jeudi 29 mai 2014

Comment la FNAC a réduit à la portion congrue le rayon de ses disques de musique classique.

L'argent ! L'argent !
Tout s'rapine et tout s'revend !
(in : La Complainte du Cyber Escarpe)

Ne dites plus art contemporain. Dites art de marché. (un aficionado du truisme)
Désormais, il sortait chaque mercredi trop de films par rapport à la capacité du "Monde" de les couvrir tous. Ce quotidien, tombé en pleine décrépitude, ne disposait plus d'un nombre suffisant de journalistes titulaires et disponibles encore employés pour pouvoir en assumer la critique.
(Réflexions d'un chroniqueur dit le pseudo-cyber Frédégaire de la Décadence occidentale ultralibérale)


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Il n'existoit du roy Clodweg nul portrait étably de son vivant. Aussi falloit-il recourir à des vues d'artistes hypothétiques pour qu'on en obtînt des traicts imagynaires.
(extrait des Mémoires du Nouveau Cyber Dangeau)

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Imaginons que nous développions un jour la capacité de nous transporter dans le temps. Oh, juste un peu, dans un passé relativement proche, mettons en 1990-1991. Imaginons que nous nous rendions alors dans un de ces temples consuméristes voués aux "produits culturels", en l'occurrence, une FNAC de ces eaux temporelles-là et que nous nous rendions, par curiosité, en son rayon voué aux CD de musique classique. Nous, tempsnautes des années 2014 et suivantes, qu'est-ce qui nous frapperait d'emblée ?  Cela est facile à exprimer tant le constat s'avère aussi visible et évident que la couleur du cheval blanc d'Henri IV ! Ceci est un truisme, un enfonçage de portes ouvertes : 
LA FNAC de 1990-91 avait mille fois plus de choix en disques de musique classique que maintenant.
Que s'est-il donc passé en moins d'un quart de siècle ? Pourquoi cette décadence dans les rayonnages, ce rétrécissement absolu et scandaleux des références disponibles matériellement en rayon ? 
Il s'agit d'une politique drastique délibérée de réduction de l'offre entreprise au fil des ans, avec constance et persévérance, dès 1992 en fait. 
You tube et le téléchargement illégal sont une belle excuse : ils n'existaient pas encore lorsque la FNAC s'engagea dans une politique anticulturelle mais ultracommerciale qui consistait désormais à considérer la clientèle amatrice de musique classique en galettes argentées non pas comme un chaland digne de considération au sein d'un marché de masse, mais comme des happy few, des privilégiés d'une archi minorité cultivée, âgée et friquée, archétype même des représentants d'un marché devenu désormais de niche.
En 1980, le marché du vinyle classique (33 tours 1/4) représentait environ 14 % des ventes de disque en France, ce qui, selon moi, était déjà assez faible. Avec l'essor du CD à la fin des années 1980, ce marché demeura stable, constant, tandis que se renouvelaient les discothèques des amateurs éclairés. 
Par conséquent, les FNAC avaient étoffé leurs rayons afin de répondre à la nouvelle demande, et le disque classique semblait en passe de basculer dans le marché de masse, comme par exemple la variété française et internationale.
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Or, en peu d'années, patatras ! 
Dès 1992-93, une fois les discothèques renouvelées, les ventes débutèrent leur baisse et la part de marché du classique s'étrécit : 10 % puis 7 etc. 
Le réflexe pavlovien des FNAC ne se fit pas attendre : elles s'attelèrent à la réduction drastique puis catastrophique des rayonnages. Comment, selon quelles tactiques ?
Je prendrai pour exemple la FNAC du centre bourse de Marseille, que j'ai bien connue, et dont j'ai pu suivre pas à pas la lente détérioration au fil des ans. Cela est édifiant et concluant.
Tout a débuté par petites touches infimes mais annonciatrices de ce qui allait se produire, cela dès 1992 : certains disques primés "Diapason d'or" commencèrent à parvenir en retard, ou en plus petite quantité qu'auparavant, parfois directement dans le rayon normal au lieu de figurer dans ceux dédiés aux nouveautés ou à la sélection de la presse. Cela semblait une broutille, un accident minuscule.
Puis, on s'attaqua aux opéras, en déplaçant les éventaires avec moins de références qu'auparavant. Entre 1993 et 1999, il faut noter une relative stabilité du secteur "classique" de la FNAC de Marseille, mais, à compter de 2000 et surtout de l'automne 2001, le phénomène repartit de plus belle, et, à partir de cette époque, sans que l'existence de You Tube, encore dans les limbes, justifiât cette tentation d'en venir à des rayonnages lilliputiens et fragmentaires, je ne parvins plus à trouver que fort peu de références disponibles avant même que l'e-commerce eût réellement explosé.
