jeudi 12 juillet 2018

Alan Bridges, cinéaste maudit ?

Je souhaite débuter ce texte par des préliminaires iconographiques. Il s'agira d'une comparaison entre deux affiches de films. Cela certes déjà été fait en 1990, et je dois confesser que c'est cette même comparaison, parue alors dans le mensuel de cinéma Première, qui m'imposa d'acquérir la VHS de l'unique film d'Alan Bridges que j'ai pu voir à ce jour : La Méprise  (The Hireling) (1973) palme d'or ex-aequo avec L'Epouvantail de Jerry Schatzberg. La cassette du film d'Alan Bridges parut d'ailleurs dans une collection consacrée aux palmes d'or chez un éditeur aujourd'hui disparu : Fil à Film, qui déposa le bilan en 1993. 
Première effectua un rapprochement entre l'affiche de  La Méprise et celle de Miss Daisy et son chauffeur de Bruce Beresford, qui venait de sortir en salles, leur trouvant une similitude troublante.
http://fr.web.img6.acsta.net/r_1280_720/newsv7/16/05/09/14/46/4093090.jpg 

 http://fr.web.img6.acsta.net/c_215_290/pictures/18/05/03/09/48/2553860.jpg 
Ce qui unit les deux affiches, c'est le rétroviseur intérieur, sinon, les différences sautent aux yeux.
Né le 28 septembre 1927 à Liverpool, comédien de formation à la prestigieuse Royal Academy of Dramatic Art (RADA), d'où sortit, par exemple, un de ses contemporains tout autant décrié par la critique française, Richard Attenborough (1923-2014), mais aussi scénariste et enfin réalisateur, y compris de téléfilms (ce qui n'est pas selon moi, déshonorant), Alan Bridges fut un enterré vivant du cinéma, notamment dans l'Hexagone. Il fut promptement occulté par les nécrologies françaises, notamment celles du Monde quand il passa de vie à trépas le 7 décembre 2013. On le considéra comme un sous James Ivory d'un académisme puant. On voua aux gémonies sa palme d'or usurpée, imméritée... On comprend la raison pour laquelle l'intégralité de la filmographie d'Alan Bridges demeure invisible à la télévision.
Je me contenterai d'une liste succincte d'oeuvres, excluant les créations télévisuelles de l'intéressé (dont une adaptation des Misérables remontant à 1967, contemporaine des Habits noirs de l'ORTF, qui firent autant date que Rocambole trois ans auparavant). On constatera à cette liste que les réalisations d'Alan Bridges furent peu abondantes (moins que celles de James Ivory, auquel on peut le comparer) et qu'il jeta précocement l'éponge, peu après le sabordage de La partie de chasse. La liste de la base de données du site IMDb s'avère plus complète que celles fournies par les articles anglais et français de Wikipedia. Il est intéressant de noter que Frank Finlay interpréta Jean Valjean dans les misérables. Après deux galops d'essai avec un polar Act of murder (1964) et une série B de science-fiction, Invasion en 1965, Alan Bridges continua de se vouer essentiellement à la télévision, où il officiait depuis 1961 dans des séries (parfois en tant qu'auteur d'un seul épisode) et des adaptations littéraires en costume dont je ne puis juger de la qualité, vu qu'elles sont tout aussi invisibles que le reste. Act of murder semble être une exploitation en salles de l'épisode des adaptations d'Edgar Wallace qu'il tourna. On peut considérer La Méprise en 1973 comme le premier film de cinéma sérieux d'Alan Bridges, bénéficiant d'emblée d'une sélection cannoise. Malheureusement, ce film ne sera suivi que de cinq autres :
- Out of season (1975) ;
-  Age of innocence (1977) ;
- La petite fille en velours bleu (1978) ;
- Le retour du soldat (1982) ;
- La partie de chasse (1985).
 http://images.cinefil.com/movies/220360_196x294.jpg
Un dernier projet, Apt pupil (une adaptation de Stephen King ! ) fut abandonné.
De fait, peut-être que le désintérêt français envers Alan Briges peut s'expliquer par le mépris exprimé envers celles et ceux qui oeuvrent avant tout en tant que "téléastes".
Qu'en est-il à la parfin de cette fameuse Méprise  dont désormais tout le monde se gausse ?  Il s'agit d'une adaptation littéraire d'un roman de Leslie Poles Hartley (1895-1972), inconnu au bataillon chez nous. Il est amusant de savoir qu'un autre de ses romans, The Go-Between (Le Messager) fut adapté deux ans auparavant par Joseph Losey et reçut également la palme d'or... De là à faire de cet auteur une machine à palmes... Adonc, nous avons Lady Franklin (Sarah Miles), une aristo veuve et dépressive, dans les années 1920-1930 et son chauffeur de maître à la Rolls superbe, Steven Lebdetter (le fameux Robert Shaw, décédé prématurément à la fin des années 1970). Il y a les rapports maître-serviteur, le fossé social d'un monde anglais so british et archi hiérarchisé et corseté, les non-dits amoureux (le chauffeur aime sa maîtresse mais ne peut assouvir cet amour impossible du fait de sa naissance humble), la névrose etc. Un monde d'après première guerre mondiale, d'avant l'Etat Providence, encore sous l'emprise des pesanteurs victoriennes qui commencent toutefois à se fissurer timidement. La Méprise est un film d'atmosphère, d'ambiance, de non-dits, de silence, de sentiments inavouables. Steven est un mâle, une brute au coeur tendre, un ancien boxeur (une séquence géniale de noble art vaut le détour dans ce film remarquable désormais ignoré pourtant digne du meilleur Ivory). Lady Franklin doit se remarier avec un officier : elle repousse les avances de Steven, fossé de classe oblige. Le chauffeur préfère noyer sa déception dans l'alcool et choisit le suicide symbolique et lourd de sens de la Rolls qu'il fracasse contre un mur, détruisant du même coup le garage. Tout cela a fait un film injustement oublié et invisible...
  https://i.pinimg.com/originals/79/4f/04/794f04dcb90e56d39844a692e4cab49e.jpg 

samedi 30 juin 2018

Ces documentaires que Télérama oublie souvent de critiquer.

O tempora, o mores ! (Cicéron : Catilinaires)

Qui aime bien, châtie bien. (adage traduit du latin)

Je souhaite déboulonner toutes ces statues officielles iconiques, comme j'aime à éreinter ces médias officiels ayant pignon sur rue, lorsqu'ils expriment ce que je réprouve et véhiculent des idées reçues médiocres. (le Polémiste Inconnu du XXIe siècle).

 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/d/d4/Karl_Marx_001.jpg/260px-Karl_Marx_001.jpg
Un sur trois... Ainsi pourrais-je résumer la manière dont Télérama, ce magazine culturel et télé tracassier, a traité l'ensemble du triptyque documentaire qu'Arte consacra fin avril-début mai 2018 à Karl Marx. Trois documentaires ou docu-fictions ! C'est inespéré et merveilleux lorsque l'on sait que Claude Debussy dut se contenter d'Arte concerts en ligne et de trois minutes dans un documentaires sur les impressionnistes et le japonisme ! Pour Charles Gounod, dont le bicentenaire de la naissance eût dû occuper nos a-médias (ah, combien ce préfixe privatif est justifié depuis 1986 !), ce fut bien pis : Arte concerts seule, et basta ! Si Karl Marx avait été français, Arte n'aurait rien fait sur lui... 
Adonc, la chaîne autrefois de référence des alternatives au PAF putréfié issu du 16-mars 1986, proposa un trio documentaire bienvenu commémorant le bicentenaire de la naissance du philosophe-économiste, né à Trèves le 5 mai 1818. Il s'agissait de : 
- Karl Marx penseur révolutionnaire, docu-fiction de Christian Twente (diffusion le 28 avril 2018 à 20h50) ;
- De Marx aux marxistes, documentaire de Peter Dörfler (diffusion le 28 avril 2018 à 22h20) ; 
- Le phénomène Karl Marx,  documentaire de Torsten Striegnitz et Simone Dobmeier (diffusion le 2 mai 2018 à 22h20).
Remarque n° 1 : aucun de ces documentaires n'était français, ce qui ne fait que renforcer le fossé entre la partie française d'Arte et sa partie allemande, la partie française ayant de plus en plus tendance à restreindre la place du passé antérieur (non XXe-XXIe siècles) dans ses programmes, place désormais réduite à quelques figures consensuelles culturo-basiques comme Rodin, Delacroix ou les impressionnistes.
Remarque numéro 2 : seul le premier de ces documentaires eut droit à la première partie de soirée, ce qui confirme que Marx est un sujet trop ardu, non générateur d'audience, en une chaîne désormais aussi contaminée par l'audimat que les autres. 
Remarque numéro 3 : ce même documentaire-fiction, avec l'excellent Mario Adorf
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/9/9f/Mario_Adorf_%28Berlin_Film_Festival_2011%29.jpg/200px-Mario_Adorf_%28Berlin_Film_Festival_2011%29.jpg
  dans le rôle du père du marxisme, fut le seul du triptyque "marxien" d'Arte à avoir droit à un article critique (et bon) dans Télérama.
Remarque numéro 4 : des signes de résistance culturelle à la médiocrité se multiplient sur le net, en particulier sur des plates-formes vidéos que je ne nommerai pas, que les inquisiteurs de la chasse à l'illégalité "auteuriste" ne parviennent plus à réprimer, interdire, parce qu'intimement, ces mêmes inquisiteurs savent à quel niveau mainstream chébran la culture générale est en train de tomber. Conscients de cette médiocrité culturelle dans laquelle nous sombrons, ces "résistants" d'un nouveau genre essaient, comme Cassiodore au VIe siècle, de sauver, préserver ce qui peut encore l'être : ils et elles mettent massivement en ligne gratuitement, au grand dam de nos juristes spécialisés dans la propriété intellectuelle, toutes les archives culturelles (en particulier philosophiques et littéraires) de l'Ina et de France culture. Ces cyber Cassiodore
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/a/a0/Gesta_Theodorici_-_Flavius_Magnus_Aurelius_Cassiodorus_%28c_485_-_c_580%29.jpg/640px-Gesta_Theodorici_-_Flavius_Magnus_Aurelius_Cassiodorus_%28c_485_-_c_580%29.jpg?1530649764196
 ne sont pas pour moi des hors-la-loi, loin s'en faut. Ils et elles ne font qu'exprimer un ras-le-bol culturel vis à vis des médias institués abandonnés à la chébrantude. Je les applaudis avec chaleur.
J'ajouterai une remarque supplémentaire : en visionnant, par exemple, les vidéos de la défunte émission Un siècle d'écrivains, je réalise d'une part qu'en 2018, un projet similaire serait impossible à entreprendre, y compris sur Arte, et d'autre part, que la perte de Bernard Rapp, qui dirigea cette collection éminente, représente une catastrophe culturelle irrémédiable. Il est singulier de constater la coïncidence, la concomitance, entre le décès de Bernard Rapp, survenu le 17 août 2006 et le virage pop d'Arte avec les summer of... 
Pour en revenir au traitement critique partiel (et partial ?) des documentaires par  Télérama (que je continue de lire, tant le reste de la presse tourne au torchon facho ou people) et refermer cette parenthèse digressive, multiplions les exemples. 
Si vous achetez chaque mercredi cet hebdo culturel-télé, et que vous vous attardez aux articles consacrés aux programmes, vous constaterez, par exemple, que Télérama oublie presque systématiquement de consacrer la moindre ligne aux documentaires scientifiques ou archéologiques que France 5 diffuse le mardi soir. Mépris ? Manque de temps des rédacteurs-trices journalistes qui vont au plus pressé et à ce qu'ils ou elles jugent plus familier ? 
Les choses deviennent plus graves avec le documentaire qu'Arte a consacré à l'expo du Musée d'Orsay sur les pays baltes, pour le centenaire de leur indépendance. Quoiqu'il fût remarquable, notre hebdo s'en ficha comme d'une guigne. Diffusé mi avril, ce film, d'une haute qualité, s'intitulait Les Âmes baltes, et rendait compte avec brio de cette exposition en cours au Musée d'Orsay, véritable découverte dépaysante faisant pour une fois réellement avancer notre connaissance en Histoire de l'Art. Quand on veut l'excellence, on le peut.
https://static-cdn.arte.tv/resize/uWwUuOXm0y2LfAI5fh0bQcg44mI=/1920x1080/smart/filters:strip_icc()/apios/Img_data/1/078723-000-A_2393962.jpg   
Télérama, hélas, tend à récidiver parfois dans son silence sur d'autres docus d'art non contemporain. Fait tout autant impensable, alors qu'il s'agit d'un de nos peintres fétiches les plus populaires, Télérama n'a pas pipé mot du documentaire de la Galerie France 5 Le dernier Monet, les nymphéas et l'Amérique, diffusé le dimanche 22 avril 2018, en lien avec l'exposition du Musée de l'Orangerie Nymphéas. L’abstraction américaine et le dernier Monet.
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/7/72/Nymph%C3%A9as_reflets_de_saule_1916-19.jpg/250px-Nymph%C3%A9as_reflets_de_saule_1916-19.jpg
 Incroyable mais vrai ! Je pourrais aisément multiplier les exemples hebdomadaires, et je finirais par me perdre en cours de route. Tous ces constats multipliés indéfiniment illustrent le déclin culturel continu - pas ici celui de la télévision, mais celui de nos journalistes de presse qui ne sont plus capables de remarquer l'émission importante au profit des infinis copiés-collés critiques consacrés parfois à la trentième ou quarantième diffusion en moins d'un demi-siècle d'un même film pseudo-classique du cinéma . Pire que l'éternel retour ou le temps cyclique des Mayas !
Télérama cautionne ainsi les absences criantes d'émissions sur Octave Mirbeau (pour en revenir à un sujet non pas éculé, mais typique de notre état culturel), Claude Debussy, Lili Boulanger
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/d/da/Lili_Boulanger_1.jpg/220px-Lili_Boulanger_1.jpg
 ou Charles Gounod ou encore sur les révolutions de 1848. Non seulement, la rédaction de cet hebdo qui baigne dans la post-culture issue des destructions iconoclastes des zélotes ultras de Pierre Bourdieu (qui n'a jamais écrit qu'il fallait cesser de transmettre la culture antérieure) trouve tout à fait normale la non initiative du service public et d'Arte dans ces domaines-là, mais elle ne se pose même pas la question de la gravité devenue ordinaire de tels faits. A moins que Télérama applique les écrits de George Steiner à la lettre : pourquoi parler encore d'une culture "classique" qui fut impuissante à prévenir la Shoah ?
Je passe le cas particulier de Stéphane Bern et de ses Secrets d'Histoire, souvent vilipendés, quelquefois tolérés (c'est le cas du prochain Blanche de Castille).

