samedi 15 mars 2025

Café littéraire : « La Gouteuse d’Hitler » de Rosella Postorino.

 Le sage se suffit. (Sénèque)

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 « La Gouteuse d’Hitler » de Rosella Postorino

Présentation, par Marc Jeangérard.

Roman paru en 2019

Un roman VRAI, un VRAI ROMAN au cœur de l’histoire

UN ROMAN VRAI

L’autrice, Rosella Postorino, née en Calabre en 1978, est une écrivaines très connue en Italie où elle a obtenu plusieurs prix littéraires.

Ayant découvert, grâce à la presse, les souvenirs de Margot Wölk, la dernière « goûteuse d’Hitler », Rosella Postorino voulut en savoir plus en la rencontrant. Mais, il était trop tard, car cette dernière était décédée en 2015, à l’âge de 96 ans. Rosella Postorino décida alors d’écrire son histoire. Et c’est ainsi que la terrible expérience de Margot Wölk  est devenue le magnifique roman de Rosa Sauer.

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L’histoire des « goûteuses » est authentique. Elle est l’une des nombreuses conséquences de la paranoïa d’Hitler, évidente à partir de la fin de l’année 1942.

Entre le «Berghof » de Berchtesgaden et le bunker de Berlin, la « Wolschanze » (la tanière du loup)

Ruines de la Wolfsschanze

 de Gross-Partsch devint le refuge essentiel d’Hitler, situé en Prusse Orientale, non loin du fameux « couloir » de Dantzig. C’est là qu’aura lieu l’attentat de Juillet 1944 et cet évènement constitue bien le tournant « historique » du roman. Près d’un an et demi plus tôt, la lourde défaite de Stalingrad avait déjà commencé à semer le doute dans une partie de la population allemande.

UN VRAI ROMAN

Le récit linéaire de la narratrice, à la première personne, suit et analyse ses sentiments et réactions, et rend ainsi l’intrigue passionnante, voire envoutante.

Intrigue alimentée par l’impressionnante galerie de personnages qui peuplent les jours et les nuits de Rosa.

Il y a d’abord les « goûteuses », d’Augustine, la rebelle provocatrice, aux « enragés » - sont-elles vraiment nazies ou simplement opportunistes ?-, en passant par la fragile et naïve Léni, jusqu’à la mystérieuse et inquiétante Elfriede, l’un des ressorts du dénouement.

On peut aussi s’interroger sur les rapports ambigus de Rosa avec ses beaux-parents aux réactions parfois surprenantes, avec Krummel le curieux cuisinier d’Hitler, presque… sympathique ? Et bien sûr, la Baronne Maria dont la soirée est l’un des tournants de l’intrigue.

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Enfin, les hommes. Un duo emblématique : Grégor, le mari, le soldat de la Wehrmacht fidèle à son devoir qui devait revenir puis sera « porté disparu »… Soutien ou conscience de Rosa. Et Ziegler, l’amant mystérieux, surprenant… à chaque instant ! C’est un SS.

Un moment assez particulier attire l’attention du lecteur : à partir de la page 266, ce mélange savant de deux récits, la séance de cinéma –de propagande, la spécialité de Goebbels- et le minutieux suspense de l’attentat…

 Illustration.

Autre sujet de réflexion et, sans doute de discussion : les femmes « sans hommes », veuves, célibataires ou simplement seules. (Cf. la première guerre mondiale et en France, l’occupation)

Le roman nous en donne trois exemples. Heike, mère de deux enfants, aura une relation sans lendemain et avortera. Léni sera violée par un jeune soldat. Enfin Rosa « veuve » sans enfant aura un amant.

Rosa et Grégor, son souvenir, Ziegler son amant et Elfriede constituent la trame du dénouement, à propos duquel le lecteur est prié de se faire une idée… !

Bonne lecture.                                

 Marc Jeangérard

 Le 13 mars 2025


vendredi 21 février 2025

Café littéraire : l'Oubli que nous serons.

 PRESENTATION DU LIVRE « L’OUBLI QUE NOUS SERONS » D’HECTOR ABAD.

Par Hélène Valéro.

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Au départ il y a eu de ma part, une attirance pour le récit de l’amour inconsidéré d’un fils, pour son père assassiné. Un fils  qui écrit pour lui rendre hommage et lutter contre l’oubli.
Puis à la lecture j’ai été submergée par les méandres de la pensée d’Hector Abad qui à travers son introspection et le récit d’une chronique familiale nous livre bien d’autres pistes.

-    L’analyse de la situation politique en Colombie et particulièrement dans la région de Medellin.

