jeudi 19 décembre 2024

Ces écrivains dont la France ne veut plus 47 : Jules Romains.


 










Encore un écrivain qui a bien fait d'abandonner son vrai patronyme au profit d'un nom de plume ! S'appeler Louis Farigoule, est-ce bien sérieux ? A l'énoncé d'un tel nom, on penserait presque au domaine de Fabrégoules, cher aux traminots et à la CGT marseillaise... Que reste-t-il de cet auteur ? Knock ? Les Copains

Le regretté professeur Alain Niderst s'était penché sur le cas Jules Romains et observait avec amertume le fait que cet auteur chantre de l'unanimisme, parti de la tendance politique radical-socialiste, avait fini sa carrière à l'extrême droite comme partisan de l'Algérie française. Quid en ce cas de cet écrivain radical-socialiste des années 1930, de ce pape de l'unanimisme, de cet auteur de la saga consacrée aux Hommes de bonne volonté ? Que s'est-il passé pour une telle mue ? 

Les Hommes de bonne volonté demeurent l'oeuvre maîtresse de Jules Romains, publiée en vingt-sept volumes entre 1932 et 1946, et dont l'action se déroule du 6 octobre 1908 au 7 octobre 1933.  L'ouvrage bat sans nul doute en longueur La Recherche du Temps perdu de Marcel Proust !

 

 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/3/39/Cover_of_Le_6_octobre_by_Jules_Romains.jpg 

L'unanimisme de ce cycle romanesque n'est plus à la page, bien qu'il fût aussi pratiqué Outre-Atlantique par John Dos Passos, qui connut hélas le même parcours politique que Jules Romains. 

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De cet auteur (1896-1970), j'ai étudié au lycée en anglais quelques extraits de  La Grosse Galette et bien plus tard, 42e Parallèle fut au programme du café littéraire que je fréquente. Dos Passos glissa donc à droite, par anticommunisme,  se montrant à la fin de sa vie favorable au maccarthysme, aux Cubains anticastristes et à  l'intervention américaine au Vietnam et soutint en 1964 la campagne présidentielle de Barry Goldwater,  tandis que Jules Romains s'engagea en faveur de l'Algérie française.

Lorsque Jules Romains fut élu à l'Académie française lors d'une de ces fournées historiques de l'année 1946 destinée à renouveler le nombre élevé de fauteuils vacants depuis 1940, l'essentiel de sa carrière littéraire était donc derrière lui. Nous étions le 4 avril 1946, en même temps que Paul Claudel et Marcel Pagnol.

Jules Romains manqua s'acoquiner avec l'Allemagne nazie...avant la guerre, du fait qu'il fut membre du Comité France-Allemagne d'Otto Abetz et Fernand de Brinon. Heureusement, il s'exila aux Etats-Unis durant le tumulte. Il est intéressant de savoir que Jules Romains remplaça un académicien toujours vivant, mais radié pour indignité nationale : Abel Bonnard (1883-1968), chantre de la collaboration. 

Le foisonnement des vingt-huit volumes des Hommes de bonne volonté est devenu difficile à gérer : cette étude romanesque de toute une société produit une myriade de personnages, parmi lesquels il y a même un chien ! Qui citer, au-delà de Jerphanion ? Wikipedia liste l'ensemble des livres composant cette fresque. Le titre s'inspire de l'évangile selon Luc : "paix sur la Terre aux hommes de bonne volonté." L'édition de 1988 chez Bouquins avait fait sensation. La vieille génération lisait cette somme, d'ailleurs recommandée par les historiens spécialistes de l'histoire contemporaine de la France des années 1900-1945. Que dire aussi de l'adaptation en feuilleton télé, désormais invisible ? Diffusée sur TF1 du 18 février au 25 mars 1983, elle souffre de l'impossibilité d'une acquisition par l'Ina et Madelen, à cause de la fameuse - et scandaleuse - clause absurde établie lors de la privatisation de TF1, qui priva l'Institut national de l'audiovisuel des archives des cinq dernières années de la première chaîne publique entre le 1er juillet 1982 et le 30 juin 1987 ! Soit des milliers d'heures invisibles ! 

Réalisée par François Villiers (1920-2009) et adaptée par Marcel Jullian (1922-2004),










cette honnête fresque avait pour interprètes plusieurs pointures bien connues alors des téléspectateurs et téléspectatrices, mais aussi des cinéphiles, comme Jean-Claude Dauphin, Yves Rénier, Jean Barney, Béatrice Agenin et Jean-Pierre Aumont, sans oublier Catherine Allégret, la fille de Simone Signoret. 

dimanche 15 décembre 2024

Mo Yan : biographie pour le Café littéraire.