Prochainement : Alan Bridges, cinéaste maudit ?

https://assets.mubi.com/images/cast_member/100996/image-w240.jpg?1471307869

samedi 16 juin 2018

Ces écrivains dont la France ne veut plus 24 : Germaine Acremant.

Les mois d'août et septembre 1986 furent parmi les plus catastrophiques sur le plan du traitement télévisuel des nécrologies de personnalités. Le système était en cours de basculement dans le PAF ultra commercial, et le traitement des infos lors des pseudo-messes de 20 heures commençait à grandement en souffrir, notamment dans l'international, la culture, et les décès de personnes plus ou moins connues. Depuis les élections législatives de mars, la préférence pour les morts les plus médiatiques ou jugés comme tels prenait chaque jour davantage le dessus, condamnant à la suppression des fameuses brèves nécrologiques (annonce rapide du décès avec nom, âge, fonction de la personnalité et photo d'archive) dont, par exemple, avait bénéficié l'académicien André Chamson en 1983. 
La moisson d'août-septembre 1986 fut conséquemment scandaleusement maigre, se réduisant, pour le premier mois, à deux annonces le tout dernier jour (l'ancien président de la République finlandaise Uhro Kekkonen
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/e0/Urho-Kekkonen-1977.jpg
 et le sculpteur britannique Henry Moore) et pour le second à Jacques Henri Lartigue,
https://www.babelio.com/users/AVT_Jacques-Henri-Lartigue_8639.jpeg
 le fameux photographe et... au frère d'Alain Prost, le pilote de formule 1, décès inapproprié, d'ordre strictement privé et familial ! Il est vrai que l'impétrant était un ami et soutien du premier ministre de l'époque...
Or, à cause de cette dénécrologie aninformationnelle désormais instituée, de ce touchage de fond, trois écrivains furent justement escamotés par nos anti-infos télé en août 1986 : Raymond Abellio,
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/f/f8/Raymond_Abellio.jpg/220px-Raymond_Abellio.jpg
 Joyce Mansour
https://s1.lemde.fr/image/2014/12/04/534x0/4533948_7_4453_2014-12-02-93037f4-1514-2ll2rv_038fa63c46fcbda0082dcb05a8aa3188.jpg
 et Germaine Acremant. C'est de cette dernière que je compte vous parler aujourd'hui. 

Germaine Acremant, justement décédée à Neuilly-sur-Seine dans l'indifférence terminale le 24 août 1986, était née à Saint-Omer le 13 juin 1889. On tend à la considérer abusivement comme l'auteure d'un seul livre : Ces Dames aux Chapeaux verts publié en 1922. 
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/56/Germaine_Acremant.jpg           

 
Paradoxe : Germaine Acremant n'acquiert quelque importance qu'en lien avec sa non-importance dans l'histoire de la littérature.
Elle renforce le préjugé selon lequel les femmes écrivains  seraient en majorité des écrivaines mineures ne méritant pas qu'on s'attarde sur elles. Elle serait morte avant le 16 mars 1986 que sa disparition eût été annoncée à la télévision, telle Madame Simone
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/f/fb/Simone_le_Bargy.jpg/260px-Simone_le_Bargy.jpg
 décédée l'année précédente tout comme Paul Géraldy, parti en 1983,
 https://www.babelio.com/users/AVT_Paul-Geraldy_4306.jpeg
 autre auteur mineur qui eut la "chance" de nous quitter avant l'effondrement du traitement des nécrologies aux actualités. Le 16 mars 1986 fut donc néfaste en tout pour la mémoire des morts mineures ou minorées.
Si Jean Tourane,
 https://www.babelio.com/users/AVT_Jean-Tourane_45.jpg
 le père de Saturnin le canard, anticipa le mouvement des dénécrologies (puisqu'il nous quitta dès le 24 mars 1986, dans l'indifférence), ce phénomène s'accentua et devint flagrant dès le mois de juin suivant, avec les omissions du compositeur Maurice Duruflé, du grand historien de l'Antiquité Moses Finley et du documentariste Mario Ruspoli, auquel on devait pourtant un encore récent (à l'époque) et remarquable documentaire en quatre parties, qui fit alors date : L'Art au Monde des Ténèbres (1983).
 https://img.lemde.fr/2016/09/19/56/787/703/468/534/0/60/0/be84d03_12328-1dlx66o.jpg
Mais revenons à Madame Acremant, quelle que soit sa "non-importance" littéraire... Le succès de Ces Dames aux Chapeaux verts, lors de la parution du roman en 1921 fut indiscutable et procura quelque notoriété à l'auteure qui fut récompensée par la Société des Gens de Lettres et reçut aussi le prix Nelly Lieutier. Edité chez Plon, comportant 300 pages, il s'agit d'une satire de la vie de province. Germaine Acremant se moque de sa ville natale, Saint-Omer, dans le Pas-de-Calais. Certaines personnes crurent se reconnaître parmi les personnages. Le récit est au présent de narration, comme par exemple Claudine à l'école de Colette et Willy et Le Voleur de Georges Darien. Certains objecteront que la satire est gentillette, que Germaine Acremant n'a pas le talent de Colette et l'acidité de Georges Darien, et surtout qu'il s'agit d'une écrivaine démodée et surannée dont ils n'ont pas à se soucier outre mesure. Quand on prend la peine d'effectuer des recherches sur Germaine Acremant, on se rend compte qu'on ne peut la réduire à ces seules Dames aux Chapeaux verts, même si le succès de ce roman suscita plusieurs adaptations au cinéma, au théâtre ou même à la télévision (en 1979 avec Odette Laure et Micheline Presle dans la série Les Amours de la Belle Epoque).
Germaine Acremant sut décrire cette bourgeoisie de province étriquée du Pas-de-Calais, un monde qui, comme celui de Marcel Proust, courait vers sa disparition et dont la désuétude, la déréliction, voire la fossilisation, à l'orée des années folles, était déjà flagrante. Comme Willy au début de la carrière de Colette, son époux Albert Acremant (1882-1942), qui collabora avec Vincent Scotto,
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/7/7b/Vincent_Scotto_02.jpg/220px-Vincent_Scotto_02.jpg
 fut une sorte de co-auteur, ce qui cependant n'ôte pas le mérite de sa femme. Tous deux tirèrent du roman une comédie à succès.
Par ailleurs,  Germaine Acremant ne cessa pas d'écrire, presque jusqu'à son dernier souffle, publiant une trentaine d'ouvrages de La Hutte d'Acajou en 1924 au Monsieur de Saint-Josse (1983), en passant par Gai ! Marions-nous ! qui obtint le prix national de littérature en 1927 et la suite de ces "Dames", Chapeaux gris, chapeaux verts (1970 : il fallait être culotté pour imaginer une suite à un roman déjà daté en pleine France pompidolienne post-mai-68 !). Toutefois, Madame Acremant ne retrouva jamais le succès de son premier livre. Elle passa sa carrière littéraire à inlassablement ressasser le tableau de cette France du Nord, de Saint-Omer,
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/a9/Rue_saint_bertin_saint_omer.jpg
 d'Etaples, de Boulogne, du Touquet, de la Flandre proche et de l'Artois, sans jamais innover par sa plume tout en conservant son humour.
Il est des écrivain(e)s d'un temps, d'un lieu et des écrivain(e)s de tous les temps, voués à l'éternité et à l'universalité. Ne négligeons pas les premiers... Ils et elles peuvent receler des perles littéraires...

Prochainement : ces documentaires que Télérama oublie souvent de critiquer.                                                                         

samedi 2 juin 2018

Ces peintres dont on ne veut plus 4 : Fantin-Latour.

S'il faut que je dissimule ces vérités, qu'on m'apporte la ciguë. (Robespierre)

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/c/ca/Henri_Fantin-Latour%2C_autoportrait.JPG/220px-Henri_Fantin-Latour%2C_autoportrait.JPG