Medellín

-    L’état de la médecine en Colombie et le rôle tenue par son père, 

Description de l'image Colombie carte.png.

-    La famille avec un père et une mère dont il nous détaille une généalogie pour le moins alambiquée et un quotidien familial entre « tradition » et « Siècle des lumières » et au sein de la famille le rôle tenue par les femmes entre autre sa mère.

-    La religion entre une mère traditionnaliste catholique pratiquante et un père libéral et parfois permissif.

J’essaierai d’aborder brièvement ces thèmes et j’espère que des historiens, médecins et (ou) férus de politique dans la salle, pourront intervenir sur ces derniers.


RESUME DU LIVRE

 
En 1983, Hector Joaquim, fils du Dr Hector Abad, revient à Medellín, depuis Turin où il a fait ses études.
Il revoit sa vie heureuse de petit garçon avec ce père qu’il vénère, sa mère et ses cinq sœurs. Si la mère, nièce de l’archevêque, est profondément catholique, et a fait venir Josefa, une religieuse, pour l’éducation des enfants, Héctor Abad est pour sa part très libéral et ouvert.
Il ne prie pas, ne va pas à la messe, et explique à son fils que le monde n’a pas été créé en sept jours selon le récit de la Genèse, mais par un choc sismique. Ces convictions suffisent à choquer dans un pays obnubilé par la religion, et le docteur Héctor Abad, remercié de l’université part enseigner en Indonésie. Lorsqu’il revient, il découvre que sa fille Marta est atteinte d’un cancer. Elle ne survivra pas et sa mort jette la désolation dans cette famille heureuse.
Dans les années 80, le conflit armé s’aiguise. Lorsque les FARC

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 abandonnent la lutte armée pour s’insérer dans la vie politique en fondant l’Union Patriotique, les paramilitaires et des membres de la force publique exécutent ses membres les uns après les autres. Héctor Abad rejoint les défenseurs des droits humains et dénonce la violence, d’où qu’elle vienne, guérilleros, paramilitaires, armée.
En 1987, il se porte candidat à la mairie de Medellín en les renvoyant dos à dos, mais apprend qu’il figure sur une liste de personnes à abattre.
Effectivement, le 25 août, il est attiré dans un guet-apens par une inconnue, qui lui parle d’un hommage à un de ses collègues assassinés : il est froidement abattu par un commando à moto. Son enterrement est suivi par une foule agitant des mouchoirs blancs.


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dimanche 16 février 2025

Ces écrivains qu'on ne veut plus traduire.

 Description de cette image, également commentée ci-après 

Cette autrice décédée en 2021 vous dit-elle quelque chose ? Lestat le vampire, son personnage fétiche, vous vous en souvenez ? Saviez-vous que Prince Lestat et l'Atlantide, paru en français depuis 2017 (ça fait une paye...) était suivi d'un ultime roman d'Anne Rice (puisqu'il est question d'elle), Blood Communion, dont la parution chez nous commence à se faire attendre depuis des éons ? Encore s'agit-il d'un seul roman, opus ultime alors que parallèlement, plusieurs écrivains anglo-saxons des littératures de l'imaginaire, et non des moindres, ne sont plus traduits pour le marché hexagonal depuis déjà une grosse décennie ?

samedi 25 janvier 2025

Tous les Gaston.

 Illustration. 

M'enfin ! (exclamation favorite de Gaston Lagaffe).

Je confesse ignorer à ce jour dans quel gag précis de la bédé de Franquin Gaston Lagaffe s'est exclamé pour la première fois "m'enfin" ! (un exégète stupide et pointilliste)

J'ai souhaité dédier ce texte à Tous les Funès, un roman argentin délirant d'Eduardo Berti, écrivain membre de l'Oulipo, traduit et paru en français chez Actes Sud en 2005. 

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Partons pour commencer du prénom Gaston, bien rare de nos jours, de son origine et de son étymologie. Je ne vous apprendrai rien en vous disant qu'il est d'origine germanique.

jeudi 19 décembre 2024

Ces écrivains dont la France ne veut plus 47 : Jules Romains.


 

Affiche de la pièce par Bécan (1923).


Encore un écrivain qui a bien fait d'abandonner son vrai patronyme au profit d'un nom de plume ! S'appeler Louis Farigoule, est-ce bien sérieux ? A l'énoncé d'un tel nom, on penserait presque au domaine de Fabrégoules, cher aux traminots et à la CGT marseillaise... Que reste-t-il de cet auteur ? Knock ? Les Copains

Le regretté professeur Alain Niderst s'était penché sur le cas Jules Romain et observait avec amertume le fait que cet auteur chantre de l'unanimisme, parti de la tendance politique radical-socialiste, avait fini sa carrière à l'extrême droite comme partisan de l'Algérie française.

dimanche 15 décembre 2024

Mo Yan : biographie pour le Café littéraire.