 Mo Yan (chinois : 莫言 ; pinyin : Mòyán ; « celui qui ne parle pas »), de son vrai nom Guan Moye (管谟业 / 管謨業, Guǎn mó yè), né le 17 février ou le 5 mars 1955 à Gaomi dans la province du Shandong en Chine. Wikipedia

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Né dans une famille de paysans pauvres du Shandong, Guan Moye a longtemps vécu au coeur de la campagne chinoise, dont l’évocation nourrit son oeuvre. Sa famille a connu la faim à l’époque du « Grand Bond en avant » initié par Mao Tse Toung. C’est aussi pendant la Révolution culturelle que, classé parmi les « mauvais éléments » au cours de ses études primaires, il doit quitter l'école en 1966 pour aller travailler aux champs, puis en usine.

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Il s'enrôle en 1976 et devient diplômé de l'Institut des arts et des lettres de l'Armée populaire de libération en 1986, puis en 1991 de l'université de Pékin. Sa formation tranche avec celle d’autres écrivains, imprégnés de la lecture des grands romans classiques. D’origine paysanne, il évoque le rôle joué par les histoires racontées par sa grand-mère, ainsi que son éducation au sein de l'armée.
 

Ses parents lui ont appris à éviter, par prudence, de trop parler en dehors du cercle familial. C'est la raison du choix de son pseudonyme, Mo Yan : « Celui qui ne parle pas ». C’est sous ce nom de plume qu’il publie sa première nouvelle en 1981, Radis de cristal. Sa reconnaissance est immédiate, mais ce n’est qu’avec Le Clan du sorgho (1986) qu'il atteint la notoriété. Le roman est porté à l'écran sous le nom Le Sorgho rouge (1987), par Zhang Yimou, qui adaptera aussi en 2000 Le Maître a de plus en
plus d'humour (1999).
Mo Yan ne cesse ensuite d’écrire et de publier, tout en restant employé à l'Institut des arts de l'Armée de libération jusqu’en 1999. Après deux grands romans, Les Treize pas (1989) et Le Pays de l'alcool (1993), Beaux seins, belles fesses (1995) confirme de manière éclatante son génie singulier.
Son oeuvre compte plus de quatre-vingt nouvelles, romans, essais, reportages, critiques littéraires, couronnée par l’attribution en 2012 du prix Nobel de littérature. L'autobiographie y occupe une part importante.

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Parmi ses autres oeuvres traduites en français : La Mélopée de l'ail paradisiaque (1988), Les Retrouvailles des compagnons d’armes (1992), Le Veau, suivi du Coureur de fond, nouvelles (1998), Quarante et un coups de canon (2003), La Carte au trésor (2004), Enfant de fer et autres nouvelles (189/2003), La Joie (2007), Wa /Grenouilles (2009), qui dénonce les excès de la politique chinoise de l'enfant unique, qui avait obligé sa femme à avorter de son deuxième enfant.


PS : Il a été reproché à Mo Yan, par ses collègues chinois, son manque de solidarité et d'engagement vis-a-vis des autres écrivains et intellectuels chinois réprimés ou mis en détention en violation de la liberté d'expression pourtant reconnue par la Constitution, ainsi que son silence envers le système de censure et d’oppression en Chine. Certains de ses écrits ont pourtant été censurés.

Prochainement : 47e volet de la série consacrée aux écrivains dont la France ne veut plus : Jules Romains.

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mardi 10 décembre 2024

Mo Yan Beaux Seins, Belles Fesses : analyse.

 MO Yan Beaux Seins, Belles Fesses

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/05/Carte_de_Chine02.PNG

Que le titre coquin et la couverture aguicheuse de ce livre n’induisent personne en erreur. L’histoire de Beaux Seins, Belles Fesses a beau être racontée par un obsédé sexuel, par un monomane du nichon, elle n’a pas grand-chose de coquin. Cette grande fresque de la Chine rurale du XXème siècle est bien un livre à l'honneur de la supériorité féminine.
Que le titre fripon et la couverture aguicheuse de ce roman n’induisent personne en erreur. L’histoire de Beaux Seins, Belles Fesses a beau être racontée par un obsédé sexuel, par un monomane du nichon, elle n’a pas grand-chose de coquin. La véritable teneur du livre, c'est plutôt le sous-titre qui l'indique (Les Enfants de la Famille Shangguan), les beaux seins et les belles fesses en question étant en fait les principaux signes distinctifs des huit soeurs du narrateur, des huit filles de cette Shangguan Lushi dont ce pavé de 900 pages narre le destin tragique dans la Chine tourmentée du XXème siècle.











