samedi 18 décembre 2021

Gustave Flaubert : ma contribution personnelle à un bicentenaire parfait.

Ah Gustave Flaubert ! 

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Si tu savais combien m'a démangé l'envie de parodier les titres de tes oeuvres, comme je le fis tantôt pour Tintin et Milou et Les Mystères de l'Ouest. J'ai décidé de me jeter dans l'arène, franchement !

Je modifie d'abord le nom, l'identité : place à Musgrave Gaubert ! Quels sont donc les titres ?

- Madame Bove a ri ;


- Fandango ;

- L'éructation transcendantale ;

- La fracturation de Saint Empoigne ;

 

- Une peur grimpe ;

- Buvard et Trébuchet.

A mon commandement, riez ! Et ne dites surtout pas : "Madame Bovary, c'est moi !"

Prochainement  : Paul Valéry, seul grand perdant des commémorations de l'année 2021.

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samedi 27 novembre 2021

Il faut redécouvrir Jean Dorst !

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Raillé, ignoré, injustement oublié, l'ornithologue Jean Dorst, né le 7 août 1924, mourut dans l'indifférence générale, le lendemain de son 77e anniversaire, le 8 août 2001. Il eut l'insigne malheur d'être le compétiteur de Marguerite Yourcenar à l'Académie française, au temps où une élection académique ne se faisait nullement dans l'ignorance télévisuelle, comme cela vient tristement de se vérifier lors de l'élection de Mario Vagas Llosa. 
Or, il appert que Jean Dorst fut un des précurseurs de l'écologie en France, ce qui le rend tout à fait non négligeable. Avant que la nature meure, publié dès 1965, ne dit plus grand-chose aux citoyens lambda.
Lorsqu'il se présenta à l'Académie française il alla -pardonnez-moi l'expression - au casse pipe puisque son adversaire n'était autre que Marguerite Yourcenar.  
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On sait ce qu'il advint, et Jean Dorst ne persévéra point. Il fut peu à peu évacué de la pensée intellectuelle, alors que, paradoxe, l'écologie prenait son essor et commençait à être considérée avec sérieux. Dois-je rappeler qu'un texte de Jean Dorst, destiné à sensibiliser les élèves aux problèmes environnementaux, figurait dans mon manuel de français de seconde ? Hélas, j'en ai oublié le titre !
La persistance médiatique du souvenir de Jean Dorst demeure faible : peu d'archives télé offertes au public par l'Ina, un peu plus d'archives radiophoniques avec un émission de la série Radioscopie, écoutable sur Madelen à la condition d'y être abonné. Dommage pour ce pionnier de l'écologie ! 

 Prochainement : il sera question d'une contribution toute personnelle à la commémoration du bicentenaire de la naissance de Gustave Flaubert.




dimanche 7 novembre 2021

2021 : on a failli oublier Georges Feydeau !

 

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Le 5 juin 2021, un anniversaire d'importance marquait les annales de la littérature française, en particulier du théâtre : le centenaire de la disparition de Georges Feydeau. Autrefois raillé, quelquefois méprisé, notre "dramaturge" (comment le désigner autrement ?) a bénéficié d'une réhabilitation tout autant salutaire que récente, en cela qu'il est désormais considéré comme un précurseur du théâtre de l'absurde, et non plus comme un simple boulevardier, case commode, étrécie, dans laquelle on l'a trop souvent enfermé...

Quid de ses pièces à la télévision ? Heureusement qu'il y a Culturebox sur le canal 14 de la TNT qui, le 10 mai 2021, consacra toute une soirée théâtrale à Georges Feydeau par la grâce de Madame Zabou Breitman qui mit en scène Le Système Ribadier et La Dame de chez Maxim.

Trop longtemps, on a négligée Feydeau, jugeant dépassé son théâtre boulevardier 1900 axé sur l'adultère bourgeois, noyé dans le décorum des bibelots et meubles Belle Epoque avec une association d'idées sur les costumes du genre chapeaux à plumes et buscs corsetés... 

Mais les choses changent et c'est heureux, puisque présentement, Georges Feydeau a acquis son droit d'entrée dans la collection prestigieuse entre toutes : La Pléiade ! Lisez l'article que le magazine Marianne lui a consacré cette semaine pour vous en convaincre. 

Je ne puis m'empêcher d'évoquer un téléfilm injustement oublié de 1992, Le Monsieur de chez Maxim's dans lequel le grand comédien regretté Alain Mottet interprétait le dramaturge et nous montrait sa déchéance physique. Miné par la syphilis nerveuse qui le rongeait depuis des années, Feydeau, comme Maupassant, mourut en quelque sorte fou, dans la clinique de Rueil-Malmaison le 5 juin 1921. Séparé puis divorcé de sa femme adultère, échappé du domicile conjugal, flambeur invétéré, Feydeau, miné par la maladie, avait considérablement ralenti sa production littéraire après 1911. Les soins du docteur Bour ne lui furent d'aucun secours en ce pavillon des Tilleuls de la clinique du docteur Fouquart.

