dans Spirou qu'à un récit complet, et dont le tome 3 est d'ores et déjà annoncé ! Pendant ce temps, alors que la mévente de ces séries sacrifiées s'avère manifeste - à part le dernier Gaston Lagaffe qui suscita tant de polémiques - , sentant tourner le vent, notre éditeur se met aussi aux mangas, qui représentent désormais la moitié des rayons bédé de certaines FNAC au détriment de la visibilité de tout le reste. 

Charles Dupuis est mort une seconde fois et a été trahi... magistralement ! 

unknown, Charles DUPUIS, circa 1971. - Œuvre originale

Prochainement : 44e volet de la série consacrée aux écrivains dont la France ne veut plus (je respecte la parité tant que possible) avec Madame de Villedieu.

undefined


dimanche 3 septembre 2023

L'été 2023 sur Arte : "summer of rediffusions" ?

L'Homme girafe de Stephan Balkenhol devant l'entrée d'Arte.

 Arte, la chaîne franco-allemande qu'on ne présente plus, souffre depuis environ 2006 d'une étrange épidémie saisonnière qui revient chaque été. Ce virus se nomme "Summer of quelque chose", et chaque juillet-août, se décline sur un nouveau variant. Cette année, avec la grille proprement catastrophique que nous avons ingurgitée (au 20 septembre 2023, cela ne semble toujours pas terminé !) on pourrait qualifier cet énième variant de "summer of rediffusions", tant la chaîne, hors sa sacro-sainte - et unique depuis des éons - soirée théma du mardi - a systématiquement sacrifié ses rares documentaires inédits en les privant de première partie de soirée, notamment le samedi, refuge ou ghetto depuis janvier 2012 (avec aussi le dimanche) de la culture antérieure, de l'histoire antérieure et de la culture scientifique et technique. 

Cette situation déplorable, à une exception près, s'est aussi exercée au détriment de productions françaises souvent remarquables. De plus, c'est seulement au-delà de la Toussaint qu'Arte se sera enfin décidée à débloquer la situation et à s'engager franchement dans la programmation de ces si attendus documentaires inédits du samedi soir dès 20h50 ! 

Notons au hasard : nuit du 22 au 23 juillet 2023 à seulement 0h40 : un docu-fiction intitulé "La naissance du Brésil moderne" ! Le 5 août à à peine 23h40 : "La brouille des princes impériaux", sur le futur Guillaume II et Rodolphe qui se suicida à Mayerling ! Derechef, le 12 août la stupidité continue avec "Les arpenteurs de l'espace" à 0h20 ! Trois émissions inédites d'Arte sacrifiées sur l'autel de la chébrantude prioritaire et de la rediffusion davantage bancable ! On peut poursuivre ainsi ad libitum, inventer un perpetuum mobile spécifique à Arte, tant cette gabegie a continué durant de longues et interminables semaines ! 

Je remarque encore d'autres aberrations : 

- "Les femmes celtes", diffusé le 19 août à 23h30,

 undefined

- "Capturer le CO2 dans l'air : un moyen de refroidir la Terre ?, programmé le 26 août à 22h25,

- "Hunga Tonga, la colère du volcan des abysses", passé le 9 septembre à 22h25, la semaine même de la rentrée des classes !

 undefined

Il a fallu patienter jusqu'au samedi 30 septembre pour qu'une série documentaire inédite susceptible de m'intéresser le samedi soir eût enfin les honneurs de la première partie de soirée avec les reines d'Egypte. Je pensais à cet instant en avoir terminé, hélas, je me trompais, car les errements d'Arte ont encore repris plusieurs semaines durant, ce sacrifice ignoble des documentaires inédits ne correspondant pas tout à fait avec la ligne éditoriale de la chaîne qui m'empoisonne depuis le 1er janvier 2012. Ainsi, le 7 octobre à 22h20, alors que plus que jamais il serait nécessaire de mettre au premier plan la culture scientifique face à la montée de l'irrationnel, fut casé à la va comme je te pousse un film intitulé "Les aventuriers de l'ARN messager" ! 

L'odieuse litanie d'une chaîne trahissant ses premières vocations a perduré le 21 octobre à 23h05 avec "Deep Time une expérience hors du temps".Ô Arte, toi qui avais promis-juré à ta création en 1992 ne pas succomber aux dictats de l'audience, tu as foulé aux pieds tous tes principes premiers en privilégiant systématiquement les rediffusions écolo-racoleuses ! Et le réchauffement climatique - des étés perdurant jusqu'à la Toussaint - n'excuse pas tout ! 

Il y eut encore le 4 novembre puis le 11 novembre d'autres sacrifices, l'un sur l'art de Néandertal,

 

 l'autre sur le temple perdu d'Artémis - alors que France 5 avait repris depuis plusieurs semaines déjà sa programmation prestigieuses de docus d'archéologie et de sciences de première partie de soirée du jeudi - pour qu'enfin tu te bouges le 18 novembre, avec "Eiffel, la guerre des tours" ! 

Effectivement, chez toi, les programmes d'été dépassent la Saint Martin voire se prolongent jusqu'à l'Avent ! Comme aurait pu le dire le Commandeur suprême du temps dans le roman Un goût d'éternité : "L'alerte, enfin !"