Nourri à la littérature de Gabriel Garcia Marquez,

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 l’écrivain Mo Yan a voulu livrer un Cent Ans de Solitude chinois, racontant l’évolution d’un village du Shandong à travers les aventures que traversent ses habitants à chacun des épisodes majeurs traversés par la Chine du siècle dernier : révolte des boxers, chute de l’Empire et avènement de la République, invasion japonaise, guerre civile, triomphe communiste, Grand Bond en Avant, Révolution Culturelle, capitalisme sauvage et triomphant.
La période est si large, les personnages tellement nombreux, les registres si divers que Mo Yan semble parfois s’égarer le long de ce grand livre ambitieux et de ses histoires à tiroirs. Il passe du comique au tragique, du réalisme social au conte fantastique. Qui plus est, le narrateur change souvent, au sein d’un même chapitre, d’un paragraphe à l’autre, passant de la première personne à la troisième. On s'interroge aussi sur l’intention, l’objectif, le projet de Mo Yan dans ce livre. Etait-ce d’écrire une autobiographie déguisée, l'auteur et son héros partageant de nombreux points communs, comme cette origine paysanne et le fait d'avoir été allaités tardivement ? Etait-ce d’écrire un conte moderne, un Au Bord de l’Eau du XXIème siècle. Ou était-ce de revenir sur les erreurs et sur les exactions du communisme, comme le
laissent penser les censures dont le livre a été l’objet dans son pays d'origine ?
La critique politique est en effet loin d’être absente du livre. Au début, Mo Yan présente les communistes sous un jour plus favorable que les autres protagonistes de l’époque, nationalistes et envahisseurs japonais, notamment quand il décrit leur action en faveur de l’émancipation des femmes. Mais dès que la République Populaire est en place, l’absurde et les effets déshumanisants de l’idéologie sont violemment mis en exergue, par exemple quand Mo Yan présente le ridicule des séances d’autocritique et de dénonciation publique dont le régime était friand. C’est un monde cruel et fou que l’écrivain nous présente, mais un monde qui reste désespérément le même en dépit des changements
de régime, comme le rappelle Shangguan Lushi à son naïf petit-fils Han Perroquet, qui pense que ça n’est que depuis hier que tout repose sur les relations (p. 691).
L’autre projet possible de Beaux Seins, Belles Fesses, ce sont toutes ces considérations philosophiques sur la place du sein dans le monde dont le narrateur (les narrateurs ?) se montre friand : "les seins sont le résultat de l’évolution de l’humanité. Le degré d’amour et de soins prodigués aux seins est un important marqueur pour mesure le niveau de civilisation d’une société pendant une période donnée" (p. 785). Mais au-delà de sa poitrine, c’est de la femme elle-même dont il est question dans ce livre. Cet ouvrage que Mo Yan a dédié à sa mère est un long hommage à la supériorité féminine.
Alors que Jintong, ce fils adulé que toute la famille Shangguan appelait de ses voeux, mènera finalement une vie pour rien après avoir été successivement un enfant peureux, un inadapté, un nécrophile, un gigolo, un fou et un mari trompé, alors qu’il reviendra se cacher dans les jupes de sa mère la cinquantaine passée, ses soeurs connaîtront des destinées hors-du-commun, qu’elles s'acoquinent avec un communiste, un nationaliste, un collabo ou un occidental, qu’elles soient devenues prophétesse, médecin ou prostituée. Même schéma chez les personnages secondaires où, à l’exception
de quelques fortes têtes comme les hommes de la famille Sima, ce sont les femmes qui mènent le bal, ce sont les épouses qui portent la culotte.

Description de cette image, également commentée ci-après
Nulle ne personnifie mieux cette supériorité que Shangguan Lushi, la mère, la matrone, la véritable héroïne du livre, son personnage central des premières pages qui décrivent son accouchement jusqu’au terrible flashback qui clôt le livre. Orpheline, enfant aux pieds bandés et martyrisés, mariée contre son gré à une famille de lourdauds, battue par son époux, humiliée par sa belle-mère, violée à maintes reprises, elle deviendra une maîtresse femme, pragmatique, solide, courageuse. Chez Mo Yan, la femme souffre terriblement, mais la femme a raison. Armée de son courage et de ses précieux seins, elle est la charpente du monde. 

Par cod v otusyl

lundi 9 décembre 2024

Café littéraire : Mo Yan. Beaux seins, belles fesses. 2001

 Par Dominique Jules.
















Ce roman rural et familial, touffu, balaie sur plus d’un demi-siècle les existences des parents et enfants de la famille de Lushi et de son seul fils, bâtard, Jintong. Le destin romanesque de ces personnages couvre plus de cinq décennies de l’histoire de la Chine, périodes troubles et troublées ;

ou plutôt ils sont traversés par les épisodes historiques et politiques de cette partie du XXe siècle, car ils n’ont aucune prise sur eux, ils sont ballottés par des événements qui retentissent sur leurs vies sans qu’ils puissent les maîtriser en aucune façon.