 Alain MOTTET : Biographie et filmographie

Par un heureux hasard, Le Monde a conservé dans ses archives en ligne un article paru le 18 octobre 1992, consacré à ce téléfilm de Claude Vajda devenu invisible.Ledit article s'intitule : 

TOOURNAGE " LE MONSIEUR DE CHEZ MAXIM'S " DE CLAUDE VAJDA Un grain de sable dans la vie de Feydeau.   

Deux anecdotes méritent d'être relevées : primo, son ultime pièce (en un acte), Hortense a dit : "Je m'en fous !" fut créée sur la scène du Palais-Royal le 14 février 1916, avec Raimu dans le rôle de Vildamour.

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Notre Toulonnais - que Sacha Guitry, ami de Feydeau, contribua à lancer cette même année 1916 - ne se réduisait pas alors à un méridional bon teint ! Secundo, à la clinique mentionnée plus haut, notre dramaturge vaudevillesque eut l'ex-président Paul Deschanel comme voisin (lui aussi avait l'esprit passablement dérangé par la syphilis). Ce dernier, qui ne put exercer que quelques mois la magistrature suprême en 1920 ne demeura plus connu que comme le président qui avait chuté de son train en pyjama ! Il souffrait d'une maladie étrange, le "syndrome d'Elpénor", une forme de somnambulisme.

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Tout cela est assez cocasse, et aurait pu faire l'objet d'un vaudeville de Georges Feydeau. Justement, si l'on prend la peine de consulter la liste de ses pièces, on remarque que la majorité d'entre elles ont des titres qui font encore tilt. Le Dindon, Monsieur chasse, Chat en poche, Un fil à la patte, l'Hôtel du libre-échange, Le Système Ribadier,, La dame de chez Maxim, On purge bébé, La puce à l'oreille, Occupe-toi d'Amélie, Feu la mère de Madame, Mais n'te promène donc pas toute nue ! Autant de titres familiers justifiant la réhabilitation de Georges Feydeau, toujours joué, qui ne laisse jamais indifférent, ce qui explique qu'il ne figurera pas dans ma liste d'articles consacrés aux écrivains dont la France ne veut plus ! Il y a aussi des pièces demeurées inédites, des oeuvres de jeunesse, des monologues écrits majoritairement dans les années 1880... Merci Monsieur Feydeau de nous enchanter et nous faire encore rire au XXIe siècle !

Prochainement : il faut redécouvrir Jean Dorst ! 

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mardi 26 octobre 2021

Ces écrivains dont la France ne veut plus 37 : André Chevrillon.

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J'écris parce que je comprends, et je souffre de tout ce qui est parce que je le connais trop (Guy de Maupassant).

L'argent n'a pas d'odeur (Vespasien).

Tout ce qui brille n'est pas or (proverbe).

Entre tous mes aînés, Quai Conti, il n’en était aucun qui m’inspirât plus de respect que ce neveu de Taine. Je ne crois pas le lui avoir jamais manifesté ; il paraissait comme isolé par la grande vieillesse : l’esprit jeune et vivant de Prométhée était lié à un corps en ruine. Mais sa tristesse devait avoir d’autres sources : le monde qu’il avait décrit dans ses livres ne ressemblait plus à l’image qu’il en avait donnée. Il était l’historien et le témoin d’un empire qui se défaisait sous ses yeux. Les cartes qui avaient servi à ce voyageur n’eussent plus servi à personne (François Mauriac : Bloc-notes, au sujet d'André Chevrillon).

Après avoir consacré divers articles à des littérateurs dits "de genre" (science-fiction, roman-feuilleton, espionnage, fantastique etc.) force est de reconnaître qu'il manquait une pièce à mes "trophées" de chasse : la littérature de voyage, tant décriée de nos jours car considérée comme subjective, dépeignant davantage la mentalité occidentale de l'auteur que celle des contrées "exotiques" qu'il traverse. Ce regard lointain, distant, dévoyé, perverti, daté, François Mauriac l'avait bien saisi au sujet d'André Chevrillon, qu'il appréciait tout en le sachant déjà condamné à l'oubli, non pas seulement du fait du grand âge qu'il avait atteint lorsqu'il mourut, mais parce que le monde qu'il avait parcouru et décrit de sa plume était devenu obsolète. 

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C'est un fait entendu, presque un truisme : très peu d'académiciens accèdent à l'immortalité littéraire. Je confesse avoir évacué André Chevrillon de ma pensée jusqu'à ce que Pierre Saintyves (1870-1935), dans une étude consacrée aux reliques bouddhistes, me rappelât l'existence de ce voyageur passionné, par le biais d'une longue citation :

Dans l’oratoire bouddhique ainsi que dans le chrétien, tout était clos, secret, mais plein de rayons, comme un cœur, plein d’une vie tendre et chaude qui affluait du dedans et se concentrait là, sur elle-même, avec la senteur des fleurs et des fumées, les lueurs de l’or, la jaune lumière tremblante et pure de toute clarté du jour. Elle aussi, cette petite chambre, était l’un des foyers du vieux mysticisme humain ; celui de l’Asie bouddhique y brûlait ; des âmes d’Indo-Chine et du Japon venaient s’endormir à sa chaleur. 