 Mo Yan (chinois : 莫言 ; pinyin : Mòyán ; « celui qui ne parle pas »), de son vrai nom Guan Moye (管谟业 / 管謨業, Guǎn mó yè), né le 17 février ou le 5 mars 1955 à Gaomi dans la province du Shandong en Chine. Wikipedia

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Né dans une famille de paysans pauvres du Shandong, Guan Moye a longtemps vécu au coeur de la campagne chinoise, dont l’évocation nourrit son oeuvre. Sa famille a connu la faim à l’époque du « Grand Bond en avant » initié par Mao Tse Toung. C’est aussi pendant la Révolution culturelle que, classé parmi les « mauvais éléments » au cours de ses études primaires, il doit quitter l'école en 1966 pour aller travailler aux champs, puis en usine.

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Il s'enrôle en 1976 et devient diplômé de l'Institut des arts et des lettres de l'Armée populaire de libération en 1986, puis en 1991 de l'université de Pékin. Sa formation tranche avec celle d’autres écrivains, imprégnés de la lecture des grands romans classiques. D’origine paysanne, il évoque le rôle joué par les histoires racontées par sa grand-mère, ainsi que son éducation au sein de l'armée.
 

Ses parents lui ont appris à éviter, par prudence, de trop parler en dehors du cercle familial. C'est la raison du choix de son pseudonyme, Mo Yan : « Celui qui ne parle pas ». C’est sous ce nom de plume qu’il publie sa première nouvelle en 1981, Radis de cristal. Sa reconnaissance est immédiate, mais ce n’est qu’avec Le Clan du sorgho (1986) qu'il atteint la notoriété. Le roman est porté à l'écran sous le nom Le Sorgho rouge (1987), par Zhang Yimou, qui adaptera aussi en 2000 Le Maître a de plus en
plus d'humour (1999).
Mo Yan ne cesse ensuite d’écrire et de publier, tout en restant employé à l'Institut des arts de l'Armée de libération jusqu’en 1999. Après deux grands romans, Les Treize pas (1989) et Le Pays de l'alcool (1993), Beaux seins, belles fesses (1995) confirme de manière éclatante son génie singulier.
Son oeuvre compte plus de quatre-vingt nouvelles, romans, essais, reportages, critiques littéraires, couronnée par l’attribution en 2012 du prix Nobel de littérature. L'autobiographie y occupe une part importante.

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Parmi ses autres oeuvres traduites en français : La Mélopée de l'ail paradisiaque (1988), Les Retrouvailles des compagnons d’armes (1992), Le Veau, suivi du Coureur de fond, nouvelles (1998), Quarante et un coups de canon (2003), La Carte au trésor (2004), Enfant de fer et autres nouvelles (189/2003), La Joie (2007), Wa /Grenouilles (2009), qui dénonce les excès de la politique chinoise de l'enfant unique, qui avait obligé sa femme à avorter de son deuxième enfant.


PS : Il a été reproché à Mo Yan, par ses collègues chinois, son manque de solidarité et d'engagement vis-a-vis des autres écrivains et intellectuels chinois réprimés ou mis en détention en violation de la liberté d'expression pourtant reconnue par la Constitution, ainsi que son silence envers le système de censure et d’oppression en Chine. Certains de ses écrits ont pourtant été censurés.

Prochainement : 47e volet de la série consacrée aux écrivains dont la France ne veut plus : Jules Romains.

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mardi 10 décembre 2024

Mo Yan Beaux Seins, Belles Fesses : analyse.

 MO Yan Beaux Seins, Belles Fesses

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/05/Carte_de_Chine02.PNG

Que le titre coquin et la couverture aguicheuse de ce livre n’induisent personne en erreur. L’histoire de Beaux Seins, Belles Fesses a beau être racontée par un obsédé sexuel, par un monomane du nichon, elle n’a pas grand-chose de coquin. Cette grande fresque de la Chine rurale du XXème siècle est bien un livre à l'honneur de la supériorité féminine.
Que le titre fripon et la couverture aguicheuse de ce roman n’induisent personne en erreur. L’histoire de Beaux Seins, Belles Fesses a beau être racontée par un obsédé sexuel, par un monomane du nichon, elle n’a pas grand-chose de coquin. La véritable teneur du livre, c'est plutôt le sous-titre qui l'indique (Les Enfants de la Famille Shangguan), les beaux seins et les belles fesses en question étant en fait les principaux signes distinctifs des huit soeurs du narrateur, des huit filles de cette Shangguan Lushi dont ce pavé de 900 pages narre le destin tragique dans la Chine tourmentée du XXème siècle.