Si un connaisseur de l’histoire de la Chine peut se repérer, et si le lecteur français se trouve en mesure de dater approximativement le déroulement de l’action, entre 1939 et 1993,

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 avec dans la 7e partie un retour en arrière aux années 1900 à 1938, c’est grâce aux notes fournies par les traducteurs qui donnent quelques jalons. Quant à Mo Yan, il évite de désigner clairement les événements qui surviennent, y compris les changements de régime. Il ne s’attache qu’à leur retentissement et aux conséquences sur la vie quotidienne des gens du peuple dont il évoque l’existence. Car Beaux seins, belles fesses se place délibérément du côté des petites gens, dont Mo Yan est lui-même issu, et plus précisément du côté des paysans, des ruraux, quel que soit leur devenir et leur destin ultérieur. Cette saga chinoise s’occupe de ceux qui subissent l’histoire sans la faire.

 Mo Yan - Wikipedia

Si elle relate les destinées variées de la famille Shangguan, elle inclut aussi des micro-histoires,

des anecdotes, des portraits, qui peuvent tendre au conte, à la nouvelle, tantôt sur un mode réaliste,

tantôt en lorgnant du côté du genre fantastique, tantôt sur un ton grotesque ou bouffon. Car Mo Yan est aussi doué et se trouve aussi à l’aise dans la composition d’un roman fleuve comme Beaux seins, belles fesses que pour l’écriture de textes brefs : son oeuvre littéraire compte d’assez nombreuses nouvelles.

L’une des particularités de l’agencement de Beaux seins, belles fesses, c’est l’indétermination des narrateurs et leur mélange étrange, qui peut rendre la lecture quelque peu malaisée à l’occasion.

C’est ainsi par exemple qu’au chapitre 10 intervient un « je », qui s’avère être le bébé de sexe masculin, qui raconte des événements d’avant sa naissance. D’autres qu’il relate ensuite appartiennent bien à son vécu mais à un âge dont il ne peut guère avoir le souvenir. De même dans la septième partie, qui revient sur le passé de Lushi et la conception de ses neuf enfants, le « je » est clairement inapproprié, puisque Jintong n’était pas né ; or il relate des moments intimes, qu’il n’a pu connaître ni se faire raconter. Comment expliquer ces incohérences, volontaires de la part du romancier ? À chaque lecteur de se faire une opinion : un beau sujet de discussion… Mo Yan multiplie d’ailleurs les sauts du « je » au « il », du narrateur protagoniste au narrateur omniscient, tout au long du roman, comme dans le premier paragraphe du chapitre 52, où sur deux phrases successives, on passe de « je » à « Jintong ». Voir aussi pages 787 ou 795.

Semblablement, le lecteur est parfois transporté d’une époque à une autre, soit dans passé soit dans l’avenir, par des analepses qui prennent une tournure prophétique. Ainsi par exemple l’auteur signale dès la première rencontre de Laidi et Sha Yueliang qu’il deviendra son mari. En bousculant la chronologie et en brouillant les voix narratives, Mo Yan, partagé entre hommage et réprobation, porte un regard subjectif sur un pan d’histoire de son pays, dresse un panorama assez intemporel par la collusion des époques et des moments de vies de ses personnages, somme toute attachants en dépit de leurs défauts, manies, tares, perversions.

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Pour avoir une esquisse d’explication sur le titre du roman, il convient de se reporter à la page 163 et pour la moitié qui concerne les seins, à la page 785, qui manifeste clairement, certes sur un ton de propagande publicitaire et d’éloge ambigu, l’importance de la femme dans l’humanité et dans cette partie du monde qu’est la Chine.

Sur ce point, le texte d’un lecteur attentif, disponible sur Internet, apporte un éclairage roboratif :

voir en PJ.

Dominique JULES

vendredi 22 novembre 2024

Gabriel Fauré : un centenaire réduit au service minimum.

Un homme sans culture, tel un chat sans moustaches, se sent perdu (auteur inconnu).

Ne me parlez plus de ce musicien salonard, de ce moustachu vénérable et neigeux dont les morceaux suscitent des épidémies de bâillements ! Fauré, c'est ce vieux bonhomme barbant, ce parangon de chlorose "Belle-Epoque" où l'on traînasse son spleen ! 















Ah, quel vieux birbe ! Un requiem et puis s'en va, devrais-je écrire. La preuve qui plus est que notre Gabriel Fauré national n'a pas la cote, c'est que d'emblée, dès le 2 mars 2025, Arte va mettre toute la gomme pour célébrer en grande pompe les 150 ans de la naissance de l'auteur du Boléro ! Fauré est un perdant de la culture antérieure, un de plus dirais-je. D'une part, sa tombe au cimetière de Passy, est  difficile à dénicher - comme celle de Debussy - contrairement à la dernière demeure d'Octave Mirbeau. 