Fichier:Salle de Prière du Temple bouddhique Linh Son.JPG

Les murs eux-mêmes semblaient dégager de glorieuses effusions : vieux marbre jauni, comme celui qui luit sourdement autour du sépulcre adoré de Jésus, marbre poli, attiédi par l’âge et le contact des mains, des corps, d’aspect mol et comme imprégné de la tendresse des prières, comme pénétré de fluide humain. Enfin, des substances précieuses et douces qui ne servent pas d’ordinaire aux architectures, mariées à ce marbre devenu pareil à de l’ivoire, aidaient à nous envelopper de surnaturel et de sacré. Les hauts rectangles vides, celui qui donnait accès de l’antichambre dans l’oratoire, et celui dont l’ouverture encadrait le sanctuaire, étaient sertis de bandes successives d’or, et d’argent, et de véritable et vieil ivoire, et ces matières ductiles, ciselées en bordures de feuillages, semblaient fondre en se pénétrant ; la légère, la pâle candeur de l’argent fluait imperceptiblement dans la pâleur plus chaude de l’or à demi dédoré, dans la mollesse veinée du tendre ivoire ; les reflets des creux et des reliefs jouaient et se mêlaient ; cela semblait immatériel et sans poids ; on eût dit que, de la tremblante lumière épanchée par les cierges, une onde s’était prise pour toujours aux arêtes des grandes baies rectangulaires, et flottait alentour. Et l’on pensait aux lieux saints de l’ancien Orient, au temple de Salomon, aux naos chryséléphantins, aux légendaires chapelles où l’ivoire et les métaux précieux s’unissaient au santal de l’Inde et de l’Arabie. Ce rideau de soie que les acolytes maintenaient écarté au-dessus du jubé d’argent, c’était le laïmph des mystères phéniciens. Par delà scintillaient le sacraire, les cassettes, la châsse, les plats et les vases d’or, — et tout cet or était ponctué de pierreries : émeraudes, topazes, saphirs, pierres de lune, rubis, brûlant en feux multicolores dans l’ombre, achevant par leurs musiques secrètes de nous ravir à la terre et de nous dissoudre le réel. (André Chevrillon : Sanctuaires et paysages d'Asie. Paris, 1905 p. 44-45).

Style admirable mais daté, ô combien ! 

 Mais qui fut donc ce littérateur-bourlingueur démodé que sut parfaitement dépeindre l'homme à la voix éteinte (ainsi surnommais-je Mauriac), cet académicien (depuis 1920) dont seules quelques rues et avenues perpétuent encore le souvenir terni ? 

Il fut le neveu d'Hippolyte Taine 

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et naquit charentais, à Ruelle-sur-Touvre, dont la fonderie navale, créée en 1753, existe toujours, le 3 mai 1864. Il passa une partie de son enfance en Angleterre, fit ses études secondaires à Paris et obtint une licence d'histoire à la Sorbonne. Il fut major de l'agrégation d'anglais et soutint une thèse de doctorat sur Sydney Smith et la Renaissance des idées libérales en Angleterre au XIXe siècle.

André Chevrillon enseigna à l'Ecole navale et à la faculté des lettres de Lille, avant de se consacrer uniquement à l'écriture à compter de 1894. L'Académie française le remarqua et le prima, bien avant qu'elle l'élût puisqu'il fut récompensé à deux reprises : prix Marcelin Guérin en 1892 puis 1895 et prix Vitet en 1902. A partir de là, les ouvrages consacrés à ses voyages se multiplièrent, qu'il s'agisse de l'Asie (Dans l'Inde, Sanctuaires et paysages d'Asie) au Maroc (Marrakech dans les palmes), le Proche Orient, la Judée et même la Bretagne !

Angliciste passionné, il multiplia les essais consacrés à l'Angleterre, à Ruskin, à la littérature britannique (Kipling, Galsworthy, Shakespeare) qui démontrent son ouverture à la culture d'outre-Manche contemporaine.

L'esprit d'André Chevrillon n'était point obscurci, et c'est à ce propos que son nom eût mérité de survivre, car il dénonça le danger de l'Allemagne nazie dès 1934 (La Menace allemande) et son livre eut maille à partir avec les autorités d'occupation qui le firent interdire dès août 1940. Ce clairvoyant, anglophile, n'eut au fond pas de chance en mourant fort âgé et dès son élection académique de 1920, le monde qu'il avait parcouru et décrit se lézardait de toute part conséquemment au choc de la Grande Guerre. La vision européenne hégémonique du monde en fut définitivement ébranlée, remise en cause.

André CHEVRILLON | Académie française

Adieu, Monsieur Chevrillon ! 

Prochainement : 2021 : on a failli oublier Georges Feydeau ! 

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