vendredi 22 novembre 2024

Gabriel Fauré : un centenaire réduit au service minimum.

Un homme sans culture, tel un chat sans moustaches, se sent perdu (auteur inconnu).

Ne me parlez plus de ce musicien salonard, de ce moustachu vénérable et neigeux dont les morceaux suscitent des épidémies de bâillements ! Fauré, c'est ce vieux bonhomme barbant, ce parangon de chlorose "Belle-Epoque" où l'on traînasse son spleen ! 















Ah, quel vieux birbe ! Un requiem et puis s'en va, devrais-je écrire. La preuve qui plus est que notre Gabriel Fauré national n'a pas la cote, c'est que d'emblée, dès le 2 mars 2025, Arte va mettre toute la gomme pour célébrer en grande pompe les 150 ans de la naissance de l'auteur du Boléro ! Fauré est un perdant de la culture antérieure, un de plus dirais-je. D'une part, sa tombe au cimetière de Passy, est  difficile à dénicher - comme celle de Debussy - contrairement à la dernière demeure d'Octave Mirbeau. 

D'autre part, avouons-le : j'ai eu beau chercher dans les archives télévisuelles, je n'ai pas trouvé la moindre trace d'un documentaire consacré à Monsieur Fauré postérieur à 1980 ! Ce documentaire, disponible sur Madelen, fut produit par le musicographe Bernard Gavoty, disparu peu après. Bien plus axée sur la culture dite antérieure (scolaire, classique et autres affinités), l'ancienne télévision ne pouvait ignorer la figure fauréenne, lui réservant une place de choix parmi les piliers soutenant le fabuleux palais culturel de la transmission au grand public des grandes oeuvres du patrimoine, de la pensée et de l'esprit. 

Que d'interprètes illustres, femmes et hommes, nous transmirent Fauré durant tout le XXe siècle, par exemple, l'immense pianiste Marguerite Long (1874-1966).

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Selon moi, Fauré, c'est d'abord la mélodie et la musique de chambre. Connaissant la propension d'Arte à négliger dans ses programmes de musique classique, toute autre forme que la symphonique ou la lyrique, cela ne m'étonne guère qu'elle ait choisi le seul Requiem pour - maigrement - commémorer notre illustre compositeur. Fauré, c'est l'abandon de l'emphase romantique - son concerto avorté pour violon, partiellement recyclé en son ultime opus, le sublime quatuor à cordes, en témoigne - au profit d'une musique plus subtile, plus dépouillée, moins directe dirais-je, à l'harmonie et à la modalité - oui, l'irruption des modes anciens ! - novatrices sous des couverts d'une manière douce et feutrée. La vieille histoire de la musique de mon père (qui datait de 1945 !) ne s'y trompait pas en estimant que Fauré avait été le premier compositeur menant à la modernité musicale, première étape d'une évolution dont l'art "auditif" moderne était issu. D'aucuns remarqueront que certains aspects du style de Brahms, de ses recherches harmoniques et mélodiques, ainsi que l'évolution radicale du Liszt final peuvent aussi prétendre à représenter cette première étape de la musique moderne ! 

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L'abbé Liszt - qui avait reçu les quatre ordres mineurs de l'Eglise catholique -  côtoyait déjà Satie dans ses compositions tardives, et inspira même Ravel dans ses Jeux d'eau à la villa d'Este de la Troisième année de pèlerinage... D'ailleurs, Liszt fut le mieux commémoré des musiciens classiques par Arte, à l'automne 2011 et il fallut attendre Offenbach et Saint-Saëns pour qu'il en fût à nouveau ainsi et aussi bien ! 

D'ailleurs, l'on peut considérer que le seul hommage de poids à Gabriel Fauré fut rendu par le documentaire Lumière l'aventure continue ! de Thierry Frémaux, sorti chichement - car jamais joué chez moi - le 19 mars 2025. Malgré ces aléas, ce film fit quand même 74 546 entrées au box office (source AlloCiné). Comme le dit le commentaire, Fauré étant considéré comme un contemporain des frères Lumière (même s'il avait près de vingt ans de plus qu'eux), un florilège de sa musique s'imposa pour illustrer cet hommage aux deux pionniers du cinématographe, suite d'une précédente compilation de 2017, Lumière l'aventure commence ! sorti en salles le 25 janvier 2017, et dont le résultat au box office, grâce à une combinaison moins frileuse de salles, fut supérieur à celui de sa suite : 104 850 entrées. 

