Le sage se suffit. (Sénèque)
« La Gouteuse d’Hitler » de Rosella Postorino
Présentation, par Marc Jeangérard.
Roman paru en 2019
Un roman VRAI, un VRAI ROMAN au cœur de l’histoire
UN ROMAN VRAI
L’autrice, Rosella Postorino, née en Calabre en 1978, est une écrivaines très connue en Italie où elle a obtenu plusieurs prix littéraires.
Ayant découvert, grâce à la presse, les souvenirs de Margot Wölk, la dernière « goûteuse d’Hitler », Rosella Postorino voulut en savoir plus en la rencontrant. Mais, il était trop tard, car cette dernière était décédée en 2015, à l’âge de 96 ans. Rosella Postorino décida alors d’écrire son histoire. Et c’est ainsi que la terrible expérience de Margot Wölk est devenue le magnifique roman de Rosa Sauer.
L’histoire des « goûteuses » est authentique. Elle est l’une des nombreuses conséquences de la paranoïa d’Hitler, évidente à partir de la fin de l’année 1942.
Entre le «Berghof » de Berchtesgaden et le bunker de Berlin, la « Wolschanze » (la tanière du loup)
de Gross-Partsch devint le refuge essentiel d’Hitler, situé en Prusse Orientale, non loin du fameux « couloir » de Dantzig. C’est là qu’aura lieu l’attentat de Juillet 1944 et cet évènement constitue bien le tournant « historique » du roman. Près d’un an et demi plus tôt, la lourde défaite de Stalingrad avait déjà commencé à semer le doute dans une partie de la population allemande.
UN VRAI ROMAN
Le récit linéaire de la narratrice, à la première personne, suit et analyse ses sentiments et réactions, et rend ainsi l’intrigue passionnante, voire envoutante.
Intrigue alimentée par l’impressionnante galerie de personnages qui peuplent les jours et les nuits de Rosa.
Il y a d’abord les « goûteuses », d’Augustine, la rebelle provocatrice, aux « enragés » - sont-elles vraiment nazies ou simplement opportunistes ?-, en passant par la fragile et naïve Léni, jusqu’à la mystérieuse et inquiétante Elfriede, l’un des ressorts du dénouement.
On peut aussi s’interroger sur les rapports ambigus de Rosa avec ses beaux-parents aux réactions parfois surprenantes, avec Krummel le curieux cuisinier d’Hitler, presque… sympathique ? Et bien sûr, la Baronne Maria dont la soirée est l’un des tournants de l’intrigue.
Enfin, les hommes. Un duo emblématique : Grégor, le mari, le soldat de la Wehrmacht fidèle à son devoir qui devait revenir puis sera « porté disparu »… Soutien ou conscience de Rosa. Et Ziegler, l’amant mystérieux, surprenant… à chaque instant ! C’est un SS.
Un moment assez particulier attire l’attention du lecteur : à partir de la page 266, ce mélange savant de deux récits, la séance de cinéma –de propagande, la spécialité de Goebbels- et le minutieux suspense de l’attentat…
Autre sujet de réflexion et, sans doute de discussion : les femmes « sans hommes », veuves, célibataires ou simplement seules. (Cf. la première guerre mondiale et en France, l’occupation)
Le roman nous en donne trois exemples. Heike, mère de deux enfants, aura une relation sans lendemain et avortera. Léni sera violée par un jeune soldat. Enfin Rosa « veuve » sans enfant aura un amant.
Rosa et Grégor, son souvenir, Ziegler son amant et Elfriede constituent la trame du dénouement, à propos duquel le lecteur est prié de se faire une idée… !
Bonne lecture.
Marc Jeangérard
Le 13 mars 2025