Nourri à la littérature de Gabriel Garcia Marquez,

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 l’écrivain Mo Yan a voulu livrer un Cent Ans de Solitude chinois, racontant l’évolution d’un village du Shandong à travers les aventures que traversent ses habitants à chacun des épisodes majeurs traversés par la Chine du siècle dernier : révolte des boxers, chute de l’Empire et avènement de la République, invasion japonaise, guerre civile, triomphe communiste, Grand Bond en Avant, Révolution Culturelle, capitalisme sauvage et triomphant.
La période est si large, les personnages tellement nombreux, les registres si divers que Mo Yan semble parfois s’égarer le long de ce grand livre ambitieux et de ses histoires à tiroirs. Il passe du comique au tragique, du réalisme social au conte fantastique. Qui plus est, le narrateur change souvent, au sein d’un même chapitre, d’un paragraphe à l’autre, passant de la première personne à la troisième. On s'interroge aussi sur l’intention, l’objectif, le projet de Mo Yan dans ce livre. Etait-ce d’écrire une autobiographie déguisée, l'auteur et son héros partageant de nombreux points communs, comme cette origine paysanne et le fait d'avoir été allaités tardivement ? Etait-ce d’écrire un conte moderne, un Au Bord de l’Eau du XXIème siècle. Ou était-ce de revenir sur les erreurs et sur les exactions du communisme, comme le
laissent penser les censures dont le livre a été l’objet dans son pays d'origine ?
La critique politique est en effet loin d’être absente du livre. Au début, Mo Yan présente les communistes sous un jour plus favorable que les autres protagonistes de l’époque, nationalistes et envahisseurs japonais, notamment quand il décrit leur action en faveur de l’émancipation des femmes. Mais dès que la République Populaire est en place, l’absurde et les effets déshumanisants de l’idéologie sont violemment mis en exergue, par exemple quand Mo Yan présente le ridicule des séances d’autocritique et de dénonciation publique dont le régime était friand. C’est un monde cruel et fou que l’écrivain nous présente, mais un monde qui reste désespérément le même en dépit des changements
de régime, comme le rappelle Shangguan Lushi à son naïf petit-fils Han Perroquet, qui pense que ça n’est que depuis hier que tout repose sur les relations (p. 691).
L’autre projet possible de Beaux Seins, Belles Fesses, ce sont toutes ces considérations philosophiques sur la place du sein dans le monde dont le narrateur (les narrateurs ?) se montre friand : "les seins sont le résultat de l’évolution de l’humanité. Le degré d’amour et de soins prodigués aux seins est un important marqueur pour mesure le niveau de civilisation d’une société pendant une période donnée" (p. 785). Mais au-delà de sa poitrine, c’est de la femme elle-même dont il est question dans ce livre. Cet ouvrage que Mo Yan a dédié à sa mère est un long hommage à la supériorité féminine.
Alors que Jintong, ce fils adulé que toute la famille Shangguan appelait de ses voeux, mènera finalement une vie pour rien après avoir été successivement un enfant peureux, un inadapté, un nécrophile, un gigolo, un fou et un mari trompé, alors qu’il reviendra se cacher dans les jupes de sa mère la cinquantaine passée, ses soeurs connaîtront des destinées hors-du-commun, qu’elles s'acoquinent avec un communiste, un nationaliste, un collabo ou un occidental, qu’elles soient devenues prophétesse, médecin ou prostituée. Même schéma chez les personnages secondaires où, à l’exception
de quelques fortes têtes comme les hommes de la famille Sima, ce sont les femmes qui mènent le bal, ce sont les épouses qui portent la culotte.

Description de cette image, également commentée ci-après
Nulle ne personnifie mieux cette supériorité que Shangguan Lushi, la mère, la matrone, la véritable héroïne du livre, son personnage central des premières pages qui décrivent son accouchement jusqu’au terrible flashback qui clôt le livre. Orpheline, enfant aux pieds bandés et martyrisés, mariée contre son gré à une famille de lourdauds, battue par son époux, humiliée par sa belle-mère, violée à maintes reprises, elle deviendra une maîtresse femme, pragmatique, solide, courageuse. Chez Mo Yan, la femme souffre terriblement, mais la femme a raison. Armée de son courage et de ses précieux seins, elle est la charpente du monde. 

Par cod v otusyl