Heureusement qu'il existe des ressources vidéo sur Internet lorsque notre télé défaille et s'oublie, sans parler de la presse écrite pas toujours présente non plus... Je salue ici le travail de la chaîne You Tube Scribe Accroupi, qui permet d'avoir un petit aperçu de quelques minutes (en 2 D, hélas !) des expositions négligées par nos a-médias, chaîne du net qui pallie l'absence des caméras des chaînes officielles de l'ex étrange lucarne en tel ou lieu culturel emblématique non axé sur le tout contemporain. Ainsi, grâce à Scribe Accroupi, j'ai pu goûter aux expos tant dénigrées du Louvre Lens sur les frères Le Nain ou Charles Lebrun, mais aussi à cette fameuse rétrospective monographique sur Henri Fantin-Latour (1836-1904), rétrospective qui se tint au musée du Luxembourg sous le titre Fantin-Latour à fleur de peau du 14 septembre 2016 au 12 février 2017. Le site du musée du Luxembourg a judicieusement mis l'accent sur le fait qu'il s'agissait là de la première exposition importante consacrée à ce peintre depuis...celle de référence des Galeries nationales du Grand Palais en 1982 !  Le documentaire de la collection "Les Grandes Expositions" qui traita de Fantin au Grand Palais n'est disponible que pour les professionnels de l'audiovisuel ou les chercheurs sur Ina MEDIAPRO.
Il est inutile de rappeler (ceci étant une litote) combien nos a-médias s'empressèrent fort peu de rendre compte de l'événement du musée du Luxembourg (certes, il y eut un hors série Découvertes Galllimard) : beaucoup firent l'impasse, d'autres comme Télérama lui accordèrent une attention médiocre et une note faible, car, pour cet hebdomadaire tracassant, Fantin n'est qu'un peintre rébarbatif et répétitif, qui a trop exécuté des oeuvres florales de commande. Autre fait significatif du désamour dont il souffre : rien n'eut lieu en son honneur en 2004 à l'occasion du centenaire de sa disparition (rien non plus en 2003 sur Pissarro, considéré comme trop anarchiste et qui dut patienter jusqu'en 2017 pour que nos institutions muséales se penchassent enfin sur son cas passionnant). Une fois, j'entendis à la télé (quelle chaîne ?, je ne sais plus) un jugement péremptoire qualifiant Henri Fantin-Latour de peintre académique, jugement qui se répéta à l'encontre de Maurice Denis sur lequel je compte un jour revenir dans cette série d'articles. 
En 1982 puis dans la première mouture du musée d'Orsay, il n'était point question de rattacher Fantin à l'académisme des Gérôme, Cabanel, Bouguereau, Meissonier ou Laurens.  Depuis les années 1980, on a dévalué, déclassé Fantin et sa présence à Orsay a été réduite et dispersée, comme j'ai pu le constater de visu en 2012.  Les premières années d'Orsay, Fantin-Latour avait droit à des salles à lui seul... Outre les portraits de groupes bien connus, la famille Dubourg y était particulièrement mise à l'honneur.
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/ce/The_Dubourg_Family_by_Fantin-Latour.jpg
C'est simple : on ne peut évoquer Fantin qu'allusivement dans les documentaires consacrés à Delacroix à cause de son fameux Hommage tout comme Baudelaire devenu lui-même allusif dans l'allusion à Fantin via le grand peintre orientaliste engagé. 
En ce cas, tout documentaire sur Paul Cézanne devrait allusivement évoquer Maurice Denis par le truchement de son Hommage.
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/2/23/Maurice_Denis_Homage_to_Cezanne_1900.jpg/1200px-Maurice_Denis_Homage_to_Cezanne_1900.jpg
J'aime particulièrement Fantin-Latour à cause de sa belle-soeur Charlotte Dubourg, dont je fis une héroïne de roman dans Aurore-Marie ou une étoffe Nazca (e-book paru en 2013 aux éditions de Londres : livre à recommander). En outre, le musée des Beaux-Arts de Lyon possède une toile remarquable, La Lecture, qui m'a fourni l'argument de départ de mon livre.
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/01/Charlotte_Dubourg_par_Fantin-Latour.jpg 

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/5d/Fantin-Latour-La_Lecture-Lyon.jpg
La question mérite qu'on la pose : peut on avoir le béguin, s'amouracher d'une femme du passé à la manière du célèbre roman de Richard Matheson Le Jeune Homme, la Mort et le Temps ? Je répondrai oui sans nulle hésitation. Je me souviens être demeuré longtemps en admiration devant ce portrait de Charlotte Dubourg assise de 1882 lorsque je vins pour la première fois au Musée d'Orsay,  
Autrefois (c'est il y a assez longtemps) on associait Fantin-Latour aux impressionnistes, sans toutefois le rattacher au mouvement. Disons qu'on privilégiait de lui la vision d'un peintre d'avant-garde, indépendant des courants, au style personnel, expert en portraits de groupes de ses contemporains. Pour Fantin, les références explicites étaient Delacroix et Wagner (dans l'admiration pour les deux et l'allégorie musicale pour le second) et l'implicite (dans la touche) dans la peinture hollandaise, surtout Rembrandt. Fantin-Latour, adepte du flou artistique de haute qualité, se démarqua nettement des dogmes académiques, et n'appartint d'ailleurs jamais à l'Institut, au contraire d'un Maurice Denis et d'un Vuillard, membres tardifs de l'Académie des Beaux-Arts. Il est significatif que l'opinion en Histoire de l'Art tend à rejeter les peintres répétitifs (Fantin, Maurice Utrillo, Georges Mathieu par exemple) ou ceux dont l'oeuvre tardive ou mature se caractérise soit par une volte-face plus ou moins prononcée (Derain, Vuillard,
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/b/b2/%C3%89douard_Vuillard_001.jpg
 Denis etc.) soit par une stabilisation du style au détriment du renouvellement de l'inspiration et de la créativité (Renoir, Vlaminck, dont la rétrospective de 2008 au Luxembourg s'arrêtait significativement en 1915), bien que cette idée reçue, à propos du Renoir terminal notamment, soit désormais battue en brèche.
En raison de ses affinités stylistiques et thématiques étroites avec son époux, la production de Victoria Dubourg (1840-1926) est encore plus délaissée que celle de Fantin (à, ces bouquets et vases de fleurs à foison !).
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/2/2d/Victoria_Dubourg_%28Fantin-Latour%29_-_Flowers_-_Google_Art_Project.jpg/337px-Victoria_Dubourg_%28Fantin-Latour%29_-_Flowers_-_Google_Art_Project.jpg
Un non-expert ignorant, si l'on gommait la signature des toiles de Victoria, aurait du mal à lui attribuer tel ou tel tableau, tant son oeuvre ressemble jusqu'à la symbiose à celle de son mari !
Mais il a existé un Fantin coquin et licencieux, comme Degas ou Turner, et c'est la découverte principale et le grand mérite de l'expo du Luxembourg qui parvint à casser l'image trop lisse, raisonnable et figée du peintre.
Espérons qu'une révision du regard à son égard permettra à Henri Fantin-Latour de retrouver toute sa place dans l'Histoire de l'art : un original, un indépendant, qui fut sensible à la modernité des années 1860-1880. Ne peignit-il pas dans ses groupes Rimbaud, Verlaine, Baudelaire et Chabrier ?
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/8/8a/Fantin-Latour_Autour_du_piano.jpg/260px-Fantin-Latour_Autour_du_piano.jpg

Prochainement : retour de la série d'articles autour des écrivains dont la France ne veut plus avec Germaine Acremant.
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/56/Germaine_Acremant.jpg

dimanche 20 mai 2018

On a retrouvé Claude Debussy sur Arte !