D'autre part, avouons-le : j'ai eu beau chercher dans les archives télévisuelles, je n'ai pas trouvé la moindre trace d'un documentaire consacré à Monsieur Fauré postérieur à 1980 ! Ce documentaire, disponible sur Madelen, fut produit par le musicographe Bernard Gavoty, disparu peu après. Bien plus axée sur la culture dite antérieure (scolaire, classique et autres affinités), l'ancienne télévision ne pouvait ignorer la figure fauréenne, lui réservant une place de choix parmi les piliers soutenant le fabuleux palais culturel de la transmission au grand public des grandes oeuvres du patrimoine, de la pensée et de l'esprit. 

Que d'interprètes illustres, femmes et hommes, nous transmirent Fauré durant tout le XXe siècle, par exemple, l'immense pianiste Marguerite Long (1874-1966).

 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/51/Marguerite_Long.jpg

Selon moi, Fauré, c'est d'abord la mélodie et la musique de chambre. Connaissant la propension d'Arte à négliger dans ses programmes de musique classique, toute autre forme que la symphonique ou la lyrique, cela ne m'étonne guère qu'elle ait choisi le seul Requiem pour - maigrement - commémorer notre illustre compositeur. Fauré, c'est l'abandon de l'emphase romantique - son concerto avorté pour violon, partiellement recyclé en son ultime opus, le sublime quatuor à cordes, en témoigne - au profit d'une musique plus subtile, plus dépouillée, moins directe dirais-je, à l'harmonie et à la modalité - oui, l'irruption des modes anciens ! - novatrices sous des couverts d'une manière douce et feutrée. La vieille histoire de la musique de mon père (qui datait de 1945 !) ne s'y trompait pas en estimant que Fauré avait été le premier compositeur menant à la modernité musicale, première étape d'une évolution dont l'art "auditif" moderne était issu. D'aucuns remarqueront que certains aspects du style de Brahms, de ses recherches harmoniques et mélodiques, ainsi que l'évolution radicale du Liszt final peuvent aussi prétendre à représenter cette première étape de la musique moderne ! 

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L'abbé Liszt - qui avait reçu les quatre ordres mineurs de l'Eglise catholique -  côtoyait déjà Satie dans ses compositions tardives, et inspira même Ravel dans ses Jeux d'eau à la villa d'Este de la Troisième année de pèlerinage... D'ailleurs, Liszt fut le mieux commémoré des musiciens classiques par Arte, à l'automne 2011 et il fallut attendre Offenbach et Saint-Saëns pour qu'il en fût à nouveau ainsi et aussi bien ! 

D'ailleurs, l'on peut considérer que le seul hommage de poids à Gabriel Fauré fut rendu par le documentaire Lumière l'aventure continue ! de Thierry Frémaux, sorti chichement - car jamais joué chez moi - le 19 mars 2025. Malgré ces aléas, ce film fit quand même 74 546 entrées au box office (source AlloCiné). Comme le dit le commentaire, Fauré étant considéré comme un contemporain des frères Lumière (même s'il avait près de vingt ans de plus qu'eux), un florilège de sa musique s'imposa pour illustrer cet hommage aux deux pionniers du cinématographe, suite d'une précédente compilation de 2017, Lumière l'aventure commence ! sorti en salles le 25 janvier 2017, et dont le résultat au box office, grâce à une combinaison moins frileuse de salles, fut supérieur à celui de sa suite : 104 850 entrées. 

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Ne laissez pas la mémoire de ce compositeur superbe se perdre à jamais faute d'auditeurs et d'auditrices, sous prétexte que la musique classique n'est plus considérée en ce fatal et navrant XXIe siècle que comme un genre musical élitiste et mineur, noyé dans la masse des autres !  

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Prochainement :  premier article d'une série de trois consacré à Mo Yan, écrivain chinois et prix Nobel de littérature.

 Mo Yan in 2008

vendredi 8 novembre 2024

Le tromblon d'oncle Picsou.

 Ouak ! (cri de détresse supposé de Donald Duck tel que rapporté dans les versions françaises des bandes dessinées italiennes de Mickey Parade)

Image illustrative de l’article Balthazar Picsou   

Dans les vieilles bandes dessinées populaires que je lisais petit, lorsqu'il m'arrivait de délaisser Spirou, Tintin ou Astérix, je jetais mon dévolu sur les Mickey Parade italiens traduits en français, qui comportaient toute une série de récits complets dus à des auteurs anonymes obligés, dans le studio pour le compte duquel ils travaillaient, de signer "Walt Disney". Peu à peu, justice a été faite, et leurs noms ont été révélés, leur oeuvre cataloguée dans des sites spécialisés de la Toile.

Outre les colères proverbiales de Donald, c'était celles de Picsou, son célèbre oncle grigou, qui m'amusaient le plus. Pour les exprimer à l'encontre de son neveu incapable, il usait de l'argument persuasif d'une arme à feu étrange et archaïque : le tromblon ! 

