samedi 21 janvier 2017

The birth of a nation : premier sabotage filmique de l'année 2017.

L'imagination est plus importante que le savoir. (Albert Einstein)

Lorsque j'étais enfant, mes connaissances en histoire contemporaine étaient des plus sommaires. Ainsi confondais-je Eisenhower et Adenauer tandis que je mélangeais allègrement les deux Roosevelt. Le Front populaire demeurait pour moi chose incompréhensible. (souvenirs de Moa)

The Birth of a Nation de Nate Parker était en ce commencement d'année 2017 le film que j'attendais le plus, l'ayant sélectionné depuis six bons mois, piaffant d'impatience de le voir. Or, je commençai à tiquer dès que je sus que le distributeur de cette oeuvre était la sinistre compagnie Fox Searchlight, accoutumée aux sabordages intentionnels en série... Sachant qu'il s'agit d'une filiale du groupe détenu majoritairement par le tycoon Rupert Murdoch dont on connaît le bord politique éminemment non progressiste, faire distribuer par une telle compagnie l'oeuvre antiesclavagiste de Nate Parker équivalut selon moi à la production d'un biopic de Theodor Herzl, le père du sionisme, par l'Allemagne nazie ! Aberrant !
Les événements qui accablèrent le film et le réalisateur ne cessèrent de confirmer mes craintes. The Birth of a Nation se retrouva déclassé dans la catégorie infâme et indigne des films commerciaux du second rayon, films, comme l'on sait, qui ne disposent ni des copies des blockbusters, ni de la reconnaissance artistique et critique du cinéma d'art et essai. 


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Le long métrage historique de Nate Parker se veut une réponse cinglante au film homonyme de David Wark Griffith, chef-d'oeuvre formel du cinéma muet daté de 1915, cependant entaché d'un racisme manifeste et d'un message pro Ku Klux Klan ignoble. Nate Parker a donc tourné son "contre Griffith", comme Origène écrivit son Contre Celse.
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 L'argument principal du film de Nate Parker reprend un événement historique méconnu en France : la révolte des Noirs de Virginie, esclaves et hommes libres, en 1831, dont le chef, Nat Turner (interprété par le réalisateur, comédien de profession) fut pendu à Jérusalem en Virginie le 11 novembre 1831. Imprégné par la Bible, Nat Turner pensait accomplir une mission divine. Lui-même natif de Virginie, Nate Parker a travaillé sept ans sur son projet. Le film, qui avait remporté le grand prix du jury et le prix du public au festival de Sundance en 2016, était promis à une belle carrière, d'autant plus que Fox Searchlight en avait acheté les droits à prix d'or.
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Je ne puis préjuger d'un film dont les chances d'être vu en salle sont désormais devenues quasi nulles, conséquemment à la série de cabales qui se sont montées contre lui et ont terni son image, compromis sa carrière et entraîné son bannissement de la sélection aux différents prix américains, dont les Golden Globe et les Baftas. Une fois de plus, comme de coutume, je me contenterai d'une vision d'ici plusieurs mois par un hypothétique support autre que la salle de cinéma. J'admets que l'oeuvre doit être imparfaite, comporte des défauts, parfois des outrances ; mais selon moi le film parfait n'est qu'exception...
On a utilisé contre Nate Parker, afin de lui nuire et de couler un film jugé dangereux et violent, l'arme de l'accusation de crime sexuel, de viol, ainsi qu'il en fut pour Roman Polanski toujours exilé en Europe. Cette arme du sexe, on le sait, fut utilisée sans succès contre le président des Etats-Unis Bill Clinton et contribua à mettre fin aux carrières politiques de personnalité comme DSK, Gary Hart ou John Edwards. Cette affaire, cette brèche, idéale pour les adversaires de Nate Parker, fit s'engouffrer les féministes afro-américaines, l'attitude du réalisateur, bien qu'il eût été lavé par la justice, attisant leur ire irrépressible. Fox Searchlight profita de cette situation pour lâcher son pseudo-chouchou, coup de poignard dans le dos coutumier à cette compagnie dont on croirait qu'elle a été créée non pour promouvoir des oeuvres filmiques, mais pour provoquer presque automatiquement leur naufrage en salles.
Les critiques françaises - en particulier, celles de la bien-pensance caviar bobo via Les Inrock (les plus virulents contre la palme d'or de Ken Loach, rappelons-le), Télérama, ou encore Libé - purent accabler à loisir d'une volée de bois vert et de tomates pourries le film de Nate Parker, le ravalant au rang de méga navet en costume. Il fut jugé académique, hyper violent, raciste anti blanc, longuet etc. On lui reprocha de ne montrer que tardivement la révolte. On reprocha aussi à Nate Parker de n'être qu'un comédien de second plan, bouffi d'orgueil et de prétention, dont l'interprétation messianique de son personnage agaça plus d'un... La polémique alla jusqu'au refus de dissociation de l'oeuvre et de l'artiste. A ce compte, sachant en toute connaissance de cause les opinions racistes et antisémites d'auteurs comme Gobineau et Céline, de compositeurs comme Vincent d'Indy ou Florent Schmitt, jamais je n'aurais dû lire une seule ligne de leurs romans ou écouter une seule note de leurs oeuvres musicales. Or, je le fis, étant parfaitement informé des opinions nauséabondes de ces auteurs... En ce cas, quels que soient les péchés et les crimes entachant la carrière du réalisateur, rien ne m'empêchera à l'avenir d'acquérir le blu-ray ou le DVD de The Birth of a Nation si on veut bien le commercialiser en France... au vu du nuisible désastre commercial parfaitement orchestré dont il a été victime. Autrefois, j'ai regardé la version de Griffith en VHS... c'était en 1992. Je savais quelles abjections contenait ce film. Mais, au nom de l'Histoire du cinéma et de l'Histoire tout court, je l'ai visionné tout de même.
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Cependant, un autre représentant de la culture africaine, le romancier congolais Emmanuel Dongala, a sauvé l'honneur de la cause noire sans susciter de polémique putride avec son remarquable roman paru chez Actes Sud La sonate à Bridgetower. 
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Dans une interview accordée au Monde, parue en ligne le 18 janvier dernier, cet auteur estimable déclare qu'au Siècle des Lumières existait déjà une élite noire européenne. Il rétablit de grandes vérités historiques qui, si elles avaient été exprimées par la bouche ou la plume d'un historien français blanc, l'auraient fait accuser de révisionnisme voire de racisme !  Ainsi, il rappelle l'existence d'esclaves blancs irlandais à la Barbade et les atrocités inhumaines de la traite orientale, arabo-musulmane, trop souvent sous-estimée : l'esclavage ne fut aboli en Arabie Saoudite qu'en 1962. Les esclaves noirs étaient systématiquement castrés, les enfants des femmes noires nés dans les harems tués. Aucune chance que des métis du génie de Saint-Georges,
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 du violoniste Bridgewater ou du général Dumas naquissent en Arabie ! Il est malheureux d'affirmer que, dans Coke en stock, Hergé avait bel et bien raison !

Prochainement, je traiterai du premier corbillard cinématographique de l'année 2017 : Fleur de Tonnerre, dont le sort sur nos écrans étriqués a été pis encore que celui de The Birth of a Nation.
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