L'événement est incroyable, extraordinaire, fabuleux, inespéré : on a retrouvé Claude Debussy sur Arte. Oui, lectrices et lecteurs de ce blog, vous avez bien lu, quitte à n'en pas croire vos yeux (et vos oreilles puisque sa musique a enfin pu être entendue !).
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/f9/Claude_Debussy_ca_1908%2C_foto_av_F%C3%A9lix_Nadar.jpg
On peut l'écrire : Claude Debussy doit une fière chandelle au Mikado Mutsuhito,
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/a/a8/Black_and_white_photo_of_emperor_Meiji_of_Japan.jpg/220px-Black_and_white_photo_of_emperor_Meiji_of_Japan.jpg
 puisque c'est à l'occasion de la diffusion, le 6 mai 2018, d'un documentaire commémorant les 150 ans de l'ère Meiji qu'Arte se décida à la parfin à évoquer (un peu) Claude de France et à nous faire entendre, en illustrations musicales ou en évocations Arabesque, Clair de Lune et La Mer...  Ce que confirme le générique de fin, oubliant cependant de préciser qu'il s'agit de la première Arabesque... Quant à La Mer (qui eût amplement mérité un concert intégral télévisé sur une chaîne qui n'en a pas eu envie) elle se résume à un extrait pour lequel Debussy s'inspire de la Vague d'Hokusai alias la Grande Vague de Kanagawa.
 data:image/jpeg;base64,/9j/4AAQSkZJRgABAQAAAQABAAD/2wCEAAkGBxITEhUSEhIWFhUXGB8aGBcYFxoXHRodHhcXGxgYHRogICggGB0lHRgaITEhJSkrLi4uGh8zODMtNyguLisBCgoKDg0OGxAQGy0mICUtLS0tKy0tLS0tLS0tLS0tLS0tLS8tLS8tLSstLS0tLystLS0tLS0tLS0tLS0tLS0tLf/AABEIALgBEgMBIgACEQEDEQH/xAAcAAAABwEBAAAAAAAAAAAAAAAAAQIDBAUGBwj/xABFEAACAQIEBAMFBgIHBwQDAAABAhEAAwQSITEFIkFRBhNhMnGBkaEHFCNCUrFi0TNygpKywfAVQ1OiwuHxJGOz0jVUk//EABkBAAMBAQEAAAAAAAAAAAAAAAECAwAEBf/EAC8RAAICAQMCAwcFAAMAAAAAAAABAhEDEiExQVETkfAEFCJhcYGhMmKx0eEjQsH/2gAMAwEAAhEDEQA/AOhWU9KfUelN2hNLuXIGgkyABtqSANfjXno6RzLTtq3UGzjpZ1CgsgJYSwiJ6lI6aa61ZodO1GUWuQJpiMutJAp2RSTFKMIijVKOlg1jBolGbdLWjNEAhQKURpSkFFWMFk0ojbp0UkVjDYsil+WKXQzUDDbL6UpFoiaUprGBlostKmhWMEq0eWhRg1gBEUlZ60s0aD0omEEUQFPG2aamg1QUw8tDJRqaOiAaZaCinGogaARBFFFG9EDWCKy02607TV8dazMiKU9frQpdCksYhWTSr4kD+un/AMi0m0oFIvXhAIMw6zB7XFke+qR5EfA1hQ33nEzZygpo8+1p2nr3gbVbWjoKh4VlOIvDXNkAMmYG4MRIBnTX8p+MnAtKIT+kfsKtl3onDkeJpBp5taJUmpUx7GvLp1Ep4ik/eNYRS5BgxAAPYk/sJPpTeGDUEWABJ0A3J0A+NMG47f0dsnsznIv7FviFipSYYkhrhBI1Cj2V9f4m9T8ANZlimUEhXJkGzgXjnuknsgCr9Zb6/KjbhiHc3CO3mOB8gRNThUW9xG2pjNmMxC6/qPu0Cn/RFOl2FbEtasW4BRF7Qg9Ow0Go121FQHxCDMxsZY/Q0MSVBVTEBiZA0JAJ33NFxLE+YBlTNb0bOBmyjQtKlSByM3rIIiSKLBXAtxg2bLAym4pQQBJUaQY5j6DYRVEttxG+xIwlxnTMoDqScrBtSJ0MEAfWnkuA6bNGqnQ/Lt6jSmsc0FWRwoYEZugEaekzqNuvrKMNiFdOdshtwM7GDJ0kZiZU6jUnY6kianLEnuh1kfDJUUa1Gu4xUbKzp1ncERqTB3XuROXr3EqoOLXJVNMAFGqUQNP2m0rRVszdCTZpqKlZqE1RwQmpjQt04iAUqaE0VFIDdgNR7iiaeomArSVmToYy0Rp8oKbuIKm4MdSCEUkgUQNEzUoQyBSBvQLUZrBFNTd7agGpN1prBGvhQpvzaFKErcWBkMhTGvMYGmskwYjvTeEYm0slTJBJTYkvJI7zvSceYtPpPKek/TrSOHljYt5jzQs6RqDr8P8AtVI8fcm+SzxQFu8HS0C10ZC2aDoRoATrAzNp2p3BEBVHYCq2yzXWm7ctkpcOWGiGGVcp0EmWnruPdUnCPyr6gftVcmyQkeS2zUtarXvBZYmI9530AjqSdIG9PW8G9zW7ov8AwxufRztHdR8SRIpU7Gewbs12BbOW31uDdv4bfv8A19OkkytlZtBQFUQBoAKIUq5cVRLEKO5IA+dMKG7wpaCYEwNzA2HrVJd4iUYuPLFsIWYvchVgkatl02Oh2j3imuIe2xDeZrmI0K5TOXMs6hYIBAJmdDFUeI4xhHtvhnNlnaVVXfIM7D8JGyMxyEwP4Rl07WhAlKRoOE+KLF5fw7qXX0LIjAsoMwT8YXeJI1qv4nj0sC67kJbAEzbVSgDQqggZiwzCBzDrqGiuPYnGKjObdryrjhrVy0CxVQSubLOonbLJy5T6Rdr4xNrDWsM6JiFiL6PmIK5pt2wT+ZFAhtQCRGxNdPu9boh43Q0WL8arYGHuYUG5buZg3MbYRlK5l8ogqFlw0zJB9ob1qfPtNaS5auF7bjNCwpiHOdzGYkQQdZ0MCa4jxbDFbrWxcLop5GM6ggH2RsehA6g1t/BPiWxbyYS5cvXReuKM3KgtaKqoFklpO5EdDvNNkw1FOJoZd6Z0DH4e5G6hQWCKc5EGJJI0UQYggjXcUq7eGbOjFlYSQGUwVHOhGUjMBGhI3bUayu5eu3YtnJlfVHCyBBBiGkNyzB3zCYikBEObzSwtxkHZYmQ5U8vUGYGkSa5Sw1kCh+cXNcjKMwOzAquktAWQdNVfXWrOziAygrsaaucP/EJVlLCDkJgxBXXt7Rjpr0kkqTA3AIRAOpDMepmBE/Pp0rnyJt7FsbpbjyzUi0IFQbGOWDodDBIBYf3gP3g9YjWpSXQwlSCO4M9daChp5Gck+B8GjzU2BRzTAHC1ETRTSTWALBpNxwNTSC0Ul6VyGSHFu++m7lykZvWkOaRzYyigi3aiY0gMJoMaQYUGpVNinBtWMEaZut604T601coMI1Qo4FClCVeJny29ASOYrtqNRqBpTWCYtZUroWE6kmJMxsNvdUy2QRI1B2O8+6iRQAANgI+lVTpUTrcatWFWfw0Mvn5yzcxIJInbYfKnrPKADGg1NIusAJJgDrtTmGwjXWBYRa0if958P0f4vd7T25C0kS8HhC7reecq6219SD+I3rGijpJO5GW2Wl0mKYUOs99oN1kwF66hyukFW6gllQkdjlYgHpNaJabxmDS9ba1dUMjjKynqD+1NB00wSVqjz1xPir3cPYQuzMhYl201JUKSdyVAgMe5jqTG41jc9x31zOAMxYMSFRUzEiBmfIWJHetHxvwRjcO5y2rlxFkLct8xILkzynMrFeU8sanprVTxngF6w9tbyC2xCQrXEZiMqg8ikkAEET6jbavWhKHQ8+UZdSPxB38wvcb8a6ZciJWY0iRB+NQsHYBBuMOUfU9vrU7jF72w2YOWUG0VdQgRTlkMNc2doEiAD+qkY958uwIEakbAsT22nYa/ExtRMm15siZC5IUrmkADbNvsdgB6kd6n4biFvDXVdED3LZ5CZAHXmC5fMYSRJMdIIApAwh5VtEZ7iM51VAqgM0SW05VmDr010qDYshgFtySRLllAykFtFIJlcsHUAyDpprnuFbHQ+FeJMXj7QsoXe/bzOxTIhyTbCqZGUnNJ5RMZRrzVvMDirnkM9xCrOufJlLKCwDNr1GcuBrqI9CeW+EOHot9Fe7dIDgtZtoxJYNl5zGXy10JJJOpAG9dZxlw3fLKDIQ4yXCAwIzQpDQSJ00OWQ0TXFnSi6o6cXxK7GGID5WLuVAYqFDEbBdQuaCA0940japmIvXLgZQAykxBtnSVJEnNBgxPv91QluFsjHKDbgZ3ktOZwI1OaQNQG15gTFP4LDls+QkEaDK5Clx16noDBzRmI5hUGVEfdUaGRvMXQllObUNnIlZJMlSF2O/rUrDkI7LDAtDZSV0EAbAzGnX0HYU1YvqEbmyXZAMwsyXIILKeUgMZKzCn0NBbbXjmcgZdIhgc6lgToRp8Ad9qWS7jRfYsgaVUbCOcvNuDHXX11/wBHepAepFQyNKKaX0oiaxhGUUTW6UTSqVpBsi0TRT+TXeiuW6TSxtRF0ooFPKo99H5VDS2GyNSw2lPi2KT5dbQzaiPNJapS2aQ9mhpYdSI0n0oUspQpdLDaOXDxoOuGAY6krcK/ss1NwHHcViSVw68wSR7TjNI5C2RQuk6kgab1dYHwblIfEYm7djUgE21Pvgkn5itRh7iKAqgAdABAr0ZTx9I2cUYSXLoqOEeHDPm4lvNcGURiCqfQZ29SIHTXWtIaj2cahYIDJPr/AFun9lvlRcVu5bbMCBsJIJAkxMD31B23uVVJbD741AwUsM0D4zO390/I1Cx+PbZBqdF9TBInqJj6jvTODwbEs/IM0EEAHp+rQuNtdKiYzDOj52jRxlaJUjSDpJBBA30GWRGpp0lZNuTRosGWKKXENAketOYm9kRngmBMD/WnvqmTi6tnttmtso9pWVuv5dCSY11XvpEStrlw2VUuqu0as0NBUgFYIk5ojWl09xtXYm4Dia3CFghiCemoGkgE5iPWKpPFvE/u6O1/zDbcFQbSw4/MAjRy6AyWP5SdNqdGGNyyCw3JGXMFzMzEETpB1YQCJkipJwytbXDYi2vlsuXLAHpJKmFJP6Zgn2tadUmLbaOLY7C3LmJFi2z4hLb5laC7C23lmWIzAKskGRCkt3inL2BuEsiBspunUooEclgtnMXcuZ2BQiBImSTXUjwyzZsNbwWHtuzqQUuKzG6DzZC7H2SA/WAco0rHYvwxjL9y4i2lS2jkJ58Wxl5Si2VFsZWAUyQYadQNa7I5r26HPLHW5jsZeUglGQ8oRwUWZzMVChiZACLzrBExrMmw4IHugWkUZ712cskLEELyxoqhmgzoOmgNM8T8PYpMudVUtIW2blsOQCWjLILSSSAJO3pWk+z62pxlkAA5Vc6T/wAPKJ27kaDcmuhySi5LeiFW4x7nR+F8CtWrYUgOxgu5UAuwESY6dl2qTxPDIVGa41tV1lYEHZehGhiBG9TKDCvHcm3bPUUUlSKXzZCMQ5AGUMIAJ/ORHMGygidBoY1qUGa2xYz5aN+ZpkNkzNMzywxlukjbaXdsq2XMJynMNTvqPjvsaPEKCpOQPGoGm42idJo6waStxuW5F23zI6dnOYAg6poMo5Z6kGIO1FhMUluLRkr0eG1kB1JkRsw6k9ToDDr3W8sBrcMWzhRDalpIIkCBP6tYnSIosJYRkKMPZbm11JEET22EjbTqIJdtUKk7J4pYFEoFKAqJUUDRmgooqIAgKFErGjmgYEUcUM1EDWMGqUkilCiNYwkLREUAaMisETQZRQpKguNNF/V3/q/z+XcYA0U/1FClnBp+hfjqfn1oUKNqIt4iNdt/lVJduqp/CuFwe5zgTGs7iOoJO42mj4vjWDQubLqpOwnKehPN6aRMa1ExOLXDK18/0YXdRJBHRdYIaZA033AiqwVV8yU2mPYaFbNm1OzEEA6RP8S6GJME7eub8f2nshbhe+IA8s7W5LtmXMDmF2CX1gEEwdIq8wHELVywcQ19VGhJuTKyWAG8idVkzs3tCi45at3LAa9BssVByzqeXyyrqCzEhgQSO8wCRV4NxkRkk0Z/h/jS5ZsmT5tyAQvMAq6C49xyCSdQOWe8VruGY4Y1BfUk280QejKCCPZBymZ+A7kVzjj+CwpuM9o3WtqcsMoLcxOW5bYOBcObSGiQZ5oMav7PuJ3jZvW84KplOQ2shtmD5qnKoBJaToGMAkwSKplhGtUUDHJvZl8LxtXbhZGOZT/DpoC8+mXU6kaCDpTXF7zW8HevWWzNbUFQQDvk5TG+UltNRJ9NHbdyAMqsZY6lgYZieRRkGZTAJMgjTsat7VxMpVYuF1J2LKR2/iGo09ahwyiOdYHxnc8i819INu2BbOdlLXA6nIqMMwXLqf6h+CbvjG9da01m6om0BdQKHzOQYRCQGkDKdWAHPqSIOrv+F8EptvcswyyVsppbkwTIgkAlSSJggRBmDhfGHBbjYlns4Ym01sMzIhKZgz+1ChQYUAgAaAHWSa6MeiT4JT1RVnRcFxmxfuMuEAc2BDEExDRJQk5WmDDEHY66w1d4x4392tw6kXkRWUsSA4zgMFI0DBiGgEnKJkECOcYXi58x1t5kF5lD+SAjiBNq2ntKqq5A0AkDpoBf8Z4vfcPcvPdOHvs9kIShSUtZNLc5rbeajMJAjQ7jXeDUl2N4lxsznGuKNiEzuo820VyugKnyiDBfopV/LCkR7ZHQVrfsps5rz3DutoD+8VJ/w1hRaIt2yUz5+UgDnPMCvlsVOUkhkkZtmHpW0+zZbtjEBbltk1NlwylSGKtdQEHvlMadfWrZtsckiWP9cWzq80bUnMKMtXkHpiQaBNGtBmrGGzbGbNlEgRPpvE0AnYAaz2mnQfWimiYJV06ilAUAaUTQMAUWahNImiYNd6MHoKIUo1jABoxSYoA+tYAqaAJpCtQU1jBkUKBptpY5VOu7H9I1+p2HxPSDjAtoXP8ABsf4jOo9w699u8yrkgaD/KlIoAgbDYVW8YtsUeWlNBlhIgwNS3Y67jYfFkhGyA+OcEjOBrtvHxjWhUFr9ufYsfE25/xUKppJ2Q+PcVa1Ya+ysRlAKgkaGAdIMakmdwAKp/DvFvNxGIwvl3L1p5uA7xmCkJJIAGpAMwSBFaqzjzqLiidIAjUkNI37KTEDTvSLt4AZLIt2ydhGUkwZ2/MI9eh9Dk/hcaD11Wc04lwj7rcdFYi2ygHPlEgXUYr7Qm4sDQZieaI1iJhMU+XE2i7MtxPLVM4aX8xfKypPJAXc9JPUV1PG8PdiQilkYQ4EHtEhjzrvI9awHFPCdxZuogALFDbLKSdIgBiSGInQyeo1iuvHlUlplyc88bT1IocJcz2wFXVWkKeYGdIjrymOh032roHBpt4Q3biHD27RMKLbBocLzZS7MGGbViT1GgEVg1cWtFC8xa21pTc8wyVdC6sMrhTCiAM2XbrS8LiFseabQOe8nlmWCIoPtn+ImMoJiMx61Wcda2Jxeh13Nfc8TpcuOrIAyLe8t0fN7LZLfLEHO2wkbjQ6Gq3w54idLmS9cLI9vLcLBFtplZyGnaCCi7CS53IrP2lCnMqqykM6ywVxcjL5ebKS3fytJnp1RxK6l8i5bXIwADCcxkCGOoETry7fCKywqmjeK00zrfEeJfdrPn3LYuhbS5dRmIAUA542JaS0n2tIrA+LbzX1DWnZQtxnykibLkpbdS6EpAOVg865953h4Hj5N1VJy2cq2TadpXyQVUowI1bKC2Yka7ESBUO1iWusNbZJKorM4tNmNkAqysxAtHKcxAEmIKyBSY8eh2ykpalsMW8Q124bwIUsWzKczRM3BAUEnMQRsQCNcsg1OwmAxeJseYiNcRFW3mWysAIZTVVDQssSVLsxgFTEmV4d4W1+4MGiGWdHdntrNpAtxboDGSUkjIVgEnYGu5YTDJaRbdtQqKIVRoABQzZtGyNix6jz7gOGi7avXEbVZuZNV5UhmZXJAkFssAZgLmaCYFO+HVxD4kNZLXbwbOzXCQfw1VmkuY5SMklsxDDQA12PjfgvBYqfMtZWYyXt8hJ7noT6kTXPvHHgMYZRes3SbTP+KXAHlTMEeWoCoScsBd8vTbRzxlsF4WjonDcel60t1Do4n3dwfUGR8KllxXKvA/GzZY4e4YDQVGYN7QBVtNBIgEZplhpvW5HEv/H+Q71w5ceiVdOh1Y8mqO/JeZ+xpStNU6Y/4gkgfD06b08McDpmjT/X8qnRSy0X/t86INUGzip21kjp39elIONG21YBY5qPPVZ99HelDGj0+dAJYM9ELlV9zFjf5dJ/0abbGx1omstBdozcqmfHiN6ZucTitQLL1rwimnxA71n7vFT3qNc4l60aZrNOmIHekXseFWZBJMATuTsCeg/lWRxnFsgWQxZpyJlYlztCgA7kgTtVJh71/F4jKzvbRDAtiWYtqMpAAgyDMjl9N6pHE2tT4EeRXpXJvvvd7J5dv8S4XKl5GUSM2Ya6QOgmIq84fhBathBr3Pc9T6e6m+F4EW1ExmjpsB2Hx1J6n4RMY0iCyv4riWVWyhtAGzBkEAHUansD06/LI+JONeVdNvIWuheTzkBRwSGhWBBzbgbayNeWNL93m4QzrdZBzghcwDAldgI209M0zOnIfFPEfNuXEzuihtLd32rRhQVIJMbflJB01rq9nxqTpnLmm0rRUXsbaZiwV1BJIAAgSdh6CjppLOg1oV6O5x/D2OwPeI10zFeYmIEJmzTGp2MDv6EhAuM4VNBJ/LIkydWGmcxHxltekDxpduYfBXHQQZVQd4zNBb6xr1IrD8F4xiDbyDE/i3b3tXXXJbAXmZ2YGM8ZQvZTpqJ8yGPVG0d7nTpnXMSEVAly6beY7yRvoAW2GpESdTG9UVm4DcYXFLbgkkg8ukmTuNTmnMJJgzNYTjfGb1zC23N0k27rWrijkS4IUyMrcygkLpHtTpIrScJxnnKwuHLiOVnVyFmYa2y9iQygRrr2MHPE1G2ZTTdDmK4LbxEeTqo1VrgIA6/gsAHyzuwyrWZxnhx7ZJRo5uWWJjKDMMokMWgg7D9RO20TGHKQxAMTP5ZiATHbUzquh9kmrG1Ccx0O4PrG6xOhB2Af30sMk8bGljjNbnKOIJeylnRmlpa4S9wnlHKWzMhky0jWSdOlHw9drqlot6NALEqBnyiWCvvJWVIUHrXQOLfdc4z5LbTMz5bnWNlPPJEaCfdUR+C4M3PJZ3OKmAi6EqQGyFgCLq+rE9jABjoXtO3DIvBvyYfD+VebN5fQBgSZHLBKkFQTuYIjl16mtP4SS9da5ggh5oa45RWS2FZDb9vZRDL5aiCQuWBmarVPsqztmfEQpMlQgzenMCFn4EV0Dg3CbWGti3ZUgdSxLMx7sx1J/bpFbL7RBrY2LDJPcVwvhdmwGFpFUuczkAAse5j6DYdKl3rqqMzMFHckAdhr76MsKreIY+W8u0yMdVYQWIaOUQCIG8k+g6zXGrbOl7Is6TetK6lGAKsCGBEggiCD3FROGWbiqM50icrEsykmSpeTIWYEdOpip1DgJw/xVwa5hGa5bUtYZxqp0twrIEuIsDODqtw7mdyTVvwrjQuICGhohhGoBGpH0ie8d66JxayF5om25y3UyqwcEQMwPTpoe2+xynFfs6X+kwNwWySGyXC7LoDAUgyo12IPaQND0OcZxqXmSUXF2iBisUuY+WZXpMAkDqfXTYdDRf7R7fQwPhTHFuFYjDZWugQdAUbMoI1KzAIMEkadDVYbukD5ftUqRSy5HEj3o/8AaR/17h/5qi889qUL061tJrLr/aJ70u3jHM5QxA3hSY3PT3H5VH4Hwq7iWi2AFEZnOy/zMdB9K6Twvh1uzb8tBP6j1Y7En+XSg6QTnpx5Ox33+sfTWmxjj3q68VcByg4iwJTd1XXL3Yd179t9tse12jSBZZPjj3pDYoxvUAPNGr9JAJ01IG+2pIA+Jo0aySL56mmL2POcWly520zOwVVJ2LEiPXapmB4bdu+yhAmCzDKNDrB/MPVZrQ4Lw9nhWfzETXLlUIGO7FwMzGIGWfh2GuCe+5nCTW2xjeH8MdiEVT94F2RdS4WYgflAHKBOuaR1NdP8PcDXDKXchrpHM5MwOozHU7ak6mpnCeEWsOsIBMQWgAn5bD0qp4zxdbJKXnPmFcyBQyKwnmUEnKzxOkg7RBNM5SyOhajBGit3VOxB66GfX9qw/i7xQLbi3C3LNwGHhbihlMMAPzMphiCfTTeqnxlxPDXBbe1imtXVGa3dUNkczzKSssrg76aZtQZrD4x7uIucqh7j8xFo5szdWyRMmSdBpmMaaVbFgXLI5MreyJHFeOrf5rgCsNCEByEaw6jdN/Z21JES1QcZjBfyIzPccaKYLOR0QmJeOm8SRtEajhngC7AuYy6uHTtKl49SeVPmT6Vv+AeG7NkTbt5F/UZNy56lzqq+gifQb1lnhBbbk44ZSZyMeDsUdfuz/F7YPxBeQfShXcDhrX6Lf91f5UK5/fJdkW93Xcj4/CLdtvacSrgqR6HSuQYngOKwty3aIbRx5V3TKGZyQ40MDRJDajmgGQa7OBQaCCDEHcH+VQxZXAvkxqRwm9dDO14pcVefOTdW4pNxmYKoKrIMMNNQ3N0ymPhFa03mK5tjLKqoBecoZAV5SMwI/EiDJOu1dyPhvBNzNg7BMzraTU/LWp+E4bZt/wBFZtp/VRV/YV0+9JLZHO8DfUxfB7V/EWhcfD3rbxEwqTpo65yDPyPZjTzcIxCOJtObZZc4zKZGaW5VJ9TtOvtVshiFJy04RXM5u+C8YquTB8Z8AjE3fNS41uYDeZDafwrvt0YitP4f8NWMLJTM9wgBrtw5nIAAAnoIAEDsO1K4kbgbMFYoB+XdY3MTLD0AnTrOjuFxp0kyD1/bXrTapuFXsJUVK6LUVD4jxDyo5GYmdFiYEa7yRJGwJ12pGLxxRgotlpUmRA1kQJ9dfp6xX4nEq13MS/KC1tWKoJClCIJJBkxJCnmjUaUsY9x5S6IscexZB+Gr9SrHTT4H5naqu5ftsgATMMhCO7AkkkDKwggFgQVmQR0A3WPMulTcVcuZoGoKjKVjoTJOxHSTrAD1rhzJbVnGd1MgZmAlm9o+6ZmDHSOjqkI3Yvh965bti2UBITk1jUGApOwmREdAR0EzLXEVNrzOXTQjMIntJjQ9JjcVFvYsNkXIUbNK5xIOh6K2+2h2kGNNIQxqLdS1mRbxUk2zuUUkKQO8jT0LUKs2qi7t4u26jUcxy5WImYJKxJB0k6TI12qvu2nVntgZw6F05yvMpWFJGo3XUdpgmayfh/jl4ucNin/FHNbcKvMJBAYQJEFiCCDGadQDW1uKL1oqwGbUEbiYiD/CwPybvWlHQwqWoh2cOHRrdwFhMOjGSOoE7nuG0O2xmMX4l8Nvhc1xZezvm3KDsw/6hp3ipGP8SDC386hsit5d9HWHB0ysGE5lKjQnTl3GYTccV8R3rd21etIb+DuoJ8tMzDclgRrt0OnKRodafw5WIskUc2XiNk6K6nuZAG8SSYFWP+28JH47C6IjzEVw0weUPAN0iBOYADMOY1tuMWeGXLH3p8Lbe2SJuC3BhiAHJWCQJ16jXrWfxH2bYO9F3C32VG2AIuL/AGWO/uJ+NOlja+K0bVJPaiZe45cOEY8PvWiqiIW1DJMSzL0MT+UbzrEGH4W8Z3bUriTmtpZCo2ac1wMSSx1IkNA6Qo0ExVY32a4my4ezi1Vh+ZluWo9C65l+tScJ4MxbuPOvYYr+Y2bhBP8AFlCBd47Cl0xSaTTX5Gu+VT/BacK+0N1LretArnlGDCQhmA3dgY16ye1VniPjGCuAPZtPbuHcQiodJMgE6+uk1Y4f7PjPO6k/1yNPy7J27NU3D+AbInPdGgPsoSdtTzswJjstI3G+Bl9TN+GVt3357gUrBCEA5wNTEnUaagjatDw/heEzk4fD+dcmSygFVM/rP4ae5dfSpuA4Twu1qipecRmDuruohoLISADKkezM1IueIXueV5OFxBtk80I9trZEbgjK4gkwDHLSuEpPZuvIbxIxXG5KTBwQMRdEn/dWzA9MzaM/b8oMxFOnjNu2qrFq2mqgrcXKCJhVgD9JkaERoDTTHFXbLKbJS4DyNdNogiRDNAMCNIyT003rNYfwAskvfIUmTbtgkSJ0ztuBJiQTB360+PHjSqTr6EcmTI3aXmS8Z4uRbKslzzCG0TOyNCiGBeBJkghWBkBt+hWeL3cXaAtYQ3Cy8z3QMi3BAB5hkdY6rB30FWfDOBYK0fw7aFxuWPmMD8dFPuAqt8TeN1w5Cokt1F0PajsVDKAw361ZKLdQj5kW5Vc5eRHueA8O/wCLislv8zrZZlQH87ZmMKpAEgLpGhikYzj2Ew1o2eHBBcMAeWmedY1cmXPb2vdVVgvGGPxdzybAsy08oVmgdWYkEAepI/YVteDcHFgB3yXL/W4ttLYE7hAqj3Sdf2rS+H9e/wAgq5L4dl3Kvw74bcOMVjmNy9ultjmydZboD2UaD37aq5cLb/Kol68A0FhPaQKxnivxViLJNtLZtDpdYA5h3X8se+T7qmozzSGco4om0YetCuKv4lukknFPJ/jb/LShVfc33RP3n9rO3A1T4/PbAYjNLQdzAM82gM7beoq0RqgcT41bsFQ5XXUjNzRO4QAlvptXDBvod04p8h4biDqRy8p2366TEconTXsTsKmJxhWXMqMQVmdMs5c2UkE+6QCJkTNV7Y3zUIAS4CudCglWEnlzZsrT3mN5GkVncF4uIS2b9hbVsF0ObzXe3cS3mWQV5pM8oJaCpO5y2UNXQjqrqayyrayoEkEQW7DofZ93vo8J4lwty7dspdBeyJfoN4MHZoMAx3rO8V8aJaw64iyouE3/ACeeUAIDFztOkD5z0NZfguNtDiV1sMALDtCAIxByqCTlHMdQxAOklSRTrC5J2L4iidExF3zinKebZcysrAGWIyn2xIOsjSBvNLxKhVK+Yc66y05WME5S5WNfSmMNfKuRJObNookg5RET7Lz0OgHYRCra2yhfI7oWEL7TscigyzNlaIIJzRpGukz4H53LmxZW5bAdZEQQe20U4MCmTIBAiI02iI7R6VA+95syqNAvsk5Tuwg9V1U6wQek0rBYj8IhpU2yQ0tm0Gq80c3Ky/trGq0xrQjC48IA2hskhQ2oec0Zm6MGPuIPfpN+/wBtlHmKVzHIUcAkE7K2WV1BHWNRVLjQUZyWUQDcOZFCh5UW4J2LQ4M69o6qu3km5ceAPZUPlRSraB2ZjBByx3121FNpQE2SsGGZ15MqmcqzOWAf4RlOsEGem3XG+PgtnHLfKq34aXIbOCxS5lK22X2GHKdTB0GtaoaLlHMEhhcVvadlzZtvZ59GnqZETUP7Q+GG/g/MVSblohoBKkpmHmAldYgB/wCwD0p4OpoVq4mbw1i3eiHUFbjHD6w+QQWRlOoXmK+hBHTWbxXib5mHnqLmYXbI9hkKtAtONmBBYBpg5tdCDXOrXEbuRHVpe22cnQlgSeZmAnfQ5jJzA9a13D+I2eIJluKFvJJiYzDXZv3HQ9I0quSLxvU94/x/gsP+VaeJdPn/AL2NfxPBWOKYVWVlS66cp3IggOjDdlDR7jlNYC1dxOCW7w/EFrYfmtOCcoYEHQjdHiD2JBI3q4wUWzlXEFGEuBcyhrbKNSGUlSD7LKwXMPcItm8Ri5aycRwma0d3C50GuhETIH6lJIjatF6f07rt1+3cWS1L4tn+DF8C8V+Xnt4lM9q5IuqDBMiGuAbZtpHWAwgg5ncHxS/w24uV/NwtzmQ/luL3/guDYjuNRFOcc8NYa83/AKG4VujXyLrjnUiVazcOjgjYEyR2qkwfELmHDYXFWWa0TLWmlHRuly2T7Deo0PWRV6jLhfYkm0du4Lxi3fti5acMh+Y02PY+lTHaRrDD1E/+K4NgOI3MHd87CXs6HcEEEj9N1J0I/UNOx3FdE8O/aBh7wi6RZc7hjyN7m2HuMfGuXJgcd0WjlvZm0WxZP+6tz/VX94o8lv8A4aqfVB/lWU8S2MdIxGAvZ1gZsOQrSBuUO7eome3aqbh32mW/YxVh0I0JXWCN9DDL7taRYm1aGc65Nvd47atP5dxhb/TmBRW/qv7J90z7qnLi8wzIQwPbX6zrWP4nxdrqZsJas42yR+JbzjP/AHCIOkae16VicVjcFmIQ4rBuDqrJ5iqfcWDj/WlPHCperFeSSOnYvxNYt3Dauu1ph+tXg9iGiCKzPiPjuDcy/wB5UjQXcNeAU+uj5Z/rLNULjigGS3fW+IkIxOaP1G1fAgfAiqzF4bFRmu8PtkDc2wq//CwFWhjgnz+SUpTfT8CsUcBcbM2MxhP/ALi27h/vZ+nuq08PeGcLi2IsXsW2X2mIRFE9M0HX0Gv7094Y8EfeV8y/ZuYe3pBNw5m16KykhfUn3TXRcKluygt2FFu2vQfUkncnudaGXNXwxbDDH1kK4XwVMNZFq1J/UzGWb3n/AC2FZHxTxfidhz5eGzWweVkttckfxEbe6PnV+/H8OM0Yi2zCeUXUzE9gCw1rJ8W8e4n2bOEugzuyu30Gn1NSxRndtX9R8kotbfgzeKXF4hzcbh17MxksiOob+yyn6RUjBeDeJNzKXsiP95ltDXpCuSeu4pGN4jxjETy3lH6f6P6EqW+tQbHhTit0T5FyO7slv6MwP0rqcmlTkl6+qIqCu0n6+zLdvAWKnVrRPU+Ygn1jLpQqkPgviv8A+u//APW3/wDehQ1/vXr7h0ftfr7HT/E3HlweHa7EsTlRT1YzHwABJ91cp825fYs0B7uUZjIZzPtlcxOsgacugAG9af7UnPm4ZDqoW68HUFlCxp12+tZT7xcuPZYkAKRbRpywSc0F2BgAmdRlGsaVH2eFQvuXyyblRYcSvLZtphWF5Llg3GtsyqUZ2iRlIbNvowIALE6zUO/j2dvMxD3GXMpyqTklVtq+sk2zlyS4RiS2lTU43exF1lukNbZlVQ7oRbYQRcU+qo8sNBm9wqn4c6Lda5BLIrNzAEZhlysO8PmMERoN9a6Yrbfk55PcufD3B3xLJh72IS2uTNatM6li5ieRQpnICZg6QJPTY8O4dg8C5tXLqPiHWFDQFAO0rJIBI9ojSJ2rnvDeLMl9DZAuXfyOw8vnYNJdVJFwqznKSeg91O8WxL31S44Fx1UlnUCXVo8pWywcylbhiBAESYpJRlJ1dIK0retzoPEfE1qzat4mz/6oXXKHK2WCAGbM2XcKNFy9TsBUzg3GcPibhy3YZRna1lOcLmUqpIOXlaBp0IkCTPJrWPcKFJm0ud9AQGYqEJQkDLAAXQaS3enrOOv2WZbc23uQpYyLhnKYWGKgZgOYakRr0pHgVD+KdrwwtqxJRRbuHU8wYE7ZsxMgydNIJ2MmGLb2+RBbAL5HUMGZ1EyZLzAyhx0g6bsDSeBWfvGDtfejmuAA3DMSQTGYLoTESO9J8SeI7WEsi8LbXIuKjKSbZEhjmgjUQDHT5GuWt6LdLJNjCvbs3CkPdCHLCwJUMbagTsGJ0nrXMh4tvNZe1evP5jXRzvKtbAAzJyrKy/QDQAjrXWuDcZw2ItrdsXFKscv6TmichB1zRrHxrGcTPDMTicRhruGZMUR7SmCTAMg+yLmoJ0M66ttT4pU3cQTja2YMFxoK9rC3Al0uqOt9WJ5jMFesQCMwIhsxiDFbX701s5G5uaCR0kzBA2hSNf20nkmKwT4C/hrrXRcw4ZrQfK9rLJdirTDDS5nDDQiYOlO4nxU1jFW8QwOa5pibU7tbm3mjYE2ysabhvWqyxKe8fT/8Jqbhz6Qf2g+H/ul8YizbH3e5vAJCsdGtkGQAfaXbWR0FY+1cyMHQkDdSNCI2M9x/revQVnF4e8gWM9q6mYFgCjgiSvvjWCPdMGOf+Mfs8KzfwCykS1iSTp1Sd/6pM9u1bFnX6ZmyYn+qJE8P8cS4QjC2t06gwMr6brqDbbQSOukVeopBOXMSB0czt+ZZDk/29h7q5OG3AGo9pD3+Ov8AmK0nCfFMZVur5ijYmDcX3TpcHodffQy+zyW+Py/ori9og9snn/f9mrxOHVoa5bVtgJRg57wZUjvq8fWpNvGq4Fm6iPbzQPOPmwuuXWN5jUsevapnBeJ4S+ujAeqsyge9Z5PcRHqatm4Yu4dt5EwQNI0kaadvWuR5JJUy/hwu/XmZHG+DMMzZravZYa/h3SR8mUx7gRVJiPAbkkrenXrbC++YY/QV0Y4Bulz5rP7EU39wuCedd+qkf9XahH2jMuozwYH3Rz3A8P4ngj/6fM66ErAKEmZhSZ005uU69tasMYzYsH77w8I+ii+rm2QxhVzEg8sn82bfQVsLlq4BOa0B3ZyNOvTtUa7YW8Cs2LgO6q/mH+6FJmn94yPdxX19MXwMS/7P19jmtjgLW2vA3lt3bEEAEqXkwcjDtofiNqlY44h7FlrmKDhrns7vbZeWWHtEgSd/3muhL4ed2WLNtVHViR0AEKACdtmio15+F4O43n3g97YqQxjTYIAZEd81Xj7ROT4Iyw44rn+TIYbw1i7l51wtx3tkw18syK3Uy8nMQZ0E6iujcL8MW7flvibnn3LahUzABEjbJb2n+IydOm1Z7iH2oYZTkto5jbZF+e4HwFUGJ+069JyWEI7lmbp3EUZQzT5VfySU4Ruv8N/xvxlhsO2Rszt1VADHvkgA+m9ZriHjXB3VKPhLjqejMB8dCaxHE+O4fFNnv2Xtv1e0ywx7shXf3EUzwXw++KYrYe4ygxmFpvqZyr8WqsMGOKt35/0TlknJ0q8i8xGK4Uw//HuPUX2B/kfjTOH4xwq0eXh2Zx/xL7MPiCCv0qys/ZTiCZOLCiOqEsD7g5H/ADVd4L7MLCj8fE3LnoFRB9Qx+tB5cK6vzZljy9a8kZbivjfEOoSyEsp+mzy/Nt/lFZu9xS+55izT+pif866liPs1wDey9xD6Mp+jKarsZ9lVo/0OKYH/ANxEcfTLRj7RiXG32C8GR87nOfv139B+TfzoVsX+yzFyYu4cj33B/wBNCn94x9xfBl2GPGnEUxONK22zWrCsrMDMlpzFe+pUf2TWaS6bYKBidVfaMrKXEDvvIPWaKhSR+FaexR7ysRdxBS7nDK2VhqCsncnUandhm66TsKcVk89gSMt1SAZEDNtPYT9KFCqom0V+HxIDoXkhN1JmdYIGkDT/AA+6pIABa0TCGDmAklQxOYAnfIx0BA5R76KhRBQ7h7yhbloMrAqpGrc0MWgiRDEETH6dD1MdEsnL5jsi5YBVA+xOYQWXWdd6OhW6Grc6dgPGuEs4K0bQu5FYWSAqi5KoGDASVykA9dzGtQbuPTEYl8Nioa0Xa3auhyWBVWbM4JKnMpOyiCYjsKFc2lRtr5lm72fyLDCeGmTA3rOFusly42cZmCHmNse0DyjIhEb61IwHCDZZLuJYXsQllUa5q4yC42oAEu2QxmJkQumpoUK5vFlwV8NUM8Y8KWsRcu3DeNlLiqbpUq6Nky5TBAhoUc31OYgZLxl4Te0Q9pnxFvKuS6sOxWICuq9RpDgQV0Oo1FCnhmlEDgmNeHvFr2GtW3L5VXy2QkgAh2ZWy9GBYdjyx1rofDfF1g3PJS+WbkyhoysNA2Q6EkA6gyZXbehQrpyY4yjqIRk4uiZxjhXDsXm89bZuIOZg2RwB1zCCyjvqJBG4NZe79muGuc9nGkqds4S5/wAylTptQoVxqc4L4WdOmMnuinu/ZxiplL+HfsTcZT/h/c0geCeIxlDpHpiAR8jQoU/vWT5CeBAkYDwLjrTZlxtq0SObJcefjC6/96uU8E+ZpiuJ3rg7LAj4sW/ajoVnmm97Boiti3wPhDhdoT5YusOt1y//ACmE+lX9jG20GRERFHRSAPkIoUKnJt8uxltxsODig7r86peNcE4fi28y/ZBuRGZXKmOk5SJ+NChSrZ7Dc8lG/wBnvDpkXMQB+nzLcfCVJ+tPW/AfCxutx/feI/wkUKFP4k+7F0x7FnhfDvDrcFMNZkbZz5n+In51bDEgDKrKq9FWFFChSuTfIaGReWfbHzH86W+JVR7Y/vChQrdQUNNiFOuYfMUXnr+ofMdqFChYaD+8+/50KFChqH0H/9k=
 Ce documentaire s'intitulait : Quand les impressionnistes découvrent le Japon. La vidéo est disponible sur le site d'Arte jusqu'au 1er juin 2018. Peut-être aurait-il fallu retitrer le film : Quand Arte découvre qu'il serait temps de caser Claude Debussy quelque part avant le 31 décembre 2018...
Naturellement, Télérama n'a pas daigné consacrer une seule ligne critique à ce film télévisuel d'arts non-contemporains. 
Mieux vaut un peu que rien du tout. Tout compte fait, lorsqu'il s'agit de personnalités mémorables auxquelles elles n'ont pas envie de consacrer la moindre émission spéciale, Arte et France Télévisions nous ont accoutumés à l'allusif, au partiel, au fragmentaire, au fugitif et au soit dit en passant... Sans remonter trop loin, il n'y a qu'à revoir, par exemple, le documentaire qu'Arte consacra en 2013 au jardinier de Versailles Le Nôtre, pour le tricentenaire de sa mort, documentaire dans lequel on avait "casé" de l'Arcangelo Corelli. De même, à l'occasion du centenaire de l'assassinat de Jean Jaurès, Charles Péguy eut droit à son petit tour de piste à défaut d'une émission à lui consacrée, un tour de piste négatif, à charge contre le personnage, témoignant de son animadversion hideuse contre le grand socialiste, alors que tous deux avaient combattu dans le même camp dreyfusard...
Et Charles Baudelaire ?
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/16/%C3%89tienne_Carjat%2C_Portrait_of_Charles_Baudelaire%2C_circa_1862.jpg/1200px-%C3%89tienne_Carjat%2C_Portrait_of_Charles_Baudelaire%2C_circa_1862.jpg
 Il devient coutumier des rattrapages-allusions au sein de tel ou tel documentaire, à propos de Nadar... et dans Quand les impressionnistes découvrent le Japon. Cela fait la troisième fois en quelques mois (sur Nadar, Delacroix et le japonisme) que notre grand poète pourtant incontournable se retrouve cité par défaut, évoqué par défaut, quelques instants durant, là où l'on eût dû investir l'an passé les deniers de la production audiovisuelle en faveur d'un docu de 55 à 90 minutes voué à son art ineffable. Baudelaire en 2021 ? Je n'y crois personnellement pas, tant la culture dite "scolaire" se délite en France à la vitesse grand V.
A cette allure-là, on évoquera simplement Edmond Rostand et Apollinaire au détour d'une émission sur le centenaire de la grippe espagnole et Gounod pas avant 2032, deux minutes (ou moins) dans un doc tourné à l'occasion du bicentenaire de la mort de Goethe, à cause de Faust ! Et Paul Claudel qui n'est plus que le frère de Camille, responsable de son internement !
Télérama se plaint amèrement de la politique éditoriale de nos maisons de disques qui ont mis le paquet sur Claude de France au mépris de Lili Boulanger, disparue dix jours avant lui. Ce magazine bobo n'a t-il pas constaté que les disquaires, la radio, la presse écrite et les maisons d'éditions avaient fait du bon travail sur Debussy, au contraire de l'a-télé qui s'en fichait ? Comment voulez-vous consacrer l'antenne à des compositrices et compositeurs rares, nés ou morts une année en 8 comme Lili Boulanger
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/d/da/Lili_Boulanger_1.jpg/220px-Lili_Boulanger_1.jpg
 ou Ralph Vaughan-Williams
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/thumb/0/0d/Vaughan-williams-hopp%C3%A9.jpg/220px-Vaughan-williams-hopp%C3%A9.jpg
 (un génie de la symphonie d'outre-Manche disparu en 1958, que je découvris en 1989 ; sa septième symphonie, Antartica, vaut le détour) lorsqu'on se trouve dans l'incapacité intentionnelle et factuelle de ne rien tenter sur le plus important compositeur français avec Ravel et Rameau (qui eut deux documentaires en dix ans) ? Rendez-vous compte : pendant ce temps, le tapage télé autour de mai-68 dépasse tout ce qui a été fait depuis le bicentenaire de la Révolution en 1989 !
François Couperin, né en 1668, peut attendre longtemps son tour (en 2033 ?) et se couvrir de poussière et de toiles d'araignées....
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/c4/Francois_Couperin_2.jpg

Prochainement : reprise de la série consacrée aux peintres dont on ne veut plus avec Henri Fantin-Latour.
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/b/bf/Henri_Fanti-Latour_selfportrait_1861.jpg/1200px-Henri_Fanti-Latour_selfportrait_1861.jpg

dimanche 6 mai 2018

Luca Masali : 18 ans sans traductions françaises.

A la fin des années 1990, un éphémère engouement exista en faveur de la SF italienne. C'était l'époque des collections plus ou moins éphémères Payot SF et Rivages fantasy. Ce fut principalement la vogue Nicolas Eymerich inquisiteur, romans de Valerio Evangelisti dont Serge Quadruppani, par ailleurs auteur de polars, fut l'éminent traducteur attitré et, plus secondairement des oeuvres de Luca Masali, avec les forts remarqués Biplans de d'Annunzio et autre Perle à la fin des temps, livre ô combien  prophétique où s'affrontaient les groupes islamistes, cyber derviches et autres, cela antérieurement au 11-septembre 2001... 
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/75/Valerio_Evangelisti.jpg
En 2000-2001, tout sombra... Luca Masali cessa d'être traduit en français, puis, en 2003, il n'y eut plus rien qui nous parvint des romans de Nicolas Eymerich, alors que Serge Quadruppani venait d'être remercié au beau milieu de la traduction déjà entreprise du Château d'Eymerich. Il fallut attendre les années 2010 pour que les éditions la Volte reprennent le flambeau, tandis qu'au moins trois romans importants de Luca Masali échappaient à toute traduction française...
https://www.babelio.com/users/AVT_Luca-Masali_5988.jpg
Quels sont donc, dans la langue originale (faute d'autre chose) les trois livres de Luca Masali désespérément en souffrance depuis tant d'années ?
- la balena del cielo ;
- l'inglesina in soffitta ;
- la vergine delle ossa.
Le premier livre cité met en scène Umberto Nobile
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/b/bd/Umberto_Nobile_NYWTS.jpg/1200px-Umberto_Nobile_NYWTS.jpg
 et son dirigeable Italia. L'action se déroule en 1928. Le deuxième livre, situé en 1938, comporte des allusions à Ettore Majorana,
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/5/59/Ettore_Majorana.jpg/220px-Ettore_Majorana.jpg
 ce physicien italien mystérieusement disparu la même année, personnage qui a passionné Etienne Klein. Le dernier roman, enfin, se déroule à la fin du XIXe siècle avec pour personnage principal Cesare Lombroso,
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/84/C_Lombroso.jpg
 le célèbre médecin légiste et criminologue italien. Les trois ouvrages sont respectivement parus chez nos amis transalpins en 2008, 2004 et 2010 mais l'article de Wikipedia (seulement dans la langue de Dante) consacré à Luca Masali mentionne le premier sans précision de date.
Pourquoi donc aucun éditeur français ne s'intéresse-t-il pas à l'acquisition des droits de traduction et de publication de ces trois livres intéressants ? Ils brassent plusieurs genres : la SF, le fantastique, le roman historique, le polar, le roman d'espionnage... De mauvais genres pour la littérature française officielle qui pontifie ad libitum dans le Figaro littéraire, le Monde des livres, Télérama, Le Magazine littéraire et Lire tous moins ouverts aux littératures autres qu'il y a douze à vingt-cinq ans...
Cette affaire paraît d'autant plus regrettable qu'à la fin du siècle dernier, Les biplans de d'Annunzio avaient constitué autant un coup d'éclat qu'un coup de maître, récompensé par plusieurs prix, salués par la critique et traduits en plusieurs langues. C'était avant la fermeture culturelle archi contemporaine de nos médias officiels qui préfèrent le nombrilisme à l'évasion littéraire tous azimuts.
Voici exactement un an, les éditions Métailié sauvèrent enfin la donne en publiant courageusement, dans leur collection "noire" de polars Khadafi, le foot et moi. Malheureusement, il ne semble pas que la critique littéraire hexagonale ait beaucoup rendu compte de ce polar quelque peu uchronique. Luca Masali, par ailleurs passionné d'aviation, serait-il quelque peu maudit chez nous ? Né en 1963 à Turin (la ville de Fiat), il a pourtant su mettre en avant dans son polar le contexte historique et social de sa ville natale avec un brio confondant. Le style de l'auteur est à l'avenant, sa satire mordante et j'espère qu'un beau jour, nos maisons d'édition daigneront enfin s'intéresser de nouveau à notre auteur transalpin et le rendre familier au public français. Trois bons ouvrages nous attendent !

Prochainement : on a retrouvé Claude Debussy sur Arte !

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/4/43/Claude_Debussy_1909.jpeg/170px-Claude_Debussy_1909.jpeg

dimanche 8 avril 2018

Ces écrivains dont la France ne veut plus 23 : Jimmy Guieu.

Petit Poisson deviendra grand,
Pourvu que Dieu lui prête vie.
Mais le lâcher en attendant, je tiens pour moi que c'est folie; 
Car de le rattraper il n'est pas trop certain.                                                                
(Jean de La Fontaine : Le Petit Poisson et le Pêcheur)                                                                                                                                                             


 https://www.babelio.com/users/AVT_Jimmy-Guieu_885.jpg
On a pu reprocher à Léon Blum de parfois manquer de discernement littéraire, notamment Jean Lacouture dans sa biographie magistrale parue en 1977. Léon Blum était un admirateur inconditionnel de Georges de Porto-Riche (1849-1930), un dramaturge et romancier tombé dans un profond oubli.
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/d/db/Georges_de_Porto-Riche_1895.jpg/800px-Georges_de_Porto-Riche_1895.jpg  
Mon choix délibéré de Jimmy Guieu pour aborder la partie "littérature de genre SF" de ma rubrique consacrée depuis plus de trois ans aux écrivains dont la France ne veut plus (elle n'a pas fini de s'enrichir, s'élargissant aux femmes et sans doute prochainement à des auteurs de l'Antiquité tardive comme Ausone ou Sidoine Apollinaire, pourquoi pas ?) n'est pas une preuve d'aveuglement esthétique de ma part. Je sais l'oeuvre de Guieu abondante (parfois trop), son style un peu simpliste quoique efficace, puisque calibré pour les collections dans lesquelles il publiait (n'était-ce pas du professionnalisme ?). Mais c'est en toute connaissance de cause que je l'aborde en ce blog.
J'écris ces lignes en ces semaines où un Jean-Christian Petitfils s'essaie à prendre la place du juste milieu dans le débat historique entre "deutschistes" et "boucheroniens" (pour qui aime les barbarismes néologiques), jouant à sa manière le rôle d'un Tycho Brahe
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/5/54/Portr%C3%A4tt_av_Tycho_Brahe_-_Skoklosters_slott_-_90153.tif/lossy-page1-1200px-Portr%C3%A4tt_av_Tycho_Brahe_-_Skoklosters_slott_-_90153.tif.jpg
 de l'Histoire, essayant de synthétiser "histoire nationale" et apports de l'histoire savante universitaire non étrécie au seul événementiel national comme Tycho qui adopta une position médiane mais boiteuse entre les partisans de l'héliocentrisme copernicien et ceux du géocentrisme de Ptolémée.
De même, je compose ce texte (excusez le côté "journal") en apprenant que la nouvelle traduction de l'opus major posthume de Fernando Pessoa abandonne son ancien titre de "Livre de l'intranquillité" au profit de "Livre(s) de l'inquiétude", le néologisme français "intranquillité" étant considéré désormais comme inexact, inapproprié par rapport au terme originel portugais, lui-même un néologisme. Inquiétude apparaît plus adéquat, mais, tout en étant plus courant, serait utilisé dans un sens pascalien... Les Pensées de Pascal partagent en commun avec le Livre(s) de Pessoa cet aspect d'assemblage de pages, notes et mots épars accumulés sur des années et réunis posthumement...
Rien de tout cela chez Jimmy Guieu. Sa mort, le 2 janvier 2000, ne suscita aucune réaction dans un journal comme Le Monde tandis que la presse provençale (il était natif d'Aix-en-Provence le 19 mars 1926) sut la traiter correctement. Il était rongé par la maladie, et des partisans de la théorie du complot avancèrent sottement qu'on l'avait empoisonné. C'était du temps où le "complot" se restreignait aux partisans d'X-Files et des petits homme verts (ou gris).
Je confesse en ces lignes avoir appris le sigle E.B.E. non par la série culte américaine, qui l'employa en titre d'un épisode illustre, mais par Jimmy Guieu que je pourrais qualifier de "Mulder" français. Vers 1990, je fus intrigué d'apercevoir dans les étalages de la FNAC le volume 1 d'E.B.E. de Guieu aux éditions Vaugirard. La couverture me rendait mal à l'aise, avec ces deux têtes d'humanoïdes, l'un velu, l'autre ressemblant à un foetus chauve au crâne étiré en arrière, iconographie reprise abondamment, inspiratrice des physiques d'extraterrestres aussi bien chez Spielberg (Rencontres du 3e type) que dans X-Files ...
 https://www.babelio.com/couv/cvt_EBE-Tome-1--Alerte-Rouge_6037.jpeg
Indépendamment des jugements de valeur que l'on peut émettre sur ses livres, l'oeuvre de Jimmy Guieu appartient désormais à la littérature orpheline du XXe siècle, cette littérature des auteurs non encore tombés dans le domaine public, mais qui ne bénéficient plus ni de rééditions, ni de réimpressions. Hors des bouquinistes, pas de salut !
Par une décision du 7 juin 2017, le Conseil d'Etat a porté un coup fatal au dispositif ReLire (registre des livres indisponibles en réédition électronique), considérant que les dispositions du décret d'application de la loi sur la numérisation des oeuvres indisponibles étaient dépourvues de bases légales. Il a annulé les articles R 134-5 à R 134-10 du code de la propriété intellectuelle, remettant en cause la gestion collective des oeuvres orphelines mais pas la base de données déjà constituée en amont. Le Conseil d'Etat a ainsi suivi l'avis de la Cour de Justice de l'Union européenne du 16 novembre 2016. Le défaut juridique consistait en la non-sollicitation a priori ou au préalable du consentement des auteurs encore vivants ou de leurs ayants droit...
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/8/85/Conseil_d%27Etat_Paris_WA.jpg/400px-Conseil_d%27Etat_Paris_WA.jpg
Ces jurisprudences ont donc gelé ReLire, qui bénéficiait entre autres à la littérature de SF française jamais réimprimée des années 1950 à 1980, donc aux propres romans de Jimmy Guieu dont une partie déjà était redevenue électroniquement disponible grâce à ReLire.
Soulevons la question : un auteur ou un ayant droit a-t-il intérêt à ce qu'un ouvrage demeure définitivement indisponible quel qu'en soit le support ? Ces personnes qui, jugeant un défaut d'information préalable comme rédhibitoire, qui ne consentent pas à la remise à disposition, gracieuse ou onéreuse, d'une oeuvre, le font soit pour une question de gros et petits sous (elles s'estiment lésées au point de vue des droits d'auteur pour une réédition non consentie par elles car elles estiment avoir, de jure ou de facto, un droit moral ou pécuniaire sur celle-ci), soit, chose plus grave et insidieuse, parce qu'elles ont tout intérêt que le public ne redécouvre jamais le produit écrit commis à telle époque par tel écrivain consacré ou pas, père, mère, ou aïeul(e) du fait soit de la médiocrité scripturale manifeste du bouquin pouvant remettre en cause le talent officiel consacré (on appelle cela un péché de jeunesse) soit bien pis, parce que ledit bouquin devenu indésirable exprimerait en vrac des idées nauséabondes (antisémites, racistes, homophobes etc.) insoupçonnées officiellement chez cette "icône" littéraire ou "vache sacrée" à succès de best-seller, soit révèlerait des déviances sexuelles cachées et intolérables chez l'impétrant(e). En bref, un mix d'Alain (antisémite révélé tout récemment) et Claude Jutra (cinéaste pédophile au vice découvert des années après sa mort)... A moins qu'il se fût agi d'un écrivain ayant eu des accointances passées et cachées et autres acoquinements avec le grand banditisme, les révolutionnaires dévoyés ou les pires terroristes... (cocktail de mafia, de Pol Pot et de GIA algériens, par exemple...). Ces personnages rangés, ces nouveaux Jean Richepin, très procéduriers, feront tout pour que capote le projet culturel le plus démocratique de retour en grâce de ce qui était devenu invisible... Bref, le recours juridique, en ces cas-là, cesse d'être innocent et favorable au droit, à la justice même si la jurisprudence en résultant peut en effet bénéficier aux vrais lésés de l'affaire ReLire...  qui continueront à se faire rouler parallèlement par les GAFA : de l'autre côté de l'Atlantique, le droit est inversé tel ce moine obèse du film Le Nom de la Rose et Google et Amazon peuvent numériser à tout crin, sans en référer ni aux auteurs, ni aux éditeurs...Tout ceci relève d'une hypocrisie de maison close du XIXe siècle où tout le monde finira par perdre.
J'admets qu'il existe un syndrome Edgard Varèse,
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/f/ff/Edgard_Varese.gif/170px-Edgard_Varese.gif
 du nom de ce génial compositeur d'avant-garde, qui renia et détruisit les partitions de ses oeuvres antérieures à Amériques car jugées inabouties. Je confesse moi-même avoir détruit ou jeté maints de mes textes dont certains remontaient à mes premiers essais littéraires lorsque j'avais onze ans.
Cependant, à la différence du grand Varèse et de ma petite personne, le résultat des nouvelles jurisprudences peut entraîner un beau gâchis car il faudra désormais attendre que les auteurs du XXe siècle soient tous tombés dans le domaine public (soit 70 ans après leur mort, sauf si le droit se durcit encore...) pour qu'ils soient bien re-exposés, ce qui ne garantit rien : les éditeurs, peu enclins à faire plaisir aux happy few, iront  vers ce qu'il y a de plus rentable. Voyez Romain Rolland
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/6/6a/Romain_Rolland-1914.jpg/1200px-Romain_Rolland-1914.jpg
certes entré dans le domaine public le 1er janvier 2015 : ses livres ont depuis été fort peu réédités. Il continue de purger sa peine au purgatoire des plumes délaissées. Jimmy Guieu quant à lui, n'entrera dans ce sacré domaine public que le 1er janvier 2071 ! D'ici-là, nous serons tous morts, nous ci-présents terriens adultes (je ne crois pas au transhumanisme qui ne profitera qu'aux riches).
De plus, les livres orphelins appartiennent fréquemment à des éditeurs soit qui ont cessé d'exister, soit qui privilégient plus la nouveauté que la réimpression du fonds, surtout lorsque l'écrivain(e) de ce fonds est considéré(e) comme démodé(e) à tort ou à raison. Je pense à Gallimard et à Jacques de Lacretelle dont 99% de l'oeuvre n'est plus disponible et bénéficiait donc de ReLire. Je pense aussi au Journal métaphysique de Gabriel Marcel
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/thumb/c/c1/Gabriel_Marcel_%28c._1951%29.jpg/220px-Gabriel_Marcel_%28c._1951%29.jpg
 exclu de toute réimpression commerciale récente. Les gagnants dans l'affaire apparaissent bien comme les bouquinistes en ligne hébergés par l'ogre Amazon libre de tout faire jusqu'à la lie.
Une phrase de la décision du Conseil d'Etat enterrant ReLire (sauf fonds déjà recensé et numérisé) me revient en mémoire : susceptible de nuire à son honneur ou à sa réputation. 
C'est bien là le vrai noeud de l'affaire, la véritable raison de l'arrêt de ReLire selon mon interprétation personnelle, même si la décision juridique est habile, juste et bien troussée. L'équivalent d'un Alain ou d'un Jutra pouvait en effet saisir le Conseil d'Etat et la CJUE y compris contre la numérisation d'un livre épuisé paru avant 2001 rédigé par un tiers jugé calomniateur ou révélateur de tares ou idées putrescentes cachées à ne point étaler au grand jour. Cela tourne à une forme de jésuitisme : intention bonne, conséquences désastreuses sauf chez les GAFA tumescents de pognon qui se gavent de notre bêtise. On m'objectera : mais, à l'époque de l'édition originelle du bouquin, n'y a-t-il pas déjà eu contentieux puis procès ? Et des livres condamnés pour plagiat numérisés par ReLire ?
Je polémique, et j'en omets de revenir à mon sujet principal : l'oeuvre science-fictionnelle de Jimmy Guieu à laquelle je n'ai justement accédé que via les bouquinistes (comme pour Maurice Lima d'ailleurs). Fleuve noir et ses couvertures criardes et kitch convenaient parfaitement à cette para-littérature en manque de reconnaissance (et parfois même d'inspiration, ne le nions pas !).
https://www.babelio.com/users/AVT_Jimmy-GUIEU_6687.jpeg
Né en 1926, Jimmy Guieu avait vingt ans en 1946. C'est donc un homme de la guerre froide, mis aussi de l'irruption des soucoupes volantes dans le paranormal avec l'épisode Kenneth Arnold du 24 juin 1947. C'est l'époque de l'essor des films de science-fiction peuplés d'extraterrestres belliqueux, d'envahisseurs et autres créatures humanoïdes hostiles venues de Mars, la planète rouge... alias l'URSS. Résistant, Jimmy Guieu deviendra un pionnier de l'ufologie française. Il se lance dans l'écriture science-fictionnelle en 1951-1952 chez  Fleuve noir avec Le Pionnier de l'atome, numéro 5 de la célèbre collection "anticipation". Il devient bientôt un des piliers de Fleuve noir. 
Paru pour sa première édition en 1958, Réseau dinosaure est selon moi un des romans les plus intéressants de Guieu puisqu'il manie le paradoxe temporel et jongle avec la vogue des animaux préhistoriques, en fait présente bien avant Jurassic Parc (rappelez-vous le professeur Challenger d'Arthur Conan Doyle dans Le Monde perdu paru dès 1911). Imaginez la découverte d'un fossile dinosaurien tué par une balle il y a 75 millions d'années ! Fameux postulat de départ !


https://pmcdn.priceminister.com/photo/reseau-dinosaure-de-jimmy-guieu-livre-870150287_L.jpg                                                       
Je suis personnellement fier de posséder ce livre dans ma bibliothèque avec la couverture d'époque qui plus est. On comprend pourquoi les lecteurs adolescents de l'époque aient pu être séduit par un tel livre, contemporain des fameux "Bob Morane" des éditions Marabout. Il a acquis tôt le statut de "classique" puisqu'un extrait y est reproduit dans l'ouvrage de Jean-Guy Michard paru en 1989 Le Monde perdu des Dinosaures (collection Découvertes Gallimard) aux côtés du tout aussi célèbre et désormais classique Bob Morane : Les chasseurs de dinosaures. Les autres ouvrages de science-fiction de Guieu sont à l'avenant, parfaitement formatés et efficaces. Ils atteignent leur cible, leur public, mais je ne peux m'étendre sur les détails. Sa prolixité rivalise avec celle d'Henri Vernes. L'oeuvre romanesque science-fictionnelle de Jimmy Guieu, parfois sujette à de courtes éclipses, se caractérise par deux époques créatrices privilégiées, très intense pour la première, un peu moins pour la seconde : les années 1950 et les millésimes s'étendant de 1967 à la fin des années 1970. La productivité de notre auteur a pu s'orienter vers d'autres genres, y compris l'érotisme. Les romans policiers et d'espionnage dominent d'ailleurs les années 1960-1967.
Que conclure ? Que Jimmy Guieu excella dans les genres qu'il pratiqua ? Qu'il gâcha son talent dans l'ufologie, le conspirationnisme, le rôle de lanceur d'alerte en précurseur de  X Files ? Qu'il fut excessif, démesuré ? Qu'il mérite au fond bien mieux que cet oubli éditorial qui a fait dépendre la redécouverte du meilleur de sa création d'un dispositif imparfait et enterré à cause de la jurisprudence européenne puis française ?
Jimmy Guieu fut tel Fox Mulder : peut-être crut-il trop à cette vérité venue d'ailleurs, oubliant qu'avant tout, la SF avec ses soucoupes volantes naïves et ses petits hommes verts est là pour titiller notre imaginaire et nous faire rêver ou nous terrifier. Lectrices et lecteurs, il ne vous reste plus qu'à écumer les fonds des abysses bouquinistes à la recherche du roman incunable de Guieu...
https://i.pinimg.com/originals/78/16/4e/78164ef6875b4bb611210eae360369a1.jpg
Prochainement : Luca Masali, cet écrivain italien dont aucun roman n'a été traduit en français pendant 18 ans...
https://www.babelio.com/users/AVT_Luca-Masali_5988.jpg