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Le tromblon brandi par oncle Picsou, capable de vous meurtrir gravement avec sa décharge à un coup, se présentait comme une espèce de fusil invraisemblable, droit venu d'on ne sait quel XVIIe siècle parallèle, qui présentait un canon à l'extrémité évasée. Je découvris bien plus tard que le terme tromblon avait deux synonymes, espingole et mousqueton, ceci à la faveur de ma lecture des Trois Mousquetaires d'Alexandre Dumas et de ses suites, Mousqueton désignant le valet de Porthos, fidèle jusqu'à la mort. 

Loin de moi l'idée de m'amuser à marcher sur les brisées de Roland Barthes

 Portrait de Roland Barthes

 et de ses célèbres Mythologies ! Une arme imagée, archaïque et ridicule, une arme de bande dessinée qui ne fait mal qu'en imagination, dont on ignore les dommages réels... Imaginez une décharusage du bâton, de la trique, pire, du martinetge de plomb et de clous dans le postérieur emplumé de Donald Duck ! Voyez la célèbre couverture d'un vieux Mickey Parade, Donald a des ennuis, paru en 1968 et réédité dix ans plus tard. 

Bref, ce tromblon, aussi douloureux au postérieur qu'il soit, n'est pas une arme si méchante ! D'ailleurs, aussi archaïsant qu'il nous paraisse, le tromblon fut le seul instrument belliqueux et répressif dont Picsou usa à l'encontre de sa petite famille en général et de son neveu bon à rien en particulier. il eût pu faire usage du bâton, de la trique, pire, du martinet, autant d'objets synonymes de châtiments corporels d'un autre âge, obéissant à l'adage "qui aime bien châtie bien". Au risque que la censure s'en mêle et taxe Picsou de masochisme mal placé ? 

Bref, ce tromblon du XVIIe siècle ou d'après, n'est pas bien méchant : il prête à rire, loin des armes à feu déjà utilisées sous le règne de Louis XIV redoutables et mutilantes. Picsou et Donald sont des anti-héros sciemment imparfaits, et c'est la raison pour laquelle nous les préférons à Mickey, trop lisse et sans défaut, du moins le Mickey remodelé comme redresseur de tort, bien loin de la souris originelle de la fin des années 1920, beaucoup plus subversive. 

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Dans la bande dessinée franco-belge, un autre monument a connu une évolution similaire : Lucky Luke, loin du cow-boy chanteur et fumeur initial, de 1946, dont nous nous apprêtons à commémorer les 80 ans ! Un affadissement ? Une édulcoration ? Certes, mais pas vraiment.  

Prochainement : Gabriel Fauré : un centenaire réduit au service minimum.

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samedi 19 octobre 2024

Café littéraire : Le Soleil des Scorta, de Laurent Gaudé.

 

Café Littéraire 24 octobre 2024

 

LE SOLEIL DES SCORTA

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 Laurent Gaudé, auteur Français, nous livre une fresque familiale Italienne ensoleillée, de 1875 aux années 80. Sur le massif de Gargano, dans la région des Pouilles, le soleil brille et brûle.

 Image illustrative de l’article Le Soleil des Scorta

 Les personnages aussi, peuvent être arides.

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 Tantôt vauriens pour devenir riches ; puis, pauvres avec la seule force du clan, pour affronter leur destinée. Nous sommes en Italie, alors les curés successifs tiennent une place moralisatrice. Au cours de différents tableaux, ce roman aborde entre autres : la rancœur, la vengeance, la rumeur, la malédiction, la vindicte populaire, l’exclusion, l’exil, la puissance de la fratrie, l’amitié indéfectible et l’honneur, à défendre à n’importe quel prix. Autant de sujets à discuter ensemble.

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Sylvie Rétat

samedi 5 octobre 2024

Le catéchisme des Pieds Nickelés.

 Autrefois - par exemple, le catéchisme impérial napoléonien - l'enseignement religieux catholique des enfants s'effectuait sous la forme de manuels de questions-réponses. 

Illustration. 

Pour évoquer d'anciennes figures populaires de la bande dessinée française, j'ai décidé d'utiliser la même formulation.

Question : qu'est-ce que les Pieds Nickelés ? 

Réponse : une bande dessinée. 

Question : qui sont les Pieds Nickelés ? 

Réponse : trois personnages masculins : Croquignol, Ribouldingue et Filochard.

Question : quelles sont les caractéristiques physiques et signes particuliers des Pieds Nickelés ? 

Réponse : Croquignol est roux et glabre avec un long nez (de fait, il est mal rasé) ; Ribouldingue porte la barbe ; Filochard est borgne de l'oeil droit et arbore une petite moustache carrée. Chacun n'a plus que quelques dents.

Les Pieds nickelés — Wikipédia 

Question : que signifie leur nom ? 