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Ne laissez pas la mémoire de ce compositeur superbe se perdre à jamais faute d'auditeurs et d'auditrices, sous prétexte que la musique classique n'est plus considérée en ce fatal et navrant XXIe siècle que comme un genre musical élitiste et mineur, noyé dans la masse des autres !  

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Prochainement :  premier article d'une série de trois consacré à Mo Yan, écrivain chinois et prix Nobel de littérature.

 Mo Yan in 2008

vendredi 8 novembre 2024

Le tromblon d'oncle Picsou.

 Ouak ! (cri de détresse supposé de Donald Duck tel que rapporté dans les versions françaises des bandes dessinées italiennes de Mickey Parade)

Image illustrative de l’article Balthazar Picsou   

Dans les vieilles bandes dessinées populaires que je lisais petit, lorsqu'il m'arrivait de délaisser Spirou, Tintin ou Astérix, je jetais mon dévolu sur les Mickey Parade italiens traduits en français, qui comportaient toute une série de récits complets dus à des auteurs anonymes obligés, dans le studio pour le compte duquel ils travaillaient, de signer "Walt Disney". Peu à peu, justice a été faite, et leurs noms ont été révélés, leur oeuvre cataloguée dans des sites spécialisés de la Toile.

Outre les colères proverbiales de Donald, c'était celles de Picsou, son célèbre oncle grigou, qui m'amusaient le plus. Pour les exprimer à l'encontre de son neveu incapable, il usait de l'argument persuasif d'une arme à feu étrange et archaïque : le tromblon ! 

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Le tromblon brandi par oncle Picsou, capable de vous meurtrir gravement avec sa décharge à un coup, se présentait comme une espèce de fusil invraisemblable, droit venu d'on ne sait quel XVIIe siècle parallèle, qui présentait un canon à l'extrémité évasée. Je découvris bien plus tard que le terme tromblon avait deux synonymes, espingole et mousqueton, ceci à la faveur de ma lecture des Trois Mousquetaires d'Alexandre Dumas et de ses suites, Mousqueton désignant le valet de Porthos, fidèle jusqu'à la mort. 

Loin de moi l'idée de m'amuser à marcher sur les brisées de Roland Barthes

 Portrait de Roland Barthes

 et de ses célèbres Mythologies ! Une arme imagée, archaïque et ridicule, une arme de bande dessinée qui ne fait mal qu'en imagination, dont on ignore les dommages réels... Imaginez une décharusage du bâton, de la trique, pire, du martinetge de plomb et de clous dans le postérieur emplumé de Donald Duck ! Voyez la célèbre couverture d'un vieux Mickey Parade, Donald a des ennuis, paru en 1968 et réédité dix ans plus tard. 

Bref, ce tromblon, aussi douloureux au postérieur qu'il soit, n'est pas une arme si méchante ! D'ailleurs, aussi archaïsant qu'il nous paraisse, le tromblon fut le seul instrument belliqueux et répressif dont Picsou usa à l'encontre de sa petite famille en général et de son neveu bon à rien en particulier. il eût pu faire usage du bâton, de la trique, pire, du martinet, autant d'objets synonymes de châtiments corporels d'un autre âge, obéissant à l'adage "qui aime bien châtie bien". Au risque que la censure s'en mêle et taxe Picsou de masochisme mal placé ? 

Bref, ce tromblon du XVIIe siècle ou d'après, n'est pas bien méchant : il prête à rire, loin des armes à feu déjà utilisées sous le règne de Louis XIV redoutables et mutilantes. Picsou et Donald sont des anti-héros sciemment imparfaits, et c'est la raison pour laquelle nous les préférons à Mickey, trop lisse et sans défaut, du moins le Mickey remodelé comme redresseur de tort, bien loin de la souris originelle de la fin des années 1920, beaucoup plus subversive. 

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Dans la bande dessinée franco-belge, un autre monument a connu une évolution similaire : Lucky Luke, loin du cow-boy chanteur et fumeur initial, de 1946, dont nous nous apprêtons à commémorer les 80 ans ! Un affadissement ? Une édulcoration ? Certes, mais pas vraiment.  

Prochainement : Gabriel Fauré : un centenaire réduit au service minimum.

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