Je ne te salue pas ! Téléspectatrices et téléspectateurs, choisissez France 5, dont le replay dure plus longtemps que les misérables sept jours d'Arte, et dont les documentaires valables d'archéologie et de science ont toujours droit à la première partie de soirée ! 

Prochainement : Spirou est-il bridé ? 


samedi 5 août 2023

Ces peintres dont on ne veut plus 10 : Maurice Utrillo.

 undefined 

Voilà un peintre singulier, qui figura autrefois parmi les figures majeures de la peinture française du XXe siècle et désormais déclassé, bien moins renommé que sa mère Suzanne Valadon ! Utrillo, c'est incontestable, a quitté le sérail après y avoir siégé en bonne place. Par exemple, l'actrice anglo-américaine Joan Fontaine possédait des oeuvres d'Utrillo ! 

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/d1/Joan_Fontaine_in_1943.jpg 

Passons le problème de l'artiste maudit alcoolique notoire. Je ne résiste pas à l'envie de vous raconter une petite anecdote éclairant la dévaluation de Maurice Utrillo en histoire de l'art moderne. Adolescent, je possédais une encyclopédie - déjà dépassée lors de son achat puisqu'elle mentionnait que Stan Laurel vivait encore, sachant qu'il mourut en 1965 - 

Description de cette image, également commentée ci-après 

qui consacrait des hors textes couleurs aux personnages qui officiellement, étaient classés comme importants lors de sa publication. Maurice Utrillo était du lot.

Quelques années plus tard, je suivis en auditeur libre des cours d'histoire de l'art moderne : Maurice Utrillo n'y fut même pas cité ! 

Suzanne Valadon réhabilitée et honorée, difficile de se faire désormais une idée juste d'un fils traité dans l'ombre de sa mère dans les documentaires à elle consacrés. 

Maurice Utrillo naquit Valadon, de père inconnu, à Paris, au n° 8 rue du Poteau à Montmartre, le 26 décembre 1883. Il est mentionné dans Wikipedia comme étant un des rares peintres montmartrois à y être né. Il n'a reçu son nom patronymique qu'à l'âge de 8 ans lorsqu'un des amants de sa mère, le peintre catalan Miquel Utrillo (1862-1934) le reconnut. 

undefined

Atelier de Suzanne Valadon et de Maurice Utrillo, musée de Montmartre, Paris.    

Maurice Utrillo a passé son enfance auprès de sa grand-mère à Pierrefitte-sur-Seine. Une adolescence tourmentée débuta. Les séjours à l'asile, l'alcoolisme, ne furent pas chez lui que des lieux communs. Au-delà des crises de démence éthylique, son génie artistique se révéla. Sa mère l'encouragea, mais c'est la rencontre avec le peintre Alphonse Quizet (1885-1955) qui sera décisive : dès lors, à partir de 1910, Maurice Utrillo s'engagera résolument dans une production régulière, qui lui permettra de vivre de son oeuvre, acquérant la notoriété à compter de 1920. Nous le savons, les médias préfèrent les peintres maudits et miséreux aux peintres arrivés. Être propriétaire du château de Saint-Bernard dans l'Ain, être décoré de la Légion d'honneur en 1929, autant d'éléments qui officialisent Utrillo ! Encore heureux qu'il ne fût pas devenu membre de l'Académie des Beaux-Arts ! Ce couronnement de carrière eût été impossible à cette époque compte tenu des goûts attardés de cette institution. 

De même, le fait qu'il convola tardivement - à 51 ans, en 1935 - en justes noces avec Lucie Valore (1878 - 1965), au talent de graveuse aquafortiste et lithographe certain rend notre sieur suspect d'avoir mené jusque-là une vie de bamboche, de boxons, d'avoir couru la prétentaine en patachon et bâton de chaise qui se respecte ! Foin là du mauvais procès intenté à Maurice Utrillo ! 

Ne permit-il pas à la peintre Georgette Dupouy (1901-1992), de recevoir la reconnaissance artistique et publique ? Ne fut-il pas le mentor du jeune Charles Féloa ? Décidément, cet homme ne pouvait être foncièrement méchant... 

Hélas, le seul musée qui lui était consacré ainsi qu'à sa mère, a fermé ! Il s'agissait du musée Utrillo-Valadon, situé à Sannois dans le Val-d'Oise. Ouvert en 1995, fermé dès 2014, victime d'un sort funeste (il était souhaité qu'il s'ouvrît à l'art contemporain), il connut des problèmes de structures et des bisbilles ! 











Certains objecteront : on peut toujours admirer Utrillo au musée de Montmartre ! Son atelier y est reconstitué.  












J'ai pu admirer cette représentation de la rue Lepic en 2011 au musée des beaux-arts de Nancy. 











Un dernier petit tour au musée de l'Orangerie, visité en 2006, avec la Mairie au drapeau. Le reste à l'avenant, afin qu'on redécouvre enfin Utrillo et qu'on lui consacre un documentaire amplement mérité. 

Il nous a quittés à Dax, le 5 novembre 1955.

Prochainement : l'été 2023 sur Arte : "summer of rediffusions" ? 

Fichier:Logo-arte-schief.svg — Wikipédia