Réponse : il s'agit d'une expression signifiant : ceux qui ne sont pas portés sur le travail, donc, des paresseux. Soit les pieds sont trop précieux, nickelés, pour qu'on les abîme. Soit encore, il s'agirait de pieds niclés, atteints de rachitisme. Enfin, on attribue l'invention de l'expression à Tristan Bernard dans une de ses pièces, à moins que les éditeur de la série, les frères Offenstadt, aient suggéré le nom. les avis sont partagés.

Question : quelle est alors la profession des Pieds Nickelés ? 

Réponse : il s'agit d'escrocs, de filous, qui vivent de combines.

Question : qui est le père graphique des Pieds Nickelés ?

Réponse : Louis Forton (1879-1934), dessinateur et scénariste.

Question : quand naquirent les Pieds Nickelés ?

Réponse : le 4 juin 1908.

Question : où leur bédé fut-elle publiée ? 

Réponse : dans L'Epatant, qui parut de 1908 à 1939.

Question : qui reprit les Pieds Nickelés après la mort de Louis Forton ? 

Réponse : René Pellos (1900-1998), entre 1948 et 1981.

Question : en quoi René Pellos fut il un auteur important du 9e art ? 

Réponse : du fait qu'il est un des rares auteurs de bandes dessinées français à s'être, dès l'avant-guerre, aventuré dans la science fiction avec Futuropolis créée en 1937 sur un scénario de Martial Cendres, pseudonyme de René Thévenin (1877-1967). Cette bédé pionnière (la première en France) parut dans Junior en 1937-1938.

René Pellos - Babelio 

Question : notre série a-t-elle bénéficié d'une adaptation cinématographique au même titre que Bécassine ou Bibi Fricotin ? 

Réponse : oui, d'abord par Marcel Aboulker (1905-1952) avec Les Aventures des Pieds-Nickelés (1948) et Le Trésor des Pieds-Nickelés (1950), ensuite en 1964 par Jean-Claude Chambon sous le simple titre Les Pieds nickelés.

   

Question : quels furent les trios d'acteurs engagés dans ces aventures filmées ?

Réponse : dans Les Aventures des Pieds-Nickelés, Il s'agit de Rellys (Croquignol),

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 de Robert Dhéry (Filochard) et de Maurice Baquet (Ribouldingue). Dans Le Trésor des Pieds-Nickelés, Jean Parédès reprend le rôle de Filochard. Enfin, dans la version de 1964, Les Pieds nickelés, Charles Denner joue Filochard, Michel Galabru Ribouldingue et Jean Rochefort Croquignol. 

Question : quels ont été les autres dessinateurs de la série ? 

Réponse : à la mort de Louis Forton, en 1934, et avant Pellos en 1948, deux repreneurs de la série sont à signaler : Aristide Perré (1888-1958) de 1934 à 1938 puis Albert Bader jusqu'en 1940. Pierre Lacroix (1912-1994), le bien connu auteur de Bibi Fricotin, remplaça Pellos le temps de trois albums en 1953-1954. A la retraite de Pellos en 1981, Jacarbo, Serge Saint-Michel et Jicka se succèdent. Puis, les auteurs ayant tâté des Pieds Nickelés deviennent nombreux entre la fin des années 1980 et maintenant et il m'est impossible de vouer ce texte à une exhaustivité fastidieuse s'étendant jusqu'en 2024 ! Signalons toutefois la parution en 2010 d'un ouvrage collectif intitulé Les nouveaux Pieds aux éditions Onapratut avec une foultitude de dessinatrices et de dessinateurs dont Laurel, O'Groj, Obion, Olivier Schwartz, Al Séverin, et même des vétérans comme Hardy, Walthéry et Wasterlain, preuve s'il en est que cette bédé de plus d'un siècle nous parle encore aujourd'hui ! Signalons enfin que durant la première guerre mondiale, il arriva que Louis Tybalt, mort en 1940 remplaçât Forton.    

Prochainement : un café littéraire sera consacré au Soleil des Scorta de Laurent Gaudé

dimanche 8 septembre 2024

Ces écrivains dont la France ne veut plus 46 : Madame d'Aulnoy.

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O tempora ! O mores ! (Cicéron, première Catilinaire).

Les amatrices et amateurs de contes de fées ont la fâcheuse tendance de mettre toujours en avant les mêmes auteurs : Andersen, les frères Grimm, Charles Perrault. 

Cependant, Marie-Catherine Le Jumel de Barneville, baronne d'Aulnoy (1652-1705) fut l'exacte contemporaine de Perrault, mais on parle bien moins d'elle ! Autrefois - il y a près d'un demi-siècle - les éditions François Beauval, spécialisées dans la vente par correspondance, proposaient Les Fées à la mode de Madame d'Aulnoy. Plus tard, les éditions de poche Folio classique proposèrent en leur catalogue les contes de fées de l'intéressée, en un volume, et, en une édition plus économique à 2 € La Princesse Belle Etoile et le prince Chéri. C'est mieux que rien.

Les Fées à la mode, parues en 1698, fut la première oeuvre de Madame d'Aulnoy dont j'eus connaissance, à l'âge de 11 ans. 

Cette écrivaine, qui tint salon à la fin du XVIIe siècle, eut une vie bien plus intéressante que ce qu'on pourrait penser. Comme toutes les jeunes filles de condition de son temps, chose critiquée par Molière, elle fut contrainte au mariage en 1666, à l'âge de 14 ans, avec François de La Motte, baron d’Aulnoy en Brie, fils de Jean de La Motte de Lucière. C'était, on le devine, un barbon, de plus de vingt ans son aîné, et un ivrogne, coureur et débauché notoire ! 

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Inutile de nous appesantir sur le complot fomenté contre ledit mari, en 1669, qui le fit embastiller (il finira par être relâché). De cette cabale rondement menée, il ressort que Monsieur d'Aulnoy aurait été un amant probable de César de Vendôme (1594-1665), fils naturel de Henri IV, valet à son service, comploteur notoire (par exemple, la cabale des importants de 1643), dont l'homosexualité servit ses ennemis. A noter que le duc de Beaufort, le fameux "roi des Halles" de la Fronde, que d'aucuns autrefois considérèrent comme un possible "masque de fer", était un des fils dudit César !

 César de Vendôme âgé. 

L'affaire du complot se retourna contre les partisans de la baronne d'Aulnoy qui furent condamnés à la décapitation.  Elle même ne dut son salut qu'à une fuite rocambolesque et un exil à travers l'Europe (Flandres, Angleterre, Espagne), ne revenant définitivement en France qu'en 1685. 

Après cette phase agitée de sa vie, Madame d'Aulnoy s'assagit. Personnage digne d'intéresser tous les Alain Decaux en herbe, elle choisit de mener une vie retirée au réputé faubourg Saint-Germain à compter de 1690, y tenant même salon. Amie de Saint-Evremont,

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qui fut, au risque de l'oxymore, à la fois moraliste et libertin, notre baronne accueillit tous les beaux esprits féminins de son temps : Antoinette des Houlières et sa fille Antoinette-Thérèse, Henriette-Julie de Castelnau de Murat, Marie-Jeanne L'Héritier de Villandon et la princesse de Conti. C'est donc en 1690 que débute la carrière littéraire de l'intéressée, avec par exemple les estimés Mémoires sur la cour d'Espagne. Ce fut une pionnière, qui devança Perrault en la matière, puisque son premier conte de fées se trouve inséré dans L'Histoire d'Hippolyte, comte de Douglas, en 1691, sous le titre L'Île de la Félicité. Ce texte contribue à lancer la mode des contes, avant ceux de ma mère l'Oye  de Charles Perrault, datés de 1697.

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Il serait difficile d'envisager qu'il s'agissait d'une mise en concurrence des autrices et auteurs de contes de fées.  A l'aune de leur succès, qui ne se démentit pas, on ne peut, à proprement parler, inventer la notion de "marché concurrentiel" du genre. Ce serait un anachronisme grossier, une manière de vouloir faire cadrer à tout prix le passé avec le présent, comme on le fait par trop de nos jours. Toujours fut-il que Madame d'Aulnoy multiplia les récits féériques, souvent teintés de préciosité, à cause de l'emploi de néologismes à la manière de La Fontaine. 

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Cette notoriété la servit : elle fut la septième femme admise à l'Académie des Ricovatri de Padoue, sous le surnom de Clio, muse de l'Histoire,  mais aussi de "l'éloquente". Madame d'Aulnoy, comme tant d'autres écrivaines, fut la victime d'une histoire de la littérature, écrite par des hommes, qui, en particulier au sujet du Grand Siècle, mit en avant la constellation des génies masculins du classicisme louis-quatorzien, à l'exception toutefois de Madame de La Fayette. Les contes de Madame d'Aulnoy furent dès lors considérés comme des oeuvres de second plan, bien qu'elles fussent de temps à autre rééditées. 

Avec le recul, il est donc dommageable que l'autrice de Finette Cendron ou de La Biche au bois - inclus dans le recueil de 1698 Les Fées à la mode que je lus à l'âge de onze ans grâce aux éditions François Beauval - ait été éludée, victime de ce que d'aucunes au XXIe siècle appellent le patriarcat, qui a sévi non seulement en littérature, mais dans les sciences, la musique et les beaux-arts ! A son décès, le 14 janvier 1705, Madame d'Aulnoy entama un long purgatoire, une traversée du désert posthume, certes commune à de nombreux artistes et écrivain(e)s, mais aggravés par son sexe ! 

Prochainement : le catéchisme des Pieds Nickelés.

Les pieds nickelés tels qu'illustrés par L. Forton