Le premier distributeur à références pointues dont la FNAC se débarrassa s'appelait Codaex. Elle n'eut quasiment plus aucun disque distribué chez Codaex, pourtant nouvellement créé. Paradoxe : le fondateur de Codaex...est un ancien des rayons classiques FNAC ! Codaex a pris le relai de Média 7, en faillite, mais les labels distribués par l'une ou l'autre boîte, ancienne ou nouvelle, qu'il se fût agi d'Hyperion, de Bis, de Chandos, CPO ainsi que les références qui allaient avec devinrent presque impossibles à débusquer...
Le rayon, désormais réduit des trois quarts, était à la semblance de celui d'une FNAC établie dans une commune de 80 à 100 000 habitants, seule la FNAC des Ternes, à Paris continuant d'à peu près tout avoir.
Tout s'accéléra encore après 2006, avec l'essor de You Tube, du téléchargement, du commerce en ligne, de choix préférentiel d'un bon distributeur comme Abeille Musique en faveur de la musique numérique, en ligne. Le collapsus de la FNAC en termes de disponibilité matérielle des références devint manifeste et irréversible.
Dès lors, des sections entières furent absurdement supprimées : finis le secteur nouveautés (qui persista cependant encore quelques années à la FNAC de Lyon), celui de la sélection de la presse (rendant de facto les Diapasons d'or invisibles et n'obligeant plus la FNAC à les vendre !), celui dédié aux séries économiques (ce qui excluait d'office l'entreprise Naxos, championne du classique à petits prix !), sans oublier les cases interprètes instrumentaux, musique ancienne, musique contemporaine, récitals lyriques, enregistrements d'archives,  piliers des classifications discographiques de la FNAC depuis le temps pas si antédiluvien du 33 tours...
Il ne demeure plus que des décombres, une ombre éthérée de ce qui fut autrefois... dans un contexte de marasme généralisé pour le marché mondial de la musique enregistrée. Or, les multinationales ayant presque abandonné l'enregistrement et la distribution de la musique classique, de rachats en concentrations scabreuses et obscènes pouvant fasciner un archéo-marxiste, ne demeurent au final que les petits labels pour faire preuve de hardiesse et produire encore des compositeurs peu fréquentés et originaux, sortant des sentiers battus.
La grosse majorité des Diapasons d'or sortant chaque mois ne sont même pas commandables à la FNAC, et il faut se rabattre en ligne sur Clic Musique (excellent) ou pis, sur le grand ogre phagocyteur Amazon si l'on souhaite absolument les acquérir. Comment voulez-vous que la FNAC de Marseille ait grand chose quand ses pacs classiques ne reposent plus que sur à peu près trois distributeurs, dont Harmonia Mundi ?
Ce n'est pas l'a-télévision qui facilitera l'accès au classique, qui va arranger les choses, surtout Arte qui s'aligne de plus en plus sur les goûts démagogiques de la multitude et des "branchés". Aucune ombre de documentaire sur les deux cents cinquante ans de la mort de Jean-Philippe Rameau ! Impossibilité dans la musique symphonique d'entendre la moindre note de compositeurs aussi remarquables que Carl Nielsen, Albéric Magnard, Ralph Vaughan Williams,
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 Caplet, Delius, Enesco, Szymanowski, Janacek etc.
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 Rien bien sûr sur les compositrices ! Un comble pour une chaîne se targuant d'archi militer en faveur de la condition féminine ! De la musique de chambre enfin programmée, mais en pleine nuit, les lundis vers 1h du matin ! Les diffusions du dimanche ou rediffusions du petit matin des émissions musicales avancées d'une demi-heure, en imitation des émissions de nuit de musique classique de France 3, qui, anticipées d'une heure, ne sont plus regardables que par les gens qui commencent à boulonner à six heures du mat' ! Exclusion intégrale ou à peu près de la musique antérieure au XVIIIe siècle, de la musique religieuse aussi (y compris les messes de Mozart et de Haydn !) comme si diffuser de la musique religieuse était une acte d'allégeance néo vichyssois aux intégristes cathos et au parti d'une fille de monolithe breton ! Syllogisme sous-entendu d'Arte : les intégristes catholiques adorent la musique religieuse, y compris médiévale. J'aime la musique religieuse. Donc, je suis un fondamentaliste catholique !
Pauvres couillons de la Lune qui contribuent ainsi à l'ascension politique irrésistible de ce que l'on sait dans l'Europe